Le point Vétérinaire n° 222 du 01/01/2002
 

TRAUMATOLOGIE CHEZ LE CHIEN ET CHEZ LE CHAT

Eclairer

NOUVEAUTÉS

Aymeric Deneuche*, Pascal Fayolle**


*Service de chirurgie - ENVA
7, av. du Général-de-Gaulle
94704 Maisons-Alfort

Un pansement approprié fournit un environnement optimal pour la cicatrisation des plaies cutanées.

Les pansements adhérents, indiqués pour le débridement des plaies, sont à proscrire sur celles en phase de réparation [3, 5, 7]. Ces plaies, caractérisées par la présence d’un tissu de granulation, siège d’une contraction et d’une épithélialisation, sont à recouvrir de pansements non adhérents [5, 7], pour la plupart semi-occlusifs (d’autres sont occlusifs), qui permettent d’accélérer les phases de contraction et d’épithélialisation [3].

Pansements non adhérents des stades cicatriciels précoces

Les pansements vaselinés sont choisis lorsque la plaie bourgeonne : présence d’un tissu de granulation, de quelques sérosités et absence d’épithélialisation [2, 5] (PHOTO 1).

Les pansements vaselinés non adhérents sont constitués d’une gaze à larges mailles imprégnée de vaseline (PHOTO 2). La largeur des mailles permet l’évacuation des exsudats (généralement visqueux à ce stade de la cicatrisation) vers la couche secondaire [2]. Cette couche intermédiaire, suffisamment épaisse, est apposée en contact étroit avec la couche primaire et draine les fluides de la plaie [2, 5, 7]. Le pansement est à changer lorsque cette couche est saturée : tout passage de fluides vers la couche externe favorise la contamination de la plaie par les bactéries de l’environnement [3, 7].

Pansements commercialisés et faits « maison »

Ces pansements vaselinés non adhérents sont commercialisés (Jelonet®, Adaptic®), mais peuvent également être préparés en autoclavant des compresses recouvertes de vaseline, même si ce type de préparation ne garantit pas une répartition homogène du corps gras au sein du pansement et tend ainsi à le rendre plus ou moins occlusif [2, 5].

L’emploi de gazes vaselinées favorise la contraction au sein de la plaie, mais retarde l’épithélialisation. Dès le début de celle-ci, il convient donc de choisir un pansement non adhérent des stades cicatriciels tardifs [2, 3, 5, 7]. Il en est de même lors de développement rapide du tissu de granulation : ce dernier peut coloniser les mailles de la gaze entre deux renouvellements etentraîner une hémorragie au moment du retrait [2, 5].

Pansements non adhérents semi-occlusifs des stades cicatriciels tardifs

Les pansements non adhérents semi-occlusifs sont indiqués sur des plaies qui présentent un tissu de granulation sain, une faible quantité de sérosités et un début d’épithélialisation [2, 3] (PHOTO 3). Leur couche primaire favorise l’absorption des quelques écoulements présents, sans interférer avec l’épithélialisation [9].

Ces pansements retiennent une humidité suffisante au niveau de la plaie qui favorise l’épithélialisation, mais absorbent les liquides en excès et évitent ainsi toute macération [2, 3, 7]. Plusieurs produits sont commercialisés : Melolin®, Skintact®. Ces derniers sont plutôt considérés comme des pansements hypo-adhérents.

Laissés en place deux à trois jours

De tels pansements peuvent être préparés par l’imprégnation de gaze à mailles fines avec une solution de polyéthylène glycol. Cet agent hydrophile, doux, non toxique, non irritant et hydrosoluble, empêche la gaze d’adhérer à la plaie et augmente sa capillarité, ce qui entraîne les fluides vers la couche secondaire [3, 5].

Les pansements non adhérents semi-occlusifs sont en général laissés en place deux à trois jours, moins si nécessaire [5]. Ils sont retirés sans douleur et sans altérer le tissu de granulation [5]. L’épithélialisation observée est significativement plus rapide qu’avec un pansement vaseliné, mais ils limitent la contraction de la plaie [3, 7, 9].

Pansements non adhérents occlusifs des stades cicatriciels tardifs

Les pansements occlusifs, imperméables à l’air, sont indiqués sur des plaies saines, sans nécrose ni infection, avec une exsudation minimale, un tissu de granulation bien établi, une contraction avancée et un début d’épithélialisation [2, 3, 5, 7] (PHOTO 4).

Parmi les différents types de pansements occlusifs, les hydrocolloïdes comportent une couche primaire qui adhère à la peau saine entourant la plaie et qui se transforme au contact des fluides de la plaie en un gel hydrocolloïde non adhérent occlusif (Algoplaque HP®, Askina Biofilm®, DuoDerm E®, Comfeel®) [3, 5]. La couche externe en polyuréthane, imperméable à l’eau, crée un milieu hypoxique, ce qui diminue le pH des exsudats et donc la population bactérienne [5]. Le gel hydrocolloïde maintient un environnement humide et favorise une épithélialisation et une synthèse collagénique plus rapides que sous un pansement semi-occlusif [2, 3, 8]. L’adhérence du pansement sur la peau périphérique antagonise les forces de rétraction développées par le tissu de granulation, la contraction de plaies cutanées étendues étant par conséquent ralentie, même si l’épithélialisation est favorisée [2, 3, 5, 8].

Ce type de pansement est découpé et posé sur la plaie après la tonte du tissu cutané périphérique. Une couche externe protectrice est placée au-dessus.

Le pansement est laissé en place jusqu’à ce que la surface située en regard de la plaie prenne l’aspect d’une bulle remplie de liquide, soit généralement après deux à trois jours. Le gel hydrocolloïde est ensuite lavé et un nouveau pansement est appliqué. En cas de macération, ce dernier est retiré et remplacé par un pansement non adhérent semi-occlusif [2, 3, 5].

Des pansements hydrocellulaires

Les pansements hydrocellulaires (Allevyn®, Askina Transorbent®) associent une couche de mousse de polyuréthane, une couche cellulaire hydrophile et une couche externe imperméable, ce qui leur confère des propriétés non adhérentes et absorbantes. Tout en maintenant la plaie humide, ils absorbent de grandes quantités de fluides, ce qui permet de les changer peu souvent et de les saturer éventuellement avec des agents topiques liquides [3]. Comme les pansements hydrocolloïdes, les hydrocellulaires favorisent une épithélialisation rapide, mais diminuent la contraction de la plaie [8]. Ils sont en outre onéreux et à proscrire en milieu infecté [5].

Contrairement aux semi-occlusifs qui permettent une évacuation des bactéries de la plaie vers la couche intermédiaire, les pansements occlusifs enferment les bactéries au contact de la plaie dans un environnement humide propice à leur multiplication. Bien que la population bactérienne augmente significativement avec le temps, la cicatrisation n’est pas ralentie [6, 7]. Le tissu de granulation constitue une barrière contre les infections systémiques et l’occlusion prévient les contaminations externes [4, 8].

Protection par une couche externe

Les recommandations d’utilisation énoncées ci-dessus sont à respecter pour chaque type de pansement, de façon à assurer une cicatrisation optimale. L’adjonction d’agents topiques (crème, solution), trop souvent pratiquée, est déconseillée : les conditions locales idéales induites par un pansement adapté sont alors modifiées. Quel que soit le type de pansement employé, celui-ci est protégé par une couche externe (ou tertiaire) qui immobilise la plaie et protège des contaminations externes [3, 5, 7]. Les bandes adhésives chirurgicales (perméables, imperméables ou élastiques) sont le plus souvent utilisées. Une bande de gaze ou un jersey tubulaire conviennent également [2, 5].

Le pansement doit rester en place, propre et sec [5, 7]. La fréquence de son changement est variable selon l’évolution cicatricielle de la plaie et du type de pansement choisi. En général, les pansements réalisés sur une plaie en phase de réparation sont à changer tous les deux à quatre jours [5].

Les pansements des plaies en phase de réparation

Produits vétérinaires :

- -Adaptic®, Janssen-Cilag Santé animale, Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine)

- Skintact®, Audevard SA, Clichy (Hauts-de-Seine)

Produits humains :

- Algoplaque HP®, Laboratoires Urgo, Chenôve (Côte-d’Or)

- Allevyn®, Smith et Nephew, Le Mans (Sarthe)

- Askina Biofilm®, B. Braun Biotrol SA, Paris (Paris)

- Comfeel®, laboratoires Coloplast, Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne)

- DuoDerm E®, laboratoires Convatec, Paris-La Défense (Hauts-de-Seine)

- Jelonet®, Smith et Nephew, Le Mans (Sarthe)

- Melolin®, Smith et Nephew, Le Mans (Sarthe)

  • 1 - Hedlund CS. Surgery of the integumentary system. In : Fossum TW. Small Animal Surgery. 1st edn. Mosby. St-Louis. 1997:101-103.
  • 2 - Lee AH, Swaim SF, Mc Guire JA et coll. Effects of nonadherent dressing materials on the healing of open wounds in dogs. J. Amer. Vet. Med. Assn. 1987;190:416.
  • 3 - Miller CW. Bandages and drains. In : Slatter D.H. Textbook of small animal surgery. 2nd edn. WB Saunders. Philadelphia, 1993:225-230.
  • 4 - Morgan PW, Binnington AG, Miller CW et coll. The effect of occlusive and semiocclusive dressings on the healing of full-thickness skin wounds on the forelimbs of dogs. Vet. Surgery. 1994;23:494-502.
  • 5 - Simpson AM, Beale BS, Radlinsky M. Bandaging in dogs and cats : Basic principles. Comp. Cont. Educ. Pract. Vet. 2001;23(1):12-16.
  • 6 - Stacie Scardino M, Swaim SF. Bandaging open wounds. In : Bojrab M.J. Current techniques in Small Animal Surgery. 4th edn. Williams et Wilkins. Baltimore. 1998:27-34.
  • 7 - Swaim SF. Pansements et agents topiques. Point Vét. 1992;24(Numéro spécial:Chirurgie plastique et reconstructrice):441-450.
  • 8 - Swaim SF, Henderson RA. Small animal wound management. 2nd edn. Ed. Baltimore : Williams et Wilkins. 1997:1-51, 87-190,295-370.
  • 9 - Swaim SF, Hinkle SH, Bradley DM. Wound contraction : basic and clinical factors. Comp. Cont. Educ. Pract. Vet. 2001;23(1):20-33.

PHOTO 1. Plaie métatarsienne en phase de granulation chez un chien.

PHOTO 2. Pansement vaseliné non adhérent appliqué sur une plaie scrotale en granulation.

PHOTO 3. Plaie médiale du grasset chez un chien : l’épithélialisation débute sur un tissu de granulation sain et peu exsudatif.

PHOTO 4. Plaie au stade cicatriciel tardif : le tissu de granulation est bien établi, l’exsudation est minimale, l’épithélialisation progresse.