Le point Vétérinaire n° 226 du 01/06/2002
 

INFORMATISATION DU CABINET VÉTÉRINAIRE

Éclairer

NOUVEAUTÉS

Stéphane Torrès

75012 Paris

La transmission informatique du dossier d’un animal, examens complémentaires compris, peut s’accommoder d’un matériel courant rapidement amorti.

Dans son exercice quotidien, le praticien a parfois besoin de transmettre des informations à des confrères, concernant des cas cliniques difficiles, dans une procédure de référés ou lors d’échange de dossiers d’animaux entre deux cliniques physiquement distantes. Si les actuels logiciels de gestion de cabinets vétérinaires disposent de possibilités accrues pour les échanges d’informations (et pour leurs réintégrations qui permettent de ne pas perdre d’informations), ils n’offrent pas ou peud’options qui permettent de transférer l’intégralité des informations disponibles, que ce soit par exemple des clichés radiographiques ou des photographies macroscopiques de lésions.

Faciliter la réintégration dans une base de données

La transmission informatique d’un dossier d’un animal, c’est-à-dire la numérisation de l’intégralité des informations disponibles sur un cas clinique, nécessite un investissement technique et la modification d’une méthodologie de travail, voiredes étapes supplémentaires qui augmentent le travail à fournir sur un cas clinique pour obtenir un dossier complet.

Dans une certaine mesure, le dossier clinique dont la complexité nécessite le transfert vers un confrère techniquement plus expérimenté (procédure de référés), requiert que l’intégralité des informations collectées puissent être lues et disponibles pour le diagnostic, ce qui évite de réitérer des investigations précédemment réalisées.

Les informations pratiques de type texte sont simples à transmettre : parfois il est possible de les formater dans une utilisation bureautique classique (texte, ou même format Word), ou dans un format standardisé tabulé qui permet de faciliter leur réintégration dans une base de données. Il en est de même des informations de type résultats d’analyses, en précisant bien les unités pour éviter les biais d’interprétation. Des informations complémentaires diverses peuvent être saisies, dans un simple fichier au format texte ou RTF (Rich Text Format) si elles s’avèrent intéressantes pour appréhender le cas.

Développement obligatoire des radiographies

Les informations de type examens complémentaires que sont les clichés radiographiques, pour ne citer que cet exemple, sont-elles plus difficiles à transmettre de manière numérique ?

La numérisation des radiographies, car tel est l’enjeu pour faciliter leur transfert, est accessible par plusieurs moyens, dont l’investissement technique et financier diffère.

Généralement, il n’est pas possible de récupérer directement le cliché radiographique dans un format numérique, à moinsde disposer d’un appareillage lourd et coûteux ; cette option est donc d’emblée occultée. Une phase de cliché et de développement est ainsi nécessaire avant toute numérisation (PHOTO 1).

La radiographie ainsi développée peut être de taille limitée (formats A4, A5) lors de clichésdesportionsde membres chez de petits animaux, ou être de taille supérieure (A3) pour, par exemple, les clichés de thorax de chiens de grande taille, voire davantage pour les animaux de rente ou les chevaux. La gamme de tailles du matériel à numériser est donc extrêmement variable.

Des scanners spécifiques

Il existe des scanners spécifiquement conçus pour la numérisation de clichés radiographiques. Conçus sous forme d’un bras articulé qui se déplace sur un plan incliné sur lequel est déposé la radiographie, ils disposent de filtres spécifiques en fonction des différents films radiographiques et permettent de numériser avec une grande résolution. Uniquement dédiés à cette utilisation et (bien entendu) onéreux, ils ne sont réellement utilisables que si le volume de radiographies réalisées est conséquent. L’amortissement de ce matériel semble en outre illusoire, d’un point de vue financier comme en termes d’utilisation : la numérisation en grande quantité nécessite un opérateur spécifique qui réalise l’opération, du temps (cadrage et rognage, amélioration de la qualité par des retouches de luminosité et de contraste, processus de numérisation propre), un ordinateur spécifiquement dédié et un espace de stockage conséquent. Le format d’origine des radiographies ainsi numérisées conduit parfois à obtenir des fichiers images d’une taille très importante : il convient alors, pour pouvoir les transmettre, de réduire leur taille et de diminuer leur qualité, sans réduire la lisibilité de la lésion. Ces paramètres à intégrer rajoutent des manipulations, ce qui augmente le temps passé.

Scanner classique avec dos transparent

Une autre possibilité technique, qui permet de limiter l’investissement matériel, est d’utiliser un scanner classique de bureautique auquel est adjoint un dos transparent. Le dos transparent est un module optionnel qui permet de scanner spécifiquement des “slides” ou transparents (PHOTO 2). Le résultat avec les radiographies est mitigé et des réglages fins de cet appareillage sont obligatoires pour obtenir une qualité acceptable. Cela nécessite, pour disposer d’un fichier numérique de qualité qui puisse être transmis, autant de travail et d’opérations que dans le cas du scanner spécifique.

Le seul avantage de cette technique est de s’accommoder d’un matériel basique (scanner bureautique de moyenne à haut de gamme, en 600 x 1 200 dpi : de l’ordre de 100 à 250e) et de modèles qui comportent l’option “dos transparent” (scanner de la gamme Agfa par exemple). Les prix de cette option sont eux aussi variables selon les marques et peuvent parfois doubler le prix du scanner (entre 80 et 400e).

Photographie numérique du cliché

Il existe une troisième possibilité technique de numérisation des radiographies, qui permet d’obtenir des résultats satisfaisants. Le procédé consiste à placer la radiographie sur le négatoscope allumé et d’en réaliser une photographie numérique après un bon cadrage (PHOTO 3). La qualité du cliché ainsi obtenu est fonction de la distance à laquelle s’est placé l’opérateur, de l’éclairage de la pièce et du réglage et de la qualité technique de l’appareil photo numérique.

Le mode macro est à éviter pour des photographies de détail. Une photo en haute résolution de l’intégralité du cliché radiographique est préférable. La photographie est alors optimisée en évitant d’utiliser le zoom numérique, mais plutôt le zoom optique. Le cadrage fin de la radiologie peut nécessiter de poser l’appareil photo numérique sur un pied ou sur un support pour éviter des résultats flous. La pièce n’a pas besoin d’être plongée dans le noir : un éclairage correct est préférable, avec une luminosité conséquente au niveau du négatoscope ; le flash de l’appareil photo numérique doit être désactivé pour éviter tout artéfact par réflexion. D’un point de vue qualité, il est judicieux de disposer d’une résolution de 2 mégapixels minimum (1 300 x 1 000) : la photographie ainsi obtenue peut être zoomée sur un ordinateur sans perdre en qualité et peut être imprimée en interpolation sur une page A4.

Attention à la compression

Lors de la réalisation du cliché numérique, l’opérateur doit veiller à mettre l’appareil en qualité maximale : le procédé de compression numérique des photographiques, généralement le JPEG, a en effet tendance à dégrader la qualité des photographies : il compresse d’autant plus que des plages de couleurs homogènes sont présentes. Cette compression est dite “destructive” car une partie des informations disparaît pour obtenir un fichier de taille réduite.

Ces considérations prises en compte, la taille du cliché obtenu est acceptable pour la personne qui réceptionne et étudie la radiographie ainsi numérisée : inférieure à 500 Ko au format JPEG. L’utilisation du format JPEG, compatible entre les différentes plate-formes du marché (PC Windows, Macintosh, Unix) est un gage de facilité de lecture. Il est essentiel d’éviter le mode d’origine proposé par certains appareils photographiques haut de gamme (format TIFF) qui permet de prendre des photographies en haute résolution non compressées. Les fichiers ainsi obtenus sont alors de taille élevée (de 5 à 8 Mo par photographie).

Appareil numérique de moyen à haut de gamme

Les photographies macroscopiques, de lésions de dermatologie par exemple, ont tout à gagner à être réalisées au moyen d’un appareil photo numérique (PHOTO 4). A long terme, l’avantage de cette technologie est indéniable : elle permet de prendre un grand nombre de photographies sans réinvestir dans des frais de développement et de re-numérisation. Pour être au plus près des possibilités techniques offertes par ce matériel, le garder suffisamment longtemps sans réinvestissement et favoriser sa polyvalence (utilisable aussi bien à la clinique que dans un cadre familial ou de loisirs), il convient de préférer les modèles de moyenne gamme, voire hauts de gamme, mais avec une résolution de base de l’ordre de 3 mégapixels (prix : de 500 à 2 000e).

Transmission par e-mail… ou par courrier

L’information ainsi numérisée peut être transmise à un confrère. Les informations textes associées à un (jusqu’à quatre) fichier(s) image(s) totalisent au grand maximum 2 Mo de données, les fichiers images constituant 95 % du volume. Dans ce cadre, il est possible de les télé transmettre, par email par exemple. Si un plus grand nombre de fichiers images sont à joindre, et surtout si la taille des informations dépasse la limite des 2 Mo, il est préférable de scinder des informations pour faire plusieurs envois (méthode par mails) ou d’envoyer ces informations sur un support numérique de type disquette ZIP (15e) ou même cédérom gravé (1,5e), par un canal classique de distribution (La Poste).

La mise à disposition de ce dossier en téléchargement sur un site WEB nécessite des procédures de sécurité plus complexes, notamment pour être certain que le destinataire initial de l’information est celui qui la récupère (site Internet avec partie privative et double authentification qui ouvre spécifiquement les ressources auxquelles le destinataire peut accéder).

PHOTO 1. Les appareils photo numériques “mégapixels” permettent l’obtention de clichés numérisés de bonne qualité.

PHOTO 2. La numérisation de radiographies nécessite la présence d’un “dos transparent” sur le scanner.

PHOTO 3. Cette photographie a été prise sur un négatoscope avec un appareil photo numérique (résolution de 1280 x 1024 pixels).

PHOTO 4. Certains appareils photo numériques proposent des zooms permettant la réalisation de clichés macroscopiques.