Le point Vétérinaire n° 360 du 01/11/2015
 

THÉRAPEUTIQUE ANTI-INFECTIEUSE

Thérapeutique

Jean-Dominique Puyt*, Yassine Mallem**


*Unité de pharmacologie-toxicologie
École nationale vétérinaire, agroalimentaire
et de l’alimentation de Nantes Atlantique-Oniris,
Atlanpôle La Chantrerie
BP 40706, 44307 Nantes Cedex 3
**Auteur-coordinateur

Une antibiothérapie dans le traitement des entérites banales des carnivores domestiques est?souvent inutile.

Les entérites banales chez les carnivores affectent en général les jeunes chiots ou les chatons. Ce sont, dans la plupart des cas, des infections bactériennes dues à la prolifération d’entérobactéries de la flore digestive : Escherichia coli le plus souvent, Klebsiella pneumoniae ou Shigella plus occasionnellement, Bacillus cereus, Staphylococcus aureus, Clostridium perfringens plus rarement (photo).

Ces entérites peuvent être secondaires à un déséquilibre alimentaire ou à l’ingestion d’aliments ou d’eau avariés. L’intérêt de recourir à des examens bactériologiques est limité, à moins d’infections affectant plusieurs animaux ou à moins d’une zoonose (salmonellose, campylobactériose). L’apport de l’antibiogramme est presque nul dans la mesure où les concentrations atteintes dans l’intestin sont très élevées, notamment par rapport aux concentrations plasmatiques usuelles atteintes lors de traitement par voie générale.

L’antibiothérapie est souvent inutile.

Dans un nombre important de cas, ce déséquilibre alimentaire se résout spontanément sans traitement en l’espace de 24 à 48 heures. Une simple mise à la diète hydrique suffit à régulariser le transit intestinal. Il est possible de prescrire uniquement des adsorbants et des protecteurs de muqueuses et, dans les cas les plus sévères, des régulateurs du transit (dérivés morphiniques).

ENTÉRITE BANALE EN L’ABSENCE DE FIÈVRE

En l’absence de fièvre et d’amélioration sous 24 heures, le recours à une antibiothérapie orale n’est pas toujours nécessaire. Les conséquences néfastes de la diarrhée (déshydratation) doivent être impérativement contrôlées. Cependant, des antibiotiques par voie orale, non résorbables, actifs sur les entérobactéries à Gram négatif ou encore à large spectre peuvent être prescrits. Les aminosides (néomycine), les polymyxines (polymyxine B, colistine) ou encore les sulfamides non résorbables (sulfaguanidine) constituent les antibiotiques de choix. L’accès des antibiotiques à l’infection digestive par voie orale est évident et de fortes concentrations sont atteintes dans l’intestin, de telle sorte que des doses usuelles sont nécessaires et que les traitements sont de courte durée. De plus, le risque d’antibiorésistance est limité chez les carnivores domestiques en raison de la faible pression de sélection.

ENTÉRITE BANALE ACCOMPAGNÉE DE FIÈVRE

En cas de fièvre, voire de bactériémie, il convient de prescrire des antibiotiques à large spectre et résorbables (à diffusion systémique) pour combattre à la fois l’infection digestive et la composante bactériémique (ou septicémique). Les pénicillines A (amoxicilline, ampicilline), les associations sulfamides-triméthoprime ou encore les tétracyclines (doxycycline) sont alors indiquées. Elles sont prescrites aux doses usuelles pendant une durée de 3 à 5 jours.

Lors d’entérites clostridiennes, plus rares, il convient de prescrire des antibiotiques actifs sur les bactéries anaérobies, tels que les nitro-imidazoles (métronidazole, dimétridazole), les pénicillines A ou les tétracyclines. La durée de traitement est alors plus longue, comprise entre 7 et 10 jours.

Conclusion

L’antibiothérapie tient une place très secondaire dans le traitement des entérites banales des carnivores domestiques et est inutile dans une majorité des cas. Ce n’est qu’en cas de désordres digestifs supérieurs à 48?heures ou lors de répercussion sur l’état général qu’une antibiothérapie se justifie. Les céphalosporines et les quinolones de seconde et troisième générations n’ont pas leur place dans le traitement des entérites banales des carnivores domestiques et ne devraient être prescrites qu’après un examen bactériologique, conformément aux bonnes pratiques d’antibiothérapie et aux dispositions particulières qui concernent ces antibiotiques critiques.

Conflit d’intérêts

Aucun.

Suspicion d’entérite bactérienne chez un chien.

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