Le point Vétérinaire n° 229 du 01/10/2002
 

FLUIDOTHÉRAPIE POUR LES DIARRHÉES NÉONATALES

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Béatrice Bouquet*, Laure Reynaud**


*(GTV junior de Nantes)

Les nouveaux réhydratants se distinguent par l’alcalinisant et les sucres qu’ils contiennent, leur hyperosmolarité ou leur teneur en hydrocolloïdes.

Contrairement à ce qui était préconisé auparavant, des réhydratants orauxrécents – Réhydion®, Boviferm-plusSID® – peuvent être mélangés dans le lait dès le début du traitement. La paroi intestinale lésée se régénérerait ainsi plus vite et cela aiderait à maintenir des défenses immunitaires lors de diarrhée. Pour que cela soit possible, le bicarbonate traditionnel a été remplacé par les sels alcalinisants acétate et/ou propionate, qui ne gênent pas le caillage du lait. Réhydion® est un gel “prêt à l’emploi”, alors que Boviferm-plusSID® a la forme galénique traditionnelle d’une poudre qu’il faut dissoudre avant utilisation (dans l’eau, puis dans le lait éventuellement).

Le SID ne fait pas tout

La “différence en ions forts”, en anglais Strong Ion difference ou SID = [Na+] + [K+] – [Cl-], permet d’évaluer la capacité d’alcalinisation des réhydratants. L’idéal se situerait entre 50 et 80 mEq/l [2], le SID du plasma étant à 45 mEq/l. Les SID de Boviferm-plusSID®, de Réhydion® ou encore d’Efferhydran®d épassent les 75 mEq/l. Des produits conçus à partir d’autres concepts comme Benfital® ou Diaproof K® présentent un SID de 25 et de 45 mEq/l respectivement.

La carence en base d’un veau peut être grossièrement calculée par la formule : (poids x déficit en base estimé par la clinique en mmol/l – entre 5 et 20 mmol/l selon l’intensité de l’abattement) x 60 %. Le rapport carence en base/SID du réhydratant indique le volume à administrer pour lutter contre l’acidose (mais non contre la déshydratation).

Toutefois, le calcul du SID ne tient pas compte du type d’alcalinisant utilisé : acétate, propionate ou bicarbonate.

Des paradoxes

Outre de l’acétate et/ou du propionate, Réhydion® et Boviferm-plusSID® contiennent du citrate qui pénalise, tout comme le bicarbonate, le caillage du lait – mais seulement à de fortes concentrations (> 40 mEq/l) [1]. D’autres réhydratants plus anciens – Diaproof K®, Efferhydran®, etc. – contiennent du citrate ou du bicarbonate tout en pouvant être mélangés dans le lait (pour la transition finale). À l’inverse, plusieurs produits (Energaid®, Enerlac®, Electydral®, etc.) contiennent les “bons” tampons acétate et propionate, mais le fabricant ne conseille pas toutefois de les distribuer dans du lait (voir le TABLEAU “Sélection de réhydratants avec ou sans AMM”).

Lactose ou glucose ?

« L’apport complémentaire de lactose (par le lait) ne présente aucun intérêt lorsque le réhydratant apporte tampons, sels et énergie rapidement assimilable (glucose) », estime notre confrère Jacques Amédéo, responsable technique chez Elanco, au sujet de son réhydratant Energaid®. Le lactose, moins bien digéré lors de diarrhée, fermenterait dans le gros intestin, ce qui conduirait à la production d’acide lactique et à une aggravation des symptômes [2].

Dans les années1990, pourtant, du lactose ou du lactosérum a été incorporé aux réhydratants (Efferhydran®, Enerlac®, Lactolyte®, Nutridiar®, Nutrivard®) pour apporter « deux fois plus d’énergie que le glucose » et maintenir l’activité de la lactase. En fait, l’activité de cette enzyme ne diminuerait pas en nourrissant les veaux uniquement avec des solutions de réhydratation orale (sans lactose) pendant quelques jours [3].

Hyperosmotique

Outre la présence des alcalinisants acétate et propionate et l’absence de lactose, Energaid® est caractérisé par son hyper-osmolarité. Avec 133 mmol/l de sodium et 375 mmol/l de glucose, le fonctionnement des pompes absorbant activement ces molécules dans les villosités intestinales serait accru. Toutefois, lors de diarrhée virale, à cryptosporidies ou encore à colibacilles entéropathogènes, les cellules intestinales sont détruites, ainsi que leurs pompes à Na+/glucose – sur une certaine longueur de l’intestin.

Dans la littérature, une publication indique qu’une solution hyperosmolaire n’a pas d’effet déshydratant dans l’intestin d’un veau (appel d’eau), contrairement à ce que l’intuition et les règles de la physiologie humaine suggèrent [4].

« Le réhydratant idéal doit être riche en sucres mais isoto-nique », estime Bernard Armange, vétérinaire responsable technique chez Virbac. Une forte teneur en glucose faciliterait notamment le passage du potassium vers le milieu intracellulaire, permettant de corriger les déshydratations prononcées. Mais une concentration trop importante (> 100 à 140 mmol/l) ne serait pas absorbée par l’intestin [1, 2].

Éléments adsorbants

Albicalb® n’est, quant à lui, ni miscible dans le lait, ni hyperosmolaire, ni riche en glucose.

En revanche, il contient beaucoup de protopectines de pomme de terre et de fruits (agrumes, pommes). Ces glucides non digestibles sont très fermentes cibles : ils produisent des acides gras volatiles (acétate, propionate, butyrate) dans l’iléon et le gros intestin sans augmenter l’osmolarité de la lumière. Comme les citrates, ce sont des capteurs de protons dans le sang et le milieu extracellulaire. Quant aux proto-pectines, elles gonflent et régularisent le péristaltisme intestinal. Mais « la rapide amélioration de la consistance des selles ne signifie pas forcément que la guérison a été obtenue », nuancent les experts [1].

De plus, les hydrocolloïdes adsorberaient les toxines et les micro-organismes. D’autres réhydratants présents sur le marché en contiennent (Benfital®, Boviferm-plusSID®, Diaproof K®, Digest Phyton® notamment).

Albicalb® renferme aussi du bicarbonate et du citrate, mais seulement à de faibles concentrations. Le spécialiste américain des diarrhées néonatales Nappert a vérifié récemment que le temps de caillage du lait et les glycémies postprandiales ne diffèrent pas entre une buvée d’Albicalb® et une buvée de lait [1]. Lors de cette expérience, des scintigraphies de la caillette ont été réalisées, technique qui va faciliter, dans un proche avenir, la comparaison des différents réhydratants. Ces produits pourraient être de plus en plus ciblés vis-à-vis des deux catégories d’agents pathogènes incriminés dans la diarrhée : la diarrhée osmotique à colibacilles, ou par malabsorption-maldigestion pour les virus et les cryptosporidies [1].

Albicalb® contient aussi de la bétaïne, molécule issue de la betterave régulant la pression osmotique.

Avec une telle diversité de composition et de concepts, difficile de s’y retrouver.

Manque d’essais cliniques

« On manque d’essais cliniques dignes de ce nom, bien menés, en aveugle, avec des critères d’appréciation adéquats », regrettent les experts du comité de lecture du Point Vétérinaire. Il faudrait aussi « rechercher une correspondance entre les divers réhydratants et les différentes pathogéniesdedéshydratation (maldigestion, malabsorption, origine bactérienne ou virale, avec ou sansdestructiondela muqueuse) ».

Sélection de réhydratants avec ou sans AMM

(1) Médicaments vétérinaires avec autorisation de mise sur le marché (AMM) et TVA de 19,6 %. Les autres réhydratants sont des produits (sans AMM) d’alimentation animale à objectif nutritionnel avec parfois une TVA à 5,5 %. Sélection d’après DMV.(2) Prix de vente public HT approximatif arrondi au demi-euro et variable selon les conditionnements.