Le point Vétérinaire n° 225 du 01/05/2002
 

THÉRAPEUTIQUE ANTI-INFLAMMATOIRE

Pratiquer

SUR ORDONNANCE

Jean-Dominique Puyt

unité de pharmacologie et toxicologie, ENVN

Les AINS sont recommandés dans le traitement des fourbures chez le cheval. Lors de fourbure aiguë, le recours aux corticoïdes est toutefois envisageable.

Fast-Food est un cheval âgé de neuf ans pesant 700 kg. Il présente un excès pondéral. En outre, depuis trois jours, une boiterie des antérieurs est apparue, accompagnée d'un léger œdème. Sa température rectale est normale. Face à l'aggravation de sa boiterie, un vétérinaire est consulté et diagnostique une fourbure chronique. Il préconise, en complément du traitement hygiénique, l'arrêt des granulés, très peu d'herbe, un changement de ferrure, et instaure un traitement fondé sur l'administration de Finadyne(r) Injectable (14 ml) par voie intraveineuse.

Duviculine(r) ou Duphaspasmin(r),Calmivet(r) ou Vétranquil(r)  :Améliorer la vascularisation du pied

Les vasodilatateurs périphériques sont parfois prescrits pour améliorer la vascularisation du pied et contrebalancer la stimulation du tonus sympathique. L'isoxsuprine (0,6 à 4 mg/kg par voie orale deux fois par jour) est la molécule la plus classiquement employée chez le cheval (Duviculine(r) ou Duphaspasmin(r)), notamment lors de fourbure chronique.

En cas de fourbure aiguë, l'acépromazine (Calmivet(r) ou Vétranquil(r)), pour ses propriétés a-sympatholytiques, semble intéressante à la dose de 0,01 à 0,04 mg/kg, par voie intraveineuse ou intramusculaire, répétée quatre à six fois par jour.

Finadyne(r) Injectable et Quadrisol(r): Une thérapeutique largement empirique

La flunixine (Finadyne(r) Injectable) est un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), du groupe des fénamates (anthranilates), qui bloque la synthèse des prostaglandines par une inhibition des cyclo-oxygénases anti-COX-1 et anti-COX-2. Le védaprofène, du groupe des acides aryl-propioniques, présente la même activité. Les doses prescrites correspondent à la posologie habituelle.

La thérapeutique anti-inflammatoire est classiquement prônée dans le traitement de la fourbure. Cependant, elle reste encore largement empirique. Elle a ainsi pour objectif de réduire à la fois l'inflammation, l'œdème, la douleur podale, et de limiter les lésions des feuillets du podophylle. Il est possible d'associer indifféremment tel ou tel AINS. Néanmoins, il est recommandé d'utiliser des doses plus fortes (supérieures de moitié, voire doublées) que les posologies anti-inflammatoires usuelles. En outre, la phénylbutazone (4 mg/kg, une à deux fois par jour) est aussi un anti-inflammatoire fréquemment utilisé et efficace dans le traitement de la fourbure. Son action antalgique apparaît supérieure à celle de la flunixine. L'avantage de la flunixine sur la phénylbutazone est d'avoir obtenu des limites maximales de résidus (LMR) chez le cheval et de pouvoir ainsi être utilisée chez cette espèce, quelle que soit sa destination finale : loisir ou boucherie. L'association de phénylbutazone (2 mg/kg) et de flunixine (0,5 mg/kg) est, semble-t-il, plus efficace que chaque anti-inflammatoire utilisé séparément. L'association avec l'acide acétylsalicylique, à la dose de 10 à 20 mg/kg, peut également être employée. Son intérêt est alors d'inhiber l'agrégation plaquettaire en diminuant la synthèse du thromboxane.

Corticoïdes :Contre-indication d'emploi relative

Les corticoïdes sont classiquement, et sans doute abusivement, décriés chez le cheval en raison du risque de fourbure qu'ils sont susceptibles d'entraîner. Néanmoins, lors de fourbure en phase initiale aiguë, les corticoïdes peuvent trouver leur place grâce à leur puissante action anti-inflammatoire. Des formes galéniques d'action immédiate (solutions aqueuses) sont alors utilisées. Leur intérêt est de bloquer le cycle douleur-hypertension modale. Ils améliorent la vascularisation du pied et le débit sanguin artériel au niveau de la troisième phalange. La prescription prolongée de corticoïdes ou l'administration de corticoïdes-retard est, en revanche, clairement contre-indiquée, d'autant que les corticoïdes retardent ou inhibent la synthèse de la kératine.