Le point Vétérinaire n° 229 du 01/10/2002
 

LE CHEVAL À COLIQUES

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Marc Gogny

Unité de pharmacologie et toxicologie, ENVN

Relancer le transit et soulager la douleur sont les deux objectifs du traitement des coliques de stase chez le cheval.

Dabatail est un hongre selle français de sept ans, pesant 500 kg, en colique depuis le matin. À midi, le praticien arrive sur place. L’anamnèse et un examen clinique complet, qui inclut l’auscultation digestive et surtout la palpation rectale, lui permettent de diagnostiquer une impaction du côlon. Le cheval manifeste une douleur violente ; sa fréquence cardiaque est de 46 battements par minute. Du Sédivet® est administré par voie intraveineuse. Un sondage naso-œsophagien est ensuite pratiqué : il n’y a pas de liquide de reflux. Cinq litres de paraffine sont alors administrés par la sonde. Le vétérinaire effectue ensuite une administration intraveineuse de Finadyne® Injectable et d’Estocelan® Injectable, puis il part en laissant une ordonnance au propriétaire.

Sédivet® : Calmer et soulager vite

Sédivet® contient du chlorhydrate de romifidine, alpha-2-agoniste, comme la xylazine, doué de propriétés sédatives et analgésiques. Administrée ici à la dose de 0,6 ml/kg (ce qui correspond à 53 µg/kg de romifidine base), la romifidine entraîne une analgésie rapide et qui se prolonge à un niveau suffisant pendant trente à quarante minutes. La sédation permet de calmer l’animal et d’effectuer le sondage naso-œsophagien dans de bonnes conditions. La romifidine provoque une bradycardie sans grande conséquence dans le cas présent.

Finadyne® : Le relais analgésique

La flunixine est un anti- inflammatoire non stéroïdien commercialisé sous forme de sel de méglumine sous la marque Finadyne®. Elle est ici administrée à la dose recommandée de 1 mg/kg, posologie à laquelle elle entraîne une analgésie notable, qui s’installe en quinze à vingt minutes et se prolonge de façon suffisante pendant plus de dix heures. Cette activité se double d’une action anti-endotoxine bénéfique pour prévenir un risque d’endotoxémie liée à des proliférations bactériennes. L’effet anti- endotoxine s’exerce aussi à plus faible dose. En effet, à 0,25 mg/kg (protocole “flunixine quart de dose”), la flunixine permet de prévenir l’endotoxémie, sans exercer d’action analgésique notable. Ce protocole peut être employé lorsque le diagnostic est incertain et qu’il importe de connaître l’évolution de la douleur. Dans le cas présent, le praticien a préféré, à juste titre, utiliser la dose normale car le diagnostic est établi et l’activité analgésique recherchée.

Estocelan® : Contre-indiqué lors de colique de stase

Estocelan® est une spécialité qui associe la dipyrone, ou noramidopyrine, un anti-inflammatoire non stéroïdien dont l’effet analgésique prédomine, et la butylscopolamine, un parasympatholytique (antagoniste des récepteurs muscariniques de l’acétylcholine). La dose employée est celle recommandée, soit environ 0,2 mg/kg de butylscopolamine et 25 mg/kg de dipyrone. L’action analgésique de la dipyrone peut compléter celle de la flunixine, bien qu’il n’existe pas d’étude montrant un effet cumulatif de deux anti-inflammatoires non stéroïdiens analgésiques. L’utilisation de la butylscopolamine peut, en revanche, être contestée. En effet, lors d’impaction du côlon, encore appelée colique de stase, la douleur est liée à la distension passive du gros intestin et l’inhibition de l’activité motrice colique domine. Il s’agit donc d’une contre-indication relative des parasympatholytiques, qui peuvent aggraver le phénomène et limiter l’effet bénéfique de la paraffine. L’action ne dure que quelques heures mais suffit parfois pour empirer l’état de l’animal de façon dramatique. En cas d’évolution défavorable, la responsabilité civile professionnelle du vétérinaire peut être engagée.