Le point Vétérinaire n° 231 du 01/12/2002
 

ALIMENTATION DU CHIEN ET DU CHAT

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Éric Sachot

In vitro, les anti-oxydants sont efficaces pour retarder le vieillissement cellulaire. In vivo, chez l'homme, certains régimes vont de pair avec un allongement de la vie.

Il semble qu’un ou deux verres de vin rouge par jour (choisissez-le tannique) aident à mieux vieillir. Le régime crétois, riche en fruits, en légumes et en huile d’olive, s’accompagne d’un allongement de la durée de vie. Les anti-oxydants auraient de formidables propriétés : mythe ou réalité ? Quelques anti-oxydants sont désormais intégrés à certains aliments industriels des carnivores domestiques. Que peut-on en attendre ?

Deux types d’anti-oxydants

Il convient de ne pas confondre les anti-oxydants conservateurs de denrées ou de médicaments et les anti-oxydants « antivieillissement cellulaire ». Les premiers sont utilisés depuis longtemps ; les molécules qui présentent un intérêt dans cette application (BHT, BHA, gallates...) ne sont pas directement impliquées dans la lutte contre le vieillissement cellulaire car elles exercent leur action en amont de l’organisme.

Les anti-oxydants « antivieillissement » ou « antiradicaux libres » regroupent de nombreuses molécules : des vitamines (C et E), des oligo-éléments (cuivre, manganèse, zinc, sélénium), l’albumine, l’acide urique, la bilirubine, le glutathion, les caroténoïdes et les polyphénols.

Les radicaux libres

Les formes réactives de l’oxygène, ou radicaux libres, proviennent de processus physiologiques comme la respiration cellulaire ou sont générées par des polluants de l’environnement (voir le TABLEAU « Exemples de formes réactives de l’oxygène »). Elles possèdent un ou plusieurs électrons non appariés et sont, de ce fait, très instables. Pour se stabiliser, elles recherchent un électron disponible sur les molécules voisines, en particulier l’ADN et les lipides (membrane cellulaire). Ces molécules deviennent à leur tour instables et se dégradent.

Le radical hydroxyle (•OH) est ainsi formé in vivo dans tous les organismes en grande quantité. Il est tellement réactif qu’il est impossible d’éviter les interactions entre ce radical et les autres molécules qui constituent la cellule (voir le TABLEAU « Action de •OH sur les structures cellulaires »).

Les moyens naturels de protection

Les défenses antiradicalaires de l’organisme sont multiples : enzymatiques (superoxyde dismutase, glutathion peroxydase), chimiques, protéines de réparation de l’ADN... Elles font intervenir des catalyseurs tels que le cuivre, le zinc, le manganèse. Avec les années, les défenses deviennent moins performantes alors que la production de radicaux libres tend à augmenter.

Le vieillissement

Lorsque les défenses ne sont plus suffisantes, les quantités de radicaux libres augmentent, et les membranes cellulaires, les protéines et l’ADN sont altérés. Les cellules perdent leurs propriétés, voire meurent. Les grandes fonctions ne sont plus efficaces, en premier lieu la fonction immunitaire. Chez l’homme, les cancers, les maladies cardiovasculaires, la cataracte et la démence sénile sont favorisés. Inversement, de nombreuses maladies, en particulier celles qui entraînent des inflammations, sont à l’origine de la production de radicaux libres. Il convient de noter cependant que tous les processus liés au vieillissement ne sont pas connus ; la seule conservation de défenses antiradicalaires efficaces ne suffit pas pour rester jeune.

Protection contre les infections

Outre leur intervention sur le système immunitaire, les anti-radicaux libres protègent les membranes des cellules en contact avec le milieu extérieur : cellules de l’épiderme, des alvéoles pulmonaires, digestives... Ainsi, le risque qu’un germe pathogène franchisse l’une de ces parois diminue.

Données in vivo

Le nombre d’études sérieuses qui montrent l’efficacité des anti-oxydants est supérieur à celui des essais publiés qui ne la relèvent pas. De nombreuses recherches in vitro ont décrit le mécanisme d’action des anti-oxydants. Depuis quelques années, des études in vivo tentent d’expliquer ce que les Américains appellent le « French Paradox », qui peut se résumer en une équation apparemment insoluble : une alimentation à base de foie gras et de choucroute entraîne assez peu de maladies cardiovasculaires. Cette formule est le résultat ou bien de données erronées (notre régime alimentaire est plus varié) ou bien de données manquantes (par exemple, la consommation de tanins contenus dans les fruits, les légumes et les vins).

Les études in vivo sont réalisées essentiellement chez l’homme et les animaux de laboratoire.

Les corrélations entre la richesse de l’alimentation en agents antiradicaux libres et la diminution de nombreux troubles liés au vieillissement sont nombreuses. Des essais peu documentés plus récents concernent également le chien.

Les polyphénols

Les polyphénols sont présents naturellement dans les végétaux, et en particulier dans les tanins. Le resvératrol, par exemple, a un pouvoir anti-oxydant de vingt à cinquante fois supérieur à celui de la vitamine E. Les polyphénols, piégeurs de radicaux libres et chélateurs de fer, s’opposent aux phénomènes d’oxydation des lipides cellulaires. En particulier, des études chez animal ont montré une protection des hépatocytes et des cellules du cristallin. Chez la souris, ils retardent le développement des cancers spontanés. Certains ont des propriétés œstrogéniques capables de limiter le développement des tumeurs des glandes mammaires. À doses élevées, leurs capacités chélatrices nuisent à la résorption des nutriments.

Les caroténoïdes

Les caroténoïdes protègent les membranes cellulaires contre le dioxyde d’azote. Leur présence suffisante dans l’alimentation permettrait de lutter contre les processus tumoraux, la cataracte et les maladies d’origine immune.

Vitamines E et C

Dans des expériences où des infarctus du myocarde sont induits, chez le chien, l’administration préventive de vitamine E a pour effet de diminuer significativement la taille des lésions myocardiques. L’action de la vitamine E sur le système immunitaire est également démontrée. La vitamine C agit en synergie avec la vitamine E.

Incorporation aux rations industrielles

L’industrie du pet food incorpore peu à peu des agents capables de lutter contre les radicaux libres dans l’alimentation du chien et du chat. Comme toujours, la synergie entre les différents éléments est plus efficace que l’apport, même massif, de l’un d’entre eux. Actuellement, la vitamine E (alpha-tocophérol) est l’agent anti-oxydant qui est privilégié, mais le bêta-carotène est aussi largement employé.

Les alicaments

Ces aliments pourraient être appelés « alicaments », terme marketing utilisable en comparaison avec les produits vendus pour l’alimentation humaine, et représentent les meilleures progressions de vente du secteur. Le message scientifique associé à ces aliments susceptibles d’intervenir positivement sur la santé à long terme de l’animal sain permet au vétérinaire de justifier cette « prescription ».

Identification des signes du vieillissement

L'identification des signes de vieillissement n'est pas toujours aisée pour les propriétaires et lutter contre ces signes apparaît parfois utopique. Le vétérinaire peut apporter, via l'alimentation, une réponse adaptée à l'attente des propriétaires. Aussi doit-il rechercher les changements de comportement, les baisses d'activité, la diminution des acuités visuelle ou auditive, la perte de la propreté...

Les anti-oxydants ont montré leur efficacité in vitro. Plusieurs études in vivo leur prêtent des propriétés préventives, voire thérapeutiques, essentiellement chez l’homme mais aussi chez l’animal. Le vieillissement est un processus complexe, multifactoriel, encore mal connu. L’incorporation d’anti-oxydants dans les aliments industriels ne peut pas être dangereuse, mais il existe peu de preuves de son efficacité dans la lutte contre le vieillissement.

C’est en bref

PREMIÈRE MONDIALE

Vaccins contre l’herpès virose canine

L’Agence européenne du médicament vient d’approuver le premier vaccin contre l’herpèsvirose canine, Eurican® Herpes 205 développé par Merial. Cette vaccination s’adresse surtout aux éleveurs professionnels ou amateurs, car la vaccination des mères – deux injections à chaque gestation, la première au moment des chaleurs et jusqu’à 10 jours postsaillie, la seconde une à deux semaines avant la mise bas – va alors permettre de protéger les chiots nouveau-nés. En effet, l’herpès virose frappe surtout les chiots nouveau-nés qui en meurent en 24 à 48 heures. Environ 30 % des élevages sont séropositifs. Les élevages contaminés présentent alors aussi des troubles de la reproduction : mauvaise fécondité, avortement,... En revanche, ce vaccin n’a pas d’indication dans les programmes de vaccination des jeunes chiots et adultes. (source EMEA)

CONTRE L’ATOPIE

La ciclosporine orale

Des capsules orales de ciclosporine (Atopica®) sont désormais disponibles dans les centrales en fin d’année. Novartis ne présentera cette nouveauté qu’en début d’année 2003. La ciclosporine est destinée au traitement de la dermatite atopique chez le chien à la dose de 5 mg/kg/j au début, puis 5 mg/kg un jour sur deux pour atteindre la dose d’entretien de 5 mg/kg deux fois par semaine. (Source Novartis)

Bibliographie

  • – Cutler RG. Antioxydants and aging. Am. J. Clin. Nutr. 199 ; 53 : 373-379.
  • – Halliwell B, Murcia MA, Chirico S et coll. Free radicals and antioxydants in food and in vivo : what they do and how they work. Aruoma OI. 1995. Critical review in food science and nutrition. 35 : 7-20.
  • – Meydani SN, Barklund MP, Liu S et coll Vitamin E supplementation enhances cell-mediated immunity in healthy elderly subjects. Am. J. Clin. Nutr. 1990 ; 52 : 557-563.
  • – Natural polyphenols as antioxydants and their potential use in cancer prevention.
  • Polyphenolic phenomena. INRA Editions. 1993 : 221-235.
  • – Polyphénols : des substances à double tranchant. Process. 1998 ; 1141 : 34-35.
  • – Schoonover LL. Oxidative stress and the rôle of antioxydants in cardiovascular risk reduction.
  • Prog Cardovasc. Nurs. 2001 ; 16(1): 30-32.
  • – Vitamines et minéraux anti-oxydants. Rôle dans la prévention du cancer.
  • La presse médicale. 1994 ; 23 (39): 1826-1830.

Exemples de formes réactives de l’oxygène

Le métabolisme cellulaire et les facteurs environnementaux constituent les principales sources de formes réactives de l’oxygène.

Action de •OH sur les structures cellulaires

•OH agit sur la plupart des molécules qui composent l’ensemble des structures cellulaires (parois, organites...). L’organisme possède des moyens de défense et de réparation.