Le point Vétérinaire n° 355 du 01/05/2015
 

MÉDECINE PRÉVENTIVE

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Valérie Colombani-Cocuron

En marge du congrès, un symposium a réuni des experts de la recherche du secteur public et des industries pharmaceutiques afin de témoigner des possibilités techniques et des bénéfices apportés par une collaboration mondiale des acteurs des santés humaine et vétérinaire.

La troisième édition du congrès international One Health (IOHC 2015) s’est tenue du 15 au 18 mars à Amsterdam (Pays-Bas) (encadré 1). Elle a réunit 100 intervenants de 18 États différents et des participants de plus de 60 pays.

Ce congrès de haut niveau scientifique, réunissant à la fois des chercheurs et des décideurs, a pour objectifs la reconnaissance et le contrôle précoce des maladies infectieuses qui ont un impact croissant sur l’homme, les animaux et leurs écosystèmes. Selon Albert Osterhaus, président du conseil consultatif scientifique (SAB) de l’IOHC 2015, «  il est crucial d’identifier les facteurs prédisposant à l’apparition de nouvelles maladies infectieuses émergentes  ». Les gouvernements, les autorités de régulation et les scientifiques des universités sont motivés pour collaborer et échanger. Cette rencontre est multidisciplinaire : médecins, vétérinaires et biologistes y sont représentés.

Les récentes flambées mondiales de maladies zoonotiques, comme Ebola et le middle east respiratory syndrome (MERS), mais aussi la grippe aviaire aux Pays-Bas prouvent l’impact socio-économique des maladies infectieuses et soulignent la nécessité d’une étroite collaboration internationale.

Un autre thème important a également été abordé : la résistance aux antibiotiques.

→ Au cours de ce congrès international, un symposium intitulé “Maladies similaires, solutions similaires : un appel à une collaboration plus étroite entre la santé humaine et la santé animale”, sponsorisé par le laboratoire Zoetis, s’est tenu le 16 mars 2015.

Six orateurs représentant l’industrie pharmaceutique et la recherche universitaire y ont participé (photo 1, encadré 2).

Le fil conducteur de ce symposium était qu’en adoptant des solutions similaires dans la lutte contre les maladies similaires, de nouvelles épidémies peuvent être efficacement combattues à la source. En effet, la santé humaine, la santé animale et les écosystèmes sont liés de façon inextricable. Sur les 1 461 affections détectées chez les êtres humains en 2005, 60 % sont dues à des agents pathogènes capables de passer d’une espèce à une autre et d’affecter l’une d’entre elles ou les deux.

→ Une table ronde sur le thème : “Comment des liens plus resserrés entre la santé animale et la santé humaine peuvent bénéficier à la société ?”, était également organisée après le symposium. Elle réunissait les intervenants du symposium, ainsi que le professeur Albert Osterhaus (directeur scientifique du congrès), Thierry Pinault (Institut national de la recherche agronomique), et les professeurs Jonathan Rushton (Royal Veterinary College, Royaume-Uni) et John S. Mackenzie (Curtin University, Australie) (photo 2).

Des projets collaboratifs européens pour développer de nouveaux vaccins et médicaments

→ Alejandro Bernal, président de la Fédération internationale pour la santé animale, section Europe (IFAH Europe), qui regroupe les fabricants de médicaments vétérinaires, de vaccins et d’autres produits de santé animale en Europe, a mis en avant le fait qu’il était indispensable de « mieux et plus communiquer pour éviter que les maladies n’aillent jusqu’à l’homme ». Il a présenté les conséquences économiques directes, mais aussi indirectes, des épidémies d’affections zoonotiques.

→ Magda Chlebus, directrice de la politique scientifique de la Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques (EFPIA), qui représente l’industrie pharmaceutique en Europe, a insisté sur le fait qu’une collaboration entre les firmes pharmaceutiques concurrentes était indispensable, et devait déboucher sur une nouvelle façon de penser et de travailler : « Nous devons reconnaître qu’aucune institution, entreprise ou université, qu’aucun pays ou gouvernement n’a le monopole de l’innovation. »

Selon elle, « le monde va vers toujours plus de spécialisation, mais les plateformes de travail et de communication existent. Il n’est pas nécessaire de les inventer, il convient juste de les utiliser ».

→ Grâce à cette collaboration, certains défis pourraient être relevés :

– la maîtrise de certaines maladies pour lesquelles l’infection est possible de l’animal à l’homme, et vice versa : la grippe, la rougeole, le virus Ebola, la tuberculose ;

– des défis scientifiques identiques chez l’homme et l’animal : certaines affections (diabète, douleur), ainsi que la sécurité et la qualité des soins ;

– des challenges complémentaires : la résistance aux antimicrobiens, les produits pharmaceutiques dans l’environnement, la pharmacovigilance, les big data(1).

→ Dans ce cadre, le programme IMI (innovative medicines initiative) a été développé. Il regroupe plus de 7 000 chercheurs et 59 consortiums privé-public (764 équipes universitaires, 146 petites et moyennes entreprises, 433 équipes EFPIA, 25 organisations de patients, 17 régulateurs). La phase 2 de ce programme (IMI 2) a commencé en 2014 et va se poursuivre pendant 10 ans.

L’objectif de IMI 2 est de développer de prochaines générations de vaccins, de médicaments et de traitements, tels que de nouveaux antibiotiques. Il mise sur les succès et les leçons apprises dans la première phase de l’IMI (encadré 3).

→ Les partenaires du projet IMI 2 bénéficieront des simplifications introduites dans le programme Horizon 2020 (encadré 4). Ces dérogations pour IMI seront limitées à des engagements de l’industrie (les grands partenaires industriels ne recevront pas de financement de l’Union européenne) et aux règles de la propriété intellectuelle, afin de promouvoir un processus ouvert de l’innovation et de l’exploitation des résultats. Les règles financières seront allégées. Les règles seront communes pour tous.

Revoir les processus de développement des vaccins pour répondre rapidement lors d’épidémie

→ Il existe de nombreuses menaces virales contre lesquelles aucun vaccin humain n’est disponible. La quasi-totalité de ces dangers sont zoonotiques.

D’après le professeur Adrian Hill, directeur de l’institut Jenner(2) (Royaume-Uni), une nouvelle stratégie est nécessaire pour développer ces vaccins pour lesquels l’analyse de rentabilité est généralement faible. Il rejoint l’intervention du docteur Emmanuel Hanon (vice-président senior chargé de la recherche et du développement chez GlaxoSmithKline) qui indique : « Nous nous sommes engagés à améliorer la vie des gens à travers le développement de vaccins qui répondent aux besoins médicaux non satisfaits, y compris les épidémies pour lesquelles des approches de type One Health /Réponse rapide sont souhaitées. » Comme A. Hill, il ajoute que « le développement de vaccins est un processus long et coûteux, ce qui rend certains fabricants frileux pour s’engager dans l’élaboration de ces vaccins candidats à la réponse rapide ».

→ E. Hanon explique que des plateformes technologiques innovantes susceptibles de procurer des réponses rapides existent, mais qu’elles requièrent un développement et une mise à l’échelle pour démontrer leur plein potentiel.

Ces plateformes pourraient permettre de réutiliser certains vaccins en modifiant juste l’antigène pour changer de cible, ce qui ferait gagner beaucoup de temps.

La pandémie de grippe et les épidémies d’Ebola ont montré qu’une réponse rapide en cas d’épidémie était indispensable. Or, la recherche et le développement de vaccins est un processus long et complexe. Ce timing classique ne peut être envisagé dans le contexte des réponses rapides contre les maladies épidémiques.

Dans le cas d’Ebola, le dispositif a subi une accélération pour ne durer que 10 mois au lieu de 10 ans.

Des incitations proactives pour développer des vaccins de réponse rapide sont nécessaires afin de renforcer l’engagement entre les fabricants, les organismes de financement et les autorités gouvernementales et réglementaires.

Pour A. Hill, la plupart des vaccins ne sont pas aussi difficiles à réaliser que celui du virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Ce sont en général des vaccins simples.

Selon lui, s’il n’était possible de développer qu’un seul vaccin, il conviendrait de commencer par celui contre le virus Ebola.

→ Quelques collaborations entre santé humaine et santé animale pour le développement de vaccins ont déjà été mises en œuvre :

– vaccin contre le virus respiratoire syncytial : l’efficacité chez les bovins a conduit à des essais cliniques humains ;

– vaccin universel contre la grippe : les virus porcins, aviaires et humains ont été ciblés ;

– vaccin contre les tuberculoses bovine et humaine : les mêmes vaccins vectorisés ont été évalués dans chaque espèce.

→ A. Hill propose une voie à suivre pour lutter contre les agents pathogènes responsables d’épidémie :

– le développement de vaccins en phase 2 des essais pour l’ensemble de ces agents pathogènes (les virus Ebola, du Chikungunya, de Marburg, de la fièvre de la vallée du Rift, le MERS coronavirus, la pandémie de grippe, le coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), les virus de Lassa, de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, l’entérovirus 71, les virus Hendra, de la variole du singe, Nipah, de l’encéphalite équine du Venezuela, du Nil occidental), avec des tests d’innocuité et d’immunogénicité comme pour Ebola, un financement largement public et, de préférence, une plateforme de fabrication commune ;

– des stocks de vaccins détenus dans les régions touchées : 10 000 à 50 000 doses, avec des autorisations d’utilisation en urgence et une évaluation de l’efficacité.

→ Peu de gouvernements peuvent fournir les quantités de vaccins nécessaires lors de la déclaration d’une épidémie. Seules les industries ont cette possibilité. Lors des épidémies d’Ebola, les trois principaux fabricants de vaccins se sont lancés dans le développement de vaccins. Selon A. Hill, c’est un signe encourageant.

Conclusion

Riche en échanges, cette troisième édition du congrès «  a construit de nouvelles fondations pour One Health  », selon A. Osterhaus. La prochaine rencontre aura lieu à Melbourne du 4 au 7 décembre 2016 et sera couplée au 6e congrès de l’Association internationale pour l’écologie et la santé (www.oheh2016.org).

  • (1) Les big data, littéralement les “grosses données”, ou “mégadonnées”, parfois appelées “données massives”, désignent des ensembles de données tellement volumineux qu’ils en deviennent difficiles à travailler avec des outils classiques de gestion de base de données ou de l’information. Elles sont aussi dénommées “datamasse” par similitude avec la biomasse.

  • (2) L’institut Jenner résulte d’un partenariat entre l’université d’Oxford et l’institut Pirbright, et a pour rôles de permettre le développement de vaccins innovants, de mettre en place des partenariats avec l’industrie et de piloter l’agenda One Health.

Conflit d’intérêts

Voyage de presse organisé par Zoetis.

ENCADRÉ 1
Concept One Health

Le concept One Health est fondé sur la reconnaissance que les santés humaine et animale sont inextricablement liées. Les êtres humains et les animaux ont des interactions socio-économiques à travers un contact physique direct, la chaîne alimentaire et l’environnement. Par conséquent, la santé et le bien-être de toutes les espèces ne peuvent être protégés qu’en renforçant la coopération et la collaboration entre les médecins, les vétérinaires et les autres professionnels de la santé. Cet objectif sera atteint en couplant efficacement le savoir-faire et les infrastructures disponibles.

ENCADRÉ 2
Les Orateurs du symposium

→ Alejandro Bernal : docteur vétérinaire, président de la Fédération internationale pour la santé animale, section Europe (IFAH Europe), vice-président exécutif et président de la zone Europe, Afrique et Moyen-Orient chez Zoetis.

→ Magda Chlebus : directrice de la politique scientifique de la Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques (EFPIA).

→ Anton Pijpers : professeur en santé des animaux d’élevage, vice-président de l’université d’Utrecht.

→ Adrian Hill : professeur de génétique humaine, directeur de l’institut Jenner à l’université d’Oxford.

→ Emmanuel Hanon (vice-président senior) chargé de la recherche et du développement chez GlaxoSmithKline.

→ Michelle L. Haven : docteur vétérinaire, diplômée ACVS, vice-président senior chargée du développement de l’entreprise, des alliances et des solutions chez Zoetis.

ENCADRÉ 3
Programme IMI 2

→ Le programme IMI 2 va permettre de fournir des médicaments et des traitements plus efficaces. Des économies de coûts allégeront le fardeau sur les systèmes de soins de santé, et une meilleure coordination entre les secteurs de l’industrie se traduira par des essais cliniques plus fiables et plus rapides et une meilleure réglementation. IMI 2 ouvrira également de nouvelles possibilités commerciales fondées sur de nouveaux services et produits.

→ En particulier, l’IMI 2 vise à offrir :

– un taux de réussite de 30 % de plus dans les essais cliniques de médicaments prioritaires identifiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ;

– des preuves de concept clinique pour les maladies immunologiques, respiratoires, neurologiques et neurodégénératives en seulement 5 ans ;

– de nouveaux marqueurs diagnostiques et approuvés pour quatre de ces maladies et au moins deux médicaments qui pourraient être de nouveaux antibiotiques ou bien des thérapies innovantes pour la maladie d’Alzheimer.

→ Le budget total pour le programme IMI 2 est de 3 276 milliards d’euros. L’Union européenne (UE) y contribuera à hauteur de 1 638 milliards d’euros à partir de Horizon 2020, le programme cadre de recherche et d’innovation de l’UE. La Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques (EFPIA) va contribuer à hauteur de 1,425 milliards d’euros en nature. De plus, d’autres industries des sciences de la vie peuvent participer à hauteur de 213 000 000 € si elles décident de rejoindre l’IMI 2, en tant que membres ou que partenaires dans les projets individuels.

ENCADRÉ 4
Programme Horizon 2020

→ Horizon 2020 est le nouveau programme de financement de la recherche et de l’innovation de l’Union européenne pour la période 2014-2020. Il concentre ses financements sur la réalisation de trois priorités : l’excellence scientifique, la primauté industrielle et les défis sociétaux.

→ Avec ce nouveau programme, l’Union européenne financera des projets interdisciplinaires susceptibles de répondre aux grands défis économiques et sociaux. Il couvrira l’ensemble de la chaîne de l’innovation, et renforcera le soutien à la commercialisation des résultats de la recherche et à la créativité des entreprises.

→ Il a démarré le 1er janvier 2014 pour une durée de 7 ans.

→ Le budget de ce programme est de 79 milliards d’euros.

1. Les six orateurs du symposium “Maladies similaires, solutions similaires : un appel à une collaboration plus étroite entre la santé humaine et animale” du 16 mars 2015. De gauche à droite : Alejandro Bernal, Magda Chlebus, Emmanuel Hanon, Michelle L. Haven, Anton Pijpers et Adrian Hill.

2. Après le symposium, une table ronde était organisée pour la presse sur le thème : “Comment des liens plus resserrés entre la santé animale et la santé humaine peuvent-ils bénéficier à la société”. De gauche à droite : Albert Osterhaus, Anton Pijpers, Adrian Hill, Emmanuel Hanon, Thierry Pinault, Michelle L. Haven, John S. Mackenzie, Magda Chlebus, Jonathan Rushton et Alejandro Bernal.

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