Le point Vétérinaire n° 224 du 01/04/2002
 

NOUVEAUX ANIMAUX DE COMPAGNIE

Se former

COURS

Véronique Vienet

Le Cloteirol
2809, route de Grasse
06270 Villeneuve-Loubet

La connaissance des particularités anatomiques et comportementales est indispensable pour la consultation de Pogona vitticeps, lézard populaire grâce à ses facultés d'adaptation à la captivité.

Résumé

L'agame barbu d'Australie (Pogona vitticeps) est un lézard diurne, terrestre et semi-arboricole, qui vit uniquement en Australie. Insec-tivore et herbivore, de taille modeste (40 à 50 cm adulte), d'un comportement docile, il est facile à élever en captivité. Sa consultation et sa contention ne posent pas de difficultés. Les injections sous-cutanées, intramusculaires et la voie orale sont les techniques les plus fréquentes d'administration d'un traitement.

De taille plus réduite que l'iguane vert (Iguana iguana) à l'âge adulte et de santé plus robuste, les pogonas, comme les appellent souvent les terrariophiles, sont des lézards dociles, calmes et confiants malgré leur aspect étrange dû à la présence d'écailles en forme d'épine au niveau de la gorge et le long du corps (PHOTO 1) [1]. Ils possèdent de bonnes facultés d'adaptation à la vie en captivité. En raison de leur taille modeste, ils sont moins dangereux, plus faciles à manipuler et à maintenir en terrarium que les iguanes verts. Ils semblent en outre apprécier qu'on les touche et sont enclins à un certain degré “d'apprivoisement”.

L'agame barbu d'Australie (bearded dragon, yellow headed dragon ou inland bearded dragon pour les Anglo-saxons) appartient à la famille des agamidés (325 espèces de lézards de l'Ancien monde réparties dans 40 genres). Originaire d'Australie (zones sèches ou boisées de la côte Est et régions désertiques du Centre), il doit son nom à sa capacité à ériger une barbe épineuse lorsqu'il se sent menacé (PHOTO 2) [4]. Il existe huit espèces différentes de pogona. Pogona vitticeps est la plus fréquente (voir l'ENCADRÉ “Carte d'identité de l'agame barbu”) [1, 2, 12]. Pogona henrilawsonii (Lawson's dragon ou Rankin's dragon pour les Anglo-saxons), de taille plus petite (25 à 30 cm), est parfois rencontré. Les conditions d'élevage de ces deux espèces sont similaires [3]. L'hybridation est possible et l'hybride obtenu (Vittikin pogona) ressemble généralement à Pogona vitticeps, mais sa taille est moindre (au maximum 30 cm) et son comportement, plus agressif [3]. Compte tenu des lois draconiennes appliquées sur le territoire australien pour la protection de la faune sauvage, tous les pogonas détenus en captivité proviennent d'élevages [10, 11]. Ces animaux ne sont pas inscrits dans les annexes de la Convention de Washington et leur commerce est autorisé sans délivrance d'un numéro de Cites(1).

Conditions de vie

1. L'environnement

L'agame barbu est un reptile diurne, de taille modeste, semi-arboricole et terrestre [10]. Il fréquente une grande variété de biotopes : forêts, terres broussailleuses semi-arides, zones désertiques. Il est possible de le rencontrer se chauffant au soleil sur des tables de pique-nique ou sur des piliers de clôture, près des habitations [11, observation personnelle]. Perché sur une branche, une grosse pierre ou une souche, il est à l'affût d'insectes et d'autres petits animaux. La couleur de sa robe s'harmonise bien avec le sable du milieu naturel. Ce “mimétisme” lui permet de chasser sans être vu de ses prédateurs et de ses proies. Ce sont des animaux à tempérament calme, ce qui s'explique par la température externe dans le milieu naturel, avoisinant les 30 °C. Sous nos latitudes, le maintien en terrarium est donc indispensable (voir l'encadré “Paramètres pour l'élaboration du terrarium”).

2. Alimentation

L'agame barbu est omnivore : il consomme autant de petits insectes et d'autres proies vivantes que de végétaux. Les adultes acceptent facilement une grande variété d'aliments : souriceaux, insectes (criquets, vers de farine, Zoophobas morio, etc.) et végétaux (pissenlit, cresson, romaine, etc.) [2, 7, 11].

Les jeunes ont une préférence pour les insectes. Dans la nature, jusqu'à l'âge d'un mois et demi, ils se nourrissent essentiellement de petits lézards, de souriceaux et d'insectes [1]. Les adultes mangent surtout des végétaux (90 % de la ration) [10, 12].

Le régime en captivité

En captivité, le pogona reste omnivore. Toutefois, la répartition des besoins en nutriments (protéines, fibres, matières grasses, etc.) n'est pas bien connue. Le besoin en protéines est accru chez les juvéniles et diminue nettement avec l'âge [12]. Un régime généralement composé de 50 % de protéines végétales et de 50 % de protéines animales convient(2). En ce qui concerne les végétaux, les considérations du point de vue phosphocalcique sont identiques à celles de l'iguane. Seule la part de proies vivantes (insectes, souriceaux) varie selon le stade de développement de l'animal (voir le TABLEAU “Composition des repas selon le stade physiologique”) [12]. Grâce à ce régime mixte (insectes et végétaux), les pogonas sont moins sensibles aux troubles du métabolisme osseux, à condition toutefois que les insectes possèdent une valeur nutritive correcte.

Les autres végétaux non mentionnés (laitue, tomate, concombre, fruits) sont déconseillés, car trop riches en phosphore.

Distribution des repas

La prise du repas a lieu en fin de matinée, généralement après une absorption de chaleur [11]. Les juvéniles (âgés de plus de quatre mois) et les subadultes sont nourris une fois par jour, les adultes tous les deux jours et les animaux âgés tous les trois jours. Il est nécessaire de couper le feuillage à une taille adaptée à celle de l'animal. Les nouveau-nés (jusqu'à six semaines), particulièrement voraces, doivent être nourris trois à quatre fois par jour afin d'éviter le cannibalisme (morsure des queues et des doigts). Un pogona nouveau-né affamé est en effet capable de grignoter son voisin [12]. Il convient de laisser des végétaux à disposition en permanence.

Pour les pogonas nouveau-nés (jusqu'à quatre mois), la taille des proies vivantes doit être très réduite : au maximum la moitié de la largeur de la tête de l'animal (distance mesurée entre les deux yeux). Pour les autres, elle ne doit pas dépasser les deux tiers de la tête [10].

Apport minéral et vitaminique

Une alimentation équilibrée et variée est indispensable pour éviter toute carence vitaminique et minérale. Comme chez tous les lézards diurnes et héliophiles, le rapport phosphocalcique doit avoisiner 1,5.

Un supplément calcique de la ration (Miner All without D3(r), Calcium Reptile(r) Océ, Bone-aid(r) T-rex) est recommandé tous les jours jusqu'à l'âge de cinq mois, une fois par semaine pour les subadultes et les femelles gestantes, une fois tous les quinze jours à trois semaines pour les adultes, et seulement une fois par mois pour les animaux âgés [5].

Les insectes peuvent être supplémentés par saupoudrage avant le repas du pogona [5, 11]. En revanche, il faut retirer les insectes non consommés dans l'heure qui suit, car ils perdent leur valeur nutritive et peuvent devenir une source de stress, voire de blessures [5, 12].

Dans le commerce, il existe désormais des granulés pour agame barbu selon les différentes catégories d'âge. En raison du manque de recul pour juger des qualités nutritives de ces aliments, il est souhaitable de ne recommander leur utilisation que sous la forme de complément. Ainsi, ils ne devraient pas représenter plus de la moitié de la ration lorsqu'ils sont acceptés facilement. En outre, il convient alors de diminuer de moitié le complément vitaminique et minéral [10].

Abreuvement

Les pogonas étant des reptiles originaires des milieux désertiques, l'eau de boisson est essentiellement fournie par leur nourriture. Cependant, les nouveau-nés naissent pendant la saison des pluies, ce qui leur permet de disposer d'un maximum de nourriture et de s'abreuver en lapant les gouttes d'eau sur les insectes vivants et les végétaux.

Il est donc recommandé de leur laisser à disposition une petite gamelle d'eau peu profonde et de pulvériser de l'eau tiède une fois par jour dans le terrarium [10]. Pour les sujets plus âgés, la mise en place d'un bassin d'eau tiède trois heures par jour est suffisante [3, 11].

Contention

La contention des pogonas ne présente généralement pas de difficulté malgré les “piquants” de la robe. Il convient toutefois de prêter attention aux griffes et aux dents.

1. Contention physique

Malgré l'absence d'autotomie volontaire chez les pogonas, toute préhension par la queue est à proscrire en raison du risque de blessure grave, la queue pouvant en effet se rompre.

La contention est similaire à celle qui est décrite chez l'iguane vert. Le pogona est facilement maintenu par le tiers antérieur du corps ou posé à plat dans la main (PHOTO 3). Il n'apprécie pas d'être soutenu uniquement par le ventre et d'avoir les quatre membres dans le vide [4].

Les jeunes pogonas, très vifs, peuvent être maintenus plaqués à l'aide d'une main sur la table de consultation, l'index et le majeur enserrant l'encolure de l'animal. Pour les adultes, la contention est identique, ou ils sont plaqués contre soi [4]. Les pogonas issus d'élevage sont généralement peu farouches et se laissent manipuler aisément. Dans les cas difficiles, l'animal peut être maintenu en plaçant une serviette sur lui.

2. Contention chimique

La contention chimique est possible selon les mêmes méthodes que chez l'iguane (tilétamine-zolazépam : 5 mg/kg par voie intramusculaire). Son utilisation n'est justifiée que chez des animaux particulièrement agités ou lorsqu'une intervention ou un examen complémentaire douloureux sont pratiqués.

Examen clinique

Le déroulement de l'examen clinique d'un pogona est rigoureusement identique à celui décrit chez l'iguane vert. Cependant, il est indispensable de tenir compte de ses particularités comportementales (voir l'ENCADRÉ “Particularités comportementales du pogona”) afin d'éviter les erreurs d'interprétation. En effet, ce lézard possède une gestuelle développée [5] qu'il convient de décrypter afin d'éviter l'installation d'un stress favorisant les affections [5].

Le recueil précis des commémoratifs (voir l'ENCADRÉ “Recueil des commémoratifs”) est nécessaire. La majorité des motifs de consultation est en effet liée à de mauvaises conditions d'élevage. En outre, si l'alimentation et l'environnement sont incorrects, même le meilleur traitement se révélera insuffisant.

1. Identification de l'animal

Âge

Les jeunes à la naissance mesurent environ 8 à 10 cm [5, 12].

Les rapports entre la taille et le poids peuvent être modifiés chez les sujets hybrides ou chez ceux qui ont subi des troubles de la croissance. Normalement, la taille doit doubler entre 0 et 2 mois, ce qui nécessite une alimentation abondante car la croissance est très rapide [12]. Entre 0 et 3 mois, la croissance est d'environ 1,5 cm par semaine [3, 5]. La taille adulte est atteinte à l'âge d'un an environ.

Sexe [4, 5]

Les organes génitaux sont internes, mais des critères morphologiques peuvent aider au dimorphisme sexuel (PHOTO 4) :

- à âge égal, les mâles sont plus gros et possèdent une tête plus large que les femelles et la queue apparaît plus épaisse, avec une base plus large ;

- les pores préanaux et fémoraux sont plus développés chez le mâle, mais n'apparaissent que vers l'âge d'un an. Ce dimorphisme est moins marqué chez Pogona henrilawsonii [3, 5] ;

- l'ouverture du cloaque est plus large chez le mâle : il s'agit du seul critère utilisable chez les pogonas juvéniles [3, 5] ;

- les mâles à maturité sexuelle (vers dix mois) peuvent prendre une coloration plus sombre.

Il est possible d'introduire une sonde plastique souple lubrifiée dans le cloaque ou de tenter l'éversion des hémipénis (qui reste le critère le plus fiable chez le mâle pour déterminer le sexe). Cette manipulation doit être effectuée avec soin afin de ne pas blesser l'animal.

Chez les immatures et les juvéniles, la diagnose du sexe est cependant difficile.

2. Examen à distance

Comme chez tous les reptiles, les signes cliniques sont généralement tardifs et discrets. Il est coutume de dire qu'un reptile malade est un reptile mourant. L'aspect et le comportement de l'animal sain sont donc utiles à connaître (voir l'ENCADRÉ “Signes à rechercher en consultation”) [5, 6].

Le pogona doit avoir une apparence générale replète, avec un ventre rond et une base de la queue charnue, l'œil vif et bien ouvert. Il doit être éveillé et attentif à son environnement (PHOTO 5) et (PHOTO 6) [5]. Une variation de coloration d'un individu à l'autre ou du même individu au cours de la consultation peut être un signe physiologique qui correspond à l'aptitude de thermorégulation [5]. Les colorations plus foncées s'observent lors de températures basses ou lorsque l'animal veut se réchauffer. À l'inverse, une teinte claire à pâle est en relation avec une température élevée [12].

Un sujet prostré est, soit atteint de maladie, soit en état de stress [5].

3. Examen externe

Le tégument

Les lésions cutanées (plaie, brûlure, etc.) et les ectoparasites sont recherchés. Les abcès, consécutifs à des morsures entre congénères, sont fréquents chez les pogonas.

Yeux et tympans

L'examen ophtalmologique et celui des tympans ont les mêmes particularités que chez l'iguane vert.

Squelette et muscles

Une palpation minutieuse est indispensable pour rechercher d'éventuelles fractures. Tous les doigts doivent être présents. Les troubles osseux, comme l'ostéodystrophie, semblent moins fréquents que chez les iguanes.

Comme chez l'iguane, la palpation de la base de la queue est un moyen, approximatif mais utile, pour apprécier l'état d'embonpoint de l'animal. Les os du bassin ne doivent pas être palpables. Lors de suspicion d'ostéodystrophie, la radiographie est un examen complémentaire utile.

L'animal doit être capable de se tenir dressé sur ses quatre membres et doit pouvoir se déplacer sans que son ventre frotte contre le sol (PHOTO7). Aucun tremblement ne doit être présent. Une paralysie des membres postérieurs peut s'observer à la suite de l'ingestion d'insectes de trop grosse taille, par lésion des nerfs rachidiens. L'apparition de zones de tuméfaction au niveau des articulations (coude, doigts, genou, etc.) résulte souvent du développement d'une ostéomyélite après une morsure infligée par un congénère.

4. Examen de l'appareil respiratoire

L'animal respire normalement, la bouche fermée, sans émission de mucus à ce niveau. Les pogonas sont particulièrement sensibles au refroidissement ou à un taux d'humidité excessif, qui peuvent être à l'origine d'une pneumonie. La présence de nématodes respiratoires peut également provoquer des difficultés respiratoires.

5. Examen de l'appareil digestif

Cavité buccale

L'ouverture de la bouche est aisément obtenue en tapotant sur le nez du lézard. À la palpation, il convient que les mâchoires ne soient pas molles (signe d'ostéodystrophie). La couleur des muqueuses, les dents et les gencives sont examinées afin de mettre en évidence d'éventuelles lésions (stomatite, pétéchies, pus, etc.).

Abdomen

L'abdomen est palpé délicatement dans sa totalité afin de rechercher les abcès internes, une hypertrophie hépatique (le syndrome de stéatose hépatique est assez fréquent chez les pogonas), une constipation, une rétention d'œufs chez les femelles, etc. La connaissance des différents rapports anatomiques s'avère utile pour cet examen (voir la FIGURE “Rapports anatomiques chez les agames barbus”).

Cloaque

Le cloaque est examiné afin de rechercher une souillure qui peut être un indice de diarrhée, une tuméfaction inflammatoire, un prolapsus, etc.

6. Examen de l'appareil génital

Chez le mâle, il convient de rechercher les signes de prolapsus des hémipénis (paraphimosis).

Chez la femelle, la palpation abdominale permet de mettre en évidence la présence d'œufs. Une radiographie peut être utile pour établir un diagnostic différentiel avec des ingestats.

Manipulations courantes

Compte tenu des signes cliniques généralement peu spécifiques, la réalisation d'examens complémentaires est souvent indispensable [8].

1. Prélèvements de sang

Les prélèvements sanguins sont réalisés en vue d'un hémogramme ou d'une analyse biochimique.

Chez les animaux adultes, une prise de sang à la veine caudale est possible selon la même technique que pour l'iguane [8] : 0,1 ml de sang suffit pour un profil biochimique. Celui-ci est indispensable, car l'une des affections les plus courantes chez le pogona est le syndrome de stéatose hépatique (fatty liver syndrom) qui atteint les animaux abattus, anorexiques et obèses. Les modifications biochimiques ne sont pas systématiques, mais une élévation des transaminases est fréquemment associée [10].

2. Coproscopie

L'analyse de selles est un examen complémentaire essentiel chez les pogonas, compte tenu de la fréquence élevée des affections digestives parasitaires chez ces reptiles. Coccidies et oxyures ont un cycle d'infestation direct, sans hôte intermédiaire et le terrarium, qui est un milieu clos, favorise l'infestation. Des pertes élevées sont parfois observées au sein des élevages.

Lors de coproscopie positive, il est conseillé de traiter avec un anticoccidien (sulfadiméthoxine) et un anthelminthique (fenbendazole). Une coproscopie de contrôle est recommandée trois à quatre semaines après le dernier traitement.

3. Voies d'administration des médicaments

Les deux voies classiquement utilisées sont la voie parentérale et la voie orale.

Voie parentérale

• Les injections sous-cutanées se pratiquent comme chez l'iguane, au niveau thoracique, latéralement.

• Les injections intramusculaires sont préférentiellement effectuées au membre antérieur (plutôt qu'au membre postérieur, en raison de l'existence d'un système porte-rénal) ou dans le muscle triceps brachial.

• Les injections intrapéritonéales (intracœlomique) sont assurées par voie ventrale, au niveau de l'ombilic. Cette voie est surtout utilisée lors de réhydratation.

Voie orale

La voie orale, relativement facile à utiliser dans cette espèce qui se laisse facilement manipuler, n'est cependant envisageable que lorsque l'animal est encore capable de se nourrir et d'absorber un médicament. Elle est à proscrire lorsqu'il est trop affaibli.

4. Radiographie

Comme chez tous les reptiles, des clichés radiographiques peuvent être réalisés : recherche de fractures, lésions d'ostéodystrophie et diagnostic de gestation chez les femelles [10].

Conclusion

Sa robustesse, sa taille raisonnable et son comportement familier, malgré sa barbe et ses épines, font de l'agame barbu d'Australie un reptile promu à un bel avenir comme animal de compagnie. Son effectif est aujourd'hui en augmentation croissante. Grâce aux élevages et à la maîtrise de sa reproduction, cette espèce n'est désormais plus menacée. Maintenue dans des conditions optimales et en respectant des règles strictes d'hygiène (quarantaine, vermifugations, etc.), ce lézard ne devrait guère poser de problème à son propriétaire. Il semble en outre mieux tolérer les écarts des paramètres dus à son maintien en captivité que l'iguane. Cependant, certaines affections, notamment parasitaires, peuvent générer des troubles au sein d'un élevage.

(1) Convention on international trade in endangered species of flora and fauna, ou convention de Washington.

(2) Le tableau “Aliments recommandés chez le pogona et teneur en calcium et phosphore” est consultable sur le site Planete-vet et sur le cédérom.

Carte d'identité de l'agame barbu

→ Agame barbu ou dragon barbu (bearded dragon) : Pogona vitticeps

→ Ordre des squamates

→ Sous-ordre des sauriens

→ Famille des agamidés

→ Genre : Pogona (anciennement Amphibolorus)

→ Caractéristiques :

- corps robuste, comprimé dorsalement, muni de quatre membres bien développés, terminés par cinq doigts pourvus de griffes. La surface dorsale du corps, les flancs et la tête sont ornés d'écailles pointues, mais molles ;

- la queue représente environ la moitié de la longueur totale de l'animal ;

- la tête est de forme triangulaire, massive ;

- la taille atteint 50 cm chez l'adulte (longueur totale) pour un poids d'environ 300 à 400 g ;

- la coloration est beige à brun grisâtre avec un dessin en forme d'échelle sur le dos, mais il existe maintenant différentes phases (rouge, gold, etc.) ;

- le régime alimentaire est omnivore (insectes, petits vertébrés, végétaux) ;

- la longévité varie de sept à dix ans.

Paramètres pour l'élaboration du terrarium

Le terrarium doit être vaste car, en milieu naturel, le pogona chasse à l'affût.

Ses dimensions doivent être de 140 x 60 x 60 cm et être plus long et large que haut. Le pogona est une espèce essentiellement terrestre et semi-arboricole [1]. Un terrarium en verre, facile d'entretien et bien ventilé (aération haute et basse) est le mieux adapté à ce lézard (voir la figure “Aménagement d'un terrarium pour pogonas”).

→ Le sol

Un sol nu, peint ou recouvert de papier absorbant, est facile d'entretien mais peu esthétique [10].

Les substrats que l'animal risque d'ingérer sont à proscrire : sable très fin, litière à chat, gravier, mousse, tourbe, etc. En captivité, beaucoup d'occlusions intestinales (parfois mortelles) ont été rapportées à la suite de l'ingestion de sable [10]. En outre, ces matériaux entretiennent aisément le développement de parasites.

- Les copeaux de bois blanc constituent une alternative intéressante. Cependant, les grillons se cachent dessous et les pogonas ont alors des difficultés pour les capturer.

- Pour les nouveau-nés, le papier absorbant est vivement conseillé. Les bouchons de luzerne (nourriture pour lapins) sont une bonne alternative, car lors d'ingestion accidentelle, ils sont digérés [9]. De même, le Calci-Sand(r) (T-Rex) contient du carbonate de calcium : ingéré, il constitue un moyen pour fournir du calcium.

→ La température

La température à l'intérieur du terrarium est maintenue relativement constante à l'aide de cordons chauffants à partir du sol et/ou d'une lampe chauffante (type lampe céramique, par exemple). Tout système de chauffage doit être suffisamment protégé ou éloigné de l'animal afin qu'il ne risque pas de se brûler [1, 3]. Les pierres chauffantes et autres décors de ce type sont donc à proscrire.

Un rythme nycthéméral est indispensable, contrôlé par un thermostat :

- 27 à 32 °C le jour, avec un maximum de température au point chaud de 35 à 37 °C, voire jusqu'à 40 °C [7] ;

- 20 à 22 °C la nuit [7] ;

- l'élément chauffant n'occupe qu'une partie du terrarium et chauffe le bassin d'eau [2].

→ Le décor

Il doit être simple, avec de fortes branches solidement fixées [12]. Une cachette disposée dans la zone “fraîche” est indispensable et il doit en exister autant que d'animaux [5, 12]. La présence de plantes n'est pas indispensable.

→ Entretien [4]

Un entretien quotidien est indispensable, avec une désinfection hebdomadaire. Un renouvellement complet du terrarium une fois par mois est recommandé. Il convient de retirer tout reste d'aliment ou tout insecte non ingéré.

→ Taux d'humidité

Le taux d'humidité doit être très faible et le substrat du sol rigoureusement sec. Un bassin d'eau chauffée permet à l'animal de se baigner et de s'abreuver, mais ne doit pas fournir trop d'humidité. Un hygromètre est donc indispensable dans le terrarium [1].

→ Éclairement

L'éclairement et la photopériode sont deux paramètres essentiels chez les pogonas, héliophiles [1,10]. L'éclairement doit apporter une luminosité et constituer une source d'UVb indispensables au bon développement de l'animal (synthèse de vitamine D3 au niveau de la peau et rôle dans le métabolisme du calcium).

Un néon UVb (type Iguana Light(r) ou Reptisun(r) de Zoo Med) doit être placé à l'intérieur du terrarium, car les rayons ultraviolets ne traversent pas le verre. Il est disposé à moins de 30cm de la zone de solarium [5]. Il est nécessaire de le renouveler au minimum une fois par an.

Un éclairage en alternance jour/nuit est réalisé avec douze à quatorze heures d'éclairement par jour (y compris le néon UV). Une diminution à dix heures par jour en hiver favorise la reproduction [10].

Un éclairage en lumière naturelle, est fortement conseillé, surtout pour les jeunes en croissance [10, 13].

→ Présence de congénères [5, 6 10]

Il est possible de détenir plusieurs pogonas ensemble dans un terrarium. Il convient cependant de respecter quelques règles simples :

- associer des animaux de taille similaire (pour éviter tout risque de cannibalisme) ;

- disposer d'un terrarium assez vaste pour tous les animaux ;

- constituer le groupe d'un seul mâle et de deux à trois femelles ;

- ne jamais détenir des mâles ensemble (combats territoriaux souvent mortels) ;

- éviter de faire cohabiter diverses espèces de lézards (différences de besoins, risques de transmissions de maladies, etc.).

Recueil des commémoratifs

→ Origine : animalerie, éleveur professionnel ou particulier.

→ Mode de vie :

- habitat (description de l'aménagement du terrarium) ;

- utilisation de l'animal (animal de compagnie, reproduction, animal d'exposition) ;

- présence ou non de congénères ou d'autres reptiles ;

- alimentation (type d'aliments, quantités, fréquence).

→ Antécédents pathologiques

→ Comportement habituel de l'animal

Signes à rechercher en consultation

→ Signes de bonne santé

• Animal assez vivace, œil vif et expressif

• Membres ronds et musclés, supportant le corps de l'animal

• Réflexes rapides

• Déploiement de la barbe pour intimidation

• Possibilité d'exploration du milieu à la langue

• Peau recouverte de tubercules écailleux, propre, sans lésions

• Hochements de tête

• Variations légères de la couleur de la robe selon la température

→ Signes cliniques lors d'affections

• Léthargie

• Inactivité

• Aplatissement du corps

• Anorexie

• Absence de manifestations comportementales normales [6]

• Diarrhée.

Tous ces signes sont en outre évocateurs de coccidiose, qui est la principale affection des pogonas.

Particularités comportementales du pogona

Les agames barbus sont des lézards sociaux qui possèdent un langage gestuel riche [3, 5, 10, 11].

→ Le déploiement de la barbe existe chez le mâle et chez la femelle. Manœuvre d'intimidation utilisée en défense, cette barbe peut aussi changer de couleur, s'assombrir pour donner plus d'impression. En période de reproduction, elle caractérise le mâle dominant. Ce comportement ne doit pas être confondu avec celui de la thermorégulation.

→ Thermorégulation

L'animal ouvre la gueule sans ériger la barbe, afin d'abaisser la température interne [5]. Le fait de se cacher ou de vouloir creuser un terrier peut être associé à un comportement de thermorégulation, lorsque la température est trop basse ou trop élevée [3].

→ Le pédalage ou le mouvement de brassage des antérieurs est caractéristique de la famille des agamidés [4]. Ce comportement d'apaisement, utilisé par la femelle en réponse à un hochement de tête d'un mâle en période de reproduction, signifie sa soumission et évite toute agression [11]. Cette attitude s'observe également chez tout individu qui exprime sa soumission, particulièrement chez les juvéniles dont le rang hiérarchique est inférieur au sein d'un même groupe. Il s'agit d'un geste d'apaisement face à un individu dominant : l'animal se tient alors sur trois membres et effectue des mouvements circulaires avec la quatrième patte.

→ Le hochement de tête vertical caractérise un comportement de reproduction utilisé essentiellement par les mâles dominants [2]. Il est possible de distinguer différents signes selon la rapidité des mouvements : un mouvement lent semble correspondre à un signe de soumission lorsqu'il est associé à des mouvements de pédalage des antérieurs, alors que les mouvements rapides sont de nature territoriale (dominance).

→ Le battement de queue observé en période de reproduction est parfois adopté par les juvéniles, lorsqu'ils chassent un insecte à l'affût. Ces battements précèdent également souvent l'accouplement ou un combat [5].

→ Tourner en cercle

Il est observé en période de reproduction lorsque le mâle courtise la femelle ou lorsque deux mâles se préparent à se battre. Les lézards se tournent autour, puis l'un fonce sur l'autre et lui inflige une morsure au niveau du cou.

Congrès

8 - Schilliger L. Examens complémentaires chez les reptiles. Proceedings Mondial Vet Lyon, 23-26 septembre 1999.

10 - Stahl JS. Medical management of bearded dragons. Proccedings North American Veterinary conference Orlando, 9-13 janvier 1999 : 789-792.

Points forts

→ L'alimentation et les besoins du pogona, omnivore, varient selon son âge et son stade physiologique.

→ La contention chimique de ce lézard, animal calme, est rarement requise pour les manipulations courantes.

→ L'interprétation correcte des différentes attitudes est indispensable pour éviter de confondre un état normal avec un état pathologique.

→ Malgré sa robustesse, le pogona peut être atteint d'affections dues à une mauvaise maîtrise des conditions d'environnement et de parasitoses.

À lire également

Vienet V. La consultation de l'iguane vert (Iguana iguana). Point Vet. 1997 ; 28(187): 43-50.

Bibliographie

  • 1 - Bartlett RD, Bartlett P. Lizard care from A to Z. New York, Barron's Ed. 1997 : 178 pages.
  • 2 - Bartlett RD, Bartlett P. Terrarium cage construction and care. New York, Barron's Ed. 1999 : 217 pages.
  • 3 - De Vosjoli P, Mailloux R. General care and maintenance of Bearded dragons advanced vivarium system. Inc. Lakeside, CA. 1997 : 71 pages.
  • 4 - Harald J. Lizards in the terrarium New York, Barron's Ed. 1987 : 87 pages.
  • 5 - Jullian S, Gérard P. L'élevage des agames barbus et uromastyx. Paris, Ed Philippe Gérard. 1998 : 66 pages.
  • 6 - Klingenberg R. Common diseases of bearded dragons 1 : parasites. Vivarium. 1998 ; 9(4): 19-22.
  • 7 - Schilliger L. Carte d'identité agames. Point Vét. 1999 ; 30 (numéro spécial “NAC”): 189-190.
  • 9 - Sprockland RG. Australia's bearded dragons. Reptiles magazine. 1994 ; août : 44-53.
  • 11 - Weigel J. Care of australian reptiles in captivity. Reptile Keepers Association. 1998 :144 pages.
  • 12 - Zoffer D. Bearded and frilled dragons. New jersey, TFH publications Inc. 1997 : 64 pages.
  • 13 - Anonymous. Summer safety for bearded dragons : how to make the most of outdoor living for Pogona vitticeps. Vivarium. 1999 ; 15 : 42-43.

PHOTO 1. Pogona vitticeps femelle adulte.

Amenagement d'un terrarium pour pogonas

Rapports anatomiques chez les agames barbus

D'après V. Vienet.

PHOTO 2. Pogona henrilawsonii. Femelle adulte en phase rouge tentant d'intimider en ouvrant la gueule. La barbe est très réduite dans cette espèce.

PHOTO 3. Pogona vitticeps mâle adulte. La tête est plus volumineuse que chez la femelle.

PHOTO 4. Détermination du sexe chez Pogona vitticeps. Chez la femelle subadulte, les pores fémoraux (flèche) sont peu développés et l'ouverture du cloaque est fine.

PHOTO 5. Empilement de pogonas adultes. Comportement caractéristique d'un animal en bonne santé.

PHOTO 6. Comportement de Pogona vitticeps. L'aplatissement du corps est une attitude de soumission. L'animal n'est pas malade pour autant.

PHOTO 7. Pogona juvénile (trois mois) atteint de coccidiose. L'animal est incapable de se tenir dressé sur ses membres.

Composition des repas selon le stade physiologique