Le point Vétérinaire n° 350 du 01/11/2014
 

IMAGERIE DES REPTILES

Technique

Adeline Berthelet*, Christophe Bulliot**


*Exotic Clinic, 38, rue d’Arqueil,
77176 Nandy
**Vice-président du GENAC

Une nouvelle technique de sexage des reptiles par échographie permet une approche non invasive, rapide et peu stressante pour les animaux.

Le sexage fait partie des attentes les plus fréquentes des propriétaires de reptile, que ce soit pour la simple connaissance du sexe de leur animal ou pour en prévoir la reproduction. Ce dernier point est un enjeu majeur pour les professionnels.

Les squamates (lézards et serpents) des deux sexes possèdent deux poches hémi-péniennes caudales au cloaque, situées ventralement et latéralement à la base de la queue. Les mâles présentent deux hémipénis invaginés dans ces poches. Ces dernières sont beaucoup moins développées chez les femelles, chez lesquelles elles sont vides et partiellement comblées de tissu de fibrose.

Les six méthodes classiques de sexage

Classiquement, il existe six méthodes de sexage chez les lézards et les serpents : l’éversion, le sondage, la luminescence, l’échographie abdominale, l’endoscopie et la radiographie [2].

→ L’éversion. Une pression douce et constante est appliquée à l’aide du pouce quelques centimètres caudalement au cloaque et en direction de celui-ci sur toute la face ventrale de la queue pour les petits spécimens ou latéralement pour les plus grands, afin d’augmenter la pression dans les poches hémipéniennes et de provoquer une éversion des hémipénis.

→ Le sondage. Une sonde de sexage ou une sonde urinaire est délicatement introduite dans une poche hémipénienne. La longueur de sonde introduite oriente vers un sexe femelle (moins de cinq écailles ventrales) ou mâle (plus de huit écailles ventrales). Une incertitude subsiste entre cinq et huit écailles ventrales.

→ La luminescence. Elle se pratique généralement sur de très jeunes reptiles en appliquant une source de lumière au contact de la peau, dorsalement aux premières vertèbres coccygiennes, pour visualiser par transparence les hémipénis.

→ L’échographie abdominale. Elle est peu indicative chez des animaux non pubères. De l’expérience et de la technicité sont nécessaires pour reconnaître les testicules intra-abdominaux chez les lézards (non visualisables chez les serpents) ou les grappes ovariennes chez une femelle pubère.

→ La cœlioscopie. Elle est réalisée sous anesthésie générale à l’aide d’un endoscope rigide, introduit généralement en avant du membre postérieur gauche, le long du flanc chez les lézards, afin de rechercher les grappes ovariennes. Cette technique présente l’avantage de pouvoir sexer des animaux non matures sexuellement.

→ La radiographie. Elle est utilisée de façon plus anecdotique chez certains varanidés dont les hémipénis sont calcifiés (tableau).

Une nouvelle technique non invasive et rapide

→ Nous proposons une technique de sexage non invasive et simple, rapide et très peu stressante pour les animaux. Elle repose sur la réalisation d’une échographie de la base de la queue à l’aide d’une sonde droite à haute fréquence (10 à 16 MHz) (photos 1 et 2). Cette technique a été présentée pour la première fois chez les ophidiens par Gnudi et coll. [1]. Nous la proposons également chez les lézards. Bon nombre d’espèces à queue large et épaisse sont très délicates à sexer par les méthodes conventionnelles (varan, scinque, héloderme, etc.) (photos 3 et 4). Cette technique revêt un intérêt certain dans le cadre de l’élevage.

→ Les poches sont facilement identifiables, en cercles réguliers anéchogènes et/ou hypoéchogènes de part et d’autre des muscles coccygiens.

→ Chez les femelles, ces poches sont moins longues et exemptes de variations d’échogénicité en leur centre (photo 5). Chez les mâles, par la présence des deux hémipénis, une forme en cible est facile à identifier (photo 6). Les muscles hypoéchogènes entourent la poche hémipénienne à paroi isoéchogène très fine. La lumière de la poche est anéchogène, avec en son centre un cercle hyperéchogène représentant la partie fibreuse des hémipénis.

Conclusion

L’échographie est essentiellement utilisée en médecine herpétologique dans le suivi de la reproduction de certaines femelles et le diagnostic des rétentions préovulatoires pour lesquelles elle est l’examen complémentaire de choix. Nous tendons à développer une technique de sexage par échographie jusqu’alors peu décrite. Elle est simple et rapide et peut être un apport intéressant dans un suivi d’élevage, aussi bien que pour un propriétaire particulier.

REMERCIEMENTS

À Mme Charlotte Hubler pour son prêt de reptiles et au Dr Bonnefont, UCVet (54, rue Stendhal, 75020 Paris), pour sa relecture amicale.

En savoir plus

1. Gnudi G, Volta A, Di Ianni F et coll. Use of ultrasonography and contrast radiography for snake gender determination. Vet. Radiol. Ultrasound. 2009;50(3):309-311.

2. Mader DR. Reptile medicine and surgery. Ed. Elsevier Health Sciences. 2005.

1. Technique de contention pour la réalisation d’une échographie de sexage chez un lézard (agame barbu, Pogona vitticeps).

2. Visualisation de la position de la sonde pour la recherche des hémipénis. Une sonde linéaire est plus facile d’utilisation qu’une sonde semi-circulaire qui ne permet pas de visualiser les deux poches hémipéniennes sur la même image chez des animaux de plus de 200 ou 300 g et dont la résolution est moindre. Une sonde de 12 à 14 MHz est indiquée dans ce type d’échographie.

3. Échographie de la queue d’un varan femelle (Varanus macraei). Les deux poches péniennes sont délimitées par une paroi fine hyperéchogène (paroi fibreuse, flèche) et possèdent une lumière centrale, anéchogène à légèrement hypoéchogène (car pouvant être fibrosée) (étoile). L’absence de point hyperéchogène central est recherchée chez les femelles. Les zones fibrosées ne doivent pas être confondues avec un hémipénis. Pour cela, il convient de bien balayer l’intégralité des deux poches, en commençant proximalement, et de rechercher la continuité de l’hémipénis sur toute la longueur.

4. Échographie de la queue d’un varan mâle (Varanus macraei). La paroi de la poche hémipénienne est moins identifiable car elle est moins fibrosée que celle de la femelle. Elle peut être plus difficile à délimiter, mais la lumière centrale est totalement hypoéchogène avec une tache représentant un tiers à la moitié de sa surface hyperéchogène. L’hémipénis peut être suivi tout le long de la poche hémipénienne.

5. Échographie de la queue d’un serpent femelle (python royal, Python regius). Les poches sont bien visibles, en partie repliées sur elles-mêmes par la compression de la sonde échographique. Cela peut être le signe qu’il s’agit d’une femelle, car, chez le mâle, l’hémipénis empêche la poche de s’effondrer sur elle-même. Rouge : paroi de la poche ; vert : lumière de la poche.

6. Échographie de la queue d’un serpent mâle (Boa constrictor imperator). Les deux hémipénis sont bien visualisables, hyperéchogènes et circulaires (vert). Rouge : paroi de la poche.

TABLEAU
Avantages et inconvénients des techniques conventionnelles de sexage des squamates

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