Le point Vétérinaire n° 224 du 01/04/2002
 

COMPORTEMENT DU CHIEN

Se former

CONDUITE À TENIR

Valérie Dramard

39, rue du Lac
69003 Lyon

L'administration d'un psychotrope est une aide pour diminuer l'intensité et la fréquence des vocalises, mais elle doit toujours être associée à une thérapie comportementale.

Résumé

Les étapes essentielles

Étape 1 : établissement du diagnostic

• Évaluer les autocontrôles du chien

• Évaluer l'existence et la gravité du trouble émotionnel

• Établir le diagnostic nosologique

• Évaluer les capacités des maîtres à appliquer la thérapie

Étape 2 : construire la thérapie comportementale

• Pas de rituels de départ, ni de réprimande au retour

• Thérapie de régression sociale dirigée

• Apprendre au chien à se contrôler

Étape 3 : traitement médicamenteux

• Anxiété :

phéromonothérapie puis anxiolytique si nécessaire

• Sociopathie :

thymorégulateur pour diminuer l'irritabilité

• Déficit d'autocontrôles, sélégiline, voire inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ISRS)

Le diagnostic de l'affection comportementale à l'origine des vocalises produites lorsque le chien reste seul a fait l'objet d'une précédente conduite à tenir(1). La sociopathie, le syndrome hypersensibilité-hyperactivité et l'anxiété liée à la séparation peuvent être à l'origine des aboiements et nécessitent une thérapie comportementale adaptée. Selon l'intensité, la fréquence des vocalises et l'urgence de la situation, un psychotrope est prescrit. La molécule est choisie d'après les manifestations comportementales de l'animal, le diagnostic restant un pré-requis indispensable.

La phéromonothérapie constitue un moyen non médicamenteux efficace pour traiter un chien anxieux. Certains colliers éducatifs peuvent en outre être utilisés dans certains cas.

Thérapie comportementale

La thérapie comportementale dépend du diagnostic. Elle doit respecter certains principes, mais aussi être adaptée à chaque cas pour que son application pratique soit possible [1, e].

1. La sociopathie

La thérapie de régression sociale dirigée constitue le fondement du traitement comportemental prescrit lors de sociopathie, quel que soit le symptôme présenté par l'animal. Elle vise à clarifier le contexte hiérarchique, en reprenant au chien les prérogatives de dominance que ses maîtres lui ont concédées : les propriétaires doivent prendre les initiatives et être prioritaires dans tous les domaines (voir l'ENCADRÉ “La thérapie de régression sociale dirigée”).

Il semble que certains contextes favorisent l'apparition d'une sociopathie : un chien mâle vivant dans une famille essentiellement constituée de femmes ou inversement, une femelle essentiellement entourée d'hommes. Une sociopathie apparaît souvent lors de l'existence d'un autre trouble anxieux (voir l'ENCADRÉ “Hyperattachement secondaire”) et quand l'individu objet de l'hyperattachement secondaire est de sexe opposé. Un contexte de flou hiérarchique est en outre anxiogène. Un chien atteint d'une sociopathie peut ainsi développer des troubles anxieux [1, c].

2. Le syndrome hypersensibilité-hyperactivité

La thérapie comportementale vise à apprendre au chien à se contrôler. L'administration d'un psychotrope est souvent nécessaire pour que l'animal recouvre suffisamment d'autocontrôles pour y participer. En effet, les capacités cognitives diminuent lorsque l'animal est en état d'excitation, ce qui est très souvent le cas lors d'hypersensibilité-hyperactivité.

Deux techniques sont intéressantes : la thérapie par le jeu contrôlé et l'initiative des contacts (voir l'ENCADRÉ “Thérapie comportementale chez le chien hypersensible-hyperactif”).

En cours de traitement, il est également souhaitable de veiller à ce que le contexte hiérarchique soit cohérent et de mettre en place, si nécessaire, une thérapie de régression sociale dirigée.

Le chien hypersensible et hyperactif semble ressentir les émotions humaines de façon amplifiée. Il est donc recommandé d'agir simplement et avec douceur : parler calmement avec peu de mots, voire chuchoter, faire peu de gestes, mais de façon claire et calme, permet de communiquer au mieux avec ces animaux. En revanche, tout accès de colère ou d'agitation les excite et ils perdent vite le contrôle de leurs réactions. Chez le chien hypersensible, de la crainte, voire de la peur risquent de survenir et de le rendre dangereux (morsure non contrôlée). Si le syndrome hypersensibilité-hyperactivité n'est pas traité précocement, une anxiété évolue en parallèle et les troubles anxieux aggravent le tableau clinique.

3. L'anxiété liée à la séparation

Les troubles anxieux liés à la séparation avec le ou les êtres d'attachement sont fréquents. En revanche, l'anxiété liée à la séparation, selon la définition de l'école française de comportement [1], est un trouble comportemental beaucoup plus rare actuellement, probablement en raison de la prévention efficace menée depuis plusieurs années.

La thérapie comportementale lors de troubles anxieux associés à un hyperattachement primaire (anxiété liée à la séparation) ou secondaire est envisagée ici.

La thérapie comportementale (voir l'ENCADRÉ “La thérapie comportementale dans l'anxiété liée à la séparation”) vise :

- à diminuer les facteurs anxiogènes liés au départ et au retour des propriétaires ;

- à favoriser le détachement du chien : la thérapie de détachement est nécessaire lors d'anxiété liée à la séparation, mais doit être réalisée progressivement.

L'attachement est une notion éthologique fondamentale. Il est indispensable au bon développement comportemental et physique d'un individu (mammifère) [3, b]. En pathologie comportementale, le lien d'attachement est indispensable pour permettre la guérison d'un trouble émotionnel. Lors d'anxiété liée à la séparation, si le lien d'attachement est rompu brutalement, l'anxiété risque de s'aggraver. La thérapie de détachement doit donc être réalisée doucement et progressivement, et les inter-actions entre le chien et l'être d'attachement doivent être impérativement entretenues.

Le traitement médicamenteux

Le traitement médicamenteux est obligatoirement associé à une thérapie comportementale adaptée, faute de quoi l'amélioration comportementale risque d'être amoindrie (la cause du trouble n'étant pas traitée). Il est prolongé jusqu'à ce que les anomalies comportementales aient disparu, et ce depuis plusieurs semaines. La durée du traitement médicamenteux dépend donc de la gravité du trouble, de l'application de la thérapie comportementale et du contexte.

Trois types de chimiothérapie sont indiqués.

• Lors de sociopathie, un traitement thymo-régulateur diminue l'irritabilité du chien. Celui-ci accepte les changements hiérarchiques induits par la thérapie de régression sociale dirigée et les agressions territoriales (aboiements) diminuent.

• Un traitement anxiolytique a pour but d'abaisser les manifestations anxieuses.

• Un traitement anti-impulsif (inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine, ou ISRS [d]) permet d'augmenter les autocontrôles du chien hypersensible-hyperactif.

Le choix du traitement dépend des manifestationscomportementalesprédominantes observées chez l'animal présenté en consultation.

La durée du traitement dépend de celle de l'évolution du trouble et de l'âge du chien, mais elle est généralement de plusieurs mois. Excepté pour la sélégiline, un sevrage (demi-dose pendant le quart du temps de traitement) est conseillé afin de prévenir les risques de rechute. L'arrêt (ou le sevrage) est décidé lorsque l'amélioration comportementale est stable depuis environ deux mois.

1. Sociopathie

Si les vocalises en l'absence des propriétaires proviennent essentiellement d'agressions territoriales et si la mise en place de la thérapie de régression sociale dirigée risque d'être difficile (agressivité du chien, peur des maîtres), la prescription d'un thymorégulateur est indiquée pour diminuer l'irritabilité. Parallèlement, il permet au chien d'accepter les changements. La carbamazépine(2) (Carbamazépine®, Tégrétol® : 20 à 40 mg/kg en deux prises) est souvent associée, chez le chien mâle, à l'acétate de cyprotérone(2) (Androcur® : 5 mg/kg/j en deux prises pendant trois semaines). La sélégiline (Selgian®) peut être administrée si des troubles anxieux existent. D'autres molécules peuvent être utilisées selon les manifestations comportementales.

Le traitement est généralement d'assez courte durée (huit à douze semaines).

2. Syndrome hypersensibilité-hyperactivité

Si, en consultation, le chien présente un net déficit des autocontrôles (hyperactivité, brusquerie), un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine est préféré, notamment aux inhibiteurs de recapture de la sérotonine (clomipramine), dont les effets secondaires anticholinergiques augmentent avec la dose. La fluoxétine(2) (Prozac®, Fluoxétine® : 2 à 5 mg/kg en une prise) et la fluvoxamine(2) (Floxyfral® : 5 à 10 mg/kg/j en deux prises) sont couramment administrées [1, d].

3. Anxiété

La molécule est choisie selon le type de manifestations anxieuses (autres que les vocalises).

• La sélégiline (Selgian® : 0,5 mg/kg/j en une prise) est choisie quand prédominent des troubles anxieux de type dopaminergique (troubles digestifs, anticipation, déambulation, stéréotypies ou inhibition des comportements exploratoires) et noradrénergique (hyper-vigilance, tremblements, tachypnée et tachy-cardie). Il est fortement recommandé de l'utiliser seule et d'attendre quinze jours après l'arrêt de l'administration avant de commencer un autre traitement.

• La clomipramine (Clomicalm® : 2 à 4 mg/kg/j en deux prises) est prescrite quand les signes sérotoninergiques (dérégulation des auto-contrôles, hyperattachement, trouble du sommeil) et noradrénergiques dominent le tableau clinique.

• Un ISRS est prescrit quand les signes sérotoninergiques prédominent (déficit des autocontrôles, persistance du réflexe de mordillement, impulsivité : hypersensibilité-hyperactivité).

La phéromonothérapie

Les apaisines du chien (DAP®) sont des phéromones d'apaisement synthétiques, analogues aux phéromones naturelles secrétées par la mère (sillon intermammaire), qui sont impliquées dans le mécanisme de l'attachement de ses nouveau-nés [2, a]. Elles possèdent des propriétés apaisantes, donc anxiolytiques.

Elles sont indiquées seules ou associées, lors de manifestations anxieuses produites dans l'habitation, quelle que soit leur cause, notamment lors de vocalises d'origine anxieuse. Elles constituent un traitement adjuvant prometteur dans le traitement des troubles émotionnels du chien.

Les colliers éducatifs

Le collier anti-aboiement à effet disruptif (Aboistop®) constitue une technique qui, pour être efficace (à long terme), doit être associée à une thérapie comportementale adaptée au trouble (PHOTO 1). Un spray (à base de citronnelle ou de moutarde) est déclenché dès la première vocalise afin d'interrompre la séquence comportementale. Néanmoins, le parfum alors émis pourrait constituer un stimulus aversif, d'où un effet punitif qui serait entraîné par ce type de colliers.

Le port de ce collier est surtout indiqué lorsque les vocalises sont ritualisées et entretenues par la réponse d'un autre chien ou par une personne (un voisin qui parle à l'animal derrière la porte, par exemple). Il n'est pas conseillé de le prescrire chez un chien anxieux, car il risque d'aggraver son état (l'effet disruptif pourrait entraîner de la peur chez un animal hyper-vigilant). Il est généralement inefficace chez les chiens hypersensibles-hyperactifs non traités. En pratique, il est donc plutôt indiqué en deuxième intention, en veillant à ce que le trouble émotionnel de l'animal soit largement diminué.

Le maître ne contrôle pas l'action du collier, ni la réaction de son chien (puisqu'il est absent). Les effets néfastes (peur) ne sont pas toujours visibles, mais peuvent cependant être délétères (aggravation de l'anxiété).

Les colliers électriques sont à proscrire absolument, quel que soit le trouble comportemental. Ils entraînent de la douleur, ce qui est néfaste (comportementalement et physiologiquement). D'un point de vue éthique, il est en outre inacceptable qu'un vétérinaire “prescrive” de la douleur, si minime soit-elle.

Conclusion

L'administration d'un psychotrope est une aide indéniable pour diminuer l'intensité et la fréquence des vocalises, mais elle doit toujours être associée à une thérapie comportementale adaptée et réalisable par les propriétaires. La phéromonothérapie constitue une troisième voie de traitement prometteuse, car elle agit en respectant le bien-être de l'animal et ne présente aucune contre-indication.

(1) Dramard V. Conduite diagnostique devant un chien qui aboie. Point Vét. 2001 ; 32(220): 42-44.

(2) Médicament à usage humain.

La thérapie de régression sociale dirigée

La thérapie de régression sociale dirigée est constituée de techniques pragmatiques qui permettent de restaurer des relations hiérarchiques cohérentes, a minima et assez facilement.

→ Gestion de l'alimentation

- Le chien regarde ses maîtres manger sans les déranger et obtient son repas ensuite.

- La gamelle ne doit pas être placée dans un emplacement stratégique (endroit en hauteur, passage).

- Il ne faut pas regarder le chien manger.

- La gamelle est retirée dix à quinze minutes plus tard, finie ou non.

→ Gestion du territoire

- Un ou plusieurs sites de couchage sont attribués au chien.

- Il doit être situé dans un endroit sans signification hiérarchique : ni en hauteur, ni dans un passage.

- Les maîtres ne doivent pas enjamber leur animal s'il est dans le passage, mais le faire partir systématiquement.

- Il est conseillé de ne pas toucher un chien couché à sa place.

→ Gestion des contacts (jeux, câlins)

Les maîtres ne doivent pas répondre aux sollicitations de leur chien. En revanche, ils peuvent l'appeler tant qu'ils le souhaitent pour des caresses ou des jeux.

Hyperattachement secondaire

→ L'hyperattachement secondaire est observé chez des animaux qui sont atteints par un trouble émotionnel (anxiété, dépression) dont il est la conséquence. Son intensité semble proportionnelle à la gravité du trouble. Lorsque l'animal est à proximité de l'être d'attachement, il peut s'apaiser. En revanche, lorsqu'il est seul, il en est incapable. Les manifestations anxieuses apparaissent alors.

→ Quand le trouble émotionnel est traité, l'hyperattachement diminue, voire disparaît. A contrario, si une thérapie de détachement est effectuée trop tôt et brutalement, l'animal ne peut s'apaiser, son trouble émotionnel ne diminue pas, voire augmente.

Thérapie comportementale chez le chien hypersensible-hyperactif

→ La thérapie par le jeu contrôlé

Le maître sollicite son chien pour jouer et cesse dès l'apparition des premiers signes d'excitation (mydriase, grognement, mordillement, brusquerie). Le chien apprend ainsi à se retenir pour pouvoir continuer le jeu. Lancer un objet, obtenir du chien qu'il le ramène, puis qu'il le pose, permet de faire progresser l'animal.

→ L'initiative des contacts

Quand le chien sollicite son maître pour obtenir une caresse ou jouer, le maître doit demander à son chien d'attendre ; s'il insiste, le maître rompt le contact fermement (sans brutalité et sans colère).

En revanche, le propriétaire appelle son chien (doucement, sans excitation) autant de fois qu'il le souhaite : il cesse net le contact dès les premiers signes d'excitation (mydriase, mordillement, brusquerie).

La thérapie comportementale dans “l'anxiété liée à la séparation”

→ Le départ et le retour des propriétaires

- Il est recommandé de ne pas s'occuper du chien dans la demi-heure qui précède le départ et d'éviter d'accomplir desrituelsqui risquent d'amplifier son inquiétude (anticipation).

- Au retour, il convient de ne s'intéresser au chien que lorsqu'il est calme, de s'en désintéresser tant qu'il est excité.

- Il ne faut pas réprimander le chien (cette attitude est inefficace et stressante).

→ La thérapie de détachement

Il convient de ne pas répondre aux demandes de caresses du chien, voire de le repousser s'il insiste, mais en revanche, de l'appeler aussi souvent que souhaité pour lui en donner (initiative des contacts).

Congrès

a - Béata C. Phéromones d'apaisement. Congrès “l'anxiété” ZooPsy. Poitiers. 3-5 octobre 2001.

b - Cyrulnick B. Attachement et anxiété. Congrès “l'anxiété” ZooPsy. Poitiers. 3- 5octobre 2001.

c - Dehasse J. L'anxiété chez le chien : clinique et déterminisme chez le chien. Congrès “l'anxiété” ZooPsy. Poitiers. 3-5 octobre 2001.

d - Dramard V. Utilisation des ISRS lors d'agressivité. Congrès ZooPsy. Disneyland Paris. Septembre 2000.

e - Dramard V. Proposition d'une méthode pour construire une thérapie comportementale pertinente. Congrès CNVSPA. Paris. 2000.

En savoir plus

- Dramard V. Comportement du chien : les règles de vie à la maison. Point Vét. 2001 ; 32(218):35.

Bibliographie

  • 1 - Pageat P. Pathologie du comportement du chien. Ed. Point Vétérinaire. Maisons-Alfort. 1998:384 p.
  • 2 - Vandaële E, Girard A. Les apaisines des mammifères contre le stress et l'anxiété. Point Vét. 2001 ; 32(217):16-17.
  • 3 - Zazzo R et coll. L'attachement. Ed Delachaux et Niestlé. Neufchâtel (Suisse). 2e ed. 1991:250 p.

PHOTO 1. Le port du collier anti-aboiement peut être utile, mais une thérapie comportementale associée est indispensable.