Le point Vétérinaire n° 350 du 01/11/2014
 

ANTIBIOTIQUES EN EUROPE

Thérapeutique

Éric Vandaële

Le Fougerais
44850
Saint-Mars-du-Désert

En Europe, les ventes d’antibiotiques vétérinaires en mg/kg ont diminué de 3,7 % en 2012 et de 14,9 % depuis 2010.

Aux Pays-Bas, les ventes d’antibiotiques vétérinaires ont chuté de moitié en 2 ans. En France et en Italie, elles ont diminué de plus de 20 %. En Espagne et en Allemagne, elles stagnent. Le Royaume-Uni, quant à lui, rebondit : + 29 % en 2012 après avoir dégringolé de 28 % en 2011.

Ainsi, la situation est très contrastée entre les États, qu’ils soient de grands ou de petits pays d’élevage. L’Agence européenne du médicament (EMA) vient de publier l’Esvac (European Surveillance of Veterinary Antimicrobial Consumption) 2012, son rapport annuel de suivi des ventes d’antibiotiques vétérinaires dans 27 pays européens : 24 États de l’Union européenne, avec, de plus, la Suisse, la Norvège et l’Islande.

Une moyenne à 145 mg/kg au lieu de 151 mg/kg

L’exposition moyenne des 26 pays (hors la Suisse) ramenée à la biomasse est de 145 mg/kg, contre 151 mg/kg en 2011, soit une diminution de 3,7 %. En 2010, l’exposition moyenne était de 131 mg/kg sur 19 États. Depuis 2010, c’est-à-dire en 2 ans, à périmètre constant (19 pays), la baisse serait de 14,9 % (- 15,4 % pour les ventes et - 0,6 % pour la biomasse).

→ Deuxième producteur d’animaux de rente, la France, à 103 mg/kg, se classe au neuvième rang européen de la consommation antibiotique. Elle est très en dessous de la moyenne européenne, mais bien au-dessus de la médiane à 70 mg/kg.

→ Car trois “grands” pays en termes de productions animales, l’Italie, l’Allemagne, et l’Espagne, tirent la moyenne vers le haut avec des consommations se situant entre 200 et 350 mg/kg.

→ L’indice d’exposition retenu (mg/kg de biomasse) reste très imparfait car il ne tient pas compte de la dose, du rythme et de la voie d’administration, ni de la durée du traitement. Aucune donnée de vente n’est ventilée par espèces animales. Le poids des animaux de compagnie n’est pas inclus dans l’indice.

Le (dé) couplage n’est pas corrélé aux usages

→ Comme pour les antibiotiques humains, il existe bien une sorte de gradient Nord-Sud dans l’usage des anti-infectieux vétérinaires. Les pays d’Europe du Nord utilisent trois à cinq fois moins d’antibiotiques que la moyenne européenne à 145 mg/kg (figure 1). Alors que les États méditerranéens sont, avec l’Allemagne à 246 mg/kg, les plus gros consommateurs : Chypre se situant à 400 mg/kg, l’Italie à 341 mg/kg (mais en forte baisse) et l’Espagne à 246 mg/kg. La Norvège reste le pays le plus économe, à 3,8 mg/kg, en y incluant son importante filière piscicole, juste devant l’Islande (5,9 mg/kg), deux États hors de l’UE28.

→ Les plus petits (les pays scandinaves) et les plus gros (Italie et Espagne) consommateurs appliquent un découplage assez strict. Seuls les pharmaciens peuvent vendre les antibiotiques aux éleveurs. Ce sont d’ailleurs les seuls États qui ont adopté ce découplage. Dans la plupart des autres pays, qu’ils soient faiblement ou fortement consommateurs, les vétérinaires peuvent vendre les antibiotiques qu’ils prescrivent. À l’évidence, aucun lien entre le (dé) couplage et les ventes ne peut être établi, ni dans un sens, ni dans l’autre.

→ Les dix pays les plus fortement consommateurs d’antibiotiques sont ceux qui emploient les formes orales à plus de 80 %, qu’il s’agisse des prémélanges ou des poudres et des solutions orales. À l’inverse, les États les moins consommateurs emploient davantage les formes injectables.

Le poids des tétracyclines et de la filière porcine

Les tétracyclines et les pénicillines sont les antibiotiques les plus utilisés en Europe en mg/kg à, respectivement, 37 % et 22 %, soit 60 % du tonnage ramené à la biomasse. Les pays les plus faiblement consommateurs d’antibiotiques prescrivent davantage de pénicillines que de tétracyclines, alors que c’est l’inverse dans les autres États.

→ Le classement européen des pays les plus fortement consommateurs est surtout corrélé à l’importance des filières hors-sol, la production porcine surtout. L’usage des tétracyclines est d’ailleurs plus élevé pour ces filières. Le Danemark fait toutefois exception, avec 80 % de production hors-sol (porcs surtout) et une très faible consommation d’antibiotiques (44 mg/kg).

→ À l’inverse, les pays qui pratiquent des systèmes d’élevage extensifs, avec des ruminants surtout, sont plus faiblement consommateurs d’antibiotiques.

Le podium : Pays-Bas, France et Italie

→ Les Pays-Bas sont les champions d’Europe de la réduction des ventes d’antibiotiques. Celles-ci ont diminué de moitié en 2 ans (2011 et 2012) et de 34 % pour la seule année 2012.

→ Au deuxième rang, la France a baissé ses consommations de 22 % en 2 ans.

→ L’Italie est sur la troisième marche du podium avec une décroissance de 20 % en 2 ans.

→ Les usages sont en diminution importante, de plus de 10 % en 2 ans, dans neuf autres pays.

Un surstockage de tétracyclines outre-Manche

→ À l’inverse, quatre pays voient leurs ventes d’antibiotiques croître dans de fortes proportions en 2012 par rapport à 2011 : le Royaume-Uni (+ 29 %, à 66 mg/kg), la Hongrie (+ 28 %, à 246 mg/kg), l’Irlande (+ 18 %, à 58 mg/kg) et la Lettonie (+ 17 %, à 41 mg/kg). Ces augmentations conséquentes en 2012 compensent de fortes diminutions en 2011 (figure 2). Et le bilan est donc mitigé sur 2 ans. Au Royaume-Uni, l’augmentation est associée à un surstockage de tétracyclines en 2010 par anticipation de modifications défavorables en 2011. L’année 2012 marque donc le retour à un niveau habituel des ventes de tétracyclines dans ce pays. La hausse reste inexpliquée en Hongrie (figure 3 complémentaire sur www.lepointveterinaire.fr).

→ Les ventes ne diminuent pas dans deux grands États fortement consommateurs d’antibiotiques : l’Allemagne à 205 mg/kg (au lieu de 211 mg/kg en 2011) et l’Espagne à 242 mg/kg (contre 241 mg/kg en 2011). La stagnation des ventes d’antibiotiques en Espagne masquerait une forte décroissance de l’ordre de 20 % en 2 ans. En effet, un laboratoire représentant 21 % du tonnage n’aurait pas déclaré ses ventes en 2010, mais seulement en 2011 et en 2012. De ce fait, les ventes 2010 auraient été très sous-estimées. Celles de 2011, puis de 2012 seraient donc en très forte baisse par rapport à 2010.

Conclusion

À l’avenir, le suivi européen des ventes d’antibiotiques devrait davantage s’intéresser aux usages qu’aux tonnages. Il serait alors possible de mieux appréhender les écarts de l’antibiothérapie entre le porc danois et le porc espagnol.

Pour en savoir plus

EMA. Sales of veterinary antimicrobial agents in 26 European Union/ European Economic Area countries in 2012. Fourth European Surveillance of Veterinary Antimicrobial Consumption report (Esvac). 15 octobre 2014.

http://www.ema.europa.eu/docs/en_GB/document_library/Report/2014/10/WC500175671.pdf

La liste des derniers rapports annuels publiés sur le suivi des consommations d’antibiotiques en 2012 dans les différents États figure en page 112 du rapport Esvac avec les liens permettant de les télécharger.

FIGURE 1
Consommations européennes d’antibiotiques par pays en 2012

Les colonnes bleues correspondent aux pays où les ventes d’antibiotiques sont réalisées à plus de 50 % par les vétérinaires qui les ont prescrits. Les colonnes vertes représentent les pays où ces ventes sont effectuées seulement par des pharmacies spécialisées ou non dans la distribution des médicaments vétérinaires. Les colonnes orange correspondent à des cas plus complexes avec d’autres intervenants et une part minoritaire des vétérinaires dans les ventes.

FIGURE 2
Évolution des consommations européennes par pays de 2010 à 2012

Dans cette figure, les pays sont classés selon l’évolution des ventes entre 2011 et 2012.

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