Le point Vétérinaire n° 222 du 01/01/2002
 

GESTE DE BASE

Pratiquer

EN IMAGES

Emmanuelle Garnier

consultante en chirurgie, Place de la Liberté, 05700 Serres

La maîtrise de la technique de pose d’un pansement de Robert-Jones et le suivi doivent être rigoureux pour éviter toute complication.

Le pansement de Robert-Jones est le plus fréquemment utilisé en orthopédie vétérinaire. Confortable pour l’animal, il permet de limiter la formation d’œdème (suite à un traumatisme ou après une intervention chirurgicale) et constitue un moyen de contention externe temporaire en période préopératoire et postopératoire d’une chirurgie orthopédique.

Qualités du pansement orthopédique

Le bandage orthopédique doit répondre à quatre fonctions.

• Il protége contre les contaminations bactériennes externes.

• Il absorbe les liquides de drainage de la plaie, limite ainsi l’accumulation des exsudats et diminue le risque d’infection. Cette fonction d’absorption est assurée par la couche de coton, dont l’épaisseur est essentielle : trop fine, elle entraîne des lésions cutanées (frottement, dévascularisation de zones soumises à une pression trop élevée), mais trop épaisse, elle diminue la stabilité apportée par le pansement en permettant des micromouvements au niveau du site de fracture.

• Il exerce une compression des tissus mous qui limite l’accumulation de fluides (hématome, sérome, œdème) pouvant gêner la cicatrisation et favoriser l’infection. Cette fonction est assurée par la bande élastique qui entoure et serre la couche de coton.

• Il assure une stabilisation suffisante pendant le temps nécessaire à la cicatrisation.

Indications

Les indications de pose d’un pansement de Robert-Jones sont :

- le traitement ou la prévention d’un œdème post-traumatique ou postopératoire sur un membre (lésion ou lieu d’intervention chirurgicale situés sous le tiers distal du fémur ou de l’humérus) : phase postopératoire d’une chirurgie du ligament croisé antérieur, d’une arthrotomie exploratrice du coude, d’une chirurgie orthopédique sur le radius, le carpe, le tibia ou le tarse, etc. ;

- le support temporaire d’un membre en période préopératoire ou postopératoire d’une chirurgie orthopédique ;

- la protection tissulaire et la protection d’une plaie (traumatique ou chirurgicale) située sur un membre.

Contre-indications

Les contre-indications à la posed’un pansement de Robert-Jones sont :

- le traitement d’un œdème ou la protection d’une plaie située au-dessus du genou ou du coude : le pansement de Robert-Jones ne peut remonter au-delà du tiers distal du fémur et de l’humérus ;

- le traitement d’une fracture instable. Ce type de pansement n’apporte pas la stabilisation nécessaire à la cicatrisation d’une fracture. Dans les jours qui suivent son application, le “tassement” de la couche de coton induit en effet un desserrement du pansement qui provoque une augmentation de la mobilité articulaire (recherchée en phase post opératoire d’une chirurgie articulaire), mais entraîne une instabilité du site fracturaire incompatible avec la cicatrisation osseuse ;

- les fractures ouvertes, les plaies infectées, etc.

La stabilité apportée par un Robert-Jones peut toutefois être augmentée par la mise en place d’une attelle.

Préparation

Le matériel nécessaire comporte :

- des bandes élastiques (type bande Velpeau®),

- du coton,

- des bandes élastiques à capacité de serrage élevée (type Elastoplaste® ou Vetrap®).

Surveillance du pansement

La surveillance du pansement est fondamentale. Des lésions cutanées peuvent en effet se développer dessous : ulcérations, nécrose cutanée par frottement ou pression excessive gênant la vascularisation, nécrose ischémique. Ces lésions peuvent conduire à une perte du membre et à une amputation.

Les propriétaires doivent observer le strict respect des consignes de repos et garder le pansement en permanence propre et sec (il peut être recouvert d’un sac plastique lors des sorties de l’animal).

Une observation journalière des doigts permet de détecter la présence d’œdème.

Un contrôle clinique et le changement du pansement sont nécessaires en cas d’anomalie : diminution de l’appétit de l’animal, aggravation d’une boiterie, gonflement des doigts, odeur anormale.

Le pansement fait l’objet d’un premier contrôle vingt-quatre à quarante-huit heures après sa mise en place : la majorité des lésions ischémiques se développent en effet dans les quarante-huit heures.

Il est suivi d’un contrôle clinique une fois par semaine.

Chaque contrôle s’accompagne d’un examen clinique général, d’un examen du pansement, des doigts (recherche d’œdème), de la zone axillaire ou inguinale (recherche de lésions par abrasion).

Le pansement est changé lors de toute anomalie et des soins locaux sont entrepris en cas de lésions cutanées (plaie traumatique, délabrement cutané).

Complications

• La compression trop forte du réseau vasculaire (couche insuffisante de coton ou serrage excessif) peut entraîner un œdème digité et un risque de nécrose.

• Des lésions d’ulcération cutanée peuvent être liées à un excès de pression localisée ou à un défaut de protection, notamment au niveau des reliefs osseux (calcaneum) et du creux axillaire ou inguinal. Les symptômes se caractérisent alors par une douleur (boiterie) et par une odeur anormale liée à l’exsudat.

Dans tous les cas, le pansement doitêtre immédiatement retiré pour l’évaluation et le traitement des lésions cutanées.

Conclusion

Les avantages du pansement de Robert-Jones sont nom-breux : confort de l’animal, protection des plaies, traitement et prévention de l’œdème, support temporaire du membre en cas de fracture. Cependant, la technique de pose et la surveillance doivent être parfaitement respectées, compte tenu des conséquences dramatiques d’une ischémie tissulaire due à une compression excessive.

En savoir plus

- Anderson DM. Ischemic bandage injuries : a case series and review of the litterature. Vet. Surgery. 2000 ; 29 : 488-498.

- Decamp CE. External coaptation. Chap. 124. In : Slatter DH. Textbook of small animal surgery. Philadelphia, WB Saunders Company. 1993 : 2712 pages.

1 Le membre atteint est préparé pour la pose du pansement : - tonte et soins locaux au niveau des plaies ; - protection des plaies par une solution antiseptique et des compresses. L’animal est positionné en décubitus latéral avec le membre atteint placé au-dessus. Le pansement est toujours mis en place sur un membre en position physiologique (éviter des hyperflexions ou des hyperextensions articulaires). Deux bandes collantes appelées “étriers” sont mises en place de chaque côté du membre (sparadrap ou Elastoplast® selon la taille de l’animal) : leur largeur est d’environ 0,5 à 1 cm pour un chien de petite taille et de 2 cm pour un chien de grande taille. Ces étriers sont indispensables pour éviter le déplacement du pansement vers le bas.

2 Une première bande élas-tique non collante (type bande Velpeau®) est appliquée sans serrage.

3 La couche de coton est mise en place sur une épaisseur suffisante pour éviter toute lésion cutanée par frottement et tout risque d’ischémie du membre. Les bandes de coton sont enroulées à partir de l’extrémité distale du membre et chaque tour recouvre le précédent de 50 %.

4 Une deuxième bande élastique non collante (type bande Velpeau®) est appliquée en compression sur le coton. Plusieurs bandes peuvent être nécessaires pour obtenir une compression suffisante du coton. Le pansement de Robert-Jones peut être renforcé par une attelle flexible en aluminium ou en plastique. Cette attelle est dans tous les cas posée au-dessus de la couche cotonnée et de la deuxième bande Velpeau®. Elle doit également respecter la position physiologique du membre.

5 Les étriers sont relevés sur la bande Velpeau®.

6 La dernière bande de serrage est mise en place (type Elastoplaste® ou Vetrap®). Le pouvoir de “serrage” de ce type de bande étant élevé, il convient d’éviter un serrage excessif sur les zones mobiles (articulations), qui pourrait entrainer un effet garrot responsable d’une nécrose ischémique.