Le point Vétérinaire n° 351 du 01/12/2014
 

ZOOTECHNIE

Dossier

Pierre Bergamo*, Sylvie Chastant-Maillard**, Catherine Boucher***, Hanna Mila****, Aurélien Grellet*****


* Responsable technique Maladies infectieuses
et vaccination, Merial, Animaux de compagnie,
254, rue Marcel-Mérieux, 69007 Lyon
**Unité toulousaine d’élevage et de reproduction
(Uter), ENV de Toulouse,
23, chemin des Capelles, 31300 Toulouse
***Responsable technique, Royal Canin,
650, avenue de la Petite-Camargue, 30470 Aimargues
****Unité toulousaine d’élevage et de reproduction
(Uter), ENV de Toulouse,
23, chemin des Capelles, 31300 Toulouse
*****Recherche et développement, Royal Canin,
650, avenue de la Petite-Camargue, 30470 Aimargues

Au cours de la visite d’élevage, en plus des prophylaxies médicale et sanitaire, le praticien doit examiner les locaux, les paramètres d’ambiance et la bonne gestion du personnel.

Résumé

→ Les plans de prophylaxie doivent être adaptés à l’élevage (agents pathogènes présents ou suspectés). L’évaluation des plans de prophylaxies sanitaire et médicale passe par l’analyse des méthodes de nettoyage et de désinfection, et des programmes de traitement antiparasitaire (internes et externes) et de vaccination chez les différentes catégories d’animaux. L’évaluation des locaux porte sur l’existence de secteurs différenciés, l’utilisation de matériaux adaptés au nettoyage et à la désinfection, la possibilité d’appliquer quotidiennement la marche en avant et les paramètres d’ambiance. La charge de travail et l’adéquation entre les effectifs du personnel et des animaux sont évaluées.

Summary

Evaluation of breeding methods, facilities and personnel

→ Disease control plans must be adapted to breeding establishment (present or suspected pathogenic agents). The assessment of health and medical prophylaxis protocols includes analysis of cleaning / disinfection methods, and antiparasitic (internal and external) control and vaccination of the different categories of animals. The assessment of premises concerns the existence of differentiated areas, the use of materials suitable for cleaning and disinfection, the ability to apply daily ‘marche en avant’ or unidirectional movement, and internal environmental parameters. Other data collected includes the estimation of workload and whether the number of staff is appropriate for the number of animals.

Key words

Breeding establishment, dog, cat, cleaning, disinfection, prophylaxis

Au-delà de l’observation des animaux, la visite de l’élevage permet d’évaluer l’environnement dans lequel ils évoluent, les produits utilisés et les documents de suivi. Le vétérinaire s’immerge dans la vie de l’éleveur pour quelques heures.

1 Évaluation du plan de prophylaxie sanitaire

→ Lors de la visite d’élevage, il est essentiel de valider avec l’éleveur la réalisation effective des opérations de nettoyage, puis de désinfection. Il n’est pas rare que l’éleveur ou le personnel d’élevage confonde nettoyage et désinfection. Or ce sont deux opérations différentes, complémentaires et éventuellement consécutives.

Les opérations commencent par le ramassage de tous les déchets figurés. Dans les élevages félins, les litières sont idéalement changées quotidiennement et nettoyées selon les mêmes procédures que pour les locaux. Le nettoyage des surfaces à l’aide d’un détergent souvent dans de l’eau chaude pour éliminer les traces de matière organique constitue la seconde étape. Il est impératif, à ce stade, d’avoir recours à une action mécanique (brossage, nettoyage sous pression, etc.). À la suite de cette opération, un rinçage à l’eau claire est réalisé. Le résultat du nettoyage est une propreté visuelle. Un grand nombre de bactéries et de parasites sont éliminés avec les salissures physiques. Une désinfection peut être réalisée après le nettoyage. Cette étape consiste à appliquer sur des surfaces propres une solution désinfectante à concentration mesurée dans une eau à température contrôlée (froide pour de l’eau de Javel, par exemple) pendant un temps d’action dépendant du principe actif utilisé (souvent de l’ordre de 10 à 15 minutes). Cette désinfection est particulièrement importante au sein de la maternité, du local de quarantaine et de l’infirmerie. Cette opération est éventuellement suivie d’un rinçage à l’eau claire et du raclage de l’eau résiduelle avec une raclette préalablement lavée, puis désinfectée. Le résultat de la désinfection est une propreté microbiologique, c’est-à-dire une élimination de la majeure partie des agents pathogènes.

Toutefois, pour que ces opérations soient aussi efficaces que possible, le désinfectant est choisi en fonction de l’agent pathogène contre lequel la lutte est dirigée en priorité. Il n’existe, en effet, aucun désinfectant qui soit efficace contre tous les agents pathogènes. Par exemple, en cas d’épidémie de parvovirose, le désinfectant de choix est l’eau de Javel. En revanche, celle-ci, en utilisation courante, favorise la sporulation des kystes de coccidies. Donc, dans une structure ne subissant pas de trouble pathologique identifié, une alternance des désinfectants est préconisée.

Dans la mesure du possible, le praticien a intérêt, pour réaliser un bon suivi d’élevage et être réactif, voire proactif, vis-à-vis des difficultés de son client, à visiter régulièrement les installations. Si, dans la réalité, ce suivi régulier ne peut être mis en place, il convient de tirer le meilleur parti de la visite obligatoire pour faire le point sur la méthode d’élevage, l’agencement des locaux, la charge de travail et les habitudes de l’éleveur.

→ Si le praticien réalise le suivi régulier de l’élevage, il en connaît les maladies principales, puisqu’il est amené à soigner les animaux atteints ou à conseiller l’éleveur sur les méthodes de lutte les plus appropriées. La visite est alors très intéressante pour apprécier la possibilité et la réalité de la mise en œuvre des mesures prescrites. L’éleveur est souvent à la recherche d’une “recette” prévenant la plupart des risques pathologiques et économiques pour son cheptel. Le praticien doit insister sur le fait qu’une telle panacée n’existe pas et que, pour garantir l’efficacité des mesures prises, il est indispensable de connaître préalablement les dangers contre lesquels il est nécessaire de lutter. Il est donc important de connaître le microbisme d’élevage. Pour ce faire, les analyses complémentaires en vue du diagnostic sont à privilégier pour choisir une prophylaxie, tant médicale que sanitaire. Par exemple, si le vétérinaire désire inclure un programme de vermifugations préventives dans le plan sanitaire d’élevage, il propose tout d’abord à l’éleveur des coproscopies de mélange de selles des chiens ou des chats par tranches d’âge. Le résultat des analyses permet de lister les parasites circulants dans l’élevage, et, en comparant avec la clinique observée, de choisir judicieusement les molécules à utiliser, les doses et les rythmes d’administration appropriés. De telles analyses sont aussi très utiles pour employer les meilleurs désinfectants (tableau 1).

2 Évaluation du plan de prophylaxie médicale

→ Les collectivités félines et canines constituent un milieu favorable à l’introduction, à la dissémination et à la persistance d’agents pathogènes viraux, bactériens ou parasitaires.

→ La prophylaxie a pour objet de prévenir le développement de maladies, dans un élevage en ce qui concerne cet article [8]. La prophylaxie médicale en élevage s’appuie principalement sur l’utilisation de vaccins et d’antiparasitaires internes et externes. Même si elle est indispensable, elle ne doit en aucun cas viser à pallier une déficience de l’élevage (en particulier, la surpopulation, le défaut de conception des bâtiments et de sectorisation, le non-respect de la marche en avant, la mauvaise gestion du protocole de nettoyage et de désinfection, etc.).

→ Les élevages étant très différents (origine des animaux, milieu de vie, mode de fonctionnement), le plan est à adapter au cas par cas, et au gré de l’évolution de la structure.

→ L’évaluation vise à répondre aux questions suivantes : quel antiparasitaire ou quel vaccin ? pour quel animal ? quand ? comment ?

Vaccination

→ La vaccination a plusieurs objectifs [18, 19]. Dans une population, elle permet de diminuer l’incidence de maladies infectieuses ciblées et de les contrôler [18]. Sur le plan individuel, elle limite ou empêche l’apparition de symptômes, et, dans certains cas, réduit l’excrétion microbienne consécutive à l’infection.

→ Différentes valences vaccinales sont disponibles en France (tableau 2).

→ D’une manière générale, tous les animaux de l’élevage sont concernés par la vaccination. De même, un animal ne peut entrer dans la collectivité sans avoir été vacciné, au besoin pendant la quarantaine. Il s’agit d’une erreur parfois constatée, et qui fait courir un risque à la collectivité ou à l’animal introduit.

→ Plus précisément, la nécessité et la fréquence d’administration doivent être évaluées pour chacune des valences disponibles. Celles-ci sont réparties en deux catégories :

– les valences “essentielles” ;

– les valences “non essentielles” (encadré 1).

Utilisation d’antiparasitaires internes

→ La prophylaxie vise en particulier des helminthes et des protozoaires digestifs. Elle a une importance sur le plan de la santé animale, mais aussi sur celui de la santé humaine puisqu’elle concerne certains parasites zoonotiques (Toxocara sp., Giardia intestinalis, par exemple).

→ La collectivité constitue un facteur de risque pour les protozooses et les helminthoses digestives, provoquées par des parasites qui présentent un cycle homoxène (Toxocara canis, Toxocara cati, Ancylostoma caninum, Uncinaria stenocephala, Trichuris vulpis, Giardia intestinalis, Tritrichomonas fœtus, Isospora spp., etc.). En cas d’accès à l’extérieur ou d’alimentation ménagère, la consommation d’hôtes intermédiaires (puces, tissus ou viscères de rongeurs, de bovins, etc.) est un facteur de risque pour les parasitoses dues à des parasites dont le cycle est hétéroxène (Dipylidium caninum, cestode du genre Tænia ou Echinococcus, etc.).

→ L’élaboration d’un plan de prophylaxie antiparasitaire passe par la connaissance de l’état parasitaire de l’élevage. Celui-ci est évalué par l’observation des animaux (aspect des selles, présence d’éléments parasitaires, état général) et le résultat de coproscopies parasitaires réalisées régulièrement. En effet, d’autres parasites que ceux cités plus haut et classiquement retrouvés peuvent être présents dans la collectivité, comme Strongyloides stercolaris (responsable de fièvre, d’abattement, de diarrhée, parfois hémorragique, de vomissements en particulier chez le jeune chien) ou Tritrichomonas fœtus (responsable de diarrhée chronique chez le chat).

→ Les animaux à introduire dans la collectivité doivent être mis en zone de quarantaine, où leur statut parasitaire est évalué (observation des selles, coproscopie), et un traitement antiparasitaire adapté est effectué si nécessaire.

→ Chez les animaux résidents, le rythme de traitement et les antiparasitaires utilisés varient en fonction de leur âge, de leur état physiologique et de leur mode de vie. D’une manière générale :

– chez les jeunes, la vermifugation (anthelminthique efficace sur les larves d’ascarides en migration) débute à partir de 2 (chiots) ou de 3 (chatons) semaines d’âge [2]. Elle est répétée toutes les 2 semaines jusqu’à 2 semaines après le sevrage, puis est poursuivie tous les mois jusqu’à l’âge de 6 mois [5]. Ce protocole a pour principal objectif de lutter contre Toxoxara canis et Toxocara cati. Un historique de giardiose dans la collectivité justifie l’utilisation d’un anthelminthique adapté (fenbendazole, oxfendazole, fébantel). Les coccidioses concernent les animaux de moins de 4 mois. En cas d’historique de coccidiose clinique (principalement isosporose) dans l’élevage, un traitement spécifique anticoccidien (toltrazuril, diclazuril) est conseillé. En pratique, il est réalisé environ 1 semaine avant l’âge de déclenchement connu des signes cliniques, car, expérimentalement, l’administration pendant la période prépatente, qui dure de 6 à 11 jours, prévient l’excrétion de parasites et diminue l’intensité de la diarrhée [6] ;

– les femelles gestantes et allaitantes sont traitées au quarantième jour de gestation, à la naissance des jeunes, puis au même rythme que leur portée. Un antiparasitaire larvicide vis-à-vis des ascarides et des ankylostomes est recommandé [2] ;

– pour les adultes, une vermifugation a minima trimestrielle (idéalement tous les mois) est conseillée (infestation possible par des ascarides), à défaut d’une évaluation coproscopique régulière. L’administration d’antiparasitaires selon une fréquence annuelle ou semestrielle, recommandée auparavant, ne permettrait pas de réduire le niveau de contamination de l’environnement (œufs de Toxocara) [5]. Une vermifugation a minima trimestrielle permet de lutter contre d’autres nématodes rencontrés en élevage, comme Trichuris vulpis (chien), Ankylostoma caninum (chien et chat) ou Uncinaria stenocephala (chien), si l’antiparasitaire utilisé possède le spectre adéquat. La consommation d’hôtes intermédiaires ou la présence de puces justifient l’administration d’un antiparasitaire actif sur les cestodes (praziquantel). À titre d’exemple, dans les zones endémiques d’échinococcose (partie est de la France, en extension), les chiens susceptibles d’être porteurs de larves d’Echinococcus sp. doivent être traités tous les mois avec un vermifuge contenant du praziquantel en raison du risque zoonotique [5].

3 Évaluation des locaux

→ En fonction de leur âge et de leur statut physiologique, infectieux (inconnu, indemne ou infecté) et clinique (malade ou sain), les animaux sont regroupés dans différents secteurs, dont les principaux sont :

– la maternité, où sont entretenues les femelles en fin de gestation et les mères accompagnées de leur portée, isolées les unes des autres. Il s’agit d’une zone particulièrement à risque sur le plan infectieux. Les paramètres environnementaux, et en particulier la température, sont à maîtriser (photo 1) ;

– le local (ou les locaux) des adultes, disposant éventuellement d’un accès extérieur grillagé. Le sol de la zone extérieure est préférentiellement en béton (ou un autre revêtement imperméable) ou en gravier afin de faciliter le nettoyage et l’évacuation des agents infectieux (photo 2). Pour les chats, ce local contient des espaces en hauteur, plusieurs zones d’alimentation et d’élimination nettement séparées entre elles, des griffoirs et des cachettes [13, 14] ;

– l’infirmerie, qui ne doit accueillir que les animaux malades ou convalescents. En l’absence d’occupants, elle ne doit servir ni de pièce de stockage, ni de zone d’hébergement, même temporaire (ce qui est souvent peu respecté dans la pratique). Elle est isolée du reste de l’élevage. La porte permettant d’y accéder ne doit pas se trouver dans une zone passante. Un système de ventilation indépendant est requis. Cependant, l’infirmerie est souvent absente des structures, ce qui favorise la diffusion et la persistance des agents pathogènes dans la collectivité ;

– le local de quarantaine qui permet d’isoler, avant introduction dans l’effectif, les animaux étrangers ou qui ont séjourné à l’extérieur de la collectivité (y compris pour les sorties pour concours). Pour le chat, par exemple, l’isolement devrait durer entre 10 et 21 jours (15 jours semblent être un bon compromis) [7, 13]. Durant cette période d’observation, les animaux pourront être testés (vis-à-vis, par exemple, du virus de la leucose féline [FeLV], de celui de l’immunodéficience féline [FIV], etc.), traités contre les parasites et vaccinés, en fonction des objectifs poursuivis. Le local de quarantaine est très souvent absent, ce qui favorise l’introduction d’agents pathogènes dans la collectivité ;

→ Les différents secteurs doivent être constitués de matériaux faciles à nettoyer et à désinfecter (éviter, par exemple, le bois et les parpaings bruts, ou les tapis) (photo 3). Le sol, non glissant, doit présenter une pente vers une évacuation, de façon à éliminer l’urine, ainsi que les liquides des phases de nettoyage et de désinfection.

→ Chaque secteur comprend un équipement dédié (matériel de nettoyage et de désinfection, gamelles, etc.), à ne pas mélanger avec celui d’autres parties de la structure. Il doit lui-même être facile à nettoyer et à désinfecter.

→ Le principe de la marche en avant régit les flux d’animaux, de personnes et de matériel dans les locaux(1). Il est fondé sur un gradient de contamination probable.

Tout retour en arrière doit être limité et précédé d’une hygiène stricte. Les chiots et les chatons, particulièrement sensibles, sont impérativement visités en premier. Les animaux en quarantaine le sont en dernier, après les malades en infirmerie. En effet, les animaux ponctuellement isolés en infirmerie sont infectés par des agents pathogènes présents dans la collectivité. A contrario, les animaux en quarantaine peuvent être porteurs d’agents étrangers, qu’il convient de ne pas faire entrer dans l’élevage ou le refuge.

4 Évaluation des paramètres d’ambiance

→ Les principaux paramètres d’ambiance à considérer sont la ventilation, la température, l’hygrométrie, l’éclairement et le bruit, qui peuvent avoir un impact sur la santé et le bien-être des animaux [1, 3, 9, 12-15]. Peu de données sont disponibles pour les collectivités canines et félines.

→ L’évaluation porte non seulement sur la zone où sont entretenus les animaux, mais aussi sur l’environnement immédiat de l’animal (par exemple les cages). Les paramètres d’ambiance peuvent y être très différents (moins de lumière, température, humidité et concentrations en gaz et en particules indésirables plus élevées).

Température

Pour les adultes en bonne santé, la température globalement recommandée se situe entre 18 et 29 °C, avec une température cible stable se situant autour de 21 à 24 °C. Néanmoins, la température ciblée doit être adaptée au cas par cas, chaque animal ayant une zone de neutralité thermique propre, dans laquelle aucune dépense énergétique n’est nécessaire pour la régulation de la température corporelle. Cette zone dépend de l’âge, de la race et de l’état de santé (les animaux en phase postopératoire, les chiots et les chatons, ainsi que les animaux malades sont plus sensibles au froid). Quelle que soit la température, les animaux doivent pouvoir se soustraire au froid ou à la chaleur (par exemple, accès à l’extérieur, abris, partie surélevée, etc.).

En pratique, l’observation permet de déterminer quelle température leur convient le mieux.

Hygrométrie

Une hygrométrie comprise entre 30 et 70 % d’humidité est acceptable. En pratique, une humidité excessive se repère par une odeur forte et persistante (animaux, produits d’hygiène) et la présence de condensation sur les vitres et les parois. Ce paramètre est difficile à maîtriser car il dépend en partie des conditions climatiques. Néanmoins, la réduction de la densité d’animaux, l’utilisation limitée de liquides (en particulier de nettoyeurs haute pression ou de générateurs de vapeur), le drainage des liquides et une ventilation adaptée permettent de limiter l’humidité. Comme pour la température, il convient d’éviter les fluctuations d’hygrométrie trop importantes.

Aération

L’aération participe à la stabilité de la température et du niveau d’humidité de l’environnement, et dilue les gaz irritants (NH3 par exemple), les poussières et les aérosols contenant des agents pathogènes [1]. D’une manière générale, une ventilation à hauteur de 10 à 15 renouvellements par heure est recommandée. Ce paramètre est aussi à adapter (nécessité, par exemple, de l’augmenter en cas de forte concentration d’individus ou d’atmosphère très contaminée). Idéalement, les zones sont isolées les unes des autres et l’air entrant doit être neuf.

En pratique, une odeur persistante, d’animal ou de produit de nettoyage ou de désinfection, une irritation respiratoire chez le personnel ou des troubles respiratoires fréquents chez les animaux peuvent signer un défaut d’aération. La circulation de l’air peut être évaluée par l’utilisation, en l’absence d’animaux, d’un fumigène ou de fumée de cigarette.

La vitesse de l’air ne doit pas non plus être excessive car elle diminue la température ressentie par l’animal, ce qui peut être dommageable, par exemple, en hiver. En pratique, la vitesse est évaluée par le test de la bougie : la flamme doit vaciller sans trop s’incliner.

5 Évaluation du personnel

Nombre

Il est très difficile de déterminer un effectif de chats ou de chiens correspondant à la charge de travail d’une personne. En effet, cela dépend beaucoup de l’installation des locaux, de la méthode d’élevage, de l’ergonomie et de l’organisation des postes de travail. En effet, les caractéristiques de l’aménagement idéal d’un élevage avec sectorisation et marche en avant ne sont pas rencontrées de manière systématique sur le terrain. Le fait d’être obligé de se déplacer physiquement d’un secteur à un autre pour récupérer du matériel, par exemple, conduit à allonger la durée des phases de travail et à augmenter les risques sanitaires. En pratique, il semble que l’objectif soit d’un poste de travail à temps plein pour une vingtaine de chiens. Au cours de la visite, il convient d’apprécier globalement la charge de travail, et l’adéquation entre l’effectif du personnel et celui des animaux. Si elle paraît très nettement excessive, en particulier si l’éleveur est double actif (travail à l’extérieur en plus de ses animaux) ou s’il élève différentes espèces, quelques écarts d’hygiène ou de rangement dans les locaux, voire des troubles sanitaires associés peuvent être observés.

Organisation

Pour les éleveurs qui doivent déléguer tout ou partie de leurs tâches quotidiennes à des salariés, il est primordial de bien définir les tâches et d’éviter le plus possible les allées et venues intempestives entre les différents secteurs de l’élevage. Il est essentiel de garder à l’esprit la sectorisation et, si possible, d’attribuer une ou deux personnes à chaque secteur en mettant à disposition sur place tous les instruments qui leur sont nécessaires dans leur travail. Il est impératif de protéger au maximum les secteurs sensibles (maternités), et, si possible, de limiter les entrées et sorties de personnes dans ces zones protégées.

Les secteurs souillés doivent aussi être l’objet de beaucoup d’attention pour réduire la sortie de micro-organismes et la contagion dans le reste de l’élevage. Ainsi, ils sont visités en dernier (infirmerie puis quarantaine), tant par les visiteurs externes que par l’éleveur ou ses salariés à la fin des séquences de travail.

Conclusion

La prophylaxie sanitaire est aussi importante que la prophylaxie médicale dans la gestion des maladies infectieuses en collectivités félines et canines. Le vétérinaire doit donc passer une partie importante de son temps lors de la visite à évaluer non seulement les techniques de nettoyage et de désinfection, mais également les matériaux utilisés ou la circulation du personnel dans l’élevage. Il convient également de consacrer du temps à expliquer à l’éleveur l’intérêt de cette prophylaxie sanitaire de manière à le motiver pour le suivi de ces recommandations.

  • (1) Voir l’article “Comment réaliser une visite d’élevages canins et félins” des mêmes auteurs, dans ce numéro.

Références

  • 1. Anonyme. Guide for the care and use of laboratory animals. The National Academies Press, Washington DC. 2011:246p.
  • 2. Beugnet F et coll. Critères de choix des vermifuges et des protocoles de vermifugation. Dans : Abrégé de parasitologie clinique des carnivores domestiques. Kaliansis. 2004.
  • 3. Davis UC. Koret shelter Medicine program. http://www.sheltermedicine.com/shelter-health-portal/information-sheets/facility-design-and-animal-housing.
  • 4. De Cramer KG, Stylianides E, van Vuuren M. Efficacy of vaccination at 4 and 6 weeks in the control of canine parvovirus. Vet. Microbiol. 2011;149(1-2):126-132.
  • 5. European Scientific Counsel Companion Animal Parasites (ESCCAP). Traitement et prévention des parasitoses des carnivores domestiques: nématodes et cestodes parasites du chien et du chat. Dans : Guide de recommandations. 2013.
  • 6. European Scientific Counsel Companion Animal Parasites (ESCCAP). Traitement et prévention des parasitoses des carnivores domestiques: protozoaires digestifs parasites du chat et du chien. Dans : Guide de recommandations. 2013.
  • 7. Foley J. Prevention and management of infectious diseases in multiple-cat environments. In: Infectious disease of the dog and the cat. Ed. Saunders Elsevier. 2012.
  • 8. Garnier M et coll. Dictionnaire illustré des termes de médecine. Maloine. 2006.
  • 9. Grandjean D and coll. Guide pratique de l’élevage canin. Ed. Royal Canin. 2009:431p.
  • 10. Green C. Immunoprophylaxis. In: Infectious diseases of the dog and the cat. Ed. E.?­Saunders. 2012:1163-1205.
  • 11. Hosie MJ et coll. ABCD recommendations for indoor/outdoor cats, rescue shelter cats and breeding catteries. J. Feline Med. Surg. 2013;15:540-544.
  • 12. Hurley KF. Feline infectious disease control in shelters. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2005;35(1):21-37.
  • 13. Malandain E et coll. Guide pratique de l’élevage félin. Royal Canin. 2006.
  • 14. Miller L, Hurley K. Infectious disease management in animal shelter. Ed. Wiley-Blackwell. 2009:400p.
  • 15. Miller L, Zawistowski S. Shelter medicine for veterinarians and staff. 2nd ed. Ed. Blackwell. 2004:736p.
  • 16. Scherk MA et coll. 2013 AAFP Feline Vaccination Advisory Panel Report. J. Feline Med. Surg. 2013;15(9):785-808.
  • 17. Thiry E. Parvovirose canine. Dans : Virologie clinique du chien et du chat. Éd. Point Vétérinaire, Maisons-Alfort. 2002:29-41.
  • 18. Tizard I. The use of vaccines. In: Veterinary immunology: an introduction. Ed. Saunders, Philadelphia. 2004:260-271.
  • 19. Toma B and coll. Les armes disponibles. Dans : Épidémiologie appliquée à la lutte collective contre les maladies transmissibles majeures. AAEMA, Maisons-Alfort. 2001:337-409.
  • 20. WSAVA guidelines for the vaccination of dogs and cats. J. Small Anim. Pract. 2010;51(6):1-32.

Conflit d’intérêts

Pierre Bergamo est salarié du laboratoire Merial. Catherine Boucher et Aurélien Grellet sont salariés de la compagnie Royal Canin.

ENCADRÉ 1
Protocoles vaccinaux en fonction du type de valence

→ Les valences “essentielles” (dites “core”) sont recommandées pour tous les animaux, quel que soit leur mode de vie [11]. Leur administration en collectivité est incontournable, avec la séquence suivante :

→ – une primovaccination, réalisée en deux injections au minimum, à 2 et 3 mois d’âge. Une injection de primovaccination supplémentaire aux alentours de l’âge de 4 mois est conseillée en particulier pour les valences C, H, P (maladie de Carré, hépatite de Rubarth, parvovirose) pour le chien et C, P (calicivirose, panleucopénie) pour le chat, en raison de l’inhibition potentielle des virus vaccinaux par les anticorps d’origine maternelle (encadré 2 et figure). Ces trois administrations, incontournables en élevage, peuvent s’accompagner d’injections supplémentaires en fonction du niveau de risque [16]. Ainsi, certains experts européens recommandent de vacciner les chatons en élevage toutes les 2 semaines à partir de l’âge de 2 mois, jusqu’à l’âge de 3 mois pour la valence R (herpèsvirose) et jusqu’à l’âge de 4 mois pour la valence C (calicivirose) [11]. De même, en cas d’épizootie ou d’enzootie de parvovirose en collectivité canine, un protocole particulier peut être mis en place à l’aide de vaccins monovalents surtitrés ;

– un premier rappel annuel, nécessaire pour toutes les valences de cette catégorie [10, 11, 16, 20]. Il fait partie intégrante du protocole de primovaccination ;

– les rappels suivants se font annuellement (R, C chez le chat) ou avec un intervalle de temps supérieur (par exemple 3 ans) (C, H, P chez le chien, P chez le chat), selon les données fournies par le laboratoire producteur [10, 11].

→ Les valences “non essentielles” (dites “non core”) sont à administrer en fonction du risque d’exposition à l’agent pathogène considéré [11]. Leur administration peut être utile en collectivité. La primovaccination nécessite généralement deux administrations, soit en même temps que les valences essentielles (par exemple L [leptospirose] pour le chien ou Ch [chlamydophilose] pour le chat), soit de manière décalée (par exemple “toux de chenil”). L’âge d’administration est fixé selon l’âge d’apparition de la maladie ou de l’exposition possible à l’agent pathogène visé (exposition, salon de vente, etc.) et les données fournies par le laboratoire producteur. Chez l’adulte, les rappels se font généralement sur une base annuelle.

ENCADRÉ 2
Anticorps maternels et interférence vaccinale chez le chiot et le chaton

→ Le transfert d’anticorps de la mère au jeune s’effectue principalement lors de la prise colostrale durant les premières heures de vie. Le titre individuel en anticorps dirigé contre un agent pathogène (par exemple, le parvovirus canin) est très variable d’un chiot à un autre, y compris dans une même fratrie (en fonction de la concentration en anticorps du colostrum, de la quantité de colostrum absorbé, etc.). Chez un même animal, la cinétique de décroissance des taux d’anticorps dirigés contre des agents pathogènes est fonction de leur demi-vie. Pour un agent donné, au cours du temps, le taux décroît et franchit deux seuils : un premier, “protecteur”, en dessous duquel le chiot devient sensible à la maladie et un second dit d’“interférence vaccinale”, en dessous duquel les anticorps maternels n’inhibent plus la réaction immunologique espérée à la suite de l’injection du vaccin. Ces deux seuils permettent de définir une période critique, qui est celle durant laquelle le chiot est sensible à l’infection, tout en étant réfractaire à la vaccination. La cinétique des anticorps étant très variable, la période critique peut apparaître très précocement chez certains individus (4 semaines) et prendre fin très tardivement pour d’autres (16 semaines).

→ Dans un environnement à risque de parvovirose (notamment un contexte ou un historique d’épizootie ou d’enzootie), le protocole vaccinal doit être adapté, avec comme objectifs d’induire une immunité active précoce et de réduire la période critique. Dans ce cadre, il est nécessaire d’utiliser un vaccin monovalent dit “surtitré” qui a la capacité de relever le seuil d’inhibition vaccinale. En pratique, le protocole vaccinal est à adapter au cas par cas : cela va de l’administration simple d’un vaccin monovalent surtitré à l’âge de 6 semaines (dans un environnement sans parvovirose clinique) aux injections précoces (à partir de l’âge de 6, 5, voire 4 semaines) et répétées (tous les 10 jours) du même type de vaccin jusqu’à l’âge de 12 semaines [4, 17].

1. L’environnement, et en particulier la température, est un paramètre important en maternité.

FIGURE
Illustration de la période critique chez le chaton et le chiot

2. Air de détente en gravier.

3. Parcours extérieur d’une chatterie.

TABLEAU 1
Principales familles de désinfectants

TABLEAU 2
Valences vaccinales “essentielles“ et “non essentielles”, disponibles en France pour le chat vivant en élevage et le chien

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