Le point Vétérinaire n° 222 du 01/01/2002
 

CHIRURGIE CHEZ LE CHAT ET CHEZ LE CHIEN

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EN QUESTIONS-RÉPONSES

Aymeric Deneuche*, Éric Viguier**


*ENVA,
unité pédagogique de chirurgie,
7, avenue du Général-de-Gaulle
94704 Maisons-Alfort Cedex

Un choix raisonné et un bon usage du matériel de suture contribuent au succès de la chirurgie du bas appareil urinaire chez les carnivores domestiques.

Résumé

Le bas appareil urinaire des carnivores domes-tiques cicatrise rapidement. La résistance de la plaie chirurgicale est recouvrée au 21e jour. Les sutures urinaires nécessitent une aiguille sertie à corps rond et pointe ronde, ou ronde modifiée (lancéolée, triangulaire). Les fils irrésorbables sont à éviter. Les fils mono-brins résorbables (polydioxanone, polyglyconate, polyglécaprone) sont généralement appropriés. La cystorraphie s’effectue en un plan appositionnel non perforant qui inclut la sous-muqueuse, par surjet ou points simples. Les uretères et l’urètre sont suturés en un plan de points simples perforants.

La chirurgie du bas appareil urinaire est courante chez les carnivores domestiques, même si les interventions sur la vessie sont plus fréquentes que celles sur les uretères ou l’urètre (voir l’encadré “Indications d’une cystotomie-cystorraphie et d’une cystectomie partielle”) [2].

L’unicité physiologique de cet appareil guide le choix des sutures [6]. Celles-ci ont pour but de maintenir l’apposition tissulaire afin de permettre une cicatrisation de la plaie chirurgicale par première intention. Les sutures doivent persister suffisamment longtemps pour que ce processus soit possible, mais tout fil de suture est à considérer comme un corps étranger nécessaire qui permet la cicatrisation, mais interfère avec cette dernière, notamment au niveau de la vascularisation locale.

Le choix du matériel de suture tient compte de la résistance normale des tissus, de leur vitesse de cicatrisation, de la rapidité avec laquelle le matériel de suture perd sa résistance à la traction et des interactions entre le matériel et les tissus [2]. Dans l’idéal, il doit être aussi résistant que le tissu receveur, résister pendant toute la durée de la cicatrisation, ne pas induire la formation de calculs (voir l’encadré “Risque calculogène”) et conserver ses qualités au contact d’une urine infectée. Les facteurs qui modifient le déroulement habituel de la cicatrisation sont donc à prendre en compte : infection, pH du milieu, traumatisme tissulaire et tissu tumoral [4].

Quelles sont les particularités cicatricielles du tractus urinaire ?

Hormis quelques caractéristiques, la réponse du bas appareil urinaire au traumatisme chirurgical est semblable à celle des autres organes [1]. L’intégration de quelques notions cicatricielles permet de prévenir de nombreuses complications. Trois phases cicatricielles successives sont définies selon les événements observés et la vitesse de récupération de la solidité tissulaire [1].

La cicatrisation du bas appareil urinaire est caractérisée par une récupération rapide de la résistance. Il convient que le choix des sutures tienne compte de ce paramètre : elles doivent être au moins aussi résistantes que les tissus sur lesquels elles sont placées [2].

1. Phase inflammatoire

La vasoconstriction immédiate observée au sein de la plaie est suivie d’une vasodilatation locale qui apporte des facteurs de coagulation. Le caillot de fibrine qui se forme au sein de la plaie constitue le seul support d’union des berges de celle-ci lors de la phase inflammatoire qui dure trois à quatre jours. La fragilité de la plaie est alors maximale. L’augmentation de la perméabilité vasculaire et la diapédèse des cellules inflammatoires permettent de lutter contre l’infection, d’éliminer d’éventuels corps étrangers et d’assurer un relargage de facteurs chimiotactiques et de croissance, qui recrutent des fibroblastes et stimulent la prolifération et la migration urothéliale. Lorsque l’apposition est correcte et la suture solide, l’urothélium commence à couvrir les berges de la plaie en vingt-quatre heures et la recouvre totalement trois à quatre jours après l’intervention. Sa fragilité ne permet pas la contention des berges de la plaie, même si la contraction du détrusor tend à rapprocher celles-ci.

2. Phase fibroblastique

Les fibroblastes recrutés prolifèrent et élaborent du collagène immature. Cette phase fibroblastique dure jusqu’au 14e jour. La résistance de la plaie augmente significativement et rapidement. Quatorze jours après l’intervention chirurgicale, la paroi vésicale retrouve 80 % de sa résistance initiale et cette valeur atteint 100 % à vingt et un jours. Cette période est toutefois prolongée par tout facteur qui favorise l’activité collagénolytique, habituellement faible, comme les traumatismes tissulaires ou les contaminations locales [1]. De même, des facteurs extrinsèques (radiothérapie, corticoïdes, chimiothérapie) peuvent retarder ce processus cicatriciel. La prise en compte des éléments qui affectent cette étape de la cicatrisation est déterminante dans le choix du matériel de suture, qui doit persister jusqu’à la fin de la phase fibroblastique.

3. Phase de maturation

La phase de maturation qui suit se prolonge jusqu’au 70e jour. Les fibres de collagène se réalignent selon les lignes de tension, ce qui permet une contraction de la plaie. Ce phénomène peut être interrompu si la pression intravésicale dépasse la capacité de contraction, ce qui justifie les techniques de dérivation urinaire [6]. À ce stade, tout contact avec l’urine engendre une inflammation et des dommages tissulaires au niveau du site chirurgical.

Comment favoriser la cicatrisation ?

Les traumatismes tissulaires, en nuisant à la microvascularisation locale, retardent la cicatrisation par allongement de la phase fibroblastique, majorent l’œdème postopératoire et favorisent les sepsis postopératoires.

Un geste chirurgical atraumatique et une irrigation régulière des tissus sont essentiels pour faciliter la cicatrisation [2, 5].

Les manipulations doivent être délicates et réalisées à l’aide d’instruments de qualité, à bords en mousse et de taille adaptée. Le scalpel est ainsi préféré aux ciseaux. Les instruments avec des mâchoires larges et de grosses dents, comme les pinces d’Allis, sont remplacés par des fils de traction (PHOTO 1). Le choix du porte-aiguilles est déterminant : il doit être adapté à la petite taille des aiguilles employées, de façon à ne pas modifier leur rayon de courbure et à conserver une longueur utile satisfaisante.

La pose des sutures est complexe. Il est préférable d’effectuer un contre-appui pariétal avec la pince mousse plutôt que de saisir la paroi à la pince et de l’écraser lors de l’introduction de l’aiguille.

Des sutures appliquées sans tension préviennent l’ischémie, la fibrose cicatricielle et la désunion des sutures [5].

Quel type d’aiguille convient le mieux ?

L’utilisation d’aiguilles serties sur le fil de suture permet de respecter une technique chirurgicale atraumatique car elle minimise la taille des trous qui résultent de la perforation des tissus. Le sertissage à chas foré garantit une continuité optimale entre le métal et le fil : ce dernier est sécurisé à l’extrémité de l’aiguille au sein d’un forage à cœur. Le sertissage à canal ouvert (gorge réalisée dans l’extrémité de l’aiguille et refermée sur le fil) est microscopiquement moins satisfaisant.

La pose de suture sur le bas appareil urinaire nécessite de préserver une étanchéité maximale autour des passages de fil. Pour cette raison, les aiguilles à pointe triangulaire, qui découpent les tissus lors de la pénétration, sont à proscrire. Celles à pointe et corps ronds sont idéales, car elles écartent les tissus qui se referment ensuite sur le fil. Cependant, l’épaississement pariétal, rencontré lors de cystite chronique, par exemple, rend difficile la pénétration tissulaire d’une aiguille ronde. Il est alors possible d’utiliser une aiguille ronde modifiée dont l’extrémité de la pointe est lancéolée ou triangulaire (aiguilles Laser® ou Tapercut®).

Quel type de fil choisir ?

Les fils résorbables doivent être préférés afin de diminuer le risque calculogène et d’éviter un retard cicatriciel dû à la persistance d’une inflammation locale [4, 6]. La majorité des fils résorbables présentent encore 50 % de leur résistance initiale à quatorze jours, ce qui est suffisant en raison de la vitesse de cicatrisation du bas appareil urinaire.

1. Fils tressés et spiralés

L’acide polyglycolique (Dexon®(2)) et la polyglactine 910 (Vicryl®(1), Polysorb®(2)) sont deux fils tressés résorbables, dégradés par hydrolyse avec peu de réactions tissulaires [2]. La perte de toute résistance vingt-huit jours après l’implantation convient à leur utilisation sur le bas appareil urinaire. Leur nature tressée leur confère un haut cœfficient de friction qui garantit une grande sécurité du nœud [2].

Les vitesses de résorption de l’acide polyglycolique et de la polyglactine 910 sont affectées différemment par les modifications de pH du milieu. L’élévation du pH liée à une infection urinaire entraîne une accélération significative de l’hydrolyse de l’acide polyglycolique, notamment lors d’infection urinaire à Proteus ou E. coli. [2, 4, 5] (voir l’encadré “Incidence de l’infection sur la cicatrisation”). Il est alors préférable d’utiliser la polyglactine 910, qui est en revanche moins résistante que l’acide polyglycolique lorsque l’urine est acide [1, 5]. Au niveau urétral et urétéral, ce dernier est préféré à la polyglactine 910 car il engendre une réaction inflammatoire moindre [1].

2. Fils monobrins

Le caractère monobase d’un fil de suture limite les lésions tissulaires par rapport à un fil tressé, en raison d’une irritation mécanique (effet de drague) moindre [2]. Les bactéries adhèrent moins à la surface du fil et leur résistance à la traction est supérieure à celle des fils tressés, à diamètre identique [5].

La polydioxanone (PDS II®(1)), le glycomer 631 (Biosyn®(2)) et le polyglyconate (Maxon®(2)), trois monofilaments synthétiques résorbables couramment utilisés, se dégradent lentement dans les tissus et gardent leur résistance plus longtemps que nécessaire, soit plus de quatre semaines pour chacun d’eux [1, 2, 5]. Le polyglécaprone (Monocryl®(1)), plus récent, présente à quatorze jours une résistance à la traction plus faible que la polydioxanone ou le polyglyconate (40 % au lieu de 70 %). Dans des conditions cicatricielles normales, ce fil, qui allie souplesse et sécurité au nœud, est suffisant. La polydioxanone, le polyglécaprone 25 et le polyglyconate engendrent une réaction inflammatoire moindre que les fils tressés ou spiralés résorbables [6].

L’infection entraîne une perte de résistance plus rapide, mais moins marquée que pour les fils tressés [4, 6]. Des différences sont notées entre les divers monofilaments : en présence d’une infection à E. coli, la polydioxanone garde ainsi une résistance supérieure au polyglyconate [4].

La polydioxanone, le polyglécaprone et le polyglyconate sont moins “calculogènes” que les fils tressés en cas de contact avec la lumière, bien que ces fils persistent plus longtemps (notamment la polydioxanone) [6].

Un fil irrésorbable est-il utilisable ?

Dans les conditions normales de cicatrisation, la résistance pariétale est recouvrée en quatorze à vingt et un jours. La persistance du matériel de suture au-delà de cette période n’est d’aucune utilité. Les fils irrésorbables sont donc à proscrire, d’autant qu’ils peuvent entraîner des complications (lithiases, gène à l’épithélialisation, kystes, obstruction urétérale ou urétrale) [6].

Les fils irrésorbables ne sont indiqués qu’exceptionnellement, lors de retard de consolidation marqué et/ou de péritonite sévère. L’existence actuelle de fils monobrins résorbables lents, comme la polydioxanone, limite toutefois considérablement leur emploi.

La persistance prolongée des sutures peut gêner l’épithélialisation et entraîner une migration anormale de l’urothélium le long du fil. Ce phénomène, à l’origine de kystes, résulte d’un stimulus inflammatoire prolongé et peut entraîner une obstruction urétérale ou urétrale. Il est particulièrement net avec le polypropylène (Prolène®(1)) [6]. Ce dernier engendre une réaction fibreuse minimale au niveau de l’urètre, mais majeure au niveau urétéral [1, 2, 3].

Certains auteurs utilisent cependant les fils irrésorbables pour les sutures urétrales.

Les sutures automatiques peuvent-elles être employées ?

Les sutures automatiques ont été utilisées pour la réalisation de cystorraphie en l’absence d’infection, lors d’infection aiguë et chronique, sur cinquante-deux animaux. Les autopsies réalisées au plus tard quatre mois après l’intervention ont révélé seulement six agrafes pénétrant la muqueuse. Sur l’une d’elles, les auteurs ont observé un phénomène de cristallisation, prélude à l’apparition de calculs [7]. Le nombre d’animaux concernés par la lithogenèse est donc négligeable, mais toute extrapolation à long terme est difficile.

Quelle taille de fil est la plus adaptée ?

Le but des sutures est de contrer les forces de tension qui écartent les berges de la plaie tant que le tissu suturé n’est pas cicatrisé. Idéalement, elles devraient assurer une résistance identique à celle d’un tissu sain. Il est tentant de choisir un matériel d’un diamètre excessif pour éviter la déhiscence, mais ceci augmente la quantité de matériel étranger au sein de la plaie, prolonge l’inflammation locale, nuit à la vascularisation, retarde la cicatrisation et favorise la lithogenèse [6]. Différentes études ont montré que la pression intravésicale maximale atteinte lors de la miction est faible (au plus 20 à 40 mm de Hg). Il est donc inutile de chercher à obtenir des valeurs supérieures avec le matériel de suture [1, 2]. Un fil fin suffit amplement.

Il a été démontré qu’une suture de polyglactine 910 3-0 (Vicryl®(1) déc. 2) est plus que suffisante pour une cystorraphie chez un chien qui pèse 20 à 30 kg. La résistance à vingt-quatre heures est même plus élevée que celle du tissu vésical environnant [9]. Un fil de polyglactine 910 4-0 (déc. 1) est conseillé chez l’animal qui pèse moins de 10 kg. Une décimale 3 (2-0) est adaptée au-delà de 30 kg [9]. Un fil d’acide polyglycolique ou de polyglactine 910 de 5-0 à 8-0 est suffisant pour une suture urétérale et un fil de 3-0 à 5-0 pour une suture urétrale [2, 6, 8, 10].

Quel type de suture vésicale réaliser ?

Il convient que la suture soit étanche, facile à poser et qu’elle minimise la tension incisionnelle tout en préservant la contenance vésicale, le diamètre urétéral ou urétral et la microvascularisation locale [4].

1. Inclure la sous-muqueuse

La fermeture des plaies chirurgicales ou traumatiques du bas appareil urinaire nécessite d’inclure systématiquement la sous-muqueuse. Cette dernière garantit l’ancrage de la suture [3]. Lors de la fermeture des plaies vésicales – le plus souvent ventrales (PHOTO 2) – le praticien prend soin de ne pas pénétrer la muqueuse, afin de prévenir tout risque calculogène [4, 6].

La suture doit inclure des berges saines : un parage des tissus dévitalisés est impératif, notamment en cas de rupture du tractus urinaire [2].

2. Un ou deux plans ?

Deux techniques de cystorraphie sont classiquement décrites : en deux plans inversants ou en un plan simple appositionnel [8] (la technique éversante est à proscrire en raison du risque infectieux et du retard cicatriciel qu’elle engendre).

Le premier procédé a été longtemps recom-mandé. Il consiste en un surjet inversant de Cushing, recouvert par un surjet de Lembert [2, 5]. Cette méthode permet d’éviter tout contact entre le matériel de suture et l’urine, mais elle réduit notablement le volume vésical et est difficile à réaliser lors d’épaississement pariétal (cystite chronique, intervention chirurgicale antérieure). Certains auteurs proposent alors l’application de deux surjets simples [2, 4].

Les résistances à l’éclatement de vessies suturées avec deux plans inversants ou avec un plan appositionnel de points simples ont été comparées. Les auteurs ne constatent pas de différence dans les premières vingt-quatre heures [9]. La muqueuse recouvre totalement la plaie suturée à quarante-huit heures lors de suture appositionnelle, contrairement à ce qui est observé avec une suture inversante en deux plans [9]. Avec une suture appositionnelle, la solidité augmente plus rapidement dans les quatre premiers jours et l’étanchéité est meilleure. La préservation de la microvascularisation, la diminution de la quantité de matériel de suture et l’apposition muqueuse précise expliquent ces résultats [9].

Une suture appositionnelle en un plan est donc préférée à un double surjet inversant en l’absence d’infection ou d’affection retardant la cicatrisation (PHOTO 3) [4, 6]. Le chirurgien a le choix entre les points simples ou le surjet. Ce dernier, plus rapide, permet une meilleure répartition de la tension, alors que les points simples peuvent sembler plus sécurisants.

Lors d’épaississement pariétal (infection chronique, urolithiases, tumeurs) ou de cystectomie partielle, la fermeture en un plan est en outre de règle pour des raisons de facilité technique et afin d’éviter une réduction majeure du volume vésical [4].

La fermeture en deux plans peut être envisagée lors de sepsis urinaire non contrôlé, de façon à respecter des temps septique et aseptique. Une fermeture appositionnelle en deux plans est alors préférable en raison de l’étanchéité et de la rapidité de cicatrisation qu’elle garantit.

3. Protéger la suture

Après une cystorraphie, un test d’étanchéité est réalisé grâce à l’injection de sérum physiologique dans la vessie [2, 3, 4].

Une épiploïsation est toujours conseillée pour assurer la protection, le drainage et faciliter la cicatrisation de la plaie chirurgicale. Si celle-ci est impossible, un patch séreux constitué du bord antimésentérique d’une anse jéjunale est apposé grâce à des points simples ou à un surjet sur le site de la cystorraphie. Il est essentiel d’incorporer la sous-muqueuse intestinale et vésicale, sans pénétrer la lumière de chacun des organes [2, 4].

En phase postopératoire, il convient d’éviter toute réplétion vésicale excessive. Si les mictions ne sont pas spontanées, des sondages intermittents sont préférés à la mise en place d’une sonde à demeure, dont l’extrémité peut léser la muqueuse vésicale [3, 4].

Quel type de suture pour l’uretère ou l’urètre ?

En raison de leur faible diamètre, les sutures urétérales et urétrales sont difficiles à réaliser et la technique doit être précise afin d’éviter toute sténose secondaire [2]. La préservation de la vascularisation (notamment au niveau de l’urètre où elle suit une distribution longitudinale), les méthodes de dérivation urinaire et une apposition exacte sans tension des berges de la plaie permettent de limiter les complications.

1. Sutures urétérales

Les urétéro-anastomoses sont indiquées lors de déchirure urétérale d’origine traumatique ou iatrogène, pour traiter les urétérocœles (dilatations de l’uretère distal) et les uretères ectopiques (néo-urétérostomie, urétéronéocysto-stomie).

Les urétérotomies, destinées au retrait de calculs urétéraux, ne sont préconisées que lors d’échec du traitement médical (dissolution) [8, 10].

Les sutures urétérales peuvent être effectuées directement ou sur une sonde d’urétéro-néphrostomie en silicone laissée en place pendant dix jours [10].

Ces sutures sont plus faciles à réaliser sous une loupe ou un microscope opératoire [8].

Un plan de points simples appositionnels ou un surjet appositionnel conviennent aux sutures urétérales [2, 10]. Les surjets circulaires sont déconseillés pour éviter toute sténose [6].

En raison de la finesse pariétale des uretères, les sutures sont perforantes et veillent à une apposition exacte de la muqueuse [3]. En général, leur caractère perforant ne génère pas l’apparition de calculs urinaires, en l’absence d’infection.

La complication la plus fréquente est la sténose, susceptible d’entraîner une hydronéphrose. Les fuites peuvent occasionner un uropéritoine. Dans les deux cas, une nouvelle urétéro-anastomose est nécessaire [8, 10].

2. Sutures urétrales

Les anastomoses urétrales sont le plus souvent indiquées lors de traumatismes urétraux sévères (déchirures concernant plus des deux tiers du diamètre urétral). L’urètre est alors suturé sur une sonde urinaire de diamètre adapté qui est laissée en place cinq à sept jours. Une sonde de cystostomie peut être posée en complément, de façon à dévier les urines et à éviter toute fuite ou retard de cicatrisation.

Les lésions moins étendues sont traitées par la mise en place d’une sonde à demeure pendant sept jours, éventuellement doublée d’une sonde de cystostomie.

Les urétrotomies ne sont que rarement pratiquées (lorsqu’il est impossible de ramener un calcul urétral dans la vessie par sondage et flushing rétrograde).

Les sutures urétrales sont en outre employées lors d’urétrostomies et pour le traitement des prolapsus urétraux [2, 3].

Les principes sont les mêmes que pour les sutures urétérales. Un surjet simple appositionnel perforant ou un plan de points simples perforants est choisi [2, 10]. En dépit d’un diamètre supérieur à celui de l’uretère, les surjets circulaires sont proscrits [6].

Les sténoses sont les complications les plus fréquentes et sont corrigées par résection-anastomose.

Les fistules, consécutives à une fuite au niveau du site anastomotique, nécessitent dans un premier temps un sondage urétral à demeure, éventuellement complété par une sonde de cysto-stomie. Une nouvelle intervention chirurgicale est nécessaire si la fuite est toujours présente après sept jours de dérivation urinaire [2, 3].

(1) Janssen-Cilag.

(2) Vétoquinol.

Indications d’une cystotomie-cystorraphie et d’une cystectomie partielle

Indications d’une cystotomie-cystorraphie

• Retrait de calcul vésical et urétral ou de corps étranger.

• Uretère ectopique, correction d’urétérocœle.

• Tumeur, polype.

• Ulcères.

• Retrait de caillots sanguins, d’urothélium nécrotique.

• Rupture vésicale.

• Biopsies (cystite récidivante).

Indications d’une cystectomie partielle

• Tumeur, polype.

• Ulcères.

• Anomalie de l’ouraque.

• Diverticule vésical.

D'après [3].

Risque calculogène

La persistance de matériel de suture dans la lumière vésicale favorise la formation de calculs urinaires [2, 4, 6]. La réalisation d’une suture strictement non perforante, qui inclut la sous-muqueuse, est parfois difficile et peut entraîner un contact entre le fil et l’urine, d’autant que les propriétés physiques et chimiques du fil peuvent limiter le recouvrement épithélial [1].

Les propriétés “calculogènes” varient d’un fil à l’autre. Elles sont majeures pour le polypropylène, qui est à proscrire. La lithogenèse est en outre influencée par les conditions locales, notamment le pH urinaire [6]. L’alcalinisation urinaire qui résulte d’une infection bactérienne chronique favorise ainsi grandement la lithogenèse. L’infection prolonge en outre l’exposition du matériel de suture en ralentissant l’épithélialisation.

Incidence de l’infection sur la cicatrisation

L’infection altère le cours normal de la cicatrisation. L’épithélialisation est ralentie et l’activité fibroblastique et collagénolytique locale est perturbée [6]. La desquamation cellulaire, en réponse à l’envahissement bactérien, retarde la cicatrisation. Le rythme de résorption des fils de suture peut être modifié par les conditions locales altérées. Proteus mirabilis a l’effet le plus dramatique. L’uréase qu’il produit clive l’urée en ammoniaque, ce qui modifie le pH du milieu. En outre, cette uréase accélère la vitesse d’hydrolyse des matériaux de suture. Ces derniers se dégradent égale-ment plus rapidement en présence d’E. coli.

Le choix du matériel utilisé est donc déterminant et toute infection du tractus urinaire doit être traitée agressivement afin de restaurer un pH normal et de relancer une épithélialisation rapide [6].

Points forts

Un geste chirurgical atraumatique et une irrigation régulière des tissus sont essentiels pour favoriser la cicatrisation.

La fermeture des plaies chirurgicales ou traumatiques du bas appareil urinaire nécessite d’inclure systématiquement la sous-muqueuse.

Une suture appositionnelle en un plan, par points simples ou surjet, est préférée à un double surjet inversant en l’absence d’infection ou d’affection retardant la cicatrisation.

Un fil résorbable monté sur une aiguille à pointe ronde, ou Tapercut®, posé avec une technique atraumatique, convient généralement.

Quatorze jours après l’intervention chirurgicale, la vessie a retrouvé 80 % de sa résistance initiale et cette valeur atteint 100 % à vingt et un jours.

  • 1 - Bellah JR. Wound healing in the urinary tract. Semin. Vet. Med. Surg. 1989;4(4):294-303.
  • 2 - Bjorling DE. Urinary system. In : Textbook of small animal surgery. 2nd ed., Philadelphia : Saunders, 1993:1368-1473.
  • 3 - Bojrab MJ. Current techniques in small animal surgery. 4th ed., Baltimore : Williams et Wilkins, 1998:445-475.
  • 4 - Cornell KK. Cystotomy, partial cystectomy and tube cystostomy. Clinic. Tech. Small Anim. Pract. 2000;15(1):11-16.
  • 5 - Giry M. Chirurgie de la vessie. Encyclopédie vétérinaire, Paris, 1993. Chirurgie des tissus mous. 4100:10 pages.
  • 6 - Jens B, Bjorling DE. Suture selection for lower urinary tract surgery in small animals. Comp. Cont. Educ. Pract. Vet. 2001;23(6):524-531.
  • 7 - Julian MD, Ravitch MM. Closure of the urinary bladder with stainless steel and absorbable staples. Ann. Surg. 1986;204 :186-192.
  • 8 - Lanz OI, Waldron DR. Renal and ureteral surgery in dogs. Clinic. Tech. Small Anim. Pract. 2000;15(1):1-10.
  • 9 - Radash RM, Merkley DF, Wilson JW et coll. Cystotomy closure. A comparison of the strenght of appositionnal and inverting suture patterns. Vet. Surgery. 1990;19 :283-288.
  • 10 - Viguier E. Chirurgie de l’appareil urinaire : reins et uretères. Encyclopédie vétérinaire, Paris, 1993. Chirurgie des tissus mous. 4200:10 pages.

PHOTO 1. La vessie est maintenue par des fils de traction de façon à respecter les principes de la chirurgie atraumatique.

PHOTO 2. Cystotomie ventrale médiane. Traitement chirurgical d’une urolithiase. La cystotomie ventrale médiane est recommandée. Elle facilite l’accès au trigone vésical et minimise le risque de lésion des plexus vasculo-nerveux par rapport à l’abord dorsal [3, 8]. La localisation de l’incision n’affecte pas la vitesse de cicatrisation et il a été montré que le risque de fuites ou d’adhérences entre un abord ventral et un abord dorsal est équivalent [4, 5].

PHOTO 3. La cystorraphie est réalisée en un plan simple appositionnel avec un fil monobrin synthétique résorbable.