Le point Vétérinaire n° 228 du 01/09/2002
 

ANTIBIOTHÉRAPIE POSTCHIRURGICALE

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Jean-Dominique Puyt

Unité de Pharmacologie et Toxicologie, ENVN

Lors de fracture ouverte, les risques infectieux sont élevés. L’association postchirurgicale ß-lactamines et fluoroquinolones est alors justifiée.

Félix, braque de Weimar pesant 30 kg, fait une chute et se fracture deux métatarses. Un traitement chirurgical est nécessaire : une plaque est posée sur l'un des métatarses. Un pansement compressif est ensuite réalisé et renouvelé 24 heures plus tard.

Baytril® Administration biquotidienne recommandée

Baytril® est une spécialité à base d’enrofloxacine, une fluoroquinolone de troisième génération, avec un spectre large (sauf vis-à-vis des anaérobies) et une activité bactéricide sur les bactéries en phase de croissance et au repos. Sa diffusion excellente est possible dans l’os. Avec les lincosamides (lincomycine et clindamycine), les fluoroquinolones présentent la meilleure pénétration osseuse, avec des rapports de concentrations os/sérum supérieurs à 40 %. En outre, les fluoroquinolones continuent d’exercer des effets bactéricides dans le foyer osseux malgré les conditions du milieu. Le choix de l’enrofloxacine en cas de risque élevé de contamination bactérienne est donc l’un des meillers. Le rythme d’administration est celui aujourd’hui recommandé par le laboratoire. L’efficacité d’une administration monoquotidienne est établie sur la base d’un comportement concentration-dépendant des fluoroquinolones. Ici, compte tenu des difficultés de diffusion dans l’os, il y a lieu de rechercher une imprégnation tissulaire la plus régulière possible. Une administration biquotidienne apparaît alors plus prudente.

Praxilène® Extrapolation à l’animal

Praxilène® est une spécialité humaine à base de naftidrofuryl, vasodilatateur périphérique qui bloque les récepteurs 5-HT2. Elle est utilisée principalement comme vasodilatateur artériel pour soulager indirectement les douleurs des membres, liées à une oblitération partielle des artères. En l’occurrence, elle permet d’espérer une meilleure vascularisation de retour et de diminuer ainsi l’œdème inflammatoire. Son évaluation pharmacocinétique et pharmacodynamique chez le chien est inconnue. Cette prescription constitue donc une extrapolation d’un usage chez l’homme sans données précises et solides chez le chien.

Dimazon® Plutôt des anti-inflammatoires

Dimazon® est une spécialité à base de furosémide, un diurétique de l’anse, le plus puissant diurétique disponible en médecine vétérinaire. L’intérêt des diurétiques est net dans les œdèmes passifs, mais beaucoup plus discutable dans les œdèmes d’origine inflammatoire. La prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens pendant quelques jours aurait sans aucun doute été plus justifiée pour limiter l’œdème inflammatoire local.

Cet œdème contribue à l’anoxie des tissus par compression et à une éventuelle nécrose osseuse. En outre, les exsudations sont propices au développement et à l’entretien des infections.

Rilexine® Synergie et complémentarité

Rilexine® est une spécialité à base de céfalexine, une céphalosporine de première génération qui se caractérise par une activité bactéricide sur les bactéries en phase de croissance et un spectre large, y compris sur les germes anaéorobies. Elle est aussi active sur les staphylocoques, même sur ceux producteurs de ß-lactamases. Sa diffusion dans l’os est inférieure à celle de l’enrofloxacine puisque les rapports de concentrations os/sérum sont compris entre 20 et 40 % pour les pénicillines et les céphalosporines. L’association de fluoroquinolones (enrofloxacine ou autre) et de ß-lactamines (céfalexine, amoxicilline ou autre) se justifie par une synergie marquée entre les deux classes d’antibiotiques et la complémentarité du spectre. Néanmoins, ce type d’association doit être réservé au traitement médical des fractures ouvertes pour lesquelles la contamination est certaine ou lors d’échec d’une antibiothérapie classique. À titre “préventif”, une telle association semble excessive. Au plan bactériologique, les ß-lactamines perdent une partie de leur activité en raison du métabolisme ralenti des bactéries dans un milieu osseux pauvre en fer, au point de n’exercer parfois qu’une activité bactériostatique.