Le point Vétérinaire n° 230 du 01/11/2002
 

PRÉLÈVEMENT DE LIQUIDE CÉPHALORACHIDIEN CHEZ LE VEAU

Pratiquer

EN IMAGES

Raphaël Guatteo

chargé de consultation en pathologie médicale du bétail, ENVN

Le recueil du liquide céphalorachidien chez le veau aide à préciser l’origine de certains signes neurologiques observés.

Deux sites de ponction sont possibles pour prélever du liquide céphalorachidien (LCR) : la jonction atlanto-occipitale et la jonction lombosacrée. La première est la plus souvent utilisée chez le veau (la seconde est la seule réalisable en pratique chez l’adulte).

La ponction atlanto-occipitale constitue parfois une alternative après l’échec du prélèvement à la jonction lombosacrée. En outre, certains auteurs recommandent cette voie lors de suspicion de lésion cérébrale. L’expérience du praticien oriente également sa préférence vers l’une ou vers l’autre des deux sites de ponction.

Excepté lors de phénomène compressif sur le trajet médullaire, la composition du LCR est similaire dans les deux régions anatomiques.

Immobilisation

Lors de ponction à la jonction atlanto-occipitale, une contention parfaite du veau est nécessaire car tout mouvement brusque peut entraîner des lésions irréversibles de la moelle épinière. L’intervention est moins délicate chez l’adulte (jonction lombosacrée).

La plupart du temps, une contention physique efficace suffit. Pour limiter les réactions de l’animal lors de la ponction, une anesthésie locale du site de ponction peut être réalisée à l’aide d’un à deux millilitres de lidocaïne à 2 %.

Une sédation chimique est parfois indispensable (tremblements, animal vif), à l’aide, par exemple, de xylazine (Rompun®, Paxman®) à la dose de 0,05 mg/kgparvoie intraveineuse.

Indications

Un prélèvement de LCR permet d’affiner le diagnostic d’une affection neurologique centrale. Il aide à distinguer des processus inflammatoire, tumoral, dégénératif ou infectieux.

Il présente en outre un intérêt lorsqu’un phénomène infectieux fortement contagieux est suspecté sur un lot de veaux : dans le contexte actuel, l’éleveur demande alors souvent un pronostic (donc un diagnostic précis) avant de poursuivre un traitement potentiellement lourd et coûteux.

1 Matériel Outre le matériel pour préparer chirurgicalement la zone, il convient de se munir d’une aiguille rose de 18 G (1,3 x 50) et de tubes à prélèvements classiques (tubes sec, EDTA et hépariné).

Articulation atlanto-axiale d’un bœuf (vue dorsale)

D’après Barone R. Tome 1. 1986:761 pages.

Articulation atlanto-axiale et ligament nuchal d’un bœuf (vue latérale gauche)

D’après Barone R. Tome 1. 1986 : 761 pages.

2 Tonte et contention Une zone de 5 cm sur 5 est préparée de manière chirurgicale en région occipitale. La tête de l’animal est maintenue fortement entre les cuisses du vétérinaire, de manière à ouvrir au maximum l’angle atlanto-occipital. Le museau est ramené le plus près possible du thorax ; la tête est encapuchonnée. Selon l’intensité des troubles nerveux et la vivacité du veau, un(e) autre aide peut se révéler nécessaire afin de maintenir immobile le reste du corps de l’animal.

3 Repères Les ailes de l’atlas sont repérées avec les index. Le site de ponction se trouve au milieu de la ligne qui rejoint leurs deux extrémités. De même, la ligne médiane de l’animal est suivie par pressions du doigt dans la région occipitale : une zone dépressible correspondant au site de ponction est nettement palpable.

4 Première étape de la ponction L’aiguille est insérée perpendiculairement à l’axe de l’animal. Une certaine résistance se manifeste, qui correspond à la traversée de la peau et du ligament nuccal.

5 Deuxième étape de la ponction La première résistance passée, l’insertion de l’aiguille (toujours à 90°) est poursuivie jusqu’à rencontrer une seconde résistance qui correspond à la traversée du ligament intervertébral. Il convient, à ce stade, de manœuvrer délicatement.

6 Troisième étape de la ponction Une légère pression sur l’aiguille suffit pour traverser la graisse péridurale et pour pénétrer dans la citerne subarachnoïdienne. La plupart du temps, il est nécessaire d’enfoncer l’aiguille jusqu’à la garde. Le bruit d’aspiration classiquement décrit, qui correspond à la dépression engendrée dans la ponction, est rarement entendu.

7 Aspiration Le liquide céphalorachidien peut sortir spontanément sous l’effet de la pression : des gouttes perlent alors à l’extrémité de l’aiguille dès l’entrée dans la citerne. Sinon, il est nécessaire de monter une seringue sur l’aiguille et d’aspirer afin de s’assurer de la bonne position de cette dernière dans l’espace subarachnoïdien. Dans les deux cas, le prélèvement de la quantité désirée de liquide céphalorachidien est effectué à la seringue. Généralement, 2 à 5 ml sont nécessaires. L’aiguille est ensuite retirée rapidement. Une pression est appliquée au niveau du site de la ponction pendant quelques secondes.

8 Conditionnement Le liquide céphalorachidien ainsi prélevé est placé dans un tube. Toutes les analyses de routine (numération et formule sanguine, glycorraphie, taux de protéines et d’albumine sériques) sont réalisables sur tube sec si elles sont effectuées rapidement. Un tube EDTA ou hépariné est en revanche préférable lorsque le liquide recueilli est pollué par du sang, suite à la ponction accidentelle d’un vaisseau, lors du cheminement de l’aiguille notamment.