Le point Vétérinaire n° 233 du 01/03/2003
 

L’ARSENAL VACCINAL S’ÉLARGIT POUR LES ÉLEVAGES CANINS

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NOUVEAUTÉS

Éric Vandaële

L’herpèsvirose provoque surtout des morts néonatales. La vaccination des mères lors de la gestation protège les chiots dès les premiers jours de vie par la prise du colostrum.

Mérial vient de lancer en France (et en Europe) un nouveau vaccin canin : Eurican® Herpes 205. C’est une première mondiale contre une affection canine peu connue des praticiens – l’herpèsvirose canine – et pourtant répandue dans les élevages, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis ou en Asie. L’autorisation de mise sur le marché (AMM) de ce vaccin a été approuvée par l’Agence européenne du médicament. Elle est donc valable d’emblée dans toute l’Union européenne.

Chiennes gestantes

Le produit est destiné, par la vaccination de la mère, à protéger les chiots contre l’herpèsvirose canine (ou maladie hémorragique du chiot). Cette vaccination n’est donc pas une valence de plus dans des programmes de vaccination annuels. Elle s’adresse seulement aux chiennes reproductrices (gestantes) détenues par des éleveurs ou des amateurs. Son coût (16 à 18 euros par dose, prix hors taxes en centrale) nécessite toutefois d’évaluer son bénéfice.

Virose mortelle

L’herpèsvirose canine est une affection méconnue. Dans sa forme mortelle, elle frappe principalement les chiots nouveau-nés (âgés de quelques jours à deux semaines le plus souvent, de quatre semaines au maximum), donc bien avant leur présentation au praticien pour la première visite d’achat.

Plus insidieusement, le virus est aussi à l’origine de troubles de la reproduction : infertilité, avortements ou naissances prématurées.

Réactions locales

Le vaccin, issu en partie des biotechnologies, est inactivé à sous-unités virales purifiées. « Les glycoprotéines qui sont contenues dans le vaccin commercial sous-unitaire sont les principales protéines immunogènes du virus, notamment la glycoprotéine gB qui induit la production d’anticorps neutralisants », indiquent dans leur rapport d’évaluation les experts de l’Agence européenne d’évaluation du médicament. « Les petites molécules et les protéines non spécifiques et celles non incluses dans la protection sont éliminées », signale ce rapport. Cela contribue à l’innocuité du vaccin administré pendant la gestation des chiennes, une période sensible pour l’évaluation de la tolérance d’un produit. Comme tout vaccin inactivé, il est associé à un adjuvant, ici huileux à base de paraffine liquide. Cet adjuvant, plus que le vaccin lui-même, est à l’origine de réactions locales bénignes et transitoires au point d’injection « sur moins de 10 % des chiennes », indique le résumé européen des caractéristiques du produit (RCP).

Une gestation normale

Le vaccin, administré pendant la gestation, ne provoque pas d’avortement ni de baisse de fécondité. Cinq essais comparatifs (voir le TABLEAU “Les principales études d’innocuité”) figurent dans le dossier d’AMM pour appuyer cette évaluation : trois en station expérimentale et deux études de terrain. Les experts européens concluent que « le laboratoire a produit suffisamment de preuves de l’innocuité du vaccin chez les chiennes gestantes, quel que soit leur statut vis-à-vis du virus herpès ».

Dans certains des essais en station, de légères hyperthermies sont notées durant la gestation, qui ne semblent pas liées à l’administration du vaccin.

Une séroconversion de courte durée

Le schéma posologique recommandé comprend deux injections à chaque gestation : la première, soit au moment des chaleurs, soit sept à dix jours après la saillie (J7 à J10); la seconde une à deux semaines avant la date présumée de la mise bas, soit six à huit semaines après la première. Pour une durée normale de gestation de soixante-trois jours, la seconde injection est préconisée entre J49 et J56 après saillie.

Ce schéma entraîne la production de forts taux d’anticorps neutralisants quelques jours après la seconde injection, juste au moment de la mise bas. Mais deux mois plus tard, ce taux d’anticorps commence déjà à diminuer lentement. Un an plus tard, il est relativement faible. « Une seule injection de rappel ne conduit à observer qu’une réponse sérologique insuffisante », souligne le rapport. D’où la recommandation de réaliser deux injections à chaque gestation pour « s’assurer de hauts titres d’anticorps au moment de la mise bas »

Efficacité par challenge

L’évaluation des vaccins vétérinaires comprend désormais presque systématiquement un essai en station expérimentale, avec une épreuve virulente. Les portées de six chiennes specific pathogen free (SPF) vaccinées (soit trente-trois chiots) et de six autres SPF non vaccinées recevant le seul solvant (soit vingt-neuf chiots) sont infectées expérimentalement par voie oronasale à trois jours d’âge. Les chiots sont ensuite observés pendant trois semaines, avant que les “survivants” ne soient sacrifiés pour un examen nécropsique.

Mortalité néonatale

Dans ces conditions expérimentales, la vaccination (voir la FIGURE “Mortalité néonatale jusqu’à trois semaines d’âge après challenge expérimental”) démontre incontestablement son efficacité. 62 % (dix-huit sur vingt-neuf) des chiots issus de mères non vaccinées meurent d’herpès virose, confirmée à la fois par les signes cliniques ou les lésions de nécrose hémorragique à l’autopsie. La recherche virologique par polymerase chain reaction (PCR) est positive chez ces chiots ayant été expérimentalement infectés, y compris chez les chiots considérés comme protégés. Les mortalités dues à l’herpès virus sont observées le plus souvent trois à onze jours après le challenge (soit durant la seconde semaine de vie du chiot).

Protection dès les premiers jours de vie

L’efficacité du vaccin suppose une prise correcte, par les chiots, du colostrum et des anticorps colostraux qu’il contient, durant les douze à trente-six heures après la mise bas. Le challenge expérimental démontre l’efficacité de ces anticorps colostraux pour protéger les chiots d’une infection trois jours après la mise bas. À partir de deux à trois semaines d’âge, les chiots résistent davantage à l’infection par l’herpès virus. Ainsi, l’Agence européenne conclut à une protection efficace des chiots « durant les premiers jours qui suivent la naissance » par la vaccination des mères.

Essais de terrain

Plusieurs essais de terrain sont réalisés afin de confirmer l’efficacité, la séroconversion et l’innocuité du vaccin pendant la période de gestation (fécondité, avortement, etc.) ou chez les chiots (nombre de chiots produits et croissance). Ils ont inclus environ deux cents chiennes d’une vingtaine de races différentes de toutes tailles, dans une vingtaine d’élevages.

Un essai évalue la mortalité avant sevrage à 11,4 % chez les chiots issus de chiennes vaccinées, contre 27,7 % chez les animaux issus de mères non vaccinées (l’écart est statistiquement significatif). Il est ici réalisé dans ces élevages “tout-venant” sans corrélation avec un diagnostic préalable d’herpèsvirose clinique.

Dans un autre essai incluant cent chiennes vaccinées (cinquante-deux témoins) dans dix élevages, la séroconversion a été analysée. Elle est marquée pour la quasi-totalité (92 %) des chiennes vaccinées (et absente chez les témoins), avec des taux d’anticorps élevés au moment de la mise bas. Toutefois, « trois chiennes n’ont pas répondu à cette vaccination et cinq autres présentent des taux d’anticorps plus faibles », indique le rapport d’évaluation.

Qu’attendre de la vaccination ?

Cette nouvelle prophylaxie d’une virose grave chez les chiots nécessite d’être expliquée au propriétaire. La vaccination des mères permet de protéger les chiots contre la forme clinique de l’herpèsvirose durant les premiers jours après la naissance, période durant laquelle l’animal est très sensible à l’affection. En revanche, elle ne garantit pas la disparition totale de la mortalité néonatale car l’herpèsvirose n’est pas la seule cause de celle-ci. Sur de grands effectifs, les essais de terrain montrent une diminution de moitié de la mortalité avant sevrage. Pour que cette mesure soit efficace, le chiot doit prendre le colostrum de la femelle vaccinée dans les douze à trente-six heures.

De manière générale, les vaccins contre les herpèsvirus ne protègent pas contre l’infection elle-même, ni contre une réexcrétion virale ultérieure, mais seulement contre la forme clinique. Un animal vacciné peut ainsi être infecté, porteur latent et potentiellement réexcréteur du virus.

Les douze portées issues de six chiennes vaccinées et de six chiennes témoins reçoivent l’herpèsvirus canin par voie oronasale. Sur les vingt-neuf chiots issus des chiennes témoins, dix-huit (62 %) meurent d’herpèsvirose confirmée. À l’inverse, aucun des six cas de mortalité observés dans le lot vacciné (trente-trois chiots) n’est relié à l’herpèsvirus.

Les principales études d’innocuité

Le dossier d’enregistrement multiplie les essais chez des chiennes gestantes afin de s’assurer de l’absence d’effet néfaste significatif du vaccin sur le déroulement normal de la gestation et de la mise bas. La vaccination est comparée, soit à l’administration du seul solvant (adjuvant inclus), soit à l’absence de traitement. Dans la plupart de ces essais, la première injection a lieu dix jours après la saillie.