Le point Vétérinaire n° 349 du 01/10/2014
 

THÉRAPIES NON CONVENTIONNELLES

Dossier

Yassine Mallem

Oniris,
Unité de physiopathologie animale
et de pharmacologie fonctionnelle
44307 Nantes Cedex 3

Le concept de “médecines douces”, qui présuppose à tort que la médecine habituelle est “dure”, a vécu. Les médecines non conventionnelles sont désormais intégrables dans la pratique quotidienne.

Résumé

→ Les thérapies non conventionnelles sont des médecines qui reposent sur une approche holistique de la relation vétérinaire-animal-propriétaire. Elles peuvent être complémentaires ou alternatives. Même si elles ne répondent pas aux principes de la médecine occidentale, elles soignent ou préviennent depuis longtemps. Trois d’entre-elles : la phytothérapie, l’acupuncture et l’ostéopathie reposent sur des bases dont les évaluations débutantes révèlent, au moins en partie, le fonctionnement. Elles ont chacune leurs intérêts et leurs limites mais peuvent être utilisées pour certaines applications en pratique quotidienne. Ce sont des pratiques d’avenir.

Summary

Unconventional therapies in veterinary medicine

→ Unconventional therapies are medicines based on a holistic approach to the veterinarian-pet-owner relationship. They can be complementary or alternative. Although they do not meet the principles of Western medicine, they have been used as treatment or for prevention for a long time. Initial assessments, based on basic data, indicate that three of these therapies (herbal medicine, acupuncture and osteopathy) work to some degree. Each of these therapies has advantages and limitations but can be used for certain applications in daily practice. They are promising therapies for future use in practice.

Key words

Unconventional therapies, herbal medicine, acupuncture, osteopathy

Les thérapies non conventionnelles, dites aussi complémentaires (remèdes adjuvants) ou alternatives (remèdes principaux), correspondent à des approches de la guérison qui ne sont pas fondées sur les principes de la médecine occidentale. Cette dernière adopte une démarche plus rationnelle et continue à prôner comme seuls critères d’un abord thérapeutique la connaissance la plus complète possible des modes d’action et l’identification du ou des principes actifs.

1 Présentation des thérapies non conventionnelles

Les thérapies non conventionnelles sont des approches holistiques (point de vue consistant à considérer les phénomènes comme des totalités) qui privilégient la relation entre le vétérinaire, le propriétaire et l’animal, ainsi que la prise en charge globale de ce dernier. Elles se révèlent utiles aussi bien en prévention qu’en traitement curatif, particulièrement chez les animaux atteints d’affections chroniques ou de maladies dont les signes cliniques ne régressent pas après un traitement conventionnel ou allopathique.

Cinq catégories de thérapies non conventionnelles sont généralement reconnues :

– les thérapies à fondement biologique (phytothérapie, etc.) ;

– la thérapie énergétique (acupuncture, etc.) ;

– les manipulations et les thérapies corporelles (ostéopathie, chiropraxie, etc.) ;

– les systèmes de médecine globale (homéopathie, etc.) ;

– la médecine corps-esprit (techniques de relaxation, etc.).

La majorité d’entre elles n’ont pas été évaluées, pour la médecine aussi bien humaine que vétérinaire, dans les “essais cliniques” qui font aujourd’hui autorité, et le seront probablement que très peu, pour des raisons essentiellement réglementaires et financières.

2 Phytothérapie, acupuncture et ostéopathie

Ce dossier passe en revue trois thérapies non conventionnelles : la phytothérapie, l’acupuncture et l’ostéopathie, avec leurs principes généraux, leurs applications, ainsi que leur intérêt et leurs limites dans la pratique vétérinaire.

Phytothérapie

Concernant la phytothérapie, l’utilisation des plantes et de leurs préparations s’appuie essentiellement sur la force de l’empirisme, le poids de la tradition et sur des preuves de mécanismes physiologiques (photo 1). La problématique majeure reste de déterminer la signification des interactions possibles entre les constituants des plantes, et d’identifier le véritable support de l’effet pharmacologique (plus d’une centaine de composants différents dans une même plante) et du bénéfice thérapeutique. Sur le terrain, les plantes ou leurs extraits sont de plus en plus employés en médecine vétérinaire, mais cette pratique rencontre bien des résistances de la part d’un bon nombre de praticiens car elle est fondée sur des affirmations insuffisamment démontrées. Cependant, il est désormais possible de considérer que les produits de la phytothérapie, dont l’usage est traditionnellement établi, doivent être intégrés dans l’arsenal thérapeutique quotidien du vétérinaire, sans qu’ils en soient exclus sous le prétexte que leur composition et leur mode d’action sont insuffisamment connus.

Sur le plan réglementaire, l’administration de produits à base de plantes à des animaux est possible pour les spécialités pharmaceutiques vétérinaires contenant des extraits végétaux qui possèdent une autorisation de mise sur le marché (par exemple Phytophale®), mais aussi pour des préparations magistrales de substances végétales qui ont la qualité de matières premières d’usage pharmaceutique au sens de la pharmacopée française. Chez les animaux de production, seuls les plantes ou les extraits de plantes ne relevant pas du champ d’application des limites maximales de résidus doivent être utilisés. Cependant, l’usage de ces préparations par les propriétaires d’animaux n’est pas autorisé dans le cadre d’une automédication.

Acupuncture

L’acupuncture, littéralement « l’art des aiguilles et des moxas », est reconnue comme une approche complémentaire de la guérison, mais son efficacité reste scientifiquement controversée et varie selon la technique employée (photo 2). Il s’agit d’une pratique dont les effets sont multiples et dont les mécanismes sont maintenant en grande partie élucidés. Cependant, à ce jour, peu d’études contrôlées ont évalué son utilité clinique chez les animaux. Néanmoins, trois applications majeures lui sont reconnues en médecine vétérinaire : la médecine sportive, la médecine gériatrique et la gestion des douleurs. Certains auteurs recommandent son emploi comme traitement adjuvant à l’allopathie dans le cadre d’une prise en charge multimodale de la douleur associée à certaines affections, telles que l’arthrose et les maladies vertébrales chroniques. De manière générale, l’acupuncture est tolérée, mais elle doit être utilisée avec précaution par des vétérinaires qualifiés, notamment chez les femelles gestantes et dans certaines zones du corps telles que la cage thoracique et les yeux. Les essais cliniques dans ce domaine sont de plus en plus nécessaires. Ils devraient se traduire par une meilleure compréhension du bénéfice thérapeutique de l’acupuncture et probablement par un élargissement de son champ d’application.

Ostéopathie

À la différence de la phytothérapie et de l’acupuncture, dont la pratique est très ancienne, l’ostéopathie est une thérapie manuelle qui a réellement pris son essor en médecine vétérinaire au cours de ces 20 dernières années (photo 3). Elle a pour objectif de supprimer les déséquilibres fonctionnels par une réharmonisation des rapports de mobilité et de fluctuation des structures anatomiques.

Elle se veut une approche holistique, complémentaire ou principale. Ses applications cliniques en médecine vétérinaire sont larges, mais la preuve de leur efficacité et de leur innocuité reste d’un niveau très modeste jusqu’à présent.

Conclusion

Depuis quelques années, la popularité et l’engouement pour les médecines complémentaire et alternatives n’ont cessé d’augmenter en France et dans le monde. Les propriétaires d’animaux, épris de “naturel”, utilisent ces thérapies pour leurs animaux et pour eux-mêmes, notamment en cas d’inefficacité des traitements conventionnels ou lorsque leur usage est associé à des effets indésirables délétères. Aujourd’hui, l’intégration de ces approches dans la pratique vétérinaire est importante car la demande des propriétaires d’animaux est grandissante. De plus, leur association avec la thérapie conventionnelle devrait offrir au praticien une meilleure stratégie thérapeutique pour l’animal. Le vétérinaire désireux d’intégrer dans sa pratique des approches non conventionnelles, et en attendant la preuve complète de leur bien-fondé, doit donc davantage se familiariser avec celles qui sont perçues comme non toxiques ou dont le bénéfice potentiel et/ou les effets secondaires sont bien caractérisés.

Conflit d’intérêts

Aucun.

1. La phytothérapie est l’utilisation médicale des plantes et de leurs préparations. C’est une médecine ancestrale dont les applications modernes permettent une intégration à tout arsenal thérapeutique.

2. L’acupuncture est l’“l’art des aiguilles et des moxas”. Elle a trois applications majeures en médecine vétérinaire : la médecine sportive, la médecine gériatrique et la gestion des douleurs.

3. L’ostéopathie est une thérapie qui a pour objectif de supprimer les déséquilibres fonctionnels. C’est une approche holistique avec des applications cliniques larges.

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