Le point Vétérinaire n° 227 du 01/07/2002
 

DIARRHÉE DU VEAU D’UN JOUR

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Jean-Claude Desfontis

unité de pharmacologie et toxicologie, ENVN

L’association d’antibiotiques bactéricides ou bactériostatiques, per os ou par injection, doit éviter les antagonismes.

Un veau charolais âgé de vingt-quatre heures, né après une césarienne et pesant 70 kg, présente une forte déshydratation (yeux enfoncés dans les orbites, pli de peau) et une diarrhée profuse liquide. Le tableau clinique évoque une infection à Escherichia coli. Une thérapeutique liquidienne par perfusion est complétée par une réhydratation par voie orale et associée à un traitement antibiotique.

Belcosulfa® : Action bactéricide et bactériostatique : oui mais…

Belcosulfa® associe la colistine à un sulfonamide antibactérien : la sulfamérazine. Cette association est complémentaire et synergique puisqu’elle additionne l’activité bactéricide de la colistine à l’action bactériostatique de la sulfamérazine. L’administration par voie orale de la colistine ne risque pas d’augmenter sa toxicité en raison de son absence de résorption digestive. Elle prolonge et renforce l’activité bactéricide in situ, dans la lumière intestinale.

La sulfamérazine possède une activité bactériostatique. Sa résorption orale rapide et complète permet sa diffusion dans tout l’organisme avec un spectre d’activité assez large (Gram positif surtout), complémentaire de celui de la colistine.

En revanche, l’administration simultanée de sulfamérazine et d’ampicilline est antagoniste en raison d’une double activité bactériostatique (inhibition de la croissance des bactéries) et bactéricide sur des bactéries en croissance.

Efferhydran® : En relais d’une réhydratation parentérale

Chez cet animal déshydraté, l’administration de solutés réhydratants par perfusion est indispensable pour compenser rapidement les pertes d’eau dues à la diarrhée liquide et permettre la reprise de la fonction rénale.

La voie orale constitue un relais intéressant pour prolonger l’effet de la perfusion et poursuivre la compensation des pertes en eau et en électrolytes. La forme effervescente des comprimés rend bien visible la dissolution, mais n’apporte pas d’autres avantages.

Lacsidac® : En remplacement de l’alimentation lactée

L’alimentation lactée est déconseillée tant que le veau ne peut digérer le lactose. L’aliment de substitution Lacsidac®, à base d’éléments hautement digestibles associés à des enzymes digestives, est une étape intermédiaire capable de rétablir un apport alimentaire sans aggraver la diarrhée. L’alimentation lactée peut reprendre progressivement en diluant Lacsidac® avec de l’eau et du lait.

Chez un veau jeune (digestion de type monogastrique), il est judicieux d’y associer un pansement gastroduodénal aussi pour limiter son accès aux bactéries pathogènes.

Ampisur® : Association synergique

Ampisur® contient l’association de deux antibiotiques : l’ampicilline, de la famille des pénicillines A (spectre élargi aux bactéries Gram négatif) et la colistine, de la famille des polypeptidiques. Cette association est synergique pour l’action bactéricide et le spectre d’activité.

L’administration par voie parentérale permet de lutter rapidement contre une septicémie potentiellement fatale chez un animal aussi jeune. Néanmoins, ces deux antibiotiques de distribution extracellulaire ne sont pas actifs (pour la colistine) ou peu actifs (pour l’ampicilline) dans le tube digestif.

L’ampicilline présente une activité bactéricide sur les germes en croissance de type « concentration- dépendante » sur certaines souches d’E. coli, contrairement au cas général (action plutôt temps-dépendante pour l’ensemble des pénicillines). Son activité bactéricide est donc d’autant plus forte que sa concentration au contact des germes est élevée, ce qui permet de l’administrer à forte dose pendant une courte durée. La posologie indiquée sur cette ordonnance semble trop faible (1 ml/14 kg au lieu de 1 ml/10 kg).

La colistine possède une activité bactéricide complémentaire et synergique de l’ampicilline : elle agit sur les bactéries Gram négatif quiescentes, comme E. coli. En raison de sa toxicité neuromusculaire et rénale, elle ne doit pas être administrée par voie parentérale plus de trois jours consécutifs.

Ordonnance N° 227

Ordonnance N° 227