Le point Vétérinaire n° 223 du 01/03/2002
 

PATHOLOGIE DIGESTIVE DES CARNIVORES DOMESTIQUES

Se former

COURS

Céline Muller

58, rue du Miroir aux Fées
35400 Saint-Malo

Le volvulus intestinal est un syndrome abdominal aigu rapidement fatal chez le chien. Le pronostic dépend de la célérité du diagnostic et de la mise en place d'un traitement adapté.

Résumé

Le volvulus intestinal est une affection rare, quoique certainement sous-diagnostiquée, caractérisée par une rotation de l'intestin autour de son axe mésentérique. Il semble atteindre préférentiellement les chiens de races de taille moyenne à grande, les animaux jeunes et les mâles. Il convient néanmoins de ne pas l'exclure du diagnostic différentiel lors d'un syndrome abdominal aigu chez les races de petite taille. Aucun signe spécifique ne permet le diagnostic du volvulus intestinal : une douleur aiguë avec une faible augmentation du volume intestinal et l'apparition rapide d'un état de choc sont des éléments de suspicion. Les vomissements, l'hématochézie et l'épanchement abdominal sont des signes tardifs de volvulus et leur apparition assombrit le pronostic. Malgré une suspicion précoce et des soins intensifs, le taux de mortalité lors de volvulus intestinal est proche de 100 %.

Le volvulus de l'intestin grêle, ou torsion mésentérique, est responsable d'un syndrome abdominal aigu. Il se caractérise par un étranglement de l'intestin qui aboutit à une compression vasculaire et à une accumulation rapide d'air et de liquides dans la lumière intestinale. L'état de choc qui apparaît peut être rapidement fatal. Les circonstances de son apparition ne sont pas précisément connues. Chez le chien, il s'agit d'une affection rare dont le taux de mortalité est très élevé. Elle doit être envisagée précocement dans le diagnostic différentiel des causes chirurgicales ou non d'un syndrome abdominal aigu. Cette étude a pour but de faciliter sa reconnaissance et de permettre d'envisager rapidement le traitement adéquat.

Approche générale

1. Définition

Le volvulus de l'intestin grêle se définit comme une rotation de l'intestin qui provoque une striction de celui-ci et entraîne des anomalies vasculaires. Bien que cette définition inclut la torsion intestinale (rotation de l'intestin autour de son axe longitudinal), le terme désigne souvent la rotation d'une anse intestinale autour de son axe mésentérique (l'anomalie est également appelée “torsion mésentérique”). Ces deux types de rotation peuvent apparaître simultanément [1, 2, 3, 4, 5].

2. Incidence

Les volvulus de l'intestin grêle et du gros intestin sont bien décrits chez l'homme, chez les chevaux, chez les bovins et chez les porcs domestiques. Le volvulus intestinal est plus rare chez le chien [2, 4] : moins d'une centaine de cas ont été décrits dans la littérature [2, 10].

Toutefois, le faible nombre de cas rapportés chez le chien n'est pas seulement dû à sa rareté, mais aussi à sa méconnaissance.

Le volvulus intestinal apparaît généralement chez des chiens de taille moyenne à grande (voir l'ENCADRÉ “Incidence raciale du volvulus”). L'analyse des séries publiées met en évidence une prédisposition des bergers allemands et des races “sportives” [2, 4, 5]. En outre, les animaux chez lesquels la graisse mésentérique est peu abondante semblent préférentiellement atteints [5, 10].

Cette affection apparaît plus souvent chez les jeunes mâles adultes : la moyenne d'âge d'apparition est de 3,1 ans (8 mois à 8 ans) et un ratio de deux mâles pour une femelle a été mis en évidence [2, 4, 5, 10, 13].

3. Physiopathogénie

Les conditions d'apparition du volvulus intestinal sont obscures.

D'un point de vue anatomique, il est possible de distinguer :

- des portions intestinales courtes, immobilisées par leur méso : duodénum proximal, côlon descendant ;

- des portions intestinales plus longues, libres, suspendues dans la cavité abdominale par le mésentère. Cette relative liberté de mouvement permet le péristaltisme intestinal physiologique.

La vascularisation de ces deux éléments est également distincte : artères cœliaque et mésentérique caudale pour les premiers, artères mésentériques dorsale et craniale pour les seconds.

La torsion mésentérique atteint ainsi généralement les segments libres et conduit à une compression vasculaire, à une ischémie et à une obstruction intestinale. Elle prend comme axe de rotation la racine du mésentère, qui contient les artères et les veines mésentériques dorsales et craniales, ainsi que des vaisseaux lymphatiques (voir la FIGURE “Intestin du chien”) [5, 12].

Il s'ensuit de graves désordres vasculaires. Un engorgement et un œdème de la paroi intestinale apparaissent rapidement. Des hémorragies de la muqueuse et de la sous-muqueuse surviennent ensuite, parallèlement à des hémorragies intraluminales.

Au niveau de la musculeuse, le spasme est rapidement suivi par une atonie [2, 5].

Dans la lumière intestinale, des fermentations bactériennes sont à l'origine d'une forte dilatation gazeuse [2, 5]. Si cette dilatation et l'atonie musculaire sont trop développées, une dérotation spontanée ne peut survenir [5]. Une ischémie et une nécrose des portions intestinales atteintes par le volvulus s'installent alors. Une douleur viscérale survient après l'étirement et l'ischémie des tissus [2, 5].

Untransudat modifié intra-abdominal hémorragique apparaît. Les toxines bactériennes et d'autres substances (acidose intestinale) passent dans la circulation sanguine et sont à l'origine d'une toxémie progressive qui peut aboutir à un choc et à la mort [2, 5].

Lors de volvulus intestinal, la mort est le résultat de la combinaison : hypovolémie, septicémie et choc toxique [2, 4, 5].

Sur le plan anatomopathologique, une rotation de 180 à 360° est généralement observée, le plus souvent dans le sens des aiguilles d'une montre. Une nécrose de l'intestin grêle est constatée dans 80 % des cas. L'intestin apparaît dilaté, œdématié, de couleur noir verdâtre.

Le degré de rotation influence directement le pronostic.

La torsion mésentérique peut ainsi être partielle ou complète. Lors de torsion partielle, l'obstruction vasculaire est incomplète, mais elle peut évoluer vers une striction complète. Dans ce cas, les signes peuvent être moins aigus et apparaître progressivement [5].

Les cas de volvulus cæco-coliques, décrits dans la littérature concernent surtout des torsions du côlon proximal et du cæcum, survenues chez des dogues allemands [5, 7], quoique le cas d'un volvulus gastrique et mésentérique soit également décrit [2].

4. Étiologie

En raison du faible nombre de cas décrits et de la difficulté de reproduire un volvulus expérimentalement, les conditions de son apparition sont peu connues [2]. Les causes du volvulus n'ont pas été déterminées, mais certaines associations ont été élucidées par l'anamnèse, le diagnostic, la chirurgie ou l'examen anatomopathologique (voir l'ENCADRÉ “Principales causes d'abdomen aigu chez le chien”) [10].

De manière générale, il convient de retenir que tous les facteurs qui provoquent une prolifération bactérienne et augmentent la motilité intestinale peuvent conduire à l'apparition d'un volvulus, ainsi qu'à celle d'une intussusception [6]. Un péristaltisme très rapide est en effet nécessaire pour déplacer un bolus volumineux et pour provoquer une rotation de l'organe. Chez les espèces domestiques autres que le chien, particulièrement chez les chevaux, chez les porcs, chez les bovins et chez les ovins, le régime alimentaire est à l'origine d'une production accrue de gaz et/ou d'une hypermotilité intestinale qui favorisent l'apparition du volvulus [10]. Un exercice violent, un traumatisme abdominal, une chirurgie abdominale, un traitement à base de pipérazine lors d'une ascaridiose massive, une entérite plasmocytaire, une insuffisance pancréatique exocrine, une intussusception iléo-colique chronique, un carcinome iléal, une dilatation-torsion gastrique concomitante, une prolifération bactérienne et des corps étrangers gastro-intestinaux sont fréquemment rapportés lors de volvulus. D'autres éléments favorisants ont été décrits (interventions chirurgicales, parturition, intoxications dans les semaines précédentes, etc.) ; ils ont en commun d'entraîner un stress marqué [2, 6, 10]. En outre, les dysfonctionnements intestinaux sub-cliniques et l'insuffisance pancréatique exocrine idiopathique sont plus fréquemment décrits chez le berger allemand [3, 5].

Chez l'homme, divers facteurs favorisants ont été mis en évidence, notamment des prédispositions anatomiques, un régime riche en céréales, un exercice intense juste après le repas, une malformation embryologique et des prédispositions familiales. Le terme de volvulus secondaire est employé lors de rotation due à une fixation anormale ou à des lésions acquises et congénitales. Des facteurs anatomiques potentialisent la mobilité et la motilité : les volvulus intestinaux primaires sont dus à l'absence de graisse mésentérique, à l'étroitesse du ligament mésentérique, à la longueur excessive du mésentère ou à la longueur anormalement faible de l'intestin. Un exercice prolongé, des traumatismes abdominaux, la constipation ou la diarrhée, ainsi que la gestation, sont associés au volvulus. L'incidence du volvulus est plus élevée dans les cultures où le régime alimentaire est riche en résidus végétaux et en céréales, lorsque l'intestin est chargé en aliments peu digestibles [10].

Chez le cheval, les facteurs favorisants sont : l'infarcissement iléal, l'ascaridiose, l'artérite virale et les rations à base de céréales. Chez le chat, la diarrhée chronique semble être un facteur favorisant, alors que chez le porc, le régime alimentaire semble être en cause [6].

Étude clinique

1. Examen clinique

Les chiens atteints de volvulus mésentérique ne présentent aucun signe spécifique. Il s'agit de symptômes de maladies gastro-intestinales : apathie, vomissements, ténesme, douleur ou distension abdominale (voir l'ENCADRÉ “Principaux symptômes du volvulus”) [2, 4, 5, 6, 8, 10, 14].

Deux à six heures après l'apparition des premiers symptômes, l'animal présente des signes d'abdomen aigu qui évoluent vers un état de choc : apathie, voussure dorsale, muqueuses pâles, tachycardie, etc.

La percussion et la palpation abdominales mettent en évidence un épanchement abdominal et une dilatation gazeuse des anses intestinales. Les borborygmes physiologiques sont absents [5].

Généralement, la mort survient rapidement, en douze à dix-huit heures après l'observation des premiers signes cliniques.

2. Examens complémentaires

Aucun résultat d'examen complémentaire n'est spécifique d'un volvulus [6].

Examen radiographique

• Des clichés radiographiques de l'abdomen, réalisés précocement dans l'évolution du phénomène, montrent des signes peu spécifiques d'entérite avec une faible quantité de gaz intestinal.

Par la suite, les radiographies révèlent une dilatation aérique intestinale généralisée, qui constitue un signe d'iléus, associée à une baisse du contraste abdominal (épanchement). Rares sont les affections qui peuvent provoquer de telles anomalies (iléus paralytique, iléus mécanique par obstruction basse) [5].

• Le transit baryté peut permettre de mettre en évidence l'impossibilité de remplissage de l'intestin et le déplacement éventuel de certains organes abdominaux (déplacement caudal de l'estomac et du côlon transverse). Il permet également d'estimer le degré de la strangulation (partielle ou complète) par le remplissage ou non du côlon descendant. Toutefois, les radiographies avec préparation ne sont que rarement réalisées pour des raisons de rapidité d'évolution. La laparotomie exploratrice est souvent préférée à cet examen.

Examens sanguins

Les résultats hématologiques révèlent généralement une leucocytose faible à modérée et une neutrophilie, parfois associée à une anémie, mais l'obtention d'un hématocrite normal est fréquente.

Les résultats biochimiques sont généralement normaux. Il est toutefois possible de constater une hypoprotéinémie avec une hypoalbuminémie et une hypokaliémie. Une hyperglycémie et une élévation des paramètres hépatiques sont parfois évoquées dans la littérature, mais elles doivent être attribuées à l'administration préalable de corticoïdes [2, 10].

3. Diagnostic

Le diagnostic est très difficile, compte tenu du manque de spécificité des signes cliniques et des résultats des examens complémentaires.

L'instauration rapide (suraiguë) d'un état de choc, associée à une distension et à une douleur abdominales (mais les signes digestifs sont parfois inexistants), doivent conduire à suspecter un volvulus.

4. Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel doit être établi avec toutes les causes de désordres intestinaux qui provoquent un état de choc, une septicémie ou une douleur abdominale intense [8].

Un historique complet permet souvent d'éliminer certaines hypothèses diagnostiques telles qu'un corps étranger, une intoxication ou certaines maladies infectieuses. L'hypothèse de dilatation-torsion de l'estomac est éliminée par l'anamnèse et par la clinique, et confirmée au besoin par un cliché radiographique.

Le praticien est alors confronté au choix d'effectuer une laparotomie ou un traitement médical.

Lors de masse abdominale, de corps étranger, de péritonite septique spontanée ou d'images radiographiques montrant un iléus généralisé avec épanchement, il convient d'envisager une chirurgie dès que l'animal est en état de supporter l'anesthésie [5, 8, 13].

Toutefois, une intervention chirurgicale peut ne pas être bénéfique, voire néfaste, lors de pancréatite, de parvovirose, de pyélonéphrite, de prostatite ou de cholécystite. Généralement, les examens complémentaires permettent d'orienter vers la décision ou non d'une laparotomie (voir l'ENCADRÉ “Diagnostic différentiel lors de volvulus ”).

Si l'origine du syndrome abdominal aigu est incertaine, un traitement à base de fluides et d'analgésiques peut temporairement masquer les signes cliniques.

Dans tous les cas, le diagnostic de certitude n'est obtenu qu'après une laparotomie exploratrice [2].

Traitement

1. Correction de l'état de choc

Lutte contre l'hypovolémie

La mise en place d'un cathéter intraveineux périphérique ou mieux, central, est impérative. L'administration de gros volumes de solutés isotoniques (NaCl 0,9 % ou lactate de Ringer à raison de 80 ml/kg en une heure) ou de faibles volumes de solutés hypertoniques (4 ml/kg/h de NaCl à 7,5 %) permet de lutter contre l'hypovolémie.

Corticothérapie

Bien que leur usage soit controversé, des corticoïdes (30 mg/kg de méthylprednisolone) sont fréquemment administrés afin de lutter contre l'endotoxémie et de stabiliser les membranes. Ils permettent de prévenir les conséquences différées de l'hypoxie (troubles de la reperfusion, translocations bactériennes, coagulations intravasculaires disséminées).

Antibiothérapie

Des antibiotiques bactéricides sont administrés par voie intraveineuse. La voie parentérale est la plus adaptée lors de phénomènes septiques graves ou en présence de vomissements.

L'association bétalactamines et aminosides (amoxicilline, céphalosporine de première génération et gentamicine) est alors préconisée, parallèlement à la mise en place d'une thérapeutique liquidienne pour limiter la toxicité rénale.

Les quinolones (enrofloxacine, marbofloxacine), bactéricides, sont actives contre les aérobies, les entérobactéries (notamment Pseudomonas) et la plupart des germes pathogènes intestinaux (Salmonella, Campylobacter, Escherichia coli, etc.). Leur spectre relativement étroit doit être élargi grâce à une association avec une bêtalactamine.

L'antibiothérapie parentérale est maintenue pendant au moins une semaine. Un relais par voie orale (administration d'une bêtalactamine) est alors mis en place pour une durée qui varie selon l'atteinte intestinale (trois à six semaines) [1 bis].

2. Traitement chirurgical

Le traitement définitif est chirurgical et doit intervenir de façon précoce, dès que l'état du chien le permet. Il consiste à détordre le volvulus, à le réduire et à pratiquer une entérectomie de la partie nécrosée. Il convient en outre de traiter la cause probable du volvulus (élimination de corps étrangers, par exemple).

Anesthésie

L'induction anesthésique peut être réalisée à l'aide du mélange kétamine (10 mg/kg) et diazépam(1) (0,2 à 0,5 mg/kg). Les thiobarbituriques sont à éviter (risques accrus de dépression respiratoire).

Le maintien de l'anesthésie à l'aide d'un relais gazeux est préférable, car ce dernier permet également l'administration d'oxygène qui est, avec la thérapeutique liquidienne, à la base du traitement du choc.

Chirurgie

Une laparotomie est pratiquée sur la ligne médiane. L'incision doit être suffisamment longue pour permettre d'extérioriser l'ensemble de la masse intestinale qui doit faire l'objet d'un bilan lésionnel précis (PHOTO 1). Après avoir accédé à la cavité abdominale, la torsion mésentérique est réduite.

La couleur de l'intestin est alors un bon élément d'appréciation de la viabilité du tissu : plus la paroi de l'intestin est sombre, plus le pronostic l'est également. Il convient cependant d'attendre une dizaine de minutes après le repositionnement avant de se prononcer : si la paroi rosit, le tissu est considéré comme vivant. Il est également possible d'asperger une solution de sérum physiologique contenant de la xylocaïne pour mettre en évidence une pulsation artériolaire, signe de viabilité.

Une entérectomie est pratiquée. Il convient de sectionner l'intestin à une distance d'au moins un travers de main de la zone ischémiée, afin que les sutures soient réalisées en zone saine.

Dans tous les cas, l'entérectomie n'est pas une urgence absolue. Lorsque la portion intestinale atteinte est très étendue et/ou que les marges de l'entérectomie semblent peu évidentes, une seconde intervention peut être réalisée six à quarante-huit heures après (selon l'état de l'animal), afin d'éliminer les adhérences fibreuses formées à la suite de l'inflammation et de réséquer la partie nécrosée [10].

Après le traitement chirurgical d'un volvulus intestinal, des troubles de la reperfusion peuvent apparaître. Une détorsion et une reperfusion rapides des tissus peuvent en effet entraîner la libération de substances toxiques formées par peroxydation lipidique et conduire à une ischémie tissulaire [10]. C'est la raison pour laquelle l'administration de corticoïdes à forte dose se justifie en phases préopératoire et postopératoire. La réduction de la torsion doit néanmoins être progressive.

3. Phase postopératoire

Réalimentation précoce

Chez le sujet occlus, comme chez tout animal qui reçoit des soins intensifs, la reprise de l'alimentation par voie digestive doit être précoce. Traditionnellement, la diète opératoire était prolongée en raison de la crainte d'une mauvaise étanchéité des sutures. Actuellement, il est d'usage d'administrer dans les douze à vingt-quatre heures l'eau et les électrolytes, voire des solutions nutritives diluées. Cette réalimentation précoce a pour but de prévenir les risques de translocation bactérienne et d'augmenter les défenses de l'organisme [1].

Chez un animal atteint de volvulus intestinal, les dépenses énergétiques engagées pour lutter contre l'infection ou assurer les réparations cellulaires entraînent une augmentation des besoins nutritionnels. En l'absence d'apports azotés, l'organisme puise dans les protéines endogènes. À terme, la consommation des protéines viscérales induit des perturbations des grandes fonctions. Une atrophie intestinale et une baisse des défenses immunitaires se conjuguent alors et facilitent la diffusion de germes à partir du territoire digestif [1].

Toutefois, si aucune entérectomie n'a été pratiquée en première intention et si la portion intestinale ischémiée est très grande, sa fonctionnalité réelle peut être mise en doute. Une nutrition parentérale est alors justifiée afin de maintenir le taux de protéines endogènes.

Gestion médicale

Hormis les mesures classiques (apports liquidiens, antibioprévention, traitement de la douleur, etc.), trois types de médicaments à visée intestinale doivent être prescrits :

- les pansements intestinaux (type Kaomycin®), qui permettent une protection de la paroi intestinale ;

- les substances qui permettent de limiter l'accumulation des gaz dans les anses intestinales (par exemple le Charbon de Belloc®(1)) ;

- les médicaments qui limitent le péristaltisme intestinal. Les antispasmodiques musculotropes (comme l'iodure de tiémonium : Spasmodol®) sont à préférer aux neurotropes, qui pourraient être à l'origine d'un arrêt complet du péristaltisme.

4. Pronostic

Le volvulus intestinal est associé à un taux de mortalité élevé. La littérature rapporte seulement trois cas de réduction réussie [, 12].

Les facteurs de bon pronostic sont inconnus et la survie semble fortuite. Un diagnostic “providentiel”, une rotation limitée à 180° et une intervention chirurgicale très rapide sont des facteurs de réussite, mais qui semblent difficiles à reproduire [4, 10].

La mort est généralement attribuée à une cascade : obstruction vasculaire, anoxie intestinale, choc circulatoire, endotoxémie et insuffisance cardiovasculaire.

Si le propriétaire ne remarque pas les signes immédiatement, le chien meurt systématiquement dans les vingt-quatre heures.

Puisqu'une autopsie n'est pas systématiquement pratiquée chez tous les animaux morts de façon soudaine sans cause apparente, l'incidence exacte des volvulus est sous-estimée. Généralement, la mort est attribuée à une intoxication, à une dilatation-torsion ou à un trouble cardiovasculaire [2, 10].

Conclusion

Le volvulus intestinal est une affection rare, méconnue et de pronostic sombre. Les symptômes initiaux (abattement, diarrhée, douleur abdominale, état de choc, etc.) ne sont pas spécifiques et sont inconstants. Le diagnostic est donc délicat. L'anamnèse et les examens complémentaires permettent souvent d'éliminer les autres causes de syndrome abdominal aigu et, notamment, les causes médicales. Toutefois, la rapidité d'évolution d'une torsion mésentérique nécessite une prise de décision rapide, même si réaliser une laparotomie exploratrice en l'absence de signes radiographiques d'un iléus paralytique est une décision délicate. Certains auteurs estiment que chez un animal de race de taille moyenne à grande qui présente un syndrome suraigu dominé par un état de choc, de l'hématochézie (sang en nature dans les selles) et une formule sanguine normale, une laparotomie d'urgence est justifiée, et ceci d'autant plus si les images radiographiques sont compatibles avec un iléus mécanique ou paralytique, même sans cause spécifique identifiable. Il convient de retenir que lorsque la dilatation aérique est visible sur la radiographie, la probabilité de survie est faible, même après une réduction chirurgicale.

Lorsqu'un iléus paralytique est diagnostiqué chez un berger allemand, le praticien doit considérer l'éventualité d'un volvulus [2].

  • (1) Médicament à usage humain.

Incidence raciale du volvulus

berger allemand : 43 %

pointer : 10 %

dobermann : 4 %

chien pesant plus de 23 kg  : 98 %

D'après [2, 4, 5, 6, 10, 13].

ATTENTION

• Les symptômes cliniques dus au volvulus intestinal sont généralement d'apparition aiguë, mais peuvent parfois évoluer à bas bruit.

Principales causes d'abdomen aigu chez le chien

Inflammation septique :

- péritonite septique ;

- perforation intestinale ;

- rupture de la vésicule biliaire, cholécystite ;

- abcès pancréatique, splénique, hépatique, prostatique, rénal, etc. ;

- pyomètre.

Inflammation non septique :

- pancréatite ;

- inflammation iatrogène (éponge chirurgicale).

Distension ou obstruction gastro-intestinale :

- volvulus ou dilatation gastrique ;

- volvulus mésentérique ;

- intussusception ;

- obstruction intestinale.

Hémorragie abdominale (traumatisme, tumeur, coagulopathie)

D'après [8].

Principaux symptômes du volvulus

Etat de choc : 83 %

Abattement : 71 %

-Distension abdominale : 71 %

Douleur abdominale : 67 %

Vomissements : 54 %

Hématochézie : 38 %

D'après [2, 4, 5, 6, 10, 13].

Diagnostic différentiel lors de volvulus

Lors de pancréatite aiguë, la diminution du contraste abdominal observée sur le cliché radiographique ne s'accompagne pas de dilatation aérique des anses intestinales. Une leucocytose associée à une anémie et à une diminution de l'hématocrite sont fréquemment rencontrées. Les taux sériques en enzymes hépatiques et la glycémie sont également augmentés.

L'hypothèse de la parvovirose peut être éliminée par les modalités d'apparition et l'évolution des signes cliniques. En outre, lors de parvovirose, la température corporelle est élevée et une leucopénie plus ou moins sévère est constatée.

Lors de cholécystite, un ictère permet d'orienter l'origine des symptômes.

Lors de prostatite, des anomalies sont recherchées par des examens d'imagerie médicale : prostatomégalie et/ou minéralisation prostatique visibles à la radiographie, abcès et modifications de l'échogénéité à l'examen échographique. En outre, cette affection est généralement secondaire à une cause sous-jacente qu'il convient de rechercher lors de l'examen.

L'hypothèse de pyélonéphrite peut être éliminée par l'examen du culot urinaire et par l'imagerie médicale [5, 8, 13].

Points forts

Les jeunes chiens mâles de race de taille moyenne à grande, en particulier le berger allemand, semblent prédisposés au volvulus intestinal.

Les signes cliniques peuvent correspondre à un syndrome abdominal aigu, mais sont parfois frustes et d'apparition progressive lors de torsion partielle.

Aucun examen complémentaire ne permet un diagnostic de certitude fiable du volvulus, hormis la laparotomie exploratrice.

Le diagnostic de certitude d'un volvulus intestinal nécessite une laparotomie exploratrice, chirurgie qui permet en outre le traitement de l'affection.

À lire également

- Corlouer JP. Conduite à tenir devant une douleur abdominale aiguë. Point Vét. 1998 ; 29 (n° spécial “Les urgences chez les carnivores domestiques”): 504-510.

- Gamet Y. Conduite à tenir devant des troubles digestifs aigus. Point Vét. 1998 ; 29(n° spécial “Les urgences chez les carnivores domestiques”): 647-652.

- Giry M, Fau D, Dupré G. Abord analytique et synthétique du syndrome abdominal aigu : proposition d'une méthodologie. Point Vét. 1992 ; 23(141): 955-962.

- Giry M, Dupré G, Corlouer JP. Conduite pratique face à un syndrome abdominal aigu : étude rétrospective sur le traitement de 130 cas. Point Vét. 1992 ; 23(141): 945-953.

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PHOTO 1. Lésion de volvulus généralisé chez un chien ayant reçu plusieurs traitements piroplasmicides.

Intestin du chien

D'après Barone R. Anatomie comparée des mammifères domestiques, tome 3. Splanchnologie (fasc. 2). Paris, Vigot. 1978 : 676.