Le point Vétérinaire n° 233 du 01/03/2003
 

RADIOGRAPHIE DE LA COLONNE VERTÉBRALE DU CHIEN ET DU CHAT

PRATIQUER

IMAGERIE

Wilfried Maï

DMV, Diplomate ECVDI, DEA IMB
Center for In Vivo Microscopy
Duke University Medical Center
Box 3 302
Durham, North Carolina 27 710, États-Unis

La radiographie du rachis est un examen complémentaire simple qui met en évidence de nombreuses affections osseuses ou articulaires, qu’il convient toutefois de distinguer d’anomalies sans incidence clinique.

Résumé

L’examen radiographique sans préparation du rachis permet de déceler un grand nombre d'anomalies osseuses ou articulaires. Celles-ci peuvent concerner les vertèbres (nombre, taille, forme, position et opacité), les espaces intervertébraux (taille, forme et opacité), les foramens intervertébraux (taille et opacité) ou le canal vertébral (taille). Certaines de ces anomalies correspondent à une affection, mais d’autres sont sans incidence clinique.

Lorsque cet examen sans préparation s’avère insuffisant pour établir un diagnostic, il convient d’avoir recours à des techniques complémentaires ou plus précises (myélographie, tomodensitométrie ou IRM).

L’examen radiographique de la colonne vertébrale comprend les examens sans préparation et les examens avec injection de produit de contraste. Les clichés sans préparation sont indiqués lors de troubles neurologiques d’origine médullaire et lors de douleur à la manipulation du rachis. Bien qu’ils ne puissent pas objectiver une compression médullaire (ce que fait une myélographie), les clichés sans préparation permettent néanmoins de diagnostiquer un certain nombre d’affections osseuses ou articulaires (voir l’ENCADRÉ “Radio-anatomie du rachis”). Les considérations techniques concernant les radiographies sans préparation de la colonne vertébrale ont déjà été décrites [11, 13].

Anomalies des vertèbres

Des anomalies de nombre, de taille, de forme, de position et d’opacité des vertèbres peuvent être observées sur des clichés radiographiques.

1. Anomalies de nombre

Des modifications de la formule vertébrale classique sont rencontrées occasionnellement. Elles sont le plus souvent sans incidence clinique.

Une vertèbre qui présente des caractéristiques d’un segment rachidien (cervical, thoracique, lombaire, sacré), mais qui appartient au segment voisin, est appelée “vertèbre de transition” [3, 16, 17].

• Une augmentation de la formule lombaire peut ainsi exister lorsque les dernières côtes ne sont pas complètement développées : T13 a alors un aspect de vertèbre lombaire (“lombarisation” de T13). La même impression d’une augmentation du nombre de vertèbres lombaires peut aussi résulter d’une fusion incomplète de S1 avec le reste du sacrum (“lombarisation” de S1) (PHOTO 1).

• Une diminution de la formule lombaire peut être due à une fusion de L7 avec le sacrum (“sacralisation” de L7). La présence de côtes surnuméraires peut également donner l’impression qu’existe seulement six vertèbres lombaires.

Le nombre de vertèbres caudales peut être diminué en raison d’une caudectomie esthétique ou d’un traumatisme. Certaines anomalies génétiques sont aussi responsables d’une diminution du nombre de vertèbres caudales, comme chez le chat de l’île de Manx.

2. Anomalies de taille

• La longueur d’une vertèbre peut sembler diminuée lors de fracture par compression. Dans ce cas, une augmentation de l’opacité de la vertèbre par rapport à ses voisines est en outre notée.

Lors d’ostéolyse du plateau vertébral (lésions de spondylodiscite), un raccourcissement de la vertèbre est parfois observé [7] (PHOTO 2). Dans ce cas, d’autres anomalies (opacité, irrégularité du plateau vertébral, etc.) sont également présentes.

Le nanisme peut être une cause de la diminution de taille des vertèbres. L’ensemble des vertèbres sont alors de taille réduite par rapport à ce qui est observé chez un animal normal du même âge.

• Une apparente impression d’augmentation de la longueur existe lors de blocs vertébraux, qui correspondent à la fusion des corps, des arcs ou des processus vertébraux, isolée ou en association, complète ou incomplète. Ces blocs vertébraux résultent d’une segmentation incomplète des somites au stade embryologique et sont souvent sans incidence clinique [23]. Les vertèbres fusionnées présentent souvent une diminution de l’opacité (ostéopénie) par rapport à leurs voisines, en raison d’un défaut de sollicitation.

3. Anomalies de forme

Les causes d’anomalies de forme des vertèbres sont très nombreuses.

Causes dégénératives

• Les lésions de spondylose sont l’une des causes les plus fréquentes d’altération de la forme des vertèbres [15, 23]. Les corps vertébraux sont déformés et les anomalies observées vont de simples et discrets ostéophytes, qui se développent à partir des plateaux vertébraux, à de véritables pontages des espaces intervertébraux, avec des proliférations osseuses exubérantes qui s’étendent sur toute la longueur des corps vertébraux.

Les proliférations osseuses apparaissent en parties ventrale, latérale et dorsolatérale des corps vertébraux et peuvent, très occasionnellement, empiéter sur le canal vertébral. Ces anomalies sont plus fréquentes en régions thoracique, lombaire et lombo-sacrée, mais peuvent affecter le segment cervical lors d’instabilité vertébrale cervicale caudale, fréquente dans certaines races comme le dobermann.

Les lésions de spondylose peuvent se développer secondairement à d’autres affections vertébrales ou intervertébrales (comme l’instabilité lombosacrée), mais apparaissent parfois de manière spontanée.

• Les lésions dégénératives peuvent aussi concerner les facettes articulaires (arthrose intervertébrale). Dans ce cas, des proliférations osseuses péri-articulaires modifient la forme des vertèbres au niveau des articulations et leur donnent un aspect irrégulier (PHOTO 3).

Causes congénitales

• Les hémivertèbres sont des vertèbres cunéiformes qui résultent d’une ossification incomplète de la partie dorsale ou ventrale du corps vertébral. Ce sont des anomalies congénitales qui proviennent d’un trouble de la vascularisation au stade embryonnaire [3] (PHOTO 4).

• Une fusion incomplète de la notochorde embryonnaire peut provoquer une modification de la forme des corps vertébraux qui prennent la forme d’ailes de papillons sur la projection de face [3] (PHOTO 5).

• Des anomalies de forme des vertèbres adjacentes aux vertèbres cunéiformes ou en “ailes de papillon” sont parfois visibles. Elles compensent partiellement l’anomalie primitive. Des déformations de l’axe rachidien en résultent souvent : scoliose, cyphose, lordose. Ces anomalies vertébrales sont plus fréquentes chez certaines races comme les bouledogues français, les bouledogues anglais et les boston terriers [23].

• Un défaut de fusion des arcs vertébraux et/ou des processus épineux se rencontre aussi lors de spina bifida. Celle-ci est facilement repérable sur une projection de face du rachis : une ligne transparente dans le plan sagittal des arcs vertébraux ou un dédoublement apparent des processus épineux sont visibles. Des anomalies de la moelle épinière sont parfois associées à ce défaut, comme des lésions de méningocèle ou de myéloméningocèle. Ce genre d’anomalie est plus fréquemment rencontré chez les chiens brachycéphales ou chez certaines races de chats, comme le chat de l’île de Manx [3]. Le spina bifida a également été mentionné chez le rhodesian ridgeback, et une association lésionnelle avec le sinus dermoïde est rapportée chez cette race.

• Des anomalies spécifiques à certaines vertèbres sont possibles [18]. L’axis peut ainsi montrer une agénésie ou une hypoplasie du processus odontoïde. Une anomalie de forme de ce dernier est également parfois rencontrée avec, en particulier, une obliquité trop marquée en direction craniodorsale. Toutes ces anomalies peuvent être associées à des degrés variables d’instabilité atlanto-axiale et de compression de la moelle épinière.

• Des anomalies de forme des vertèbres cervicales peuvent être associées au syndrome Wobbler, ou spondylopathie cervicale caudale [2, 19, 22]. Les vertèbres C4 à C7 sont les plus souvent atteintes : une déformation des processus articulaires et un aplatissement du bord cranioventral des corps vertébraux (éburnation) sont visibles.

Causes infectieuses

• Les lésions de spondylodiscite sont des infections centrées sur un disque intervertébral qui atteignent les plateaux vertébraux de part et d’autre de l’espace intervertébral [7, 23]. Elles peuvent altérer la forme des vertèbres en raison des remaniements des plateaux vertébraux, qui apparaissent irréguliers à cause des lésions lytiques et des productions osseuses. Ces lésions peuvent être isolées ou atteindre simultanément plusieurs espaces intervertébraux. Les chiens mâles de races de moyenne ou de grande taille sont plus fréquemment atteints, et les régions de prédilection sont thoracique et lombaire. En général, un foyer infectieux à distance, souvent urinaire, est à l’origine de la lésion intervertébrale après une dissémination sanguine de l’agent infectieux.

• Les lésions infectieuses qui se développent dans une vertèbre (ostéomyélite vertébrale) sont plus rares. Dans ce cas, le corps et/ou l’arc vertébral est modifié (anomalies variables de forme et d’opacité liées à l’infection), tandis que les plateaux vertébraux adjacents sont d’aspect normal, contrairement à ce qui est observé lors de spondylodiscite (PHOTO 6). Une réaction périostée irrégulière contribue à la déformation de la vertèbre. La cause de l’infection est le plus souvent bactérienne.

Dans certains pays, il convient d’envisager une origine mycotique.

L’infection a parfois une origine hématogène, mais l’extension locale d’un processus septique peut également survenir lors de la migration de corps étrangers, en particulier végétaux (épillets) [23].

Causes tumorales

Les affections néoplasiques des vertèbres peuvent altérer leur forme, comme pour n’importe quel os. Il s’agit alors de tumeurs primitives ou métastatiques.

• Les tumeurs primitives sont le plus souvent des ostéosarcomes, dont les signes radiographiques associent des degrés variables de lyse et de production osseuse avec une réaction périostée souvent marquée, discontinue, hétérogène, irrégulière. Elles aboutissent à des déformations souvent sévères de la vertèbre atteinte. Typiquement, dans ce cas, la lésion ne concerne qu’un seul os et préférentiellement le corps vertébral (atteinte monostotique) [14] (PHOTO 7).

Des tumeurs primitives bénignes sont possibles [14, 23]. Les ostéochondromes sont des exostoses recouvertes de cartilage qui se rencontrent chez le jeune animal. Chez le chien, ils n’évoluent plus lorsque la croissance de l’animal est terminée. Chez le chat, en revanche, ils sont également diagnostiqués chez l’adulte et la fin de la croissance n’empêche pas leur évolution. Ces tumeurs sont uniques ou multiples (dans ce cas, on parle d’ostéochondromatose [1]). Leur localisation vertébrale est potentiellement associée à des signes neurologiques lorsque la masse tumorale se développe aux dépens du canal vertébral et comprime la moelle épinière. L’ostéochondrome déforme la vertèbre de manière assez localisée, se forme une masse d’opacité minérale à contour net. Une trame osseuse d’aspect organisé est parfois visible à l’intérieur de la masse.

• Les tumeurs métastatiques, en raison de leur nature, peuvent d’emblée se développer simultanément dans plusieurs vertèbres (lésions polyostotiques) [14]. Leur aspect est variable, avec des degrés divers de lyse et de production osseuse. L’ostéolyse est souvent plus marquée que lors de tumeurs primitives. Les métastases des tumeurs du petit bassin sont fréquentes. Elles se localisent souvent dans les vertèbres lombaires et forment des lésions lytiques avec prolifération périostée ventralement aux corps vertébraux. D’autres types tumoraux peuvent produire des métastases osseuses : tumeur mammaire, tumeurs primitives osseuses, etc.

Causes métaboliques

Certaines anomalies métaboliques provoquent une altération de la forme des vertèbres.

• L’hypervitaminose A chez le chat est associée à un régime trop riche en foie. Elle entraîne l’apparition de productions osseuses péri-articulaires au niveau du squelette appendiculaire, mais aussi du rachis (spondylarthrite ankylosante) [23]. Les anomalies rachidiennes cervicales sont fréquentes, avec des productions osseuses au niveau des arcs et en parties latérale et ventrale des corps (PHOTO 8). Des anomalies sont également présentes dans les régions thoracique et lombaire. Il en résulte une solidarisation des vertèbres les unes aux autres qui constituent des lésions d’ankylose vertébrale.

• La mucopolysaccharidose est une anomalie métabolique sur la voie de dégradation des mucopolysaccharides ; ceux-ci s’accumulent alors dans l’organisme [4, 6]. Elle se rencontre dans l’espèce féline. Lors de cette maladie, de multiples anomalies osseuses appendiculaires et axiales sont observées au cours de la croissance de l’animal : en particulier des fusions partielles des vertèbres, des vertèbres déformées, raccourcies, élargies, avec des proliférations osseuses (PHOTO 9).

Causes traumatiques

Les traumatismes vertébraux peuvent être à l’origine de toutes sortes de modifications de forme des vertèbres. De nombreux types fracturaires sont possibles : les fractures par compression, les fractures parcellaires ou comminutives. Les sites les plus fréquents sont les corps vertébraux, les processus transverses et les processus épineux. Outre le statut neurologique de l’animal au moment de l’examen, le pronostic dépend de la position des traits de fracture et du nombre de fragments, permettant ou non une stabilisation chirurgicale.

4. Anomalies de position

• Les causes les plus fréquentes d’anomalies de position et d’alignement des vertèbres sont traumatiques : fractures, subluxations ou luxations.

• Des causes congénitales de défaut d’alignement des vertèbres sont également possibles.

L’instabilité atlanto-axiale est rencontrée chez des races naines comme le yorkshire ou le caniche nain. Cette anomalie peut être due :

- à une agénésie ;

- à une hypoplasie ou à un défaut de fusion du processus odontoïde ;

- à une agénésie ou à une hypoplasie de tout ou partie des ligaments qui interviennent normalement dans la stabilisation de l’articulation atlanto-axiale.

Radiographiquement, une augmentation de la distance entre la partie crâniale du processus épineux de l’axis et l’arc de l’atlas, ainsi qu’un déplacement caudodorsal de C2, sont observés [18] (PHOTO 10). Un cliché radiographique de profil en flexion peut être utile pour établir ce diagnostic, en prenant cependant des précautions pour ne pas provoquer ou aggraver des lésions médullaires, en raison d’une compression de la moelle par la dent de l’axis [23].

• La spondylopathie cervicale caudale, encore connue sous le nom de “syndrome Wobbler”, est à l’origine d’un défaut d’alignement des vertèbres cervicales caudales [2, 19, 22]. Cette affection est plus fréquente chez certaines races comme le dobermann. Elle est également assez souvent observée chez les jeunes chiens de race dogue allemand [22]. L’affection prend une forme différente selon les races. Chez le dobermann, une instabilité et des malformations vertébrales sont observées : corps abrasé, “en soc de charrue”, canal vertébral étroit en portion crâniale de la vertèbre en raison d’une subluxation dorsale du corps vertébral (le plus souvent C5, C6 ou C7).Chez le dogue (et chez les autres molosses), une hyperplasie des facettes articulaires, peut provoquer une compression médullaire [22].

Des radiographies en position forcée sont nécessaires pour établir le diagnostic car l’instabilité peut avoir un caractère dynamique et être plus marquée en extension ou en flexion.

• L’instabilité lombosacrée est responsable d’un défaut d’alignement de L7 avec le sacrum, objectivé sur des radiographies de profil en position neutre, ou sur des clichés en hyperflexion ou en hyperextension car, comme pour l’instabilité cervicale, l’instabilité lombosacrée peut présenter un caractère dynamique [12, 21] (PHOTO 11). D’autres examens sont nécessaires pour établir l’existence d’une compression de la queue de cheval associée à l’instabilité.

5. Anomalies d’opacité

• L’augmentation de l’opacité vertébrale est le plus souvent localisée [23].

Elle peut résulter d’une fracture par compression, de la présence d’un cal de fracture, d’une tumeur produisant du tissu osseux (comme l’ostéochondrome) ou d’une réaction périostée marquée accompagnant des lésions infectieuses (ostéomyélite, spondylodiscite).

Une cause rare d’augmentation diffuse de l’opacité du squelette est l’ostéopétrose [8, 9, 20]. Dans ce cas, l’ensemble du squelette apparaît plus opaque que la normale, ce qui est dû à un épaississement des trabécules osseux.

• La diminution de l’opacité des vertèbres est plus fréquente. Elle est également diffuse ou localisée.

Outre les causes techniques (surexposition, faible contraste, etc.), une diminution diffuse de l’opacité vertébrale peut être liée à des anomalies métaboliques [23] : hyperparathyroïdisme primaire ou secondaire (d’origine rénale ou alimentaire), mucopolysaccharidose [4, 6], ou certaines dysendocrinies comme l’hypercorticisme ou l’hypothyroïdie congénitale [23].

Une diminution diffuse de l’opacité sous la forme de lésions lytiques transparentes multiples et disséminées est parfois observée lors de tumeurs comme le myélome multiple ou le lymphome malin [14, 23].

Parmi les causes de diminution focale d’opacité, l’ostéopénie de non-utilisation (comme lors de bloc vertébral), et les lésions lytiques d’origine infectieuse (ostéomyélite ou spondylodiscite) ou tumorale sont à signaler.

• D’autres types d’altération focale de l’opacité existent, bien qu’ils soient assez rares. Ainsi, lors de hernie discale intraspongieuse, le disque déplacé pénètre de manière explosive dans l’un des plateaux vertébraux adjacents [5, 25]. Ce plateau montre alors une irrégularité d’opacité, le plus souvent dans le sens d’une diminution, parfois avec des foyers d’opacité minérale lorsque le disque déplacé est minéralisé (PHOTO 12). Ce type de lésion est appelé “nodule de Schmorl”.

Anomalies des espaces intervertébraux

Des anomalies de taille, de forme et d’opacité des espaces intervertébraux sont observées.

• Les anomalies de taille se font dans le sens d’une diminution. Normalement, un espace intervertébral donné a une taille identique aux espaces voisins (excepté certains espaces physiologiquement plus étroits, comme parfois l’espace anticlinal T10-T11).

Une diminution de la taille de l’espace intervertébral peut se rencontrer lors de hernie discale [24] (PHOTO 13) et lors de spondylodiscite [7].

En outre, une irrégularité marquée des plateaux vertébraux (opacité et contour irréguliers), due à une lyse et à une production osseuse, est observée dans ce dernier cas.

• Une modification de la forme de l’espace intervertébral est possible lors de hernie discale : l’espace peut alors prendre une forme triangulaire à sommet dirigé vers le haut ou vers le bas selon les cas. La forme de l’espace est également altérée lors de spondylodiscite, en raison de la lyse et de la production osseuse au niveau des plateaux vertébraux.

• Une augmentation de l’opacité de l’espace intervertébral est possible lorsque le disque intervertébral est minéralisé, ce qui est fréquent dans les races chondrodystrophiques comme le teckel (PHOTO 14). La minéralisation se manifeste parfois très tôt et implique en premier lieu le noyau pulpeux [15].

Anomalies des foramens intervertébraux

• Les foramens intervertébraux peuvent être de taille réduite lors de hernie discale [24]. Dans ce cas, ils présentent parfois une forme anormale en raison du déplacement relatif des vertèbres de part et d’autre du disque qui s’est déplacé et qui l’opacifie partiellement (PHOTO 13).

• Une augmentation de taille du foramen intervertébral est plus rarement observée, mais peut néanmoins accompagner des lésions tumorales telles qu’un méningiome, un neurofibrome ou un neurofibrosarcome [10, 26].

• Une augmentation de l’opacité du foramen intervertébral survient en particulier lors de hernie discale [24]. Elle est due à la présence du matériel discal et à l’inflammation de la graisse péridurale.

Une opacité minérale est parfois visible lorsque le disque déplacé est minéralisé. Toutefois, les éléments minéraux d’un disque hernié sont rapidement éliminés par les phénomènes inflammatoires locaux [24].

Un positionnement parfait de l’animal est nécessaire pour évaluer correctement l’opacité des foramens et obtenir une bonne superposition des foramens gauche et droit, sous peine d’avoir une fausse impression de diminution de taille et d’augmentation d’opacité du foramen.

Anomalies du canal vertébral

Le canal vertébral peut présenter des anomalies de taille dans le sens d’une augmentation ou d’une diminution.

• Une augmentation segmentaire de la taille du canal vertébral peut résulter de la croissance d’une masse tumorale de la moelle épinière, comme lors d’astrocytome ou d’épendymome [10, 26].

• À l’inverse, certaines affections rétrécissent localement le canal vertébral. Il en est ainsi lors d’instabilité vertébrale (cervicale ou lombosacrée) [2, 12, 19, 21, 22] ou lorsque du tissu anormal, présent dans le canal vertébral, en réduit le diamètre apparent (disque minéralisé, masse tumorale, etc.).

Conclusion

La radiographie sans préparation de la colonne vertébrale apporte des informations pertinentes qui, au regard de la clinique, permettent la prise en charge raisonnée de l’animal (diagnostic d’une spondylodiscite chez un animal en hyperthermie qui présente une douleur dorsale, par exemple). Il convient cependant de réaliser une myélographie pour confirmer les suspicions de compression médullaire. D’autres techniques d’imagerie telles que la tomodensitométrie, le myélo-scan ou l’IRM sont maintenant accessibles et peuvent avantageusement remplacer ou compléter l’examen myélographique. La sensibilité et la spécificité de ces méthodes sont supérieures à celles de la myélographie. En outre, ces technologies, grâce à leur caractère tomographique, fournissent des informations plus subtiles que la radiographie sans préparation ; celles-ci sont parfois nécessaires pour adapter le traitement (meilleure compréhension d’une fracture vertébrale complexe par tomodensitométrie, par exemple).

Radio-anatomie du rachis

Quelques rappels sur l’anatomie du rachis sont utiles.

La formule vertébrale du chien et du chat est composée de sept vertèbres cervicales, de treize vertèbres thoraciques, de sept vertèbres lombaires et de trois vertèbres sacrées. Le nombre de vertèbres caudales est variable.

• Certaines vertèbres cervicales ont des formes particulières :

- l’atlas est aplati dans une direction dorsoventrale, et marqué par deux processus transverses aplatis : les ailes de l’atlas.

- l’axis est doté d’un processus épineux particulièrement proéminent dont le bord crânial vient recouvrir partiellement l’arc dorsal de C1. Il possède également un processus odontoïde, encore appelé “dent de l’axis”, qui recouvre le plancher du canal vertébral de l’atlas.

- Les vertèbres C3 à C7 sont anatomiquement assez semblables. C6 possède un processus développé ventralement aux processus transverses, qui constitue un élément de reconnaissance utile. Le processus épineux de C7 est assez développé.

• Lesvertèbresthoraciquessont caractérisées par un corps relativement court et des processus épineux proéminents. Jusqu’à T10, ces processus épineux sont obliques en direction caudale. À partir de T11, la direction de l’obliquité change et s’oriente en direction crâniale : T11 est la vertèbre anticlinale.

L’espace articulaire T10-T11 est normalement plus étroit que tous les autres espaces intervertébraux de la colonne thoracique.

Les têtes des côtes sont placées crânialement à la vertèbre thoracique de même ordre.

• Les vertèbres lombaires ont un corps plus long, des processus transverses proéminents et des processus épineux moins développés. Elles sont peu différentes les unes des autres. Le bord ventral du corps de L3 et/ou de L4 peut, de façon normale, apparaître plus flou et irrégulier : il s’agit de la zone d’insertion du diaphragme.

• Les vertèbres sacrées sont fusionnées pour former le sacrum. Celui-ci est relié à la face interne des ailes iliaques par une articulation sacro-iliaque. L’angle entre l’axe lombaire et l’axe sacré est variable entre les individus et également selon le degré de flexion ou d’extension.

• Des corps osseux appelés corps ou arcs hémaux sont souvent visibles ventralement aux vertèbres caudales, spécialement chez le chat.

• En région cervicale, les processus articulaires vertébraux recouvrent en partie le foramen intervertébral, ce qui rend l’évaluation de celui-ci difficile. En revanche, le foramen est plus facilement visible en région thoracolombaire, où il apparaît d’opacité liquidienne et en forme de “tête de cheval”.

• Les espaces intervertébraux sont en forme de parallélogramme en région cervicale et de forme rectangulaire dans les régions thoracique et lombaire. Ils sont normalement d’opacité liquidienne et les espaces adjacents sont généralement de même taille. Toutefois, les espaces C7-T1, L4-L5 et L5-L6 sont souvent plus étroits que leurs voisins.

Points forts

• Les vertèbres de transition sont souvent sans incidence clinique.

• L’expression de l’instabilité cervicale caudale diffère selon les races.

• La spondylodiscite est une lésion infectieuse centrée sur un espace intervertébral et caractérisée par une lyse des plateaux vertébraux adjacents.

• Une infection du corps vertébral seul, ou spondylite, est possible.

• Les tumeurs du petit bassin métastasent souvent dans les vertèbres lombaires.

• La cause la plus fréquente de rétrécissement de l’espace intervertébral ou du foramen intervertébral est la hernie discale.

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PHOTO 1. Radiographie de profil de la colonne lombosacrée d’un chat. Défaut de fusion de S1 avec le reste du sacrum (lombarisation de S1) ; l’animal semble posséder huit vertèbres lombaires.

PHOTO 10. Radiographie de profil de la colonne cervicale d’un chien pinscher. Une subluxation atlanto-axiale, est observée avec un déplacement caudodorsal de l’axis et une nette augmentation de la distance entre l’arc dorsal de l’atlas et le processus épineux de l’axis. Il s’agit d’une instabilité atlanto-axiale.

PHOTO 11. Radiographie de profil de la colonne lombosacrée d’un berger allemand âgé de sept ans : instabilité lombosacrée. Défaut d’alignement du plancher du canal vertébral de L7 et de S1, à l’origine d’une sténose du canal vertébral à la jonction lombosacrée. Une sclérose du plateau crânial de S1 et la présence d’ostéophytes ventralement à L7-S1 traduisent des lésions de spondylose qui peuvent résulter de l’instabilité.

PHOTO 12. Vue rapprochée d’un espace intervertébral lombaire chez un chien (cliché radiographique de profil). Rétrécissement de l’espace intervertébral et diminution de l’opacité dans le plateau cranial de la plus caudale des deux vertèbres. Une image nodulaire plus opaque est visible au sein de la zone d’opacité diminuée : il s’agit d’une hernie discale intraspongieuse (nodule de Schmorl).

PHOTO 13. Radiographie de profil : hernie discale L1-L2 chez un chien. À noter, le rétrécissement de cet espace intervertébral, sa forme anormalement triangulaire (à sommet dirigé dorsalement), le rétrécissement avec anomalie de forme et augmentation d’opacité du foramen intervertébral, et le rétrécissement de l’espace entre les facettes articulaires caudales de L1 et crâniales de L2. Minéralisation du disque intervertébral L3-L4.

PHOTO 14. Radiographie de profil : minéralisation et hernie discale en région lombaire chez un chien. Le disque intervertébral est minéralisé et en partie déplacé dans le canal vertébral.

PHOTO 2. Radiographie de spondylodiscite T12-T13 chez un chien. Aspect très irrégulier des plateaux caudal de T12 et crânial de T13, raccourcissement des corps de ces deux vertèbres, aspect irrégulier des plateaux de part et d’autre de l’espace intervertébral, avec une importante réaction périostée.

PHOTO 3. Radiographie de la colonne lombaire d’un chien. Arthrose des processus articulaires L1-L2, L2-L3 et L3-L4, à l’origine d’une irrégularité de l’aspect de ces articulations, liée à la présence d’ostéophytes. Lésions de spondylose en L1-L2 et en L2-L3, caractérisées par la présence d’ostéophytes en parties cranioventrale et caudoventrale des corps vertébraux.

PHOTO 4. Radiographie de profil de la colonne thoracique d’un jeune berger allemand qui présente un syndrome de type motoneurone central sur les membres pelviens. Aspect triangulaire de T4 : vertèbre cunéiforme.

PHOTO 5. Radiographie de face de la colonne thoracolombaire d’un chien. Aspect anormal de T13 qui présente la forme d’un papillon. Il s’agit d’une anomalie congénitale.

PHOTO 6. Radiographie de profil de la colonne lombaire d’un chien. Aspect hétérogène de L2 avec des anomalies d’opacité du corps et de l’arc vertébraux et une réaction périostée irrégulière en partie ventrale du corps vertébral. Il s’agit de lésions de spondylite, qui, ici, sont secondaires à la migration d’un épillet en région sous-lombaire.

PHOTO 7. Radiographie de profil de la colonne lombaire d’un chat qui présente une parésie des membres pelviens. Lésion lytique dans le corps vertébral de L7. Il s’agit d’un ostéosarcome vertébral.

PHOTO 8. Radiographie de profil de la colonne cervicale d’un chat atteint d’hypervitaminose A. Proliférations osseuses ventralement à C3-C4 et au niveau des facettes articulaires en région cervicothoracique.

PHOTO 9. Radiographie de profil de la colonne thoracolombaire d’un jeune chat atteint de mucopolysaccharidose. Les vertèbres ont un aspect transparent, leur taille est réduite. Un défaut d’ossification épiphysaire et un aspect hétérogène des épiphyses vertébrales sont également notés.