Le point Vétérinaire n° 229 du 01/10/2002
 

GESTE DE BASE EN DERMATOLOGIE DU CHIEN ET DU CHAT

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EN IMAGES

Aurélie Pasquier

chargée de consultations, Service de parasitologie-mycologie,
ENVA, 7 av. du Général-de-Gaulle, 94700 Maisons-Alfort

La sensibilité du raclage cutané et de l’écouvillon auriculaire dépend de leur qualité de réalisation et de l’agent pathogène envisagé.

En dermatologie, l’épidémiologie et la clinique ne permettent pas à elles seules d’établir un diagnostic. Des examens complémentaires sont donc nécessaires pour identifier, entre autres, les agents parasitaires responsables. Le raclage cutané, par le peu de matériel qu’il nécessite et sa facilité de réalisation, constitue un examen de première intention qui permet, dans un grand nombre de cas, un diagnostic d’ectoparasitose rapide et fiable. Cet examen, comme son homologue auriculaire l’écouvillon, est couramment utilisé en dermatologie vétérinaire et est vivement recommandé pour tout diagnostic différentiel incluant des ectoparasitoses.

Tous deux sont indiqués lors de :

- suspicion de démodécie, gale sarcoptique, gale notoédrique, trombiculose, cheyletiellose, etc. ;

- suspicion de dermatophytose (spore et mycélium sur ou à l’intérieur des poils et dans les squames) ;

- suspicion d’otacariose et/ou de démodécie auriculaire ;

- pyodermite superficielle ou profonde, pododermatite superficielle ou profonde, folliculite ;

- suivi du traitement de la démodécie.

En savoir plus

- Scott D, Miller W, Griffin C. Small animal dermatology. Muller and Kirk’s. Ed. Saunders 5th : 1213 pages.

- Bussieras J, Chermette R. Abrégé de parasitologie vétérinaire. Fascicule I (Parasitologie générale). Ed. Service de parasitologie de l’ENVA. 1991 : 75 pages.

1 Le raclage cutané peut être réalisé avec un scalpel ou une curette. Il nécessite en outre :- une huile minérale : lactophénol (observation immédiate et éclaircissement du prélèvement), huile de paraffine (prélèvement non éclairci mais conservation des parasites, entre autres des Demodex qui peuvent rester vivants dans ce milieu plusieurs heures, ce qui permet de juger de leur vitalité) ;- des lames et des lamelles ;- un écouvillon plastique ;- un microscope avec objectifs x4, x10 et x40 (pour l’identification fine des parasites).

10 Otodecte chez un chat.• Une otacariose est diagnostiquée si un otodecte est identifié, de même pour la trombiculose, la cheyletiellose et la phtiriose. Il est à noter que, pour ces deux dernières, l’examen de choix est le peignage, suivi de l’observation à la loupe binoculaire ou au microscope entre lame et lamelle.

11 Teigne chez un chat persan (grossissement x 10).• Lors de teigne, on observe :- une anatomie du poil complètement perdue ;- la présence de spores visibles au grossissement x 40.

2 Le choix du site de raclage cutané est fonction de l’agent pathogène. Tous les ectoparasites n’ont pas le même mode de vie et ne sont pas responsables des mêmes lésions sur l’animal. Un minimum de connaissances est donc nécessaire pour réaliser le prélèvement dans la bonne zone et sur la bonne lésion.• Les Demodex sont des parasites des follicules pilosébacés qui vivent chez le chien dans le tiers supérieur des follicules pileux, mais ils envahissent tout le follicule et la glande sébacée en cas de multiplication intense. Il est à noter le cas particulier du chien de race shar-peï chez lequel les follicules sont profonds, ce qui explique que certains raclages, même correctement effectués, peuvent s’avérer négatifs : une biopsie peut donc être nécessaire.• Les sarcoptes résident dans l’épiderme superficiel où ils forment des galeries. Il y a en général peu de parasites, d’où la difficulté de les mettre en évidence. Le choix du site est important, de même que le grand nombre de raclages à effectuer (environ dix).Les zones privilégiées sont la face, les coudes et la partie repliée de l’oreille appelée oreillon ou “zone de Henry”. Les lésions primaires sont des papules recouvertes d’une petite croûte ou “bouton de gale”. Au niveau des bords des pavillons auriculaires, le “sable conchilien” est souvent riche en parasites.

3 Le site de prélèvement est préparé.• Les poils sont coupés autour de la lésion.• Une goutte d’huile minérale est posée sur la lame d’examen microscopique.• La lame du scalpel est trempée dans la goutte d’huile minérale pour permettre une meilleure récupération du prélèvement.• La peau est pressée fortement entre le pouce et l’index afin de déloger les parasites des follicules pileux.• La lame du scalpel est placée à 45° par rapport à la peau.

• 4 La peau est raclée de manière continue, toujours dans le même sens et ce superficiellement pour prélever les dermatophytes, les aoûtats et les cheyletielles ; jusqu’à la rosée sanguine pour les sarcoptes ; encore plus profondément pour les Demodex.• Plusieurs raclages sont ainsi effectués (cinq à dix).

5 Le cérumen auriculaire est prélevé à l’aide d’un écouvillon en plastique pour la recherche d'otacariose (Otacaria cynotis).

6 Le matériel issu du raclage ou de l’écouvillonnage est ensuite déposé sur la lame, puis haché à l’aide du scalpel et mixé avec l’huile de manière à affiner au maximum le prélèvement. Ainsi préparée, la lame est recouverte d’une lamelle et observée au microscope.Pour une observation optimale, la puissance de la lumière du microscope doit être maximale et le diaphragme réglé au minimum. Le prélèvement peut alors être lu aux grossissements 4 ou 10 selon l’habitude du lecteur (à l’objectif x40 pour préciser le parasitisme pilaire des dermatophytes).

7 Dans certains cas, la grande quantité de croûtes ou de couche kératinisée prélevée peut rendre l’observation difficile. Il est alors nécessaire de placer le produit de raclage dans une solution de KOH à 10 % pendant vingt minutes afin de digérer la kératine, puis de filtrer et de centrifuger le mélange afin de concentrer le mélange, et donc d’observer plus facilement les parasites. De manière plus aisée, la lame peut être éclaircie avant la mise en place de la lamelle par chauffage à la flamme, ou en faisant un prélèvement dans du lactophénol et en le laissant éclaircir une à deux heures.

8 Demodex canis (grossissement x 10).L’interprétation des résultats est fonction de l’ectoparasite mis en évidence.• Une démodécie est diagnostiquée lorsque :- plusieurs adultes sont présents par prélèvement ;- plusieurs adultes sont présents sur différents prélèvements ;- des formes juvéniles (œufs, larves, nymphes) sont présentes.Si un seul Demodex est retrouvé, les raclages sont refaits.

9 Oeuf de sarcopte.• Une gale sarcoptique est diagnostiquée lorsque sont trouvés un adulte, un œuf ou des fèces.