Le point Vétérinaire n° 222 du 01/01/2002
 

VIROLOGIE

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EN QUESTIONS-REPONSES

Catherine Belloc

Unité de pathologie médicale
du bétail,
ENV de Nantes, BP 40706,
44307 Nantes Cedex 3

Si la structure et l’organisation génomique du virus de l’immunodéficience virale bovine sont maintenant bien connues, la réalité de son pouvoir pathogène est encore mal documentée.

Résumé

Le Bovine Immunodeficiency Virus (BIV) est un lentivirus qui a été isolé pour la première fois en 1969 à partir d’un bovin qui présentait une dégradation de l’état général, associée à une lymphocytose persistante. Bien qu’une association entre la séropositivité vis-à-vis du BIV et une baisse des performances ait été rapportée, son pouvoir pathogène reste encore mal connu. Les infections expérimentales font ressortir des observations inconstantes et parfois contradictoires. Des infections par le BIV ont été mises en évidence dans le cheptel bovin de nombreux pays, mais l’épidémiologie de l’infection n’est pas connue avec précision. La progression des connaissances se heurte aux difficultés du diagnostic.

Bien qu’isolé depuis plus de trente ans, le virus de l’immunodéficience bovine (Bovine Immunodeficiency Virus ou BIV) demeure mal connu et constitue un sujet de controverse au sein de la communauté scientifique, particulièrement en ce qui concerne ses conséquences sur la santé des bovins.

Qu’est-ce que le BIV ?

Le BIV a été isolé en 1969 à partir d’un bovin qui présentait une dégradation de l’état général, associée à une lymphocytose persistante [16]. Inoculé à des veaux, il a entraîné une lymphocytose transitoire, ainsi qu’une hypertrophie des ganglions lymphatiques. Plus récemment, deux nouveaux isolats viraux ont été obtenus en Floride à partir d’animaux appartenant à un troupeau où des carcasses avaient été saisies pour hypertrophie ganglionnaire [15].

Tout comme le virus de l’immunodéficience humaine (HIV, ou virus du Sida), le SIV chez le singe, le FIV chez le chat, le virus de l’anémie infectieuse équine, les virus de l’arthrite-encéphalite caprine et du visna-maedi du mouton, le BIV est un lentivirus. Son nom lui a été donné en référence au HIV, alors que l’on ne disposait d’aucune donnée sur son éventuel rôle d’immunodéficience. Les lentivirus sont des virus à ARN qui appartiennent à la famille des Retroviridae. Les rétrovirus possèdent une enzyme, la transcriptase inverse, qui catalyse la trans-cription de l’ARN génomique viral en ADN. Cet ADN (le provirus, non infectieux) a la capacité de s’intégrer au génome de la cellule infectée et peut demeurer sous forme latente pendant plusieurs années.

Sur un plan fondamental, le BIV est bien connu puisque son organisation génomique et sa structure ont été documentées, bénéficiant des nombreuses études qui ont porté sur le virus du Sida [3]. En revanche, la prévalence de cette infection, ainsi que ses conséquences sur l’état de santé des animaux, n’ont fait l’objet que de peu d’investigations.

Quel est le pouvoir pathogène du BIV ?

Les lentivirus ont la capacité de provoquer une infection qui persiste pendant toute la vie de l’hôte, malgré une réponse immunitaire spécifique importante. Comme c’est le cas pour les autres infections lentivirales, il est probable que le pouvoir pathogène du BIV nécessite plusieurs années pour s’exprimer ; or ce virus n’a pas fait, pour l’instant, l’objet d’études à long terme.

Sur le terrain, les conséquences de l’infection par le BIV sur l’état sanitaire des troupeaux sont mal connues. Le premier isolat du BIV, obtenu par Van der Maaten et ses collaborateurs, provient d’une vache holstein dont l’état général était dégradé, avec un amaigrissement progressif, et qui présentait une lymphocytose. A l’autopsie, une hypertrophie des ganglions lymphatiques a été observée. L’examen histologique de l’encéphale a révélé une méningo-encéphalite avec présence de manchons lymphocytaires périvasculaires.

Les deux nouveaux isolats du BIV ont été obtenus à partir d’animaux séropositifs issus d’un troupeau dont les performances étaient altérées et dans lequel des carcasses étaient saisies pour hypertrophie ganglionnaire [15]. Par ailleurs, une association entre séropositivité et baisse des performances a été rapportée [14].

Les infections expérimentales par le BIV ont fait ressortir des observations inconstantes et parfois contradictoires. Plusieurs travaux font état d’une lymphocytose transitoire et d’une lymphadénopathie [1, 10, 15, 16]. Toutefois, une étude menée sur une période de deux ans n’a pas permis de mettre en évidence une détérioration de l’état de santé.

La caractérisation d’éventuels dysfonctionnements du système immunitaire, à la suite de l’infection, a également fait l’objet de travaux. Il apparaît que les fonctions de plusieurs populations cellulaires impliquées dans la réponse immunitaire (monocytes, lymphocytes, poly-nucléaires neutrophiles) peuvent être affectées lors d’infection par le BIV [2, 7, 10, 12].

Néanmoins, aucun chercheur n’a clairement qualifié le BIV de virus immunosuppresseur.

Le BIV représente-t-il un risque pour l’homme ?

Les lentivirus sont considérés comme étant spécifiques d’espèce. Toutefois, l’infection de certaines espèces animales a pu être obtenue par inoculation du BIV : c’est le cas du mouton, de la chèvre et du lapin [3 bis, 18].

Aucune infection par le BIV n’a été décrite, à ce jour, chez des personnes en contact avec des bovins infectés. Une enquête portant sur des individus à réponse sérologique douteuse vis-à-vis du VIH n’a pas permis d’incriminer le BIV dans cette réactivité [6].

Quelle est l’épidémiologie du BIV ?

Des animaux séropositifs vis-à-vis du BIV ont été mis en évidence dans tous les pays où ils ont été recherchés. Toutefois, la séroprévalence du BIV est mal connue car les enquêtes sérologiques rapportées dans la littérature sont peu nombreuses et toujours ponctuelles.

Les pourcentages d’animaux séropositifs détectés au cours des différentes études ont été respectivement de 4 % aux Etats-Unis [17], 5,5 % au Canada [8], 1,4 % aux Pays-Bas [5] et 4 % en France [11].

Les modalités de transmission naturelle du virus sont encore hypothétiques. Les sources de matières virulentes sont le sang et les autres liquides biologiques susceptibles de contenir des cellules lymphoïdes ou myéloïdes, cellules cibles du virus in vivo. Aucune preuve de transmission par contact ou par l’intermédiaire d’insectes n’a été rapportée et le BIV semble pouvoir être transmis in utero [13]. La voie sexuelle a été incriminée après la mise en évidence de virus dans le sperme [9]. Une transmission verticale par le colostrum et le lait serait également possible.

Comment diagnostiquer une infection par le BIV ?

Le diagnostic du BIV est essentiellement sérologique. Les techniques utilisées pour la détection des anticorps sont lourdes à mettre en œuvre et aucune d’entre elles n’est disponible en routine. Il s’agit soit d’immunofluorescence indirecte sur cellules infectées, soit d’immuno-empreinte (Western Blot) à l’aide de vibrions purifiés ou de protéines recombinantes du BIV. Ponctuellement, des tests Elisa ont également été utilisés (PHOTO 1). Aucune de ces techniques n’est considérée comme étant la méthode de référence.

La plupart des tests sérologiques utilisent des antigènes dérivés de la souche isolée en 1969. Or, la variabilité génomique des lentivirus est importante et peut entraver la capacité des tests à détecter l’infection par des souches génétiquement éloignées de l’isolat viral qui sert de support à la technique.

Dans ce contexte, la PCR (Polymerase Chain Reaction) peut sembler une alternative intéressante, mais son utilisation pour la détection du lentivirus bovin n’a pas été validée.

Conclusion

La description du pouvoir pathogène du BIV par infection expérimentale est rendue difficile par le faible nombre de souches virales disponibles. En outre, la souche isolée en 1969 et répandue dans de nombreux laboratoires de recherche a probablement été modifiée par des années de manipulation in vitro. Par ailleurs, il apparaît clairement qu’un diagnostic plus facile et plus fiable est un préalable indispensable à une meilleure connaissance de l’infection naturelle par ce lentivirus. Dans l’état actuel des connaissances, il n’est pas démontré qu’il existe une immunodéficience bovine, mais seulement qu’il existe un lentivirus bovin, peut-être abusivement nommé BIV, appartenant au même genre que le VIH.

À lire également

Polack B, Lévy D. Le virus de l’immunodéficience bovine. Point Vét. 1991 ; 23(139): 671-674.

Points forts

Le BIV est un lentivirus, virus à ARN appartenant à la famille des Retroviridae.

Chez les bovins, l’infection par le BIV est souvent associée à une lymphocytose transitoire et à une lymphadénopathie. Toutefois, aucun rôle pathogène précis n’a pu être attribué à ce virus.

Aucune infection par le BIV n’a été décrite chez des personnes en contact avec des bovins infectés.

Une enquête portant sur des individus à réponse sérologique douteuse vis-à-vis du VIH n’a pas permis d’incriminer le BIV dans cette réactivité.

PHOTO 1. Des tests Elisa peuvent être utilisés pour diagnostiquer une infection par le BIV chez les bovins, mais aucune technique n’a le statut de méthode de référence.