Le point Vétérinaire n° 230 du 01/11/2002
 

NÉONATALOGIE BOVINE

Se former

EN QUESTIONS-RÉPONSES

Christophe Uystepruyst

Rue du Chauchoir, 37, B-7620
Wez-Velvain (Belgique)

L’application systématique de procédures de nursing immédiatement après la naissance permet d’améliorer de manière significative l’adaptation à la vie extra-utérine chez le veau nouveau-né.

Résumé

La mortalité périnatale bovine engendre des pertes financières importantes pour l’économie agricole. La majorité de ces pertes provient d’une adaptation inappropriée du veau à la vie extra-utérine à la suite d’une mise bas lente, difficile ou compliquée. Elles sont imputables, directement ou indirectement, à l’hypoxie du veau au moment de la mise bas et à l’acidose métabolique sévère qui en découle. Or, une meilleure gestion des pratiques de nursing contribue à améliorer l’adaptation du veau à la vie extra-utérine. Il est ainsi préconisé d’appliquer de manière systématique les procédures suivantes : suspendre le veau par les membres postérieurs pendant 40 à 90 secondes ou le placer en décubitus sternal immédiatement après la naissance ; réaliser une aspiration pharyngée et nasale systématique ; verser de l’eau froide sur la nuque pour stimuler la respiration ; placer le veau sous une lampe à infrarouge.

Le passage de la vie utérine à la vie extra-utérine représente un stress important pour l'organisme : de nombreuses fonctions préalablement assurées par le placenta doivent être prises en charge quasi instantanément par le nouveau-né lui-même afin d’assurer sa survie [2, 67, 101, 102]. Une transition inappropriée peut être directement responsable soit de la mort du nouveau-né, soit de l'apparition de lésions irréversibles, soit d'une susceptibilité accrue aux maladies néonatales d’origine infectieuse telles que les omphalites, les diarrhées, les pneumonies et les septicémies [101].

La mortalité périnatale bovine engendre des pertes financières importantes pour l’économie agricole [11, 120]. En moyenne, 4 à 6 % des veaux nouveau-nés à terme meurent au cours des vingt-quatre premières heures qui suivent la mise bas [21, 29, 31, 33, 80, 101, 122]. La conduite générale du troupeau constitue un élément déterminant dans la survie du nouveau-né, comme le démontre la grande variabilité des taux de mortalité périnatale d’un troupeau à l’autre [31, 35, 80]. La majorité de ces pertes proviennent d’une adaptation inappropriée du veau à la vie extra-utérine à la suite d’une mise bas lente, difficile ou compliquée [32, 40, 45, 80, 118, 119, 120]. Elles sont imputables, directement ou indirectement, à l’hypoxie du veau au moment de la mise bas et à l’acidose métabolique sévère qui en découle [11, 29, 80, 96, 101, 110, 117, 119]. En outre, les veaux qui survivent à de telles mises bas présentent de la faiblesse, de l’abattement, consomment moins de colostrum, absorbent moins d’immunoglobulines colostrales, ont des capacités thermorégulatrices déficientes et présentent dès lors un risque accru d’être malades ou de mourir ultérieurement à cause d’un échec partiel ou total du transfert de l’immunité d’origine colostrale [4, 14, 18, 59, 61, 101, 121].

Comment réduire la mortalité néonatale ?

Pour réduire la mortalité liée à la mise bas, il est indispensable de mieux connaître et comprendre les changements physiologiques que le veau nouveau-né subit pendant la période à hauts risques des vingt-quatre premières heures après la naissance [2] et, plus particulièrement, ceux relatifs aux échanges gazeux, à l’équilibre acidobasique, au maintien de la glycémie et de la température corporelle ainsi qu’au transfert d’une immunité passive d’origine colostrale.

Plusieurs études ont été menées dans le but de définir des stratégies pour améliorer l’adaptation du veau nouveau-né à la vie extra-utérine.

Ces études ont visé à :

1 Caractériser les modifications physiologiques de l’adaptation respiratoire et métabolique à la vie extra-utérine chez le veau nouveau-né sain. L’évaluation des variables physiologiques relatives aux échanges gazeux pulmonaires, à la mécanique ventilatoire, au maintien de l’équilibre acidobasique, de la température corporelle, de la glycémie et au transfert de l’immunité passive d’origine colostrale au cours des vingt-quatre premières heures qui suivent la naissance a permis :

- de caractériser objectivement une adaptation physiologique à la vie extra-utérine chez le veau nouveau-né sain ;

- de décrire la cinétique et les étapes clés de cette adaptation au cours des vingt-quatre premières heures après la naissance ;

- de déterminer objectivement l’impact fonctionnel de facteurs de risques incriminés dans la mortalité du veau nouveau-né.

2 Évaluer de manière objective l’effet de facteurs de risques incriminés dans la mortalité périnatale bovine sur l’évolution, au cours des vingt-quatre premières heures, des variables fonctionnelles représentatives d’une adaptation à la vie extra-utérine.

Cette étude a démontré que les facteurs tels que la ferme d’origine, la durée de la gestation, la parité de la mère, la race, le sexe, le poids du veau à la naissance, le type de mise bas, la gémellité et la présentation fœtale exercent une influence significative sur l’adaptation respiratoire et métabolique du veau nouveau-né. L’évidence d’une influence de la ferme d’origine suggère qu’une meilleure gestion des pratiques de nursing du nouveau-né pourrait contribuer à améliorer l’adaptation du veau à la vie extra-utérine. Les résultats ont mis en évidence que le fait de modifier la gestion de la mise bas dans une exploitation permet d’améliorer l’adaptation du veau à la vie extra-utérine et que plus une procédure de nursing est appliquée précocement, plus elle a de chances d’améliorer cette adaptation (les six à douze premières heures après la naissance représentent une période déterminante pour l’ensemble des variables physiologiques évaluées).

3 Évaluer de manière objective l’effet d’une série de procédures de nursing sur des veaux nouveau-nés sains.

Doit-on placer les veaux en décubitus sternal et/ou les suspendre par les membres postérieurs immédiatement après la naissance ?

Chez l’homme, le cheval, le mouton, le bovin adulte ou le chien, la position du corps modifie l’efficacité de la fonction respiratoire [10, 41, 56, 65, 68, 89, 126]. Des modifications de posture peuvent également influencer l’homéo-stasie chez l’enfant nouveau-né [112].

Le décubitus sternal (PHOTO 1) et la suspension du veau par les membres postérieurs (PHOTO 2) sont deux techniques recommandées pour réanimer les veaux nouveau-nés après une naissance difficile [19, 51, 78, 124]. Cependant, l’efficacité de ces procédures n’a pas été évaluée de manière objective, même chez le veau nouveau-né sain [19, 29].

Cent un veaux de race blanc-bleu belge (BBB), nés à terme par césarienne élective(1), ont été évalués au cours des vingt-quatre premières heures après la naissance au moyen d’un protocole d’investigation fonctionnelle du veau nouveau-né (VOIR l’ENCADRÉ “Protocole d’investigation fonctionnelle du veau nouveau-né”). Ils ont été répartis en trois groupes en fonction de la position dans laquelle ils ont été placés immédiatement après la rupture du cordon ombilical :

- décubitus latéral (n = 71) ;

- décubitus sternal (n = 16) ;

- suspension par les membres postérieurs jusqu’au premier mouvement de défense (c’est-à-dire 75 secondes en moyenne), suivie du décubitus latéral (n = 14).

Après cette manipulation initiale, les veaux étaient libres de leurs mouvements.

Cette étude indique que le décubitus sternal et la suspension par les membres postérieurs immédiatement après la rupture du cordon ombilical ont exercé une influence favorable sur l’efficacité de la fonction respiratoire. Chez l’enfant et chez le poulain nouveau-nés, de même que chez le cheval, le mouton, le bovin et le chien adultes, des observations similaires ont été décrites [36, 56, 68, 73, 74, 125, 126]. La suspension provoque une élimination de liquide fœtal pulmonaire plus importante que chez les veaux non suspendus. Celle-ci peut avoir contribué aux meilleurs échanges gazeux observés après la naissance chez les veaux suspendus. En effet, l’efficacité des échanges gazeux pulmonaires est meilleure lorsque la quantité de liquide fœtal pulmonaire présente au moment où le nouveau-né commence à respirer est moindre [12]. Cette hypothèse semble d’autant plus plausible que, plus la suspension est longue (au maximum 90 secondes), plus la quantité de liquide recueilli pendant la suspension augmente, et meilleurs sont les paramètres de la fonction pulmonaire (à savoir : résistance pulmonaire totale basse ; pression partielle en oxygène, saturation en oxygène de l’hémoglobine du sang artériel et compliance dynamique pulmonaire élevées).

Malgré une acidose métabolique plus prononcée après la naissance, les veaux placés en décubitus sternal et les veaux suspendus ont présenté des valeurs de pH artériel plus élevées que les veaux placés en décubitus latéral. Cette meilleure correction de l’acidose métabolique pourrait s’expliquer par la meilleure ventilation alvéolaire et l’élimination d’une plus grande quantité de CO2 par voie ventilatoire chez les veaux placés en décubitus sternal ou suspendus.

La fréquence cardiaque plus basse au cours des trois premières heures après la naissance chez les veaux préalablement suspendus pourrait être le résultat d’une élévation de la pression sanguine pendant la suspension qui aurait stimulé les barorécepteurs situés au niveau de l’arc aortique et des sinus carotidiens [109], ou la conséquence de la meilleure oxygénation liée à cette position [13].

La diminution postnatale de la température rectale a été plus prononcée chez les veaux placés en décubitus latéral que chez les veaux placés en décubitus sternal et chez les veaux suspendus. Cette différence peut s’expliquer par des pertes de chaleur par conduction plus importantes immédiatement après la naissance à cause d’une plus grande surface de contact en position latérale [30]. En outre, la meilleure oxygénation des deux autres positions pourrait avoir contribué à une thermogenèse plus performante [58].

La diminution postnatale des érythrocytes, de l’hémoglobine et de l’hématocrite indique que tous les veaux ont présenté une anémie physiologique. Cependant, numération des érythrocytes, niveau d’hémoglobine et hématocrite étaient plus élevés chez les veaux suspendus que chez les veaux placés en décubitus latéral à la naissance. Cette observation peut difficilement s’expliquer par une érythropoïèse accrue puisque les différences étaient présentes dès cinq minutes après la naissance et que la suspension améliore l’oxygénation. Une autre explication serait que la suspension aurait provoqué une libération splénique d’érythrocytes, à la suite du stress lié à la suspension. L’arrêt de la suspension pourrait également avoir levé une éventuelle perturbation de la circulation splénique liée à la suspension. Il est peu probable que ces différences proviennent d’un transfert de sang placentaire à la suite d’un travail plus conséquent puisque l’effet du moment de la césarienne n’est pas différent de celui présent chez les veaux en décubitus sternal ou latéral.

La position sternale et la suspension du veau à la naissance ont favorisé le transfert de l’immunité passive d’origine colostrale, comme le démontrent les concentrations en protéines totales et en immunoglobulines à vingt-quatre heures, qui sont plus élevées chez les veaux placés dans ces positions que chez les veaux placés en décubitus latéral.

Les diminutions postnatales des érythrocytes, de l’hémoglobine et de l’hématocrite permettent d’exclure une hémoconcentration pour expliquer ce résultat.

En revanche, l’amélioration des échanges gazeux pulmonaires induite par le décubitus sternal et la suspension par les membres postérieurs pourrait expliquer les protéines totales et les immunoglobulines plus élevées chez ces veaux. En effet, il est prouvé que les taux sériques en immunoglobulines d’origine colostrale sont moindres chez les veaux qui présentent une hypoxémie et une acidose respiratoire postnatales plus prononcées [14, 18, 121].

La position sternale est une position physiologique que le veau nouveau-né adopte spontanément dans les minutes qui suivent la naissance. Cette position favorise l’adaptation respiratoire et métabolique après la naissance. Les veaux suspendus ont adopté plus rapidement la position sternale après la suspension que les veaux placés en décubitus latéral. Les effets bénéfiques de la suspension pourraient dès lors être le résultat combiné des effets de la suspension elle-même et de la position sternale.

Doit-on pratiquer l’aspiration pharyngée et nasale à la naissance, déverser de l’eau froide sur la nuque et/ou placer le veau sous une lampe infrarouge ?

Vingt-quatre veaux BBB nés à terme par césarienne élective ont été évalués au moyen d’un protocole d’investigation fonctionnelle du veau nouveau-né (voir l’ENCADRÉ “Protocole d’investigation fonctionnelle du veau nouveau-né”) après avoir été répartis de manière aléatoire dans quatre groupes en fonction de la procédure de nursing appliquée :

- six veaux n’ont reçu aucune mesure particulière et ont servi de témoins ;

- six veaux ont subi une aspiration pharyngée et nasale réalisée au moyen d’une pompe manuelle à mucosités, immédiatement après la rupture du cordon ombilical (Pompe Vitalograph®) ;

- six veaux ont reçu 5 l d’eau froide (± 5 °C) sur la nuque immédiatement après la rupture du cordon ombilical ;

- six veaux ont été placés dans un box paillé sous une lampe chauffante à infrarouge pendant vingt-quatre heures.

1. Effets de l’aspiration pharyngée et nasale

L’aspiration pharyngée et nasale systématique à la naissance (PHOTO 3) a influencé de manière favorable l’efficacité de la fonction respiratoire. La réduction de la résistance pulmonaire totale chez les veaux “aspirés” suggère que l’aspiration a permis une élimination plus importante de liquide fœtal des voies respiratoires supérieures que chez les veaux témoins. Les veaux “aspirés” ont également présenté une ventilation alvéolaire plus efficace. Il semble donc que la moindre quantité de liquide fœtal pulmonaire résiduel présent à la naissance ait influencé favorablement l’efficacité des échanges gazeux pulmonaires des veaux “aspirés” [12]. L’aspiration a également influencé favorablement l’adaptation métabolique en contribuant à une diminution moins prononcée de la température rectale. Les échanges gazeux plus efficaces et le taux de cortisol plus élevé chez les veaux aspirés pourraient avoir contribué à une thermogenèse avec et sans frissons plus performante [5, 9].

2. Effet du déversement d’eau froide sur la nuque

Le déversement d’eau froide sur la nuque du veau à la naissance (PHOTO 4) a provoqué une augmentation temporaire (45 minutes) de la résistance pulmonaire totale. Celle-ci pourrait provenir d’un déplacement de liquide fœtal pulmonaire à la suite du secouement de la tête qui a accompagné le déversement d’eau froide et/ou d’une bronchoconstriction réflexe liée à la stimulation des récepteurs cutanés de la tête [113]. Malgré cet “encombrement temporaire”, l’efficacité de la fonction respiratoire des veaux qui ont reçu de l’eau froide n’a pas été altérée. Celle-ci a même été favorisée.

Le déversement d’eau froide a influencé l’équilibre acidobasique : malgré des valeurs similaires à la naissance, les veaux qui ont reçu de l’eau froide ont présenté une acidose métabolique plus prononcée jusqu’à la douzième heure. Les concentrations plasmatiques en lactate plus élevées évaluées à partir d’un prélèvement de sang jugulaire suggèrent que l’eau froide pourrait avoir provoqué une vasoconstriction locale et stimulé une glycolyse anaérobie au niveau des tissus refroidis. Une lactacidémie se développe également lors d’un refroidissement de surface chez le nourrisson [115].

3. Effets de la lampe à infrarouge

Les veaux placés sous une lampe à infrarouge (PHOTO 5) ont présenté un type de respiration différent de celui des veaux témoins : meilleure distribution de la ventilation et échanges gazeux plus efficaces. Une respiration plus lente et plus ample, comme celle observée chez les veaux sous une lampe à infrarouge, permet une ventilation alvéolaire plus efficace mais nécessite une dépense énergétique plus importante à cause d’un travail ventilatoire plus conséquent [38, 39, 87].

Cependant, les veaux placés sous une lampe à infrarouge pourraient avoir adopté ce type de respiration et fourni ce travail grâce à une moindre dépense d’énergie pour assurer leur thermogenèse. En effet, la diminution postnatale de la température rectale a été moins prononcée chez les veaux placés sous une lampe chauffante que chez les veaux témoins. Les facteurs tels que la taille des veaux et les propriétés intrinsèques du box, qui influencent les échanges thermiques entre le veau et son milieu, ont été similaires chez les témoins et chez les veaux sous lampe. Ces facteurs n’ont donc pas pu causer à eux seuls la différence de température rectale observée entre les groupes témoins et sous lampe [71].

Le maintien d’une température rectale plus élevée chez les veaux sous une lampe chauffante que chez les veaux témoins provient probablement d’une meilleure isolation thermique du veau procurée par la lampe à infrarouge. En effet, l’isolation du veau dépend principalement des propriétés isolantes des structures externes à la peau telles que le pelage, la litière ou le sol [103]. L’énergie radiante fournie par la lampe à infrarouge a procuré au veau un gain de chaleur direct via l’énergie radiante de la lampe à infrarouge et un gain de chaleur indirect via la reradiation par l’environnement exposé et réchauffé par la lampe.

En effet, la lampe à infrarouge a induit une augmentation de la température ambiante de 5 à 6 °C à hauteur du veau. Cette hausse de la température ambiante pourrait donc avoir limité les pertes de chaleur qui surviennent après la naissance en réduisant la différence de température entre le milieu utérin et le milieu extra-utérin.

L’absence de différence de glycémie entre les veaux témoins et les veaux sous une lampe à infrarouge suggère que les veaux placés sous la lampe ont pu maintenir une température corporelle plus élevée sans pour autant devoir mobiliser plus de réserves énergétiques.

Conclusions et perspectives

L’évaluation objective de procédures de nursing visant à améliorer l’adaptation respiratoire et métabolique du veau nouveau-né à la vie extra-utérine permet de préconiser d’appliquer de manière systématique les procédures suivantes :

- suspendre le veau par les membres postérieurs pendant 40 à 90 secondes ou le placer en décubitus sternal immédiatement après la naissance, plutôt que le laisser en décubitus latéral ;

- réaliser une aspiration pharyngée et nasale systématique immédiatement après la naissance pour dégager les voies respiratoires supérieures ;

- verser de l’eau froide sur la nuque pour stimuler la respiration à la naissance ;

- placer le veau sous une lampe à infrarouge pour limiter les pertes de chaleur.

Ces procédures présentent l’avantage majeur d’être non médicamenteuses, donc sans résidus, facilement mises en œuvre et peu ou pas coûteuses. Néanmoins, il reste à vérifier si l’effet combiné de ces différentes mesures est synergique, neutre ou antagoniste. De même, d’autres procédures devront être développées et testées. Parmi celles-ci, il serait intéressant de vérifier l’impact fonctionnel du séchage complet du veau à la naissance, de la combinaison d’une aspiration et d’une ventilation manuelle, d’une rupture différée du cordon ombilical lors de césarienne élective sur col fermé, etc. Il serait également intéressant d’évaluer les effets à long terme de ces procédures afin de savoir si elles améliorent l’état de santé ultérieur de l’animal, ses performances zootechniques et si elles réduisent le risque de morbidité et de mortalité.

  • (1) Césarienne élective : césarienne décidée au début de la parturition sans traction préalable.

Cet article présente quelques aspects des travaux exposés dans la thèse de C. Uystepruyst “Adaptation du veau nouveau-né à la vie extra-utérine”, récompensée par le prix Jacques-Espinasse de la Société française de buiatrie le 30 octobre 2001.

ATTENTION

• La suspension du veau par les membres postérieurs a des effets bénéfiques, mais elle ne doit pas dépasser 90 secondes.

• La position sternale et la suspension du veau à la naissance favorisent le transfert de l’immunité passive d’origine colostrale.

• Placer le veau en décubitus sternal immédiatement après la rupture du cordon ombilical permet de potentialiser l’adaptation métabolique et respiratoire.

• Les veaux suspendus adoptent plus rapidement la position sternale après la suspension que les veaux placés en décubitus latéral.

Protocole d’investigation fonctionnelle du veau nouveau-né

L’investigation fonctionnelle du veau nouveau-né utilisée dans le cadre de cette étude comprenait les examens et les paramètres suivants :

- examen physique au moment de la naissance, dans le but de déceler la présence éventuelle d’une anomalie congénitale macroscopiquement détectable ;

- délai entre la naissance et le décubitus sternal spontané ;

- examen clinique ;

- évaluation de la fonction respiratoire : analyses des gaz sanguins artériels à partir d’un échantillon de sang prélevé au niveau de l’artère axillaire ou sous-clavière, tests de la fonction pulmonaire par la méthode du ballonnet œsophagien ;

- détermination de la pression partielle en oxygène et en dioxyde de carbone, de la saturation en oxygène de l’hémoglobine du sang artériel et du gradient alvéolo-artériel en oxygène par un analyseur de gaz sanguins ;

- calcul de la fréquence respiratoire, de la résistance pulmonaire totale, de la compliance dynamique pulmonaire, du volume courant et du volume minute par le système informatique Po-Ne-Mah ;

- évaluation de l’équilibre acidobasique artériel et veineux au moyen de l’analyseur de gaz sanguins ;

- détermination d’une série de variables métaboliques afin d’évaluer le degré de maturité des organes, l’activation de processus enzymatiques et l’adaptation physiologique au nouvel environnement extra-utérin ;

- mesure de la température rectale ;

- dosage de la concentration plasmatique en lactate afin d’évaluer le degré de perfusion et d’hypoxie tissulaire, l’importance de la glycolyse anaérobie, la capacité du veau à utiliser le lactate comme source d’énergie et la composante métabolique de l’équilibre acidobasique ;

- évaluation de la glycémie afin d’estimer les capacités du veau à couvrir ses besoins énergétiques nécessaires à son homéostasie ;

- qualification de la concentration sérique en cortisol pour évaluer l’intensité du stress lié à la mise bas et la qualité de l’adaptation face à cette situation stressante, ainsi que les capacités du cortisol du veau à induire les processus enzymatiques nécessaires à sa survie immédiatement après la naissance ;

- détermination de la numération des érythrocytes, du poids d’hémoglobine par 100 ml de sang et de l’hématocrite ;

- dosage de la concentration sérique en immunoglobulines (ß2(-globulines) pour évaluer le succès ou l’échec du transfert d’une immunité passive d’origine colostrale.

Points forts

La position dans laquelle le veau est placé immédiatement après la naissance exerce une influence significative sur l’adaptation respiratoire et métabolique à la vie extra-utérine chez le veau BBB né à terme par césarienne élective.

Suspendre le veau par les membres postérieurs pendant 40 à 90 secondes immédiatement après la rupture du cordon ombilical et le placer en décubitus sternal sont deux procédures qui ont un impact favorable sur la mécanique ventilatoire, les échanges gazeux pulmonaires et la correction de l’acidose mixte présente à la naissance, contribuant de la sorte à une meilleure protection immunitaire d’origine colostrale.

L’aspiration pharyngée et nasale, le déversement d’eau froide sur la nuque et la lampe à infrarouge influencent favorablement l’adaptation respiratoire et métabolique du veau nouveau-né à la vie extra-utérine et ne provoquent aucun effet secondaire néfaste.

PHOTO 1. Veau nouveau-né placé en décubitus sternal.

PHOTO 2. Suspension par les membres postérieurs.

PHOTO 3. Aspiration buccopharyngée.

PHOTO 4. Déversement d’eau froide sur la nuque.

PHOTO 5. Veau nouveau-né placé sous une lampe infrarouge.