Le point Vétérinaire n° 232 du 01/02/2003
 

ANTIPARASITAIRES EXTERNES ET INTERNES CHEZ LE CHAT

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Jean-Dominique Puyt

Unité de Pharmacologie et Toxicologie, ENVN

Deux applications de sélamectine et une d’un insecticide adulticide traitent en première intention l’infestation d’un chat par des parasites externes et digestifs.

Pompon, jeune chaton européen âgé de trois mois, et sa mère viennent d’être adoptés. Ils sont fortement infestés, à la fois par des puces et par des parasites digestifs, et présentent une gale des oreilles. Un traitement antiparasitaire externe et interne est mis en œuvre chez le chaton (Stronghold®) et chez sa mère (Stronghold® et Frontline®).

Stronghold® : Deux administrations sont suffisantes

Stronghold® contient de la sélamectine, un macrolide endectocide actif à la fois sur les parasites externes, notamment les puces, les agents des gales et les nématodes. Le choix de cette molécule chez le chaton et chez sa mère est opportun, puisque les animaux sont infestés à la fois par des puces, par des tiques et par des ascaris. Chez le chat, la résorption transcutanée du spot-on est bonne (évaluée à 74 % par rapport à la voie intraveineuse).

Le rythme d’administration prévu (une fois par mois jusqu’à l’âge d’un an chez le chaton et une fois tous les trois mois chez sa mère) est celui recommandé contre les puces, compte tenu de la rémanence de la sélamectine. En revanche, une seule application suffit pour détruire les stades adultes et immatures des ascarides. Contre la gale des oreilles, deux administrations sont recommandées (plutôt qu’une seule mentionnée par la notice d’emploi). Deux administrations de sélamectine à un mois d’intervalle auraient donc été suffisantes chez le chaton et sa mère et le relais avec un insecticide adulticide destiné à lutter uniquement contre les puces aurait suffi chez le chaton.

Antiparasitaire : Pour ou contre une prescription permanente

Le praticien se trouve visiblement en face d’une infestation parasitaire massive et variée, qui justifie le traitement à la fois du chaton et de sa mère. L’efficacité de la sélamectine contre l’ascaridiose et la gale permet d’attendre un résultat favorable définitif dans un délai d’un ou de deux mois. L’infestation par les puces diminue naturellement à la fin de l’automne et en hiver : le principe d’un traitement quasi permanent doit donc être réévalué. Si des réinfestations par les puces sont à craindre, les insecticides régulateurs de la croissance des insectes (IGR) pour l’habitat et/ou l’animal (lufénuron, pyriproxyphène) sont intéressants.

Dans les conditions habituelles de vie en habitat individuel, il n’apparaît pas justifié de traiter en permanence les animaux de compagnie par des antiparasitaires externes adulticides. Leur utilisation plus raisonnée doit être recherchée, en relation étroite avec le propriétaire.

Ceci est encore plus vrai pour les antiparasitaires internes. Ces médicaments curatifs agissent ponctuellement le temps de leur traversée du tube digestif, sans effet préventif. Leur prescription mensuelle n’a pas de justification pratique chez les animaux de compagnie, dont la plupart vivent isolés, avec des probabilités d’infestations massives limitées. La problématique est évidemment différente chez les carnivores domestiques qui vivent en groupe (chenil, élevage, meute).

Frontline® : Une prescription judicieuse contre la pullicose

Frontline® contient du fipronil, insecticide et acaricide de la série des phénylpyrazolés. La formulation galénique en spot-on le rend plus particulièrement actif contre les puces, un peu moins contre les tiques. La prescription mensuelle de fipronil chez la mère, correspond à un rythme d’administration approprié, compte tenu de la rémanence du produit.

Législation : La prescription : toujours conseillée

Les antiparasitaires externe des animaux de compagnie sont en vente libre, sauf ceux soumis à prescription obligatoire (art. L. 5143-2). La prescription de fipronil n’est pas obligatoire, alors qu’elle l’est pour la sélamectine, inscrite en liste II des substances vénéneuses. La rédaction d’une ordonnance est cependant toujours souhaitable pour apporter au propriétaire « toute la clarté et les explications utiles sur la thérapeutique » (article 2 du Code de déontologie). Pour les substances vénéneuses, l’animal et son propriétaire doivent être identifiés précisément sur l’ordonnance. En outre, les médicaments ayant été délivrés par le vétérinaire traitant, les quantités délivrées et la date de délivrance doivent être clairement mentionnées.

La durée de la prescription n’est pas ici clairement limitée. Pour les substances vénéneuses, la validité d’une ordonnance est limitée à douze mois ; le renouvellement en pharmacie est donc implicitement autorisé pendant un an pour la sélamectine (sauf mention « renouvellement interdit »).