Le point Vétérinaire n° 357 du 01/07/2015
 

REPRODUCTION FÉLINE

Pas à pas

Benoît Tainturier*, Coralie Portelli-Clerc**, Daniel Tainturier***


*Vétérinaire des armées,
antenne vétérinaire de Paris
Garde républicaine,
18, boulevard Henri-IV, 75181 Paris Cedex 04
b.tainturier@yahoo.fr
**Vétérinaire des armées, antenne vétérinaire
de Toulouse, BP 45017, 31032 Toulouse Cedex 05
***Service de biotechnologies et pathologie
de la reproduction, École nationale vétérinaire,
agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes
Atlantique-Oniris, 44307 Nantes Cedex 3

La vasectomie est une solution alternative à la castration pour stériliser les chats errants.

La vasectomie est une intervention chirurgicale qui consiste à réséquer les canaux déférents afin de rendre un mâle stérile. À la différence de la castration, cette opération préserve la production testiculaire de testostérone. Le chat vasectomisé conserve ainsi le comportement d’un animal non castré. Si la castration est employée chez le chat domestique, notamment pour réduire le marquage urinaire et l’agressivité, la vasectomie peut être mise en œuvre pour limiter les populations de chats errants [4, 6]. Cet article se propose de décrire cette technique chirurgicale dans l’espèce féline. Ses principaux intérêts dans le cadre de la lutte contre les animaux errants sont décrits dans un second article(1).

Le principal incident opératoire est la rupture involontaire d’un vaisseau testiculaire, à l’origine d’une hémorragie. La conduite à tenir consiste à ligaturer les vaisseaux testiculaires du cordon lésé et à pratiquer une castration unilatérale [9]. Cet incident ne modifie pas le résultat de l’intervention chirurgicale.

Le chat peut rester fertile pendant quelques semaines après l’opération [11].

Trois à 8 semaines sont, en effet, nécessaires pour observer une azoospermie [12].

Peu de variantes de la technique de vasectomie du chat existent. Toutefois, il est possible de ne pas ligaturer l’about testiculaire du canal déférent. Dans ce cas, les spermatozoïdes sont libérés dans le tissu conjonctif et favorisent la formation d’anticorps antispermatozoïdes. La stérilité chirurgicale est ainsi renforcée par une stérilité immunologique [3].

  • (1) Voir l’article “Vasectomie : une aide dans la lutte contre les chats errants” des mêmes auteurs, dans ce numéro.

Références

  • 1. Barone R. Anatomie comparée des mammifères domestiques. T. 4 : Splanchnologie II. 2e éd. Éd. Vigot Frères, Paris. 1990:951p.
  • 2. Cuffe DJC, Eachus JE, Jackson OF et coll. Ear-tipping for identification of neutered feral cats. Vet. Rec. 1983;112(6):129.
  • 3. David JL. De la castration du chat. Thèse de doctorat vétérinaire. Toulouse. 1976;4.
  • 4. Hart BL, Barrett RE. Effects of castration on fighting, roaming, and urine spraying in adult male cats. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1973;163(3):290-292.
  • 5. Herron MA, Herron MR. Vasectomy in the cat. Mod. Vet. Pract. 1972;53(6):41-43.
  • 6. Kendall TR. Cat population control: vasectomize dominant males. Calif. Vet. 1979;33(7):9-12.
  • 7. McCarthy RJ, Levine SH, Reed JM. Estimation of effectiveness of three methods of feral cat population control by use of a simulation model. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2013;243(4):502-511.
  • 8. Mahlow JC, Slater MR. Current issues in the control of stray and feral cats. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1996;209(12):2016-2020.
  • 9. Mailhac JM, Barraud F, Valon F et coll. Vasectomie du chat. Point Vét. 1980;10(46):38-39.
  • 10. Neville PF, Remfry J. Effect of neutering on two groups of feral cats. Vet. Rec. 1984;144:447-450.
  • 11. Norsworthy GD. Alternative surgical procedures for feline birth control: tubal ligation, vasectomy. Feline Pract. 1975;5(1):24-27.
  • 12. Paape SR, Shille VM, Seto H et coll. Luteal activity in the pseudopregnant cat. Biol. Reprod. 1975;13:470-474.
  • 13. Pineda MH, Dooley MP. Surgical and chemical vasectomy in the cat. Am. J. Vet. Res. 1984;45(2):291-300.
  • 14. Tainturier D. Maîtrise de la reproduction des carnivores : techniques chirurgicales. Encyclopédie vétérinaire, Reproduction 0500. Éd. Techniques, Paris. 1993:9p.
  • 15. Zaunbrecher KI, Smith RE. Neutering of feral cats as an alternative to eradication programs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1993;203(3):449-452.

Conflit d’intérêts

Aucun.

1. Préparation de la région pubienne Une anesthésie est pratiquée de la même manière que pour une ovariectomie, la durée de ces deux interventions étant comparable. La vasectomie étant surtout employée chez le chat errant, les produits anesthésiques sont injectés de préférence par voie intramusculaire, à travers les barreaux de la cage de capture, afin de prévenir tout risque de blessure du personnel. Le chat anesthésié est placé en décubitus dorsal. La région du pubis est tondue et préparée chirurgicalement [11].

10. Suture La plaie opératoire est refermée à l’aide d’un surjet sous-cutané et de points simples cutanés avec un fil résorbable de décimale 2 ou 3. L’utilisation d’un fil irrésorbable est proscrite chez le chat errant car le retrait des fils n’est pas envisageable. La suture cutanée peut également être réalisée à l’aide d’un surjet intradermique. Une antibiothérapie postopératoire n’est habituellement pas justifiée.

FIGURE Rappels d’anatomie

D’après [1]. Dans l’espèce féline, les testicules sont en situation périnéale haute, juste sous l’anus [1]. Les cordons spermatiques présentent un long trajet sous-cutané entre les testicules et les anneaux inguinaux. Chaque cordon testiculaire est constitué d’une veine et d’une artère testiculaires et d’un canal déférent, l’ensemble étant enfermé dans la tunique vaginale. Le canal déférent se reconnaît facilement à son aspect blanc nacré. Chaque cordon spermatique est entouré d’un tissu adipeux plus ou moins abondant suivant l’état d’embonpoint de l’animal. Deux cordons adipeux sont ainsi souvent palpables sous la peau en région pubienne. Note : la palpation des cordons adipeux est plus ou moins aisée suivant l’état d’embonpoint de l’animal. Les chats errants, dont l’alimentation est généralement de mauvaise qualité, présentent un tissu adipeux abondant, ce qui rend ces deux cordons adipeux assez visibles.

2. Incision cutanée en regard du pubis Une incision cutanée médiane de 1,5 à 2 cm de longueur est réalisée en regard de la symphyse pubienne, c’est-à-dire environ 2 cm en avant de la base du scrotum [14]. Une dissection succincte du tissu conjonctif sous-cutané permet de visualiser deux cordons adipeux de part et d’autre du plan médian. Les cordons spermatiques sont enfouis profondément dans ce tissu adipeux, à proximité du plan musculaire sous-jacent.

3. Dissection du tissu adipeux sous-cutané La dissection est poursuivie dans le tissu adipeux sous-cutané jusqu’à visualiser un cordon spermatique [5]. L’identification du cordon spermatique est facilitée par la visualisation de la veine testiculaire dont la couleur contraste avec celle du tissu graisseux. Cette étape de dissection est parfois un peu longue lorsque le tissu adipeux est abondant. Le cordon spermatique est localisé profondément dans le tissu graisseux. Il est inutile de prolonger la dissection jusqu’au plan musculaire ou en dehors du tissu adipeux sous-cutané.

4. Isolement du cordon spermatique Une fois le cordon spermatique identifié, il est isolé de la masse graisseuse qui l’entoure. La manipulation du cordon doit être précautionneuse pour ne pas léser les vaisseaux testiculaires.

5. Rupture de la tunique vaginale La tunique vaginale est saisie à l’aide de deux pinces mousses, puis elle est déchirée en regard du canal déférent, pour ne pas risquer de léser la veine ou l’artère testiculaire.

6. Isolement du canal déférent Une fois la tunique vaginale rompue, le canal déférent est isolé des vaisseaux testiculaires sur une longueur d’au moins 1 cm [11].

7. Mise en place des pinces hémostatiques sur le canal déférent Deux pinces hémostatiques sont placées sur le canal déférent afin de délimiter un segment d’environ 1 cm [9].

8. Ligature du canal déférent La portion ainsi isolée est ligaturée à ses deux extrémités à l’aide d’un fil résorbable de décimale 2 ou 3, à l’extérieur des pinces hémostatiques [5].

9a et 9b. Résection du canal déférent 9a. Entre les deux pinces, un segment de 1 cm de canal déférent est excisé à l’aide d’un bistouri [9]. Le cordon spermatique est ensuite remis en place. La tunique vaginale n’est pas suturée [5]. La technique est réalisée de la même manière pour le second canal déférent.

9a et 9b. Résection du canal déférent 9b. Deux segments de 1 cm ont été excisés sur les canaux déférents. Le cordon spermatique est ensuite remis en place. La tunique vaginale n’est pas suturée [5]. La technique est réalisée de la même manière pour le second canal déférent.

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