Le point Vétérinaire n° 360 du 01/11/2015
 

PLAN DOULEUR

Article original

Thierry Poitte

Clinique vétérinaire
8, rue des Culquoilès
La Croix-Michaud
17630 La Flotte

Une démarche collective affichant un projet d’équipe, fédérant tout le personnel de la clinique, n’excluant aucun associé et valorisant la compétence des auxiliaires spécialisés vétérinaires (ASV) est l’investissement le plus rentable et qui procure une satisfaction pérenne.

Cap Douleur® a l’ambition d’apporter aux cliniques adhérentes la maîtrise raisonnée de la prise en charge de toutes les douleurs grâce à une organisation managériale (référents douleur) et au nouveau paradigme de l’alliance thérapeutique (encadré). L’identité Cap Douleur® répond à une situation conjoncturelle complexe, mais qui peut apparaître particulièrement favorable.

SUJET D’ACTUALITÉ EN MÉDECINE HUMAINE

La douleur chronique est une épidémie mondiale silencieuse. Considérée comme un simple symptôme de nombreuses maladies, la douleur, dès lors qu’elle se chronicise, devient une maladie à part entière.

Elle touche en moyenne un adulte sur cinq en Europe et il existe en France 14 millions de douloureux chroniques, présentant un risque multiplié par deux de comorbidités émotionnelles (anxiété et/ou dépression, troubles du sommeil).

La douleur chronique est le problème majeur de la santé au travail : la douleur dorsale est la première cause d’incapacité dans le monde et les troubles musculo-squelettiques sont la première cause de maladie professionnelle.

Le coût socio-économique est supérieur à 3 % du produit intérieur brut (PIB) en France et la douleur liée à l’exercice de sa profession altère 88 millions de journées de travail.

La douleur est ainsi un formidable enjeu qui ne cesse de croître avec le vieillissement de la population : la douleur devient un sujet qui interpelle naturellement les propriétaires d’animaux de compagnie.

SUJET D’ACTUALITÉ EN MÉDECINES HUMAINE ET VÉTÉRINAIRE

Le concept One Health repose sur :

– le constat que 60 % des maladies humaines infectieuses connues, 75 % des maladies humaines émergentes et 80 % des agents pathogènes utilisables pour le bioterrorisme sont d’origine animale ;

– l’idée que protéger la santé animale contribue à protéger la santé humaine.

La mondialisation croissante des risques sanitaires (pandémies H1N1), l’importance des interfaces homme-animal-écosystème (extension des maladies vectorielles) et le partage de l’antibiorésistance attestent de la pertinence de ce concept.

Rapprocher les médecins et les vétérinaires dans le domaine de la douleur permet d’imaginer des nouveaux modèles de recherche et de développement s’appuyant à la fois sur les patients humains et les animaux : l’approche dite “translationnelle inverse”, c’est-à-dire partant du patient pour alimenter la recherche clinique et fondamentale, est nourrie par la création d’un réseau de cliniciens spécialistes de la douleur, de registres et de biobanques permettant de suivre sur plusieurs années des cohortes de patients à l’échelle nationale et/ou internationale.

SUJET D’ACTUALITÉ EN MÉDECINE VÉTÉRINAIRE

1. Bien-être animal

Le bien-être animal reflète l’adéquation entre ses besoins, ses capacités adaptatives et son environnement. Parmi les cinq libertés (absences de faim et de soif, de maladie et de blessure, d’inconfort, de stress et de peur, liberté d’exprimer un comportement normal) et les 12 critères à respecter, la douleur et l’absence de toute souffrance représentent les enjeux de la lutte contre le mal-être animal.

Forte de notre formation technique et de notre image auprès de la clientèle, notre profession doit être la référence dans ce domaine car soulager la douleur des animaux apparaît bien comme notre “cœur de métier”.

2. Évolution des Codes civil et de déontologie

Le Code pénal, en admettant que l’animal a le droit d’être protégé, lui reconnaît déjà la qualité d’être sensible, puisqu’il sanctionne les sévices, les mauvais traitements et les actes de cruauté.

Le Code rural souligne également cette qualité puisqu’il fait référence à la protection animale dans son environnement et qu’il précise « qu’il est interdit d’exercer des mauvais traitements envers les animaux ».

Depuis le 1er février 2015, le Code civil reconnaît que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité », les définissant non plus par leur valeur marchande ou patrimoniale, mais par leur valeur intrinsèque.

Ainsi le Code civil rejoint les Codes pénal et rural, favorisant la cohérence juridique et plaçant la douleur et la souffrance animale dans le débat du droit animalier.

Le Code de déontologie des vétérinaires, paru au Journal officiel du 15 mars 2015, appelle désormais explicitement a la prise en charge de la douleur, placée au même rang que l’urgence vitale dans les quelques exceptions qui excluent le refus de prodiguer des soins par le praticien.

3. Allongement de la durée de vie et médecine préventive

En 1982, la durée de vie moyenne d’un chat, qui était de 6,2 ans, est passée à 11,1 ans en 2005 avec un point médian à 9,2 ans en 1996.

Les chiens vivaient en moyenne 9,5 ans en 1982, 11,6 ans en 1996 et 11,9 ans en 2005.

Les particularités de l’animal âgé relèvent des mécanismes complexes du vieillissement et de la propension à souffrir de maladies dégénératives, sources de douleur.

La médecine préventive constitue une porte d’entrée remarquable pour atténuer la prévalence des maladies ostéo-articulaires invalidantes et pour dépister les affections chroniques douloureuses à l’expression parfois fruste chez le chat.

4. Attentes de la clientèle

Depuis la loi du 4 mars 2002 (article L. 1110-5 du Code de santé publique), la prise en charge de la douleur est un droit fondamental pour le patient humain.

Depuis la circulaire du 5 avril 2006, relative à la charte du patient hospitalisé, les établissements de soins sont tenus à une obligation de prise en charge.

Considérée actuellement comme une attente de la clientèle, la demande de soulagement de la douleur animale pourrait dans un proche avenir devenir une exigence.

Les propriétaires sont de plus en plus demandeurs de méthodes complémentaires et/ou alternatives : physiothérapie, acupuncture, phytothérapie, ostéopathie, etc.

Les douleurs chroniques sont non adaptatives et non protectrices : elles perdent l’utilité de la “douleur aiguë symptôme” pour évoluer vers la « douleur maladie » aux multiples conséquences délétères pour la qualité de vie. Seule l’association des moyens pharmacologiques (dont les nouvelles biothérapies) et des méthodes non pharmacologiques (dont les techniques physiques émergentes) est à même de soulager ces douleurs invalidantes.

5. Situation économique de la profession

En 10 ans, le nombre de vétérinaires à activité prédominante canine a augmenté de 20 %. Pour les 10 prochaines années, la progression envisagée est de 24 %.

Associée à une baisse du nombre de chiens et malgré une augmentation du nombre de chats au taux de médicalisation plus faible, cette tendance explique que la patientèle moyenne décroît dans le même temps de 3 000 à 2 000 animaux par structure.

La menace toujours présente du découplage et la concurrence d’Internet pour les aliments physiologiques et à objectif dédié doivent encourager la profession vétérinaire à développer l’attractivité des actes de soins.

La mise à disposition de nouvelles technologies pour l’évaluation de la douleur (webapplications, collier d’activité connecté, etc.) et sa prise en charge non pharmacologique (physiothérapie) renforcent l’efficacité d’un suivi thérapeutique de qualité.

Offrir des services innovants comme une “consultation douleur” et repenser la relation praticien-client sous l’angle nouveau de l’alliance thérapeutique constituent quelques pistes de réflexion pour améliorer l’observance, donc la fréquentation de la clinique.

La douleur apparaît dès lors comme un levier de développement économique misant davantage sur les compétences techniques vétérinaires (merchandising de services) que sur la vente de médicaments “au comptoir” (merchandising de produits).

6. Attentes des praticiens

La douleur est omniprésente dans l’exercice vétérinaire quotidien : elle concerne les domaines de la chirurgie, de la réanimation, de la médecine interne, de la cancérologie, etc., et doit être absolument minimisée pour des actes diagnostiques et thérapeutiques. C’est une spécialité par essence transdisciplinaire. Elle concerne donc tous les vétérinaires d’une même structure. Ce peut être demain un projet fédérateur de développement, associant aussi les ASV. Il s’agit enfin d’une spécialité non élitiste, à la portée de tous praticiens généralistes et sans volonté de restriction d’exercice.

Conflit d’intérêts

Aucun

ENCADRÉ
Cap Douleur® : retour sur expérience

→ Les formations dispensées s’appuient sur un fort contenu scientifique théorique, illustré par de très nombreux cas cliniques et la mise à disposition de grilles d’évaluation et de protocoles.

→ Le partage complet des connaissances et de l’expérience du formateur est matérialisé par la remise de clés USB.

→ Plus de 300 vétérinaires ont déjà assisté à cet enseignement et les questionnaires d’évaluation reçus confirment que celui-ci répond aux attentes des vétérinaires.

→ Cap Douleur® est un projet pensé depuis plusieurs années :

– il est fondé sur l’amélioration des connaissances sur la douleur, fruit d’une double expérience de terrain (30 ans de pratique de clientèle) et d’échanges avec les médecins (DIU douleur et référent scientifique santé animale au sein de l’institut Analgesia, 1er pôle européen dédié à la recherche translationnelle et à l’innovation contre la douleur) ;

– c’est un projet amendé et enrichi par les nombreux vétérinaires ayant déjà assisté à sa mise en place progressive ;

– il a pour horizon la formation des vétérinaires dans leurs pratiques analgésiques grâce : à la diffusion sur 5 ans de 38 articles dans des revues d’enseignement postuniversitaire ; à l’organisation de journées conférence sur l’analgésie (40 actuellement) ; à la mise en réseau des vétérinaires intéressés par ce sujet ; à l’ouverture d’une boîte mail et d’un forum professionnel ; à la volonté de créer demain avec les instances professionnelles une société française vétérinaire d’étude et de traitement de la douleur ; au souhait de réfléchir avec ces mêmes instances à l’éventualité d’une certification douleur, reposant sur un système de management de la qualité.

REMERCIEMENTS

L’auteur remercie Le Point Vétérinaire et sa rédactrice en chef le Dr Valérie Colombani-Cocuron pour avoir accepté et mis en forme cette série d’articles, Corinne Boudon pour la qualité de l’iconographie, les relecteurs du comité de validation scientifique et ses confrères lecteurs pour leur patience et les efforts consentis à la lecture de ce long dossier.

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