Le point Vétérinaire n° 353 du 01/03/2015
 

ALIMENTATION DES NAC

Dossier

Émilie Tessier

CaduVet Lille
57, rue Salvador-Allende
59120 Loos

L’alimentation du lapin est un des piliers de la médecine préventive dans cette espèce. Des bases scientifiques sont désormais établies pour étudier les rations.

Résumé

Le lapin de compagnie est un herbivore strict, dont le tube digestif et la dentition sont adaptés à une alimentation riche en fibres. Les apports en protéines ne doivent pas dépasser 12 à 16 % et en matières grasses 2,5 à 4 % pour un lapin adulte. Les autres taux recommandés sont les suivants : calcium 0,6 à 1 %, phosphore 0,3 à 0,4 %, vitamine D 600 à 800 UI/kg d’aliment. En pratique, l’alimentation du lapin doit être composée de foin de bonne qualité à volonté et de verdure variée à raison de 4 % du poids de l’animal par jour. Les autres légumes et les fruits sont proposés plutôt à titre de friandises. Les extrudés doivent être distribués avec parcimonie (25 g/kg/j) et contenir au moins 20 % de matière sèche de cellulose brute.

Summary

Pet rabbit nutrition

The pet rabbit is a strict herbivore, with the gut and teeth adapted to a high-fibre diet. Proteins should not exceed 12-16% and fat should not exceed 2.5-4% for an adult rabbit. Other recommended levels are: 0.6-1% calcium, phosphorus 0.3-0.4%, vitamin D 600-800 IU/kg of food. In practice, rabbit feed must consist of unlimited good quality hay and varied greenery at 4% of the weight of the animal per day. Other vegetables and fruit are offered as a treat. Pellets should be distributed sparingly (25 g/kg/day) and contain at least 20% dry matter as crude fibre.

Key words

Caecotrophy, hay, greenery, nutritional requirements, diet, fibre

L’alimentation est un élément fondamental de la santé de l’animal. Face à la médicalisation croissante du lapin de compagnie, le vétérinaire peine parfois à répondre à cette problématique, entre ses bases de nutrition de l’animal de rente et les idées reçues véhiculées par des propriétaires passionnés. En effet, l’alimentation du lapin de compagnie n’est pas celle du lapin d’élevage, dont les objectifs d’engraissement et d’espérance de vie sont différents.

1 Anatomie et physiologie digestive

Le lapin est un herbivore strict monogastrique qui pratique la cæcotrophie. Il produit en effet deux sortes de selles :

– les crottes dures, qui sont sèches et rondes et émises tout au long la journée ;

– les crottes molles, ou cæcotrophes, qui sont des selles molles produites en grappe et enduites de mucus, normalement ingérées dès leur émission à l’anus au petit matin. Elles sont issues de la vidange du contenu cæcal, riche en protéines et en vitamines hydrosolubles [11]. Cette particularité permet au lapin de valoriser au maximum sa ration alimentaire, composée principalement de fibres végétales peu nutritives (densité énergétique, mais aussi concentration faible en nutriments).

Le bol alimentaire arrive dans l’estomac peu prédigéré (beaucoup de fibres et faible quantité d’amylase salivaire) et la digestion chimique va durer de 2 à 4 heures. La pepsine commence à hydrolyser les protéines, mais il s’agit surtout d’une forte acidification (pH 1 à 2) qui solubilise de nombreuses substances [5]. Vu l’étroitesse du cardia et sa position au milieu de la petite courbure, le lapin ne peut ni vomir, ni avoir de reflux gastrique. Les troubles gastriques sont donc particulièrement fréquents et graves dans cette espèce (stase, obstruction pylorique, ulcères, etc.).

Le contenu circule ensuite 2 à 3 heures dans l’intestin grêle (digestion enzymatique par la bile, le suc pancréatique et les sécrétions intestinales) où les nutriments facilement dégradables vont être absorbés.

L’originalité du lapin par rapport aux autres herbivores monogastriques est la fonction dualiste du côlon proximal [2-6] :

– les fibres non digestibles (plus de 0,3 mm) continuent leur trajet dans le côlon et sont éliminées sous forme de crottes dures par un mouvement péristaltique normal ;

– les produits solubles et les fibres digestibles (moins de 0,1 mm) sont rassemblés le long des parois du côlon proximal et ramenés vers le cæcum grâce à des contractions antipéristaltiques.

Ce cæcum volumineux, qui représente avec l’estomac 70 à 80 % du contenu sec total du tube digestif, constitue la réelle particularité de la physiologie digestive du lapin. Il apparaît comme un appendice en cul-de-sac branché sur le tube digestif. Sa paroi est invaginée en spirale, augmentant ainsi la surface d’échange entre la muqueuse et le contenu.

Les fibres digestibles vont alors y séjourner de 10 à 25 heures et subir l’action des enzymes des bactéries commensales cæcales. Sont alors libérés des acides gras volatils récupérés dans la circulation sanguine, ainsi que des acides aminés et des vitamines. Tôt le matin et au crépuscule, le contenu du cæcum se vide dans le côlon qui sécrète un mucus et le modèle en grappe : il s’agit des cæcotrophes, constitués des particules alimentaires non encore dégradées et de bactéries cæcales (apport important en protéines et en vitamines).

Une fois ingérés, les cæcotrophes suivent un autre cycle de digestion. Jusqu’à quatre cycles de recyclage sont possibles, si bien que le transit digestif du lapin peut durer de 15 à 30 heures [5]. Cette adaptation digestive particulière permet au lapin d’ingérer de grands volumes d’alimentation fibreuse sans les stocker dans l’estomac comme les ruminants, qui nécessitent des phases de repos et de mastication pour la rumination. L’étape de digestion cæcale du lapin se fait indépendamment de sa volonté, ce qui lui permet de s’échapper rapidement face à un prédateur tout en continuant sa digestion.

2 Comportement alimentaire du lapin

À l’état sauvage, le lapin peut se nourrir à partir d’une gamme très large de végétaux comme les pousses herbacées des graminées (plantes céréalières) ou des légumineuses (trèfle, luzerne, composées [pissenlit, endive, scarole, frisée, etc.]) [8-9]. Contrairement à une idée trop répandue, la carotte (racines ou fanes) n’est pas une plante recherchée par le lapin.

En situation de choix, son comportement alimentaire est très sélectif. Dans la nature, il préfère les feuilles aux tiges, et, d’une manière générale, plutôt les parties jeunes, vertes et tendres aux parties sèches. Cependant, l’insuffisance des ressources conduit probablement les lapins sauvages à consommer la totalité des plantes, aboutissant à une ration équilibrée (les différentes parties de celles-ci présentant des compositions nutritionnelles variables), alors que, chez le lapin de compagnie, l’abondance des ressources peut aboutir à un tri (préférences alimentaires nettes et respectées, voire encouragées par le propriétaire), donc à un déséquilibre nutritionnel.

En hiver, le lapin apprécie particulièrement les bourgeons et les jeunes pousses d’arbustes (comme le sapin), les feuilles de chêne tombées au sol et les écorces d’arbres fruitiers (pommier, cerisier).

Le lapin a, en effet, un odorat et un goût très développés [6]. Il a une préférence pour les saveurs douces. Il est donc attiré par le sucre, alors que, naturellement, il n’y a presque pas accès. Tout changement alimentaire est délicat à faire accepter à un lapin, d’autant plus s’il s’agit de réduire la teneur en sucre. L’animal refuse le nouvel aliment, gratte sa mangeoire ou la renverse. Il est aussi attiré par les aliments riches en énergie, même s’ils sont pauvres en fibres. Cela est probablement lié à la recherche d’une source énergétique (rare dans la nature). Les lapins apprécient aussi les végétaux réputés amers (endive, pissenlit).

Cette attirance pour les aliments riches (en sucre, en protéines ou en matières grasses), combinée à une alimentation triée souvent déséquilibrée et donnée à volonté, est une des causes principales des troubles de santé des lapins de compagnie. Leur goût très développé a aussi une importance sur leur alimentation. Il convient que le foin proposé soit de bonne qualité pour être appétent (c’est-à-dire vert, odorant, non poussiéreux, avec les différentes parties de la plante), que les végétaux soient frais et variés, l’eau changée tous les jours et donnée de préférence dans une gamelle (attention aux billes des biberons qui peuvent se coincer).

Toute transition alimentaire, surtout s’il s’agit de verdure ou d’extrudés, doit se faire très progressivement (jusqu’à un mois) pour éviter le rejet du nouvel aliment et les troubles digestifs (encadré 1). Un mélange des deux aliments est réalisé graduellement. Placer le nouvel aliment dans le sac de l’ancien peut aider à sa consommation car il prend ainsi une odeur connue et appréciée.

Les troubles du comportement comme l’arrachage de poils ou la consommation de tapis, de moquettes, de chaussures ou de fils électriques sont souvent liés à une alimentation trop monotone et/ou insuffisante en fibres [10-13]. Il convient alors d’enrichir le milieu et la nourriture : varier les végétaux et les types de foin. Cela sous-entend d’habituer rapidement un jeune lapin à la diversité, en lui offrant des jouets à grignoter (maison ou tunnel en foin) ou plus complexes dans lesquels la nourriture est cachée, etc.

3 Besoins nutritionnels du lapin

L’alimentation équilibrée du lapin de compagnie se compose de foin, puis encore de foin et ensuite de verdure. Les autres végétaux, fruits et extrudés viennent compléter les besoins, mais sont donnés en petite quantité.

Besoins énergétiques et hydriques

Les besoins énergétiques du lapin aux différents stades physiologiques sont bien décrits pour les animaux de production et les lapins de chair. Cependant, les objectifs sont très différents concernant le lapin de compagnie. En effet, le rationnement d’un lapin jeune en croissance à l’engraissement abattu à 4 mois n’est pas le même que celui d’un lapin de compagnie qui peut espérer rester mince et en bonne santé jusqu’à ses 10 à 12 ans.

Les besoins en énergie métabolisable pour un lapin sont :

BE kcal EM = 100 x P 0,75 kg.

Ces besoins sont à multiplier par deux en croissance et en fin de gestation et par trois en lactation (risque de toxémie de gestation, d’avortement ou de dystocie si les besoins ne sont pas couverts). À l’inverse, les animaux sédentaires ou gériatriques ont des besoins réduits. Le besoin énergétique est lié à la taille métabolique de l’animal : plus la race est petite, plus les lapins ont besoin proportionnellement de calories.

Les besoins en eau sont très importants par rapport aux autres mammifères : 120 ml/kg/j, et même plus en lactation et en saison chaude [2]. Ils peuvent varier en fonction de la quantité de verdure dans la ration (riche en eau) et du mode de distribution de l’eau de boisson (les lapins boivent plus en gamelle qu’au biberon).

BESOINS GLUCIDIQUES

→ Les glucides peuvent être catégorisés de plusieurs manières [6] :

– selon leur complexité (monosaccharides, oligosaccharides ou polysaccharides) ;

→ ou plus simplement en : sucres simples (ou monosaccharides) comme le glucose, le fructose, le galactose, etc. ; amidon (ou polysaccharides), abondant dans les graines, les tubercules, les racines, les fruits ; fibres : longues/non digestibles/non fermentescibles ou courtes/digestibles/fermentescibles.

→ Les sucres simples et l’amidon sont utilisés par le lapin comme sources d’énergie. Les sucres simples sont absorbés par l’intestin comme les autres espèces. L’amidon est cassé en sucres simples pendant la digestion grâce à l’amylase, sécrétée par les glandes salivaires et le pancréas. Cette enzyme est aussi présente dans les cæcotrophes comme résultat de la fermentation bactérienne.

En raison du transit gastrique très rapide, les sucres ou l’amidon peuvent être insuffisamment digérés dans l’intestin, aller directement dans le cæcum et être utilisés par les micro-organismes de la fermentation bactérienne. Une surcharge va donc prédisposer à la dysbiose bactérienne, puis à l’entérotoxémie, notamment chez les jeunes. La situation est différente chez l’adulte, où la sensibilité à l’amidon est moindre [6]. Par précaution, il convient de limiter la quantité d’amidon et de sucres dans la ration alimentaire des lapins, surtout chez les individus jeunes ou sensibles.

→ Les fibres sont primordiales chez le lapin en raison de sa physiologie digestive très particulière. Elles font partie des glucides (polysaccharides non amidonnés). Il s’agit par définition des parties de l’aliment non digérées par les enzymes intestinales humaines, c’est-à-dire les résidus de végétaux ayant pour origine [3] :

– les polysaccharides pariétaux : cellulose, hémicellulose, lignine, pectine ;

– les polysaccharides cytoplasmiques : gomme, agar-agar, alginate, carraghénanes.

→ Ces fibres peuvent donc être classées en :

– longues et non digestibles pour le lapin car non fermentescibles par ses bactéries cæcales, représentées presque uniquement par la cellulose et la lignine (et une faible partie de l’hémicellulose), qui forment le squelette de la majorité des plantes et des végétaux ;

– ou courtes et digestibles, plutôt constituées par la plus grande partie de l’hémicellulose et les mucilages qui collent entre elles les cellules végétales (pectine, gomme).

→ Cependant, le contenu en fibres d’un aliment est souvent approché sous la forme de la “cellulose brute”, faisant référence au pourcentage de la nourriture qui reste après avoir subi un traitement acide et basique (méthode Weender [RF ou RFB à ALP]) [9]. Cette détermination de la cellulose brute ne comprend pas tous les composants des parois cellulaires. Selon l’aliment, la cellulose brute peut représenter sur la matière totale seulement entre 40 et 100 % de cellulose, entre 15 et 20 % d’hémicellulose et entre 5 et 90 % de lignine. Ainsi, pour les herbivores, la cellulose brute minore les fibres non digestibles et comprend une partie des fibres digestibles (tableau 1) [6-11].

Une meilleure estimation des fibres non fermentescibles pour les herbivores serait l’ADF (acid detergent fiber) (encadré 2). Des recommandations minimales en ADF existent pour le bétail ou les lapins d’élevage, mais pas pour le lapin de compagnie. De plus, les compositions des aliments lui étant dédiés ne s’y rapportent pas.

→ Les indicateurs actuels en taux de cellulose brute pour un aliment d’élevage sont :

– moins de 10 % de matière sèche (MS) : risque d’acidose cæcale et de troubles digestifs ;

– de 10 à 15 % MS : recommandés pour que le rythme de croissance soit optimal.

Pour le lapin de compagnie, qui n’est pas en croissance, souvent sédentaire et pour qui la composante indigestible est la plus importante pour stimuler la motricité digestive et prévenir l’obésité, il est conseillé :

– de 13 à 20 % MS de cellulose brute avec 12,5 % de fibres indigestibles ;

– de 18 à 24 % MS de cellulose brute, mais sans recommandation sur le type de fibres [6]. C’est en pratique l’indication retrouvée sur les aliments concentrés destinés aux lapins de compagnie.

La nourriture concentrée inclut souvent une source de fibres (herbes de pâturage, luzerne), mais dont l’incorporation dans l’aliment peut affecter sa digestibilité et son effet sur le transit digestif. La véritable source de fibres non digestibles pour un lapin est l’herbe ou, à défaut, le foin.

BESOINS EN PROTÉINES

Le lapin étant un herbivore, l’origine des protéines alimentaires qui lui sont fournies doit être végétale, ce qui n’est pas toujours le cas dans certaines alimentations industrielles en élevage, notamment. Les protéines d’une plante fourragère sont concentrées dans les feuilles ou les graines. Plus une plante mûrit, plus le taux de protéines chute (la plante se rigidifie avec de plus en plus de cellulose et de lignine), mais la quantité relative d’acides aminés reste stable et assez similaire entre les plantes.

Les besoins en protéines sont variables selon le statut physiologique (croissance, lactation, gestation). Ils sont élevés pour les lapins de chair (amélioration des performances d’élevage), soit 16 % pour une croissance maximale et 18 à 19 % en lactation, mais plutôt faibles pour la maintenance d’un lapin de compagnie pour qui 12 à 16 % au maximum semblent être adaptés [6]. Il convient surtout de ne pas trop réduire les protéines (risque de carence, surtout si le lapin a une alimentation sélective ou qu’il mange peu ses cæcotrophes), mais plutôt de choisir des protéines de bonne qualité.

Dans la nourriture concentrée, les sources de protéines sont l’herbe, des céréales et des légumineuses tels le pois ou le haricot pour contrebalancer la déficience en certains acides aminés des céréales comme la lysine.

BESOINS EN MATIÈRES GRASSES

Les matières grasses augmentent l’appétence de la ration, mais diminuent l’absorption du calcium en formant des sels de calcium dans l’estomac. Elles permettent d’apporter de l’énergie sans devoir augmenter le taux de glucides et saturer le cæcum.

Le lapin de compagnie a des besoins réduits en matières grasses, étant à l’entretien et souvent sédentaire. La plupart des aliments du commerce contiennent de 2,5 à 4 % MS de matières grasses, ce qui est correct si le produit est convenablement rationné et que les sources de matières grasses sont intéressantes sur le plan nutritionnel (apport d’acides gras essentiels).

La population de lapins de compagnie en France actuellement est plutôt obèse, les propriétaires et les vétérinaires ne connaissant pas encore le gabarit normal des différents types de lapins. Hormis le côté inesthétique, l’obésité est un facteur extrêmement aggravant chez le lapin qui est très sensible à la lipidose hépatique même lors d’anorexie de courte durée (arrêt de transit, intervention chirurgicale, stress, etc.). La quantité de matières grasses de la ration est finalement rarement mise en cause. Les friandises principalement, mais aussi les fruits et les légumes racines donnés en excès (carotte, panais, topinambour) sont les principaux facteurs favorisant l’obésité chez le lapin de compagnie(1).

BESOINS EN VITAMINES

→ La vitamine A du foin est détruite en grande partie lorsqu’il est séché au soleil [4]. Un lapin d’intérieur nourri au mélange de graines qu’il trie et avec du foin de moindre qualité est probablement déficient en vitamine A, importante pour les épithéliums et les muqueuses, d’où une plus grande sensibilité aux maladies et aux infections, notamment digestives et respiratoires. La ration alimentaire doit contenir de 10 000 à 18 000 UI/kg d’aliment [6-9]. La verdure fraîche est une bonne source de vitamine A.

→ La vitamine D a beaucoup d’effets physiologiques en stimulant notamment le métabolisme du calcium. Le lapin synthétise sa vitamine D grâce à l’action des UVB sur sa peau (au niveau des oreilles principalement) à partir d’un précurseur endogène et par un précurseur présent dans les plantes qu’il mange : l’ergostérol qui, sous l’action des UV quand la végétation sèche au soleil (foin, feuilles mortes), est transformé en ergocalciférol, ou vitamine D2. Celui-ci est hydroxylé dans le foie en 25-hydroxy-cholécalciférol qui, sous l’action de l’hormone parathyroïdienne, se transforme en métabolite actif de la vitamine D, ou 1,25-dihydroxy-cholécalciférol [11-14].

Pour le lapin de compagnie, un taux de 600 à 800 UI/kg d’aliment est conseillé [7].

Le rôle principal de la vitamine D est de réguler le taux de calcium sérique en jouant sur l’absorption intestinale, la mobilisation vers et à partir des os, et l’excrétion rénale. Elle stimule l’absorption intestinale du calcium et l’activité ostéoclastique des os. Un excès de vitamine D augmente les taux de calcium sérique jusqu’à des niveaux supérieurs aux capacités d’élimination rénale, et entraîne des dépôts calciques dans les tissus mous comme l’aorte et les reins. Une déficience alimentaire en vitamine D et/ou un défaut d’exposition aux UV se traduisent par du rachitisme chez les jeunes en croissance (insuffisance de calcification des os et des cartilages) et une ostéomalacie chez les adultes (l’équivalent du rachitisme osseux, soit une déminéralisation, contrairement à l’ostéoporose où la minéralisation est normale, mais la trame osseuse raréfiée).

Aussi bien une carence qu’un excès de vitamine D favorisent la maladie dentaire, principale affection du lapin de compagnie. En effet, une ration alimentaire pauvre en fibres et en calcium ne suffit pas à tout expliquer de cette maladie. Un bon équilibre entre les taux de calcium, de phosphore et de calcium, ainsi qu’une usure correcte des dents sont nécessaires pour la bonne santé bucco-dentaire du lapin(1) [7].

Un lapin d’intérieur avec une alimentation inadaptée (foin de mauvaise qualité, peu de verdure, alimentation concentrée donnée en trop grande quantité et conservée trop longtemps) est sujet à la carence en vitamine D, donc à la maladie dentaire. D’autant plus que les techniques modernes plus rapides de fabrication du foin ont tendance à faire diminuer le taux de vitamine D. Cependant, un lapin exposé au soleil direct (sans être derrière une vitre) peut assez rapidement reconstituer son stock de vitamine D, qui va mettre plusieurs mois avant de s’éliminer complètement. De plus, le risque d’hypervitaminose D toxique est assez élevé avec les compléments vitaminiques. Des sorties régulières à l’extérieur ou bien l’emploi de lampes UV en intérieur (néons UVA/UVB d’indice 2 à 5) sont donc conseillés pour les lapins de compagnie, aussi bien pour les effets physiologiques que psychologiques des UV.

→ La vitamine E est un antioxydant naturel qui agit en synergie avec le sélénium. Leur carence peut entraîner des dystrophies musculaires chez le lapin. Des maladies intercurrentes du foie comme une coccidiose à Eimeria stiedae peuvent interférer avec le métabolisme des vitamines liposolubles et prédisposer l’animal à la dystrophie musculaire. La verdure et les céréales sont de bonnes sources de vitamine E. Les recommandations chez le lapin de compagnie sont de 40 à 70 mg/kg d’aliment [6].

→ Les carences en vitamines K et B sont rares chez le lapin dans la mesure où elles sont produites par les micro-organismes cæcaux et absorbés via les cæcotrophes. Cependant, les lapins ne parvenant pas à consommer les cæcotrophes sur une longue durée sont exposés (maladie dentaire, douleurs, obésité, dysbiose cæcale, etc.). Dans ce cas, l’ajout d’un complément vitaminique peut être justifié (voir la dose recommandée par le fabricant du produit, par exemple Tonivit®).

→ Le lapin peut synthétiser la vitamine C, mais ses besoins sont augmentés en période de stress.

BESOINS EN MINÉRAUX

→ L’équilibre phospho-calcique est très important chez le lapin pour la santé osseuse et dentaire. Les besoins en calcium sont constants et élevés dans la mesure où les dents poussent en continu.

Le métabolisme calcique du lapin est très particulier. Les plages de variation de la calcémie sont larges et dans des valeurs usuelles plus hautes que pour les autres espèces car elle est directement corrélée au calcium ingéré dans l’alimentation. Les normes physiologiques conseillées du calcium total sont de 2,1 à 3,5 mg/dl (pouvant aller jusqu’à 8 à 14,8 mg/dl) [7, 11]. La mesure du calcium ionisé est plus stable et similaire à celle des autres mammifères, les valeurs normales conseillées étant de 1,67 à 1,76 mmol/l [7]. Une hypercalcémie peut être le signe d’une alimentation trop riche en calcium, mais aussi d’une insuffisance rénale, qui limiterait son excrétion.

L’excédent est excrété dans l’urine sous forme de carbonate de calcium (aspect crémeux de l’urine) [12]. Le calcium est absorbé de deux manières via la barrière intestinale :

– soit activement via des transporteurs cellulaires dépendants de la vitamine D, qui sont stimulés si le taux de calcium est faible ;

– soit passivement grâce à une diffusion paracellulaire, qui est le moyen principal chez le lapin.

Plusieurs composés comme les oxalates (épinard, oseille) ou l’acide phytique (graines, haricot) forment des complexes avec le calcium, ce qui réduit son absorption. Certains végétaux sont intéressants car riches en calcium, mais pauvres en oxalates : brocoli, chou frisé, navet. Cependant, les légumes étant très riches en eau, il est important de raisonner sur la matière sèche. En effet, un lapin de compagnie ne peut pas consommer une telle quantité de végétaux pour atteindre ses besoins quotidiens en calcium. Dans la nature, les besoins sont couverts par la quantité quotidienne d’herbe consommée, ce qui n’est pas le cas en captivité. Du calcium en excès peut être facilement apporté avec de la nourriture sèche, même basse en calcium mais donnée à volonté [6].

Beaucoup d’ingrédients possèdent de faibles taux de calcium et si de la vitamine D n’est pas disponible pour une absorption active, le lapin est carencé en calcium, favorisant ainsi la maladie dentaire et les troubles osseux. Un taux excessif de calcium, notamment à cause des mélanges de graines (tri et/ou ingestion en excès d’aliments concentrés), entraîne des urolithiases. Un taux de 0,6 à 1 % MS est recommandé pour le lapin de compagnie [6].

→ Le phosphore a beaucoup de fonctions physiologiques et son métabolisme est intimement lié à celui du calcium. Une déficience en phosphore entraîne un rachitisme chez le jeune et une ostéomalacie chez l’adulte. De nombreuses céréales ont un rapport phosphocalcique déséquilibré et peuvent affecter la densité osseuse (excès de phosphore réduisant la disponibilité du calcium). Le lapin est assez tolérant à un rapport phosphocalcique élevé. Un taux de 0,4 à 0,8 % MS dans l’alimentation est recommandé (le taux est inférieur à 0,4 % MS dans l’herbe et le foin, le phosphore se trouvant surtout dans les parties en croissance des plantes) [6]. Le rapport calcium/phosphore conseillé dans l’alimentation est de (1,5 à 2)/1 [7].

→ Le lapin n’a pas besoin de pierres à lécher ni de blocs minéraux. Ces produits peuvent même être dangereux, car l’animal est susceptible d’en avaler de gros morceaux sans mâcher (risque d’occlusion).

4 L’alimentation en pratique du lapin de compagnie

L’herbe et le foin

L’alimentation du lapin sauvage est composée de pousses herbeuses, de plantes et de feuilles variées. L’idéal serait donc d’élever les lapins de compagnie sur des pâtures ou bien de collecter des herbes, plantes ou feuilles tous les jours. Cette gestion est difficile, d’où l’utilisation de foin, qui n’est donc pas l’alimentation idéale du lapin, mais l’option la plus adaptée pour des raisons de conservation et de stockage.

Le foin contient un taux adapté de fibres et un rapport phosphocalcique équilibré. Il est possible de parler de fourrages, mais ils ne sont pas tous utilisables chez le lapin (encadré 3).

Le principal mécanisme de l’usure dentaire chez le lapin est le frottement dents contre dents lors de l’action de mastication, qui est maximale avec le foin (densité énergétique faible qui en fait consommer beaucoup) [1-13]. Le foin et la verdure respectent les mouvements de mastication normaux du lapin (latéro-latéralement et rostro-caudaux), à l’inverse des granulés, extrudés ou mélanges de graines qui forcent l’animal à faire des mouvements de mâchoire plutôt verticaux. Cette alimentation concentrée est très riche en énergie et très appétente (riche en sucres et en matières grasses). Non rationnée, elle est consommée au détriment du foin et de la verdure.

En théorie, une ration uniquement à base de fourrages variés est possible chez le lapin, si l’abreuvement est correct, la variété suffisante et qu’un complément minéralo-vitaminique est apporté (sans calcium ni vitamine D, qui sont déjà présents en quantité suffisante). Les propriétaires de lapins sont peu disposés à nourrir leur animal de cette façon, dans la mesure où la relation affective s’appuie sur la volonté de faire plaisir à leur animal via la distribution d’aliments variés et appréciés. De plus, il est très difficile en captivité d’obtenir une ration équilibrée composée uniquement de fourrages, d’où la nécessité d’ajouter d’autres aliments.

Pour un lapin, offrir deux sortes de foins différents est souvent plus diversifié que de lui proposer deux fruits ou deux légumes. La composition d’une pâture est même différente qu’il s’agisse du matin ou de la fin de journée. De même, en raison de la petite taille de cet animal, deux bouchées d’un même râtelier de foin peuvent être très dissemblables [4]. Le lapin est, en effet, très sélectif car son goût et sont odorat sont bien développés.

Offrir des foins différents à un lapin est souvent négligé alors qu’il s’agit d’un élément nutritif et d’enrichissement du milieu important. De même, le foin doit être mis à disposition dans un endroit propre (râtelier, bac), où l’animal ne peut pas faire ses besoins. Il s’agit bien d’un aliment et non d’une litière. Il doit être donné en permanence, mais plutôt distribué en petites quantités plusieurs fois par jour pour éviter qu’il ne perde son odeur.

Pour choisir un foin, il convient de s’appuyer sur des critères de qualité à la fois hygiénique et nutritionnelle (tableaux 2 et 3). La qualité hygiénique du foin est rarement un souci dans l’alimentation du lapin de compagnie car les quantités achetées et stockées sont faibles. Attention cependant aux propriétaires se fournissant auprès d’agriculteurs ou d’éleveurs où la qualité peut être moindre. Fournir du foin de qualité à un ou à deux lapins, s’il est bien mis à disposition et non gâché, ne représente pas un investissement financier important pour le propriétaire, surtout s’il fait des économies en réduisant la quantité de nourriture concentrée !

Le foin d’une même pâture peut varier en qualité en fonction de la période où il est coupé et selon qu’il s’agit ou non de la première coupe. En effet, le regain est l’herbe qui repousse après la première récolte. Le foin de regain est plus appétent et plus riche. La composition d’un foin dépend également de la composition en plantes de la prairie : une proportion importante en dicotylédones (luzerne, herbes, trèfle) augmente le taux de protéines et de calcium [4].

La principale différenciation chez le lapin consiste en :

– foin de prairie, l’aliment de base pour un lapin à l’entretien ;

– foin de luzerne/légumineuse. Foin plus énergétique et riche en calcium, il doit être réservé aux individus en croissance, en gestation ou en lactation (risque de boue vésicale, puis d’urolithiases chez un lapin adulte à l’entretien). Il peut être indiqué en cas de supplémentation calcique ponctuelle (affection dentaire ou osseuse).

Le foin de base doit donc être relativement pauvre en énergie afin de pouvoir, si nécessaire, augmenter ponctuellement les apports en ajoutant de la verdure ou en fournissant un foin plus riche. Le lapin doit toujours en avoir à disposition et en consommer l’équivalent de son volume corporel par jour.

La verdure

→ La verdure correspond à tout ce qui est herbes et feuillages (parties aériennes des plantes), ce qui se rapproche le plus de l’alimentation normale du lapin sauvage (riche en fibres et en silice pour l’usure dentaire, pauvre en énergie). Les autres légumes même verts (haricot, pois, etc.) et les légumes racines (panais, topinambour, carotte, etc.) n’en font donc pas partie.

La verdure doit être donnée non épluchée, lavée et essuyée (photo 3). Son introduction dans l’alimentation du lapin doit se faire progressivement, surtout si les conditions de vie préalables sont inconnues ou que l’animal sort du sevrage. La quantité est de 8 % du poids du lapin par jour, soit 80 g/kg/j en deux repas. L’excédent est retiré rapidement si le lapin n’a pas tout consommé.

Les types de verdure les plus appréciés sont :

– les plantes aromatiques (persil, coriandre, basilic, aneth, menthe) ;

– les fanes (carottes, radis) ;

– le céleri branche, le fenouil ;

– les salades au sens large : feuille de chêne, scarole, frisée endive, mâche, roquette, épinard, pissenlit ; les salades à feuilles claires (laitue iceberg par exemple) sont évitées.

→ Tous les autres légumes peuvent ensuite être donnés en plus petite quantité : les choux, l’aubergine, les légumes racines, etc.

Les légumes riches en eau peuvent être fournis ponctuellement par temps chaud pour augmenter la diurèse (concombre, courgette).

Enfin, les fruits peuvent être donnés en très petite quantité à titre de friandise, une ou deux fois par semaine au maximum, car ils apportent principalement du sucre. Il est conseillé de faire attention à certains fruits comme la banane qui est très riche, à l’inverse de la pomme qui a peu d’intérêts nutritionnels. Penser aux fruits à chair orange riches en vitamine A et aux fruits rouges très appréciés des lapins.

L’alimentation commerciale

Plusieurs types d’aliments sont proposés dans le commerce ou chez les vétérinaires pour le lapin de compagnie.

→ Les mélanges de graines : il est encore largement répandu dans l’esprit des propriétaires qu’un lapin mange des graines. Ces produits sont fortement présents dans le commerce et disposent d’un marketing performant. Ils consistent en des mélanges de céréales et de légumes soufflés avec des granulés ou des extrudés de couleurs. Enfin, l’ingestion de graines entières peut conduire à des dilatations gastriques et/ou à des occlusions intestinales (gousse de caroube le plus souvent).

→ Les granulés et les extrudés (encadré 4). Ces deux types d’aliments contiennent souvent beaucoup de céréales, pour des raisons techniques et/ou économiques, donc une grande quantité de phosphore et d’amidon, mais présentent une teneur faible en calcium et en fibres.

→ C’est pourquoi de nouveaux types d’aliments apparaissent sur le marché : les granulés compressés à chaud et les aliments “mono-forage” (encadré 5).

Il convient de se méfier des indications qui figurent sur certains paquets, comme “aliment complet ne nécessitant pas de complément” ou “peut être donné à volonté”.

Dans tous les cas, les granulés ou extrudés doivent être fournis en quantité limitée à 2 à 3 % du poids du lapin, soit 25 g/kg/j en deux repas [6]. D’autres techniques consistent à laisser la gamelle 1 heure par jour, par exemple, puis à la retirer et à la proposer de nouveau le lendemain. Vu les faibles quantités que cela représente, il est conseillé de les donner soit dans des jouets distributeurs ou bien dispersés dans l’assiette de verdure, par exemple, afin d’éviter une consommation trop rapide, et plutôt d’enrichir le milieu de vie du lapin. La verdure peut aussi être proposée dans des “arbres à lapins” faits maison (photo 8).

L’alimentation commerciale n’est donc pas obligatoire si le lapin dispose de foins variés de bonne qualité et de verdure fraîche également variée et distribuée quotidiennement. Elle permet cependant de compléter une ration ménagère (foin et verdure) compliquée à équilibrer, notamment pour l’apport minéralo-vitaminique et la couverture des acides aminés essentiels.

Conclusion

Bien qu’il n’existe pas encore d’outils appropriés pour le lapin de compagnie, le vétérinaire dispose des bases scientifiques pour étudier et critiquer son alimentation, valorisant ainsi sa consultation, ses soins et ses conseils.

  • (1) Voir l’article “Affections nutritionnelles du lapin de compagnie” du même auteur, à paraître prochainement.

Références

  • 1. Boucher S. Alimentation et prévention chez les herbivores. Dans: Congrès du GENAC, Les Epesses. 2010:179-185.
  • 2. Campbell-Ward ML. Gastrointestinal physiology and nutrition. In: Ferrets, rabbits and rodents clinical medicine and surgery. 3e ed. Elsevier, Saint Louis. 2012;14:183-191.
  • 3. Carpenter JW, Kolmstetter CM. Alimentation des petits mammifères exotiques. In: Nutrition clinique des animaux de compagnie. 4e éd. Éd. Mark Morris Institute, Topeka. 2000:977-996.
  • 4. Clauss M. Clinical technique: Feeding hay to rabbits and rodents. J. Exot. Pet Med. 2012;21:80-86.
  • 5. Gidenne T, Lebas F. Feeding behaviour in rabbits. In: Feeding in domestic vertebrates, from structure to behaviour. Ed. Wallingford UK. 2006:179-194.
  • 6. Harcourt-Brown F. Textbook of rabbit medicine. Ed. Elsevier, Philadelphia. 2004:40-49.
  • 7. Jekl V, Redrobe S. Rabbit dental disease and calcium metabolism. The science behind divided opinions. J. Small Anim. Pract. 2013;54:481-490.
  • 8. Kupersmith D. A practical overview of small mammal nutrition. Semin. Avian Exot. Med. 1998;3(7):141-147.
  • 9. Lowe JA. Pet rabbit feeding and nutrition. In: The nutrition of the rabbit. Ed. CABI Publishing. 1999:294-311.
  • 10. Proença LM, Mayer J. Prescription diets for rabbits. Vet. Clin. Exot. Anim. 2014;17:485-502.
  • 11. Quesenberry KE, Carpenter JW. Rabbits and rodents clinical medicine and surgery. Ed. Elsevier, Saint Louis. 2004;461p.
  • 12. Quinton JF. Atlas des nouveaux animaux de compagnie. 2nde éd. Éd. Elsevier, Masson, Issy-les-Moulineaux. 2009;416p.
  • 13. Richarson V. Rabbits Health, husbandry and disease. Ed. Blackwell, Oxford. 2000:7-18.
  • 14. Saunders RA, Davies RR. Notes on rabbit internal medicine. Ed. Blackwell. 2005;240p.

CONFLIT D’INTÉRÊTS

– Adeline Linsart : Aucun.

– Géraldine Blanchard a formulé les produits Vit’i5.

ENCADRÉ
Quid des aliments industriels 

Les aliments industriels secs ou humides haut de gamme destinés aux chatons ou aux furets couvrent généralement les besoins nutritionnels du furet. Cependant, ils ne constituent pas un mode d’alimentation idéal.

Le furet régule le volume ingéré en fonction de son besoin énergétique

→ La valeur énergétique moyenne d’une proie est de 1 kcal/g alors que les aliments industriels secs sont en moyenne trois à quatre fois plus concentrés en énergie. Cela signifie que le furet doit consommer très peu d’aliment pour couvrir son besoin énergétique. Par conséquent, pour atteindre une sensation de satiété convenable avec un aliment sec, il peut absorber des calories excédentaires, qui le conduisent à l’obésité.

→ L’alimentation industrielle humide est plus adaptée. Cependant, de nombreux auteurs considèrent que les besoins énergétiques du furet ne peuvent être couverts avec un aliment humide. Cela repose, selon nous, sur une interprétation erronée des besoins nutritionnels du furet. En effet, s’il est bien choisi, un aliment humide possède une densité énergétique semblable à celle des proies ou d’une ration ménagère carnée (environ 1 kcal/g). Les aliments humides de mauvaise qualité (aliment bas de gamme) ou inadaptés (aliment humide pour chien ou chat adulte) sont à proscrire. Il est préférable d’opter pour un aliment pour furet ou chaton, suffisamment riche en protéines animales et en énergie [11].

Les capacités de fermentation et de réabsorption du tube digestif du furet sont faibles

L’exposition du tube digestif du furet aux fibres et aux glucides (simples et complexes) est négligeable dans l’alimentation naturelle : elle représente environ 1 à 3 % de matière sèche (MS) des apports alimentaires [15]. Pourtant, les aliments industriels secs qui constituent le mode d’alimentation le plus fréquent chez les propriétaires de furets apportent a minima 15 à 20 % de MS d’extractif non azoté [17]. L’excès de cellulose brute contribue à un transit digestif plus rapide, diminuant la digestibilité de la ration.

Conflit d’intérêts

Aucun.

ENCADRÉ 1
Réaliser une transition alimentaire chez le lapin

Toute transition alimentaire doit se faire très progressivement (au minimum 1 semaine et parfois jusqu’à 1 mois) pour éviter le rejet du nouvel aliment et les troubles digestifs. La nouvelle nourriture concentrée, par exemple, est introduite en très petite quantité mélangée à l’ancienne. Les selles sont observées quotidiennement et si le lapin ne présente pas de diarrhée ni de diminution du transit, la transition peut continuer.

Concernant la verdure, il est conseillé d’en introduire un nouveau type par semaine et en petite quantité, toujours en vérifiant les effets sur le transit digestif. Si tout se passe bien, un nouvel aliment peut être proposé ensuite, jusqu’à arriver à une offre quotidienne diversifiée proposée matin et soir.

Concernant les lapins au sevrage, il est préférable d’attendre la fin de la période critique avant de changer leur alimentation, soit l’âge de 3 à 4 mois. Si les petits ont eu l’habitude de la verdure avec leur mère, ils en consomment avant sans problème. Mais, le plus souvent, il s’agit de lapereaux d’animalerie pour lesquels aucune information sur leur régime alimentaire préalable n’est disponible et, dans ce cas, le principe de précaution s’impose.

ENCADRÉ 2
Répartition des différentes fibres dans une alimentation végétale pour un herbivore

Le dosage du NDF (neutral detergent fiber) représente la teneur globale en éléments pariétaux. Il inclut les polysaccharides complexes à fermentation lente, provenant de parois cellulaires, tels que la cellulose et l’hémicellulose, mais exclut les polysaccharides à fermentation rapide, tels que la pectine, ainsi que les polysaccharides solubles (fructanes, etc.). Il se décompose en :

– ADF (acid detergent fiber) = l’ensemble lignine + cellulose ;

– NDF - ADF = les hémicelluloses digestibles ;

– ADL (acid detergent lignin) = la lignine ;

– ADF - ADL = la cellulose.

D’après [5-9].

ENCADRÉ 3
Classification des différents types de fourrages

Cinq classes de fourrages sont généralement distinguées :

– les fourrages verts : herbe, maïs et céréales coupés avant maturité ;

– les fourrages ensilés : non adaptés pour le lapin car trop humides ;

– les fourrages secs : foin (photos 1 et 2), regain (herbe qui repousse après la première coupe qui donne du foin plus riche car l’herbe est coupée à un stade plus précoce) ;

– les fourrages déshydratés artificiellement : cubes de luzerne (uniquement pour les lapins en croissance ou en gestation/lactation) ;

– les pailles et rafles : non adaptés pour le lapin car ils n’ont pas d’intérêts nutritifs et peuvent engendrer des troubles digestifs. La paille ne convient pas non plus comme litière.

D’après [5].

ENCADRÉ 4
Granulés et extrudés

Granulés

Les granulés sont des sortes de rondins issus de la compression à froid des ingrédients (photo 4). Leur inconvénient est l’ajout de mélasse pour lier les ingrédients, qui apporte des sucres rapides [6]. Ils ont l’avantage d’être peu chers, appétents, et de plaire aux propriétaires. En revanche, le lapin trie énormément et sa ration est donc déséquilibrée (risque de déminéralisation des os et des dents, insuffisance en fibres). De plus, celle-ci est souvent donnée à volonté (risque d’obésité, maladie dentaire, pododermatite, troubles urinaires).

Extrudés

Les extrudés sont issus d’une technique de fabrication particulière qui est l’extrusion à haute température (> 130 °C) et à haute pression avec passage dans une filière, d’où les formes, voire les couleurs, souvent différentes de cette alimentation (intérêt pour le propriétaire plus que pour le lapin) (photo 5). L’appétence est souvent très bonne car des arômes peuvent être ajoutés lors de la fabrication. Le traitement à la chaleur augmente la digestibilité de l’amidon. L’inconvénient est la lyse de certains nutriments lors de la cuisson. Les vitamines sont rajoutées après refroidissement.

ENCADRÉ 5
Nouveaux types d’aliments

Granulés compressés à chaud

Pour les granulés compressés à chaud (70 °C), la chaleur permet de se passer de liant (mélasse) (photo 6). En revanche, leur appétence est moindre que celle des extrudés ou des granulés. Leur intérêt est leur composition riche en foin et en herbes, sans céréales. Le taux de fibres est donc très adapté.

Aliments “mono-forage”

Les aliments “mono-forage” sont des bâtonnets de foin et d’herbes agglomérés, permettant d’atteindre des taux de fibres encore plus importants (photo 7). Leur inconvénient peut, là aussi, être l’appétence, surtout en cas de transition alimentaire chez des animaux habitués aux granulés ou aux extrudés.

1. Foin vert de bonne qualité.PHOTOS : CADUVET

2. Foin décoloré de moindre valeur nutritivePHOTOS : CADUVET

3. Quantité de verdure à donner par repas à un lapin qui pèse 1 kg.PHOTO : CADUVET

4. Exemple de granulés pour lapins.PHOTOS : CADUVET

5. Exemples d’extrudés pour lapins.PHOTOS : CADUVET

6. Exemple de granulés compressés à chaud pour lapins.PHOTOS : CADUVET

7. Lapin consommant un aliment “mono-forage”.PHOTOS : CADUVET

8. Arbre à lapins pour proposer de la verdure de manière enrichissante.PHOTO : CADUVET

TABLEAU 1
Comparaison des fibres digestibles et non digestibles chez le lapin

D’après [6].

TABLEAU 2
Évaluation de la qualité hygiénique d’un foin

D’après [4].

TABLEAU 3
Évaluation de la qualité nutritionnelle d’un foin

D’après [4].

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