Le point Vétérinaire n° 226 du 01/06/2002
 

DEMARCHE QUALITE DES CABINETS VETERINAIRES RURAUX

Se former

EN QUESTIONS-RÉPONSES

Catherine Magras*, Fabienne Langlet**, Henri Seegers***, Jean-Michel Quillet****


*Unité hygiène et qualité
des aliments, département
santé des animaux d’élevage
et santé publique, ENVN,
BP 40706, 44307 Nantes
**Unité zootechnie et économie,
département santé
des animaux d’élevage
et santé publique, ENVN,
BP 40706, 44307 Nantes
***GTV Vendée, rue Galiéni,
85000 La Roche-sur-Yon

Les filières bovines attendent un vétérinaire garant de la sécurité des productions, au travers d’une gestion sanitaire du troupeau qui repose sur une prescription raisonnée, tracée et préservatrice de l’environnement.

Résumé

Afin de préparer la mise en place d’une démarche qualité dans les cabinets vétérinaires ruraux, les attentes des éleveurs et des acteurs des filières bovines de l’Ouest de la France ont été recueillies à travers une enquête initiée par le GTV 85. Les attentes exprimées le plus fortement portent sur la nécessité d’une traçabilité des prestations, dans un objectif constant de sécurité des produits. Ces attentes sont fortement et unanimement exprimées, en liaison notamment avec l’utilisation du médicament vétérinaire. D’autres attentes, comme l’augmentation de la communication entre le cabinet vétérinaire et les filières, ou le développement des visites de conseil axées sur la prévention, ont aussi été exprimées.

La notion de qualité* ne cesse de s’étendre dans les filières agro-alimentaires. Aujourd’hui, des démarches qualité* gagnent même les exploitations, au travers notamment de la charte des bonnes pratiques d’élevage [3] ou du référentiel Agri-Confiance(r). Ces démarches sont également présentes au sein des laboratoires d’analyses et des entreprises d’aliments du bétail. Or le principe de la qualité veut que celle-ci soit garantie tout au long de la filière. Le cabinet vétérinaire libéral est considéré comme un acteur de la qualité des productions bovines. Dès lors se pose la question de la mise en place de démarches qualité en son sein (1).

La mise en place d’une démarche qualité dans une entreprise s’effectue selon une stratégie précise, qui nécessite des choix. L’un des premiers est celui du référentiel qualité*. Plutôt que de partir de normes générales, de type ISO 9000, le choix de construire un référentiel à partir des attentes des clients* apparaît plus apte à faire ressortir les spécificités de l’activité bovine d’un cabinet vétérinaire et à souligner ce qui fait la qualité des prestations fournies, de l’avis de sa clientèle (2).

En effet, dans toute démarche qualité, l’adéquation aux attentes des « clients » est essentielle. C’est pourquoi, pour le cabinet vétérinaire libéral avec une activité bovine, le recueil et la formulation des attentes des éleveurs, mais aussi des différents acteurs des filières bovines lait et viande (entreprises de transformation, organismes professionnels agricoles, services vétérinaires, laboratoires d’analyses, etc.), sont un préalable indispensable. Ces attentes ont été appréhendées au moyen d’une enquête initiée par le Groupement technique vétérinaire de Vendée (GTV 85), conduite de mars à juillet 2001, dans l’ouest de la France (voir l’ENCADRÉ « L’enquête ») [18].

Quelles sont les attentes vis-à-vis de la traçabilité des prestations ?

Dans le vocabulaire de la qualité, la traçabilité est « l’aptitude à retrouver l’historique, la mise en oeuvre ou l’emplacement de ce qui est étudié » [11]. La première attente de traçabilité au sein des filières bovines est celle des produits eux-mêmes (l’origine des animaux). La deuxième concerne le vétérinaire, puisqu’elle s’intéresse aux traitements et aux soins reçus par les animaux (voir le TABLEAU « Attentes des acteurs des filières bovines vis-à-vis du cabinet vétérinaire rural »).

1. Traçabilité des médicaments

Tous les acteurs des filières attendent des vétérinaires qu’ils délivrent des ordonnances matérialisant toutes leurs prescriptions. Tous s’accordent également sur les progrès effectués par les vétérinaires dans ce domaine depuis trois ans. Cependant, les laiteries, groupements de producteurs, Groupements de défense sanitaire (GDS), contrôles laitiers et organismes certificateurs continuent d’insister sur la nécessité de rédiger des ordonnances lisibles, non seulement lors de la délivrance de médicaments à l’éleveur, mais aussi lors de leur administration par le praticien lui-même. L’attente des éleveurs dans ce domaine est moins fortement exprimée. Pour eux, l’ordonnance sert en premier lieu de “ mode d’emploi ” du médicament. L’aspect “ trace du traitement ” n’est évoqué que par les éleveurs sensibilisés à l’utilisation du registre d’élevage. En revanche, pour les entreprises de transformation et les organismes professionnels agricoles, l’ordonnance est avant tout une attestation du traitement effectué et doit enregistrer l’identification de l’animal traité, la posologie, la voie d’administration, la date et la durée du traitement. Dans le cadre d’une traçabilité totale des médicaments, le suivi de leur numéro de lot et la liaison entre l’ordonnance et le médicament délivré seraient nécessaires. Or, les attentes sur ces deux éléments sont : moyennement exprimées et sans consensus pour le numéro de lot ; faiblement exprimées pour la liaison médicament-ordonnance.

2. Traçabilité des soins

L’implication du vétérinaire dans la gestion du registre sanitaire, par sa rédaction ou par l’encouragement de l’éleveur à le rédiger, est aussi une attente fortement exprimée par les entreprises de transformation, les organismes professionnels agricoles et les GDS. Les éleveurs sont plus partagés, car beaucoup d’entre eux assimilent le registre à une nouvelle contrainte administrative. Aussi, même si le registre est avant tout perçu, notamment par les entreprises, comme un outil de traçabilité des prestations effectuées, il apparaît qu’il doit être également utile à la vie de l’élevage, et constituer son historique sanitaire. L’attente vis-à-vis des vétérinaires va donc au-delà de la simple rédaction, le vétérinaire doit prendre le temps d’analyser ce registre, voire d’en tirer des bilans sanitaires.

Quelles sont les attentes en matière de sécurité des aliments ?

L’ensemble des acteurs des filières bovines interrogés ont rappelé le rôle essentiel du vétérinaire dans le domaine de la santé publique. Les attentes exprimées se résument en quatre “ devoirs ” pour le praticien.

1. Alerter et informer

Les acteurs des filières demandent en premier lieu une communication totale et rapide sur les problèmes sanitaires des élevages, notamment en matière de salmonellose et de fièvre Q, et une participation active des vétérinaires, sous forme de réunions d’échanges sur des problèmes d’actualité ou sur des aspects sanitaires à développer auprès de l’éleveur. Il ressort par ailleurs unanimement le besoin de définir un ou des vétérinaires(s) interlocuteur(s) privilégié(s) volontaire(s), pour chaque élevage et dans chaque cabinet, et de doter les cabinets de moyens de communication efficaces. Néanmoins, une représentante d’éleveurs rappelle l’attachement très fort des éleveurs à la notion de secret professionnel, qui reste l’un des piliers de la confiance qu’ils accordent aux praticiens.

2. Réduire la consommation de médicaments

La réduction de la consommation de médicaments, et en particulier d’antibiotiques, a été exprimée à la fois par les éleveurs et par les responsables de laiteries. Il s’agit d’une attente forte pour ces derniers, qui l’ont expressément ajoutée au contenu du questionnaire. Un moyen souhaité par ces acteurs pour réduire l’usage du médicament est de remettre en avant l’importance des mesures sanitaires (conduite d’élevage, technique de traite, etc.) qui doivent accompagner tout traitement et qui permettent éventuellement d’alléger celui-ci, de développer le conseil et de former l’éleveur.

Il y a cependant une divergence d’opinion au sujet de la rémunération de l’activité de conseil du vétérinaire. Si les éleveurs et les représentants des laiteries sont favorables à une telle activité, qui pourrait s’intégrer dans une démarche de contractualisation des interventions du vétérinaire en élevage, une fraction d’entre eux souhaitent néanmoins qu’elle soit proposée gratuitement.

D’autres contradictions apparaissent, notamment dans l’attitude des éleveurs. Ceux-ci veulent que le vétérinaire réduise le nombre de médicaments employés pour les traitements en indiquant les mesures sanitaires complémentaires, mais ils donnent parallèlement comme principal critère de compétence - et de qualité - de leur praticien l’obtention d’une guérison rapide, sans accroissement considérable du temps consacré aux mesures sanitaires.

De même, les représentants de laiteries souhaitent que le vétérinaire s’investisse davantage dans la prévention mais, dans le même temps, le voient peu intervenir pour des conseils zootechniques, en raison de l’existence de techniciens compétents pour ces questions. Ainsi, le vétérinaire qui veut s’imposer dans l’un de ces domaines ne devrait pas se placer en concurrence, mais en partenariat avec ces techniciens.

3. Mieux délivrer et mieux prescrire

Tous les acteurs des filières attendent du vétérinaire, en tant qu’expert du médicament, sa participation aux formations des éleveurs sur l’utilisation des médicaments, ainsi qu’une délivrance ciblée. Comme le souligne un responsable de laiterie, «  il devient urgent d’encadrer la vente d’antibiotiques  ». En particulier, l’éleveur ne devrait pas pouvoir «  venir au cabinet avec sa liste de médicaments  », qui seront délivrés par la secrétaire en l’absence du vétérinaire. Il faut que le praticien «  délivre le médicament en sachant quelle utilisation en fera l’éleveur  ». En outre, les éleveurs se disent attachés au conseil associé à la délivrance, et prêts à téléphoner avant de venir au cabinet pour que le vétérinaire puisse les conseiller et préparer la prescription selon les règles.

A une délivrance irréprochable, les acteurs des filières bovines ajoutent une prescription raisonnée, fondée sur une bonne connaissance de la situation sanitaire de l’élevage et qui repose sur la réalisation d’examens complémentaires. En effet, les éleveurs rappellent l’importance du suivi des animaux traités, qui permet d’évaluer l’efficacité du traitement mis en place, et se disent prêts à prendre en charge des examens complémentaires dans la mesure où leur coût n’est pas prohibitif. L’attente d’une visite d’évaluation des risques sanitaires, où le vétérinaire exploiterait les données du registre sanitaire, est de nouveau mise en avant.

4. Respecter les bonnes pratiques vétérinaires

Les acteurs des filières bovines déclarent tenir au respect de bonnes pratiques vétérinaires. Il s’agit par là de développer des pratiques sur lesquelles les filières pourront communiquer le cas échéant, et qui se rapportent toujours au souci général de sécurisation des aliments via le respect de règles d’hygiène, l’attention portée à l’utilisation des médicaments par l’éleveur et une élimination sans risque des déchets générés par les activités de soins. Exprimée par l’ensemble des acteurs des filières, l’attente portant sur l’hygiène d’intervention du vétérinaire en élevage ne se résume pas à son attitude (« plus de blouse et de bottes sales, de voiture boueuse extérieurement comme intérieurement »), mais concerne aussi un effort du praticien pour former l’éleveur et l’inciter au respect de l’hygiène. Les laboratoires d’analyses insistent pour leur part sur la propreté des prélèvements et des feuilles d’accompagnement envoyées : hygiène lors de la constitution des colis et en particulier de l’extérieur du prélèvement ; fiche d’accompagnement non souillée.

Les acteurs des filières demandent également que le vétérinaire s’investisse dans le suivi du médicament après sa délivrance. Tous soulignent que le vétérinaire doit informer l’éleveur des modalités de conservation des médicaments, lui indiquer les bonnes pratiques d’administration lorsque le traitement est à poursuivre, voire effectuer lui-même le tri des périmés dès qu’il a accès à la pharmacie de l’élevage. Les éleveurs se sont peu exprimés sur ce sujet. Un représentant d’éleveurs a tout de même souligné que l’ingérence du vétérinaire dans la pharmacie de l’élevage ne serait pas facilement acceptée par ceux qui se fournissent majoritairement auprès des officines ou des groupements ! A propos de la formation des éleveurs aux bonnes pratiques d’administration, un autre de leurs représentants a mentionné qu’il s’agissait d’une demande difficile à formuler devant le vétérinaire, de peur d’une réaction négative de sa part.

Enfin, la gestion des déchets par les vétérinaires fait partie des attentes fortes des filières bovines. Tous les acteurs interrogés souhaitent la mise en place d’un système de collecte des médicaments périmés. Il convient de rappeler que la réglementation impose la récupération par le vétérinaire des déchets produits lors de sa visite, leur devenir étant sous sa responsabilité [15]. Quant aux déchets générés par la poursuite du traitement par l’éleveur, ils sont sous la responsabilité de ce dernier. Cependant, le vétérinaire a l’obligation d’informer l’éleveur des modalités de tri et d’élimination de ces déchets.

Quelles sont les attentes en matière de communication ?

Le reproche souvent adressé au cabinet vétérinaire est son isolement par rapport aux filières bovines. Les acteurs trouvent que le vétérinaire a encore trop souvent tendance à travailler seul, ne communiquant ni avec les autres partenaires de l’élevage, ni suffisamment avec ses propres associés. Ces attentes de communication peuvent être regroupées en trois catégories.

1. Échanges interdisciplinaires

La collaboration avec les autres intervenants en élevage, notamment les techniciens, n’est pas perçue de la même façon par les différents acteurs. Le contrôle laitier attend des comptes rendus, après les visites d’élevage présentant des problèmes complexes, qui comporteraient l’analyse de la situation, les hypothèses et les pistes de résolution proposées. Les GDS préconisent des rencontres directes entre le technicien et le vétérinaire, avec une participation gracieuse de ce dernier.

Cependant, quelles que soient les propositions avancées, tous insistent sur l’importance de la notion de limite des compétences. Les vétérinaires doivent reconnaître leurs limites et avoir le réflexe de référer à un confrère ou à un technicien d’élevage.

2. Information et formation des éleveurs

La transparence des prestations est une attente des éleveurs, qui refusent d’être tenus dans l’ignorance des actes pratiqués par les vétérinaires sur leurs animaux. Les propositions vont soit vers des demandes d’explications («  les vétérinaires devraient s’adapter pour avoir une discussion plus précise sur la maladie  »), soit vers des demandes de formations organisées pour les éleveurs. Selon l’un de leurs représentants, cette communication-formation «  permettrait en plus au vétérinaire de se sentir davantage intégré au monde agricole  ».

3. Communication interne au cabinet

Enfin, le manque de communication entre associés d’un même cabinet a été explicitement remarqué par les organismes professionnels, les GDS en particulier, et les éleveurs. Ces derniers ressentent un manque de communication entre associés au cours des visites quotidiennes. Ils remarquent la tendance trop fréquente qu’ont les vétérinaires de traiter au cas par cas, sans chercher le problème de fond, tendance qui s’accentue lorsque les associés se succèdent dans l’élevage sans communiquer entre eux. Ces mêmes éleveurs reconnaissent néanmoins que, dans les cabinets regroupant plusieurs associés, le vétérinaire impliqué sur un cas essaye le plus souvent d’assurer le suivi, mais ils déclarent leur élevage mieux suivi par un praticien qui travaille seul.

La rapidité d’intervention et la disponibilité

En sus des attentes précédentes, les éleveurs expriment leur fort attachement à la rapidité d’intervention. Les urgences sont considérées comme bien gérées si le vétérinaire arrive «  en moins d’une heure  ». Ils apprécient que le praticien leur indique le moment approximatif de son passage, afin qu’ils n’aient pas à l’attendre sans pouvoir avancer dans leurs propres travaux. Ils signalent enfin que le vétérinaire devrait être plus disponible au cours des visites.

Conclusion

Les attentes exprimées par les acteurs des filières bovines vis-à-vis du cabinet vétérinaire sont focalisées sur la traçabilité et la sécurité des produits. Ces attentes sont fortement et unanimement exprimées, en liaison notamment avec l’utilisation du médicament vétérinaire. D’autres demandes, comme l’augmentation de la communication entre le cabinet vétérinaire et les filières, ou le développement des visites de conseil, axées sur la prévention, ont été exprimées de façon moins forte ou moins unanime. Cette première consultation des acteurs des filières de l’Ouest devra être complétée. Néanmoins, elle permet déjà de définir les principaux points de maîtrise de la qualité pour l’obtention d’une satisfaction optimale des acteurs des filières bovines.

  • Les définitions des termes en italique figurent dans l’article « Les démarches qualité : intérêt et conséquences pour les cabinets vétérinaires libéraux avec une activité bovine » des mêmes auteurs, disponible en ligne sur le site Planete-vet (voir l’ENCADRÉ « En savoir plus »).

  • (1) La mise en place de démarches qualité est déjà à l’étude dans le milieu vétérinaire, en France comme en Europe. Au niveau européen, la Fédération des vétérinaires d’Europe (FVE) a édité, en avril 2001, un guide des bonnes pratiques vétérinaires qui se veut un «  outil permettant d’initier une démarche qualité au sein des cabinets et cliniques vétérinaires  » [10].

  • (2) C’est la méthode adoptée par l’Agence nationale d’accréditation des établissements de santé lors de l’élaboration de ses référentiels [2].

L’enquête

Méthodologie

L’enquête initiée par le GTV 85 s’est établie sur un mode qualitatif et a utilisé les deux techniques principales de ce mode d’investigation :

- la réunion, qui autorise la confrontation d’opinions et le recueil de pistes d’amélioration ;

- l’entretien individuel, qui permet d’entrer davantage dans les détails et de comprendre les motivations des personnes interrogées. Les entretiens et les réunions étaient semi-directifs (un guide de discussion et des questionnaires orientaient la conversation sans l’enfermer strictement).

Catégories professionnelles interrogées

Les catégories professionnelles interrogées ont été déterminées de façon à replacer le cabinet vétérinaire dans son environnement partenarial et dans le contexte de filière de production (voir la FIGURE « Relations qualité du cabinet vétérinaire et de ses principaux partenaires» ). Pour chaque catégorie professionnelle, un ou plusieurs représentants ont été interrogés (voir le TABLEAU « Effectifs des personnes interrogées selon la catégorie professionnelle» ).

1 Les éleveurs. Ont été interrogés de préférence des éleveurs de bovins impliqués dans des organismes professionnels agricoles. Leurs avis devaient être plus larges que ceux des éleveurs non impliqués, notamment en matière de perspectives d’avenir et d’évolution de la profession agricole. Néanmoins, des éleveurs sans fonction de représentation ont aussi été interrogés à titre personnel, selon les opportunités. Les contacts ont été facilités grâce à la Fédération régionale des syndicats des éleveurs et agriculteurs de l’Ouest.

2 La filière de transformation. Les laiteries (pour la filière lait) et les groupements de producteurs (pour la filière viande) ont été choisis parce que ces entreprises se trouvent à l’étape de la collecte et/ou de la première transformation, donc proches des éleveurs. Les laiteries ont été contactées via le Groupement d’intérêt économique (GIE) lait et la Confédération des coopératives agricoles de l’Ouest de la France pour les coopératives, et via le GIE lait et l’Union des laiteries de l’Ouest pour les laiteries privées. Le GIE viande a fourni les contacts avec les groupements de producteurs de viande bovine. Il a été considéré que ces entreprises répercutent, du fait du contexte commercial, les attentes des consommateurs et des distributeurs dans les démarches qualité et les cahiers des charges qui engagent les éleveurs.

La filière lait est davantage représentée, les contacts ayant été facilités par son niveau d’organisation. La filière viande s’est en revanche montrée moins réceptive et le temps imparti pour la réalisation de cette étude n’a pas permis d’interroger l’ensemble des acteurs de cette filière, particulièrement les abatteurs.

3 La réglementation. Le maillon réglementaire de l’environnement du cabinet vétérinaire a été abordé par l’interrogation des services vétérinaires départementaux.

4 Les fournisseurs. Les fournisseurs ont été approchés à travers les laboratoires d’analyses départementaux et les centrales d’achats de médicaments.

5 Les organismes professionnels agricoles. Ont été interrogés : les contrôles laitiers (CL), les Groupements de défense sanitaire (GDS) via leur fédération régionale, et les GIE qui peuvent avoir des relations directes avec les vétérinaires praticiens.

Critique et justification

L’effectif interrogé peut paraître faible, notamment celui des éleveurs. Mais d’une part, les éleveurs sont également représentés par les GDS et les CL, et d’autre part, dans ce type d’enquête, l’effectif classiquement admis est d’une vingtaine de personnes par segment homogène de clientèle, c’est-à-dire, ici, par catégorie professionnelle [1]. Néanmoins, cette « sous-représentation»  des éleveurs apparaît moins grave qu’aurait pu l’être celle des industries agro-alimentaires, dans la mesure où les attentes des éleveurs sont plus facilement accessibles aux praticiens et doivent, de toute manière, être recherchées par les cabinets vétérinaires dans une phase d’appropriation d’un référentiel.

Points forts

Pour mettre en place une démarche qualité dans un cabinet vétérinaire avec une activité bovine, il est conseillé de construire un référentiel à partir des attentes des « clients» .

Tous les acteurs des filières attendent des vétérinaires qu’ils délivrent des ordonnances matérialisant toutes leurs prescriptions.

L’implication du vétérinaire dans la gestion et l’exploitation du registre sanitaire est une attente fortement exprimée.

Les acteurs des filières demandent en premier lieu une communication rapide sur les problèmes sanitaires des élevages.

La mise en avant de la prévention est aussi une demande forte, en dépit d’un certain nombre de contradictions.

Tous les acteurs des filières attendent du vétérinaire une formation des éleveurs sur l’utilisation des médicaments.

Les acteurs des filières bovines tiennent au respect des bonnes pratiques vétérinaires en matière de respect de l’hygiène et de gestion des déchets de soins.

Les acteurs des filières bovines trouvent que le vétérinaire a encore trop souvent tendance à travailler seul, ne communiquant ni avec les autres partenaires de l’élevage, ni suffisamment avec ses propres associés.

Des attentes dans le domaine réglementaire

Les exigences de la réglementation vis-à-vis du cabinet vétérinaire peuvent être réparties en deux types.

1 Attentes législatives, essentiellement associées à trois textes :

- le Code rural, qui définit notamment le rôle du vétérinaire en matière de santé publique et explicite les missions associées au mandat sanitaire [9, 13] ;

- le Code de la santé publique, qui inclut la législation sur la pharmacie vétérinaire, ainsi que celle sur l’élimination des déchets d’activité de soins [5, 7, 15, 16, 17] ;

- le Code du travail, auquel s’ajoute la convention collective du personnel salarié non vétérinaire [7, 8].

2 Attentes ordinales. Bien que relevant de la législation  le Code de déontologie vétérinaire est inscrit dans le Code rural par le décret n° 92-157 du 19 février 1992 -, les attentes ordinales sont gérées par l’Ordre des vétérinaires. Elles sont exprimées dans le Code de déontologie, qui rappelle «  les règles morales que tout vétérinaire doit respecter  » [3].

Du fait même de leur caractère réglementaire, donc de l’obligation qu’a le vétérinaire de les respecter, ces éléments n’ont pratiquement pas été exprimés comme des attentes par les acteurs des filières bovines interrogés, exception faite néanmoins d’une demande forte concernant la rédaction des ordonnances et la traçabilité des actes de soins.

Remerciements :

- au GTV 85 qui a financé ce travail ;

- à toutes les personnes interrogées, acteurs des filières bovines et vétérinaires ;

- au Pr Pinault (ENVN) ;

- au Dr Mangematin, expert auprès des tribunaux ;

- au Dr Schmidt-Morand.

En savoir plus

Un article des mêmes auteurs intitulé « Les démarches qualité : intérêt et conséquences pour les cabinets vétérinaires libéraux avec une activité bovine » est disponible en ligne sur planete-vet, rubrique « formation» . Cet article propose une mise au point générale sur les démarches qualité des entreprises. Il pose le vocabulaire, les objectifs et les moyens des démarches qualité. Il présente les principes des démarches qualité actuellement à l’étude dans le milieu vétérinaire en Europe comme en France.

À lire également

- Lajou L. L’assurance qualité des cabinets vétérinaires. Point Vét. 1999 ; 30 (n° spécial « Exercer en clientèle mixte demain…» ) : 751-758.

Bibliographie

1 - AFNOR. Management de la qualité - Enquête de satisfaction des clients - FD X50-172. Paris, AFNOR 1999 : 33 p. 2 - ANAES. Manuel d’accréditation des établissements de santé. Paris, ANAES 1999 : 118 p. Disponible en ligne : 3 - Anonyme. Charte des bonnes pratiques d’élevage. Confédération nationale de l’élevage, 1999. 4 - Anonyme. Code de déontologie - Pharmacie vétérinaire. Conseil supérieur de l’Ordre des vétérinaires, 1992 : 46 p. 5 - Anonyme. Code de la santé publique - Partie législative - 5e partie - Livre Ier - Titre 4 : Médicaments vétérinaires. 6 - Anonyme. Code de la santé publique - Partie réglementaire - Livre V - Titre 2 - Chapitre 3 : Pharmacie vétérinaire. 7 - Anonyme. Code du travail - Partie législative - Livre Ier - Titre 2 : Contrat de travail. 8 - Anonyme. Code du travail - Partie législative - Livre Ier - Titre 3 : Hygiène, sécurité et conditions de travail. 9 - Anonyme. Code rural - Partie législative - Livre II - Titre II : La lutte contre les maladies des animaux. 10 - Anonyme. Good veterinary practice - FVE/01/050-version 0. FVE, 12 avril 2001 : 29 p. 11 - Anonyme. Practice Standards Scheme. Questionnaire. BSAVA, 1999 : 39 p. Disponible en ligne : 12 - ISO. Systèmes de management de la qualité - Principes essentiels et vocabulaire - Norme NF EN ISO 9000 : 2000. Genève, ISO 2000 : 30 p. 13 - Journal officiel. Arrêté du 5 juin 2000 relatif au registre d’élevage. J.O. n° 146, 25 juin 2000 : 9613. 14 - Journal officiel. Décret n° 2001-514 du 13 juin 2001 relatif à la certification des denrées alimentaires et des produits agricoles non alimentaires et non transformés. J.O. n° 137, 15 juin 2001 : 9488. 15 - Journal officiel. Décret n° 97-1048 du 6 novembre 1997 relatif à l’élimination des déchets d’activités de soins à risques infectieux. J.O. n° 267, 18 novembre 1997 : 16675. 16 - Journal officiel. Décret n° 99-553 du 2 juillet 1999 relatif aux médicaments vétérinaires. J.O. n° 153, 4 juillet 1999 : 9925. 17 - Journal officiel. Ordonnance n° 2001-313 du 11 avril 2001 portant transcription de directives relatives aux médicaments vétérinaires. J.O. n° 89, 14 avril 2001 : 5788. 18 - Langlet F. Démarche qualité en cabinets vétérinaires avec une activité bovine. Analyse des attentes des acteurs des filières bovines de l’ouest de la France et ébauche d’un référentiel. Thèse vétérinaire Nantes, 29 octobre 2001 : 77 p.

Relations qualité du cabinet vétérinaire et de ses principaux partenaires

Attentes des acteurs des filières bovines vis-à-vis du cabinet vétérinaire rural

Attente exprimée : - = aucune, + = faible, ++ = moyenne, +++ = forte.

Effectifs des personnes interrogées selon la catégorie professionnelle