Le point Vétérinaire n° 232 du 01/02/2003
 

PATHOLOGIE MAMMAIRE BOVINE

Se former

CONDUITE À TENIR

Jean-François Labbé

14, avenue de la Libération,
22 250 Broons

Dans un élevage confronté à des problèmes de mammites et/ou de taux cellulaires élevés, une évaluation rapide des pratiques de l’éleveur permet souvent de “dégrossir” la situation.

Résumé

Les étapes essentielles

Étape 1 : Évaluation de la technique de traite

• Contrôle de l’hygiène de traite

• Détection des mammites

• Désinfection des trayons après la traite

• Nettoyage des griffes

Étape 2 : Évaluation du logement des animaux

Étape 3 : Évaluation du matériel de traite

• Entretien

• Fonctionnement

Étape 4 : Évaluation du traitement des mammites

• En lactation

• Au tarissement

La prise en charge complète d’un élevage laitier confronté à un problème de mammites cliniques et/ou de taux cellulaires élevés demande souvent une approche globale et approfondie concernant plusieurs aspects : évaluation des pratiques de l’éleveur (technique de traite et hygiène de traite), analyse des données sanitaires (numérations cellulaires et épidémiologie des mammites cliniques), identification des facteurs de risque, appréciation de l’efficacité de la maîtrise et de l’élimination des infections mammaires, etc.

Dans de nombreux cas cependant, un “prédiagnostic” d’orientation peut être établi assez rapidement grâce à un questionnaire ciblé sur divers points relatifs à la traite, au logement des animaux et au traitement des mammites.

Cet article a pour but de présenter et de commenter la “check-list” des informations clés qui vont permettre de cerner le problème.

La technique de traite

1. Contrôle de l’hygiène de traite

• Les trayons sont-ils nettoyés avant la traite ?

• Le sont-ils toute l’année ?

•Par quelle méthode ?

L’absence de nettoyage des trayons avant la traite ou l’utilisation d’une lavette unique pour le troupeau est bien sûr à proscrire. La lavette individuelle, la douchette ou le prétrempage sont de bonnes techniques si elles sont bien maîtrisées et bien appliquées toute l’année. Le nettoyage des trayons avant la traite avec des lavettes individuelles n’est efficace que si celles-ci sont désinfectées entre chaque traite et si elles trempent dans un savon de traite pendant la traite. Après utilisation de la lavette, il est possible d’essuyer en plus les trayons avec du papier absorbant. Pour le prétrempage, il convient d’utiliser un produit spécifique et de l’appliquer trente secondes sur le trayon avant essuyage. L’utilisation de la douchette est possible si la technique est bien maîtrisée. Il convient d’éviter de mouiller l’ensemble de la mamelle et de s’assurer que de l’eau souillée ne dégouline pas sur les trayons après essuyage.

2. Détection des mammites

• Les premiers jets sont-ils examinés avant la pose de la griffe ?

L’examen des premiers jets avant la pose de la griffe doit être systématique. C’est la seule façon de détecter précocement les mammites cliniques. Les premiers jets doivent être observés de préférence dans un bol à fond noir. Ils peuvent être observés à la rigueur sur le sol en salle de traite, mais en aucun cas dans la main ou dans la lavette !

3. Désinfection des trayons après la traite

• Les trayons sont-ils désinfectés après la traite ?

Les trayons de toutes les vaches doivent être désinfectés après la traite toute l’année. Le trempage est préférable à la pulvérisation, car il est plus facile à réaliser techniquement. Le choix du produit dépend du contexte de l’exploitation. Il n’existe pas toujours une très grande différence d’efficacité entre les produits aqueux et les produits filmogènes. Un produit filmogène n’a aucun effet barrière. Les produits à effet barrière sont à préconiser lorsque les conditions de logement peuvent être considérées comme un facteur de risque de nouvelles contaminations.

Il est important de connaître le spectre d’action des différents produits de trempage, qui varie d’un produit à l’autre en fonction de la composition et de la concentration des produits actifs.

4. Nettoyage des griffes

• Comment la griffe est-elle nettoyée après la traite des vaches présentant une mammite ou un taux cellulaire élevé ?

Une griffe ayant servi à la traite d’une vache infectée peut contaminer pendant toute la traite les vaches traites avec cette griffe. Le rinçage ou le trempage d’une griffe dans de l’eau froide ne permet pas de détruire les bactéries. Le passage d’eau chaude dans la griffe peut être efficace à condition que la température de l’eau soit supérieure à 70 - 80 °C et qu’elle soit appliquée pendant deux à trois minutes.

Dans la mesure du possible, il est conseillé de traire les vaches infectées en dernier. Il existe des produits spécifiques pour désinfecter la griffe après la traite d’une vache contaminée.

Logement des animaux

1. En stabulation libre sur aire paillée (PHOTO 1)

• Quelle est la surface par vache ?

• Quelle quantité de paille est-elle utilisée ?

• Y a-t-il des zones sales ou humides ?

• Quelle est la fréquence du paillage ?

• Les vaches occupent-elles toute la surface de couchage ?

La surface d’aire paillée doit être comprise entre 8 et 10 m2 par vache. Le paillage doit être fait chaque jour, en utilisant 1,2 kg de paille par m2. Un excès de paillage est aussi nuisible qu’une carence de paillage. Le fumier doit être vidé lorsque sa température à 5-10 cm de profondeur dépasse 38 à 40 °C (PHOTO 2). Il convient d’être vigilant sur la présence de zones sales et/ou humides. Ces zones sont souvent situées autour du couloir de retour de salle de traite ou autour des points d’eau. Les points d’eau doivent être situés au niveau de l’aire bétonnée et ne pas être accessibles directement de l’aire paillée. Le raclage de l’aire bétonné, doit être effectué chaque jour. Il est important de s’assurer que les animaux occupent toute la surface de couchage. Les surfaces souillées non utilisées doivent venir en déduction de la surface par vache.

2. En stabulation libre à logettes

• Quels sont le nombre de vaches et le nombre de logettes ?

• Quelles sont la fréquence de raclage et la fréquence de nettoyage des logettes ?

Il est bien sûr nécessaire de disposer d’une logette par vache. Les bouses dans les logettes doivent être ôtées chaque jour et le raclage des aires bétonnées doit être quotidien ou biquotidien.

3. En stabulation entravée

• Quelles sont les fréquences du nettoyage et du paillage ?

Le fumier doit être curé au moins une fois par jour. L’idéal serait même de réaliser un curage deux fois par jour.

Matériel de traite

1. Entretien du matériel de traite

• À quelles fréquences la machine à traire est-elle contrôlée et les manchons sont-ils changés ?

• Dans quel état sont les manchons, les filtres du régulateur et les pulsateurs ?

Le contrôle annuel de l’installation de traite par un agent agré ainsi que le changement annuel des manchons de traite sont primordiaux (la durée de vie d’un manchon est de 2 500 traites). Il convient aussi d’examiner l’état de l’ensemble de la tuyauterie de l’installation (tuyaux percés, déformés, etc.) (PHOTO 3) ainsi que la collerette des manchons, qui doit être bien circulaire. Selon les modèles de pulsateurs, et pour tous les types de régulateurs, il convient de nettoyer régulièrement les filtres.

2. Fonctionnement pendant la traite

• Le temps traite a-t-il augmenté de façon significative ?

• Les vaches sont-elles plus nerveuses en salle de traite ?

• Émettent-elles des bouses pendant la traite ?

• L’indicateur de vide a-t-il bougé ?

• Les trayons sont-ils bleus en fin de traite

(ne pas prendre en compte les primipares) ?

• Les quartiers sont-ils totalement vidés ou faut-il égoutter les vaches ?

• Y a-t-il des anneaux très marqués à la base des trayons après dépose de la griffe ?

Une réponse affirmative à une ou plusieurs de ces questions indique un défaut du matériel de traite. Une visite de traite complète et un contrôle de la machine doivent alors être envisagés. En ce qui concerne le manomètre, ce sont les variations de valeurs qui sont importantes plus que la valeur indiquée en elle-même.

Traitement des mammites

1. En lactation

• Lors de mise en évidence d’une mammite, un traitement est-il instauré immédiatement, ou attend-on la traite suivante ?

• Le traitement est-il arrêté dès le constat d’une amélioration ?

• Les vaches récidivantes reçoivent-elles un traitement spécifique ?

Il est essentiel de s’assurer de la technicité de l’éleveur dans la mise en place des traitements en consultant son registre des traitements (PHOTO 4) et en évaluant ses pratiques. Des modifications dans la stratégie des traitements de première ou de seconde intention sont souvent nécessaires.

2. Au tarissement

• L’ensemble des vaches reçoivent-elles un traitement intramammaire au tarissement ?

• Les vaches taries sont-elles séparées du troupeau et leur local est-il propre ?

Tout comme pour le traitement des mammites en lactation, l’évaluation de l’efficacité du traitement hors lactation est primordiale. Le logement et la ration des vaches taries et amouillantes doivent être évalués afin de limiter les risques de contamination durant la période sèche.

Quelques cas particuliers

• Le taux de récidive des mammites cliniques (rechute dans le même quartier moins de quinze jours après un traitement) est élevé, ou les vaches traitées restent infectées (taux cellulaire élevé).

Les causes possibles sont :

- Le traitement est mis en place tardivement (non-observation des premiers jets ou attente de la traite suivante pour débuter le traitement).

- Le traitement n’est pas administré dans sa totalité.

- Le traitement n’est pas adapté.

• Le taux cellulaire du tank est élevé, mais il n’y a pas de mammites cliniques.

Les causes possibles sont :

- Les premiers jets ne sont pas observés et les mammites cliniques sont mal détectées.

- La réforme des vaches infectées n’est pas réalisée.

- Plusieurs éléments d’hygiène ne sont pas satisfaisants.

- Il existe un problème dans l’installation de traite.

• Les vaches sont saines au tarissement, mais présentent des mammites ou des taux cellulaires élevés après le vêlage.

Trop souvent dans ce cas le produit de tarissement est incriminé. Il est en fait rarement en cause. Il convient surtout de revoir l’hygiène du logement des vaches taries ou autour du vêlage et de s’assurer que les vaches n’ont pas d’œdème mammaire important au vêlage. Les vaches qui ont de l’œdème ainsi que les vaches qui « coulent leur lait » avant vêlage doivent être traites avant la mise bas.

• Une flambée de mammites ou de taux cellulaires élevés arrive soudainement alors que l’élevage ne connaissait pas de problèmes particuliers.

Dans ce cas, il convient d’abord de bien s’assurer de la soudaineté d’apparition des troubles, puis d’envisager un contrôle de l’installation de traite et de vérifier l’absence d’anomalie au niveau du bâtiment (retard de curage, température du fumier, inondation, etc.). Si le contrôle de l’installation de traite est récent, s’assurer qu’aucune modification de réglage n’a été réalisée, et si les manchons viennent d’être changés, vérifier les références. Une visite de traite complète doit alors être envisagée.

ATTENTION

Quel que soit le type de bâtiment, il convient de s’assurer que la ventilation est suffisante et que la paille utilisée est de qualité et qu’elle est bien stockée dans un endroit sec.

En savoir plus

- Faroult B. Définition du plan de traitement des mammites en lactation spécifique du troupeau : le référentiel GTV partenaire. Journées nationales GTV Tours 2002:109-136.

- Ménard JL, Capdeville J, Roussel P. Bâtiment et mammites : maîtrise des conditions d’ambiance et entretien des litières. Journées nationales GTV. 2002:175-182.

- Poutrel B. Actualités sur les méthodes de diagnostic des mammites. Journées nationales GTV Tours. 2002:157-164.

- Raguet Y, Bastien J, Seegers H, Hetreau T, Brouillet P. Visite d’évaluation d’un élevage à problèmes de mammites. Journées nationales GTV Nantes 1999:401-435.

- Seegers H, Sérieys F. L’intervention du vétérinaire face à un problème de mammites.

1- Questions de base et réponses possibles aujourd'hui. Journées nationales GTV Tours. 2002:139-145.

- Sérieys F, Seegers H. L’intervention du vétérinaire face à un problème de mammites.

2- Adapter les méthodes à l’évolution de l’épidémiologie. Journées nationales GTV Tours. 2002:147-156.

PHOTO 1. L’évaluation de la qualité du logement des animaux est primordiale.

PHOTO 2. Mesure de la température du fumier.

PHOTO 3. L’examen de l’ensemble de la tuyauterie de l’installation de traite permet d'évaluer l’entretien de celle-ci.

PHOTO 4. La technicité de l’éleveur dans la mise en place des traitements peut être évaluée en consultant son registre des traitements.