Le point Vétérinaire n° 344 du 01/04/2014
 

RÉSIDUS DANS LE LAIT

Thérapeutique

Éric Vandaële

Le Fougerais
44850 Saint-Mars-du-Désert

Le closantel, le triclabendazole et le nitroxinil ne peuvent plus être employés au tarissement. L’oxyclozanide perd ses délais d’attente nuls.

La fasciolose est sans doute l’une des parasitoses les plus graves chez les bovins laitiers. En quelques mois, l’arsenal thérapeutique a fondu comme neige au soleil chez les vaches laitières en raison de la problématique des résidus de douvicides dans le lait.

Depuis la fin de l’année 2013, trois douvicides parmi les plus efficaces, le closantel, le triclabendazole et le nitroxinil, sont contre-indiqués non seulement en lactation, mais aussi pendant tout le tarissement. Leurs résumés des caractéristiques du produit (RCP) restreignent leur emploi aux jeunes génisses ou aux agnelles, sauf dans le dernier trimestre ou le semestre avant le vêlage, voire un an avant l’agnelage. Pire, le pour on bovin Cydectine® Triclamox est contre-indiqué à tout âge chez les génisses futures laitières.

4 jours et demi pour l’oxyclozanide

Jusqu’à récemment, l’oxyclozanide (Zanil®, Douvistome®) était le seul douvicide possiblement appliqué en lactation avec un temps d’attente lait de zéro jour. Mais, depuis le 7 janvier, les temps d’attente lait ont été portés à 4,5 jours chez la vache et à 7 jours chez les brebis (encadré).

Néanmoins, il devient l’un des seuls douvicides qui peut être employé au tarissement (avec l’albendazole à dose douvicide).

Les autres molécules, le closantel, le triclabendazole, le nitroxinil, voire le clorsulon, seules ou en association, sont contre-indiquées, même au tarissement.

Auparavant, par absence de limite maximale des résidus (LMR) dans le lait, les RCP prévoyaient de ne pas utiliser l’oxyclozanide à moins de 2 mois de la mise bas, ce qui était compatible avec un usage au tout début de tarissement. Cette prudence était insuffisante, selon l’Agence européenne du médicament, pour garantir l’absence de résidus « en quantités inacceptables » dans le lait (En savoir plus complémentaire sur www.lepointveterinaire.fr).

1 à 4 % des laits contaminés

Ces nouvelles restrictions sur les douvicides découlent d’un constat. Dans certains États, entre 1 et 4 % des laits contrôlés dans les plans de surveillance sont contaminés par des résidus de douvicides : closantel, triclabendazole et nitroxinil surtout. En l’absence de LMR lait, des LMR provisoires ont été fixées. Elles permettent d’écarter les laits qui contiennent des résidus en quantités « inacceptables » et d’accepter ceux en dessous des LMR.

Délai minimal de sûreté

Parallèlement, l’Agence européenne du médicament a calculé des « délais minimaux de sûreté » entre le traitement et la mise bas. Ces calculs sont souvent complexes, approximatifs et extrapolés à partir des concentrations plasmatiques en choisissant des scénarios « prudents » d’élimination dans le lait. Ces délais ne doivent donc pas être compris comme étant des délais d’attente “lait” sûrs, mais comme des extrapolations prudentes.

Pour le clorsulon injectable, le « délai minimal de sûreté » de 12 jours entre l’administration et le vêlage permet, en théorie, un emploi au tarissement. Mais c’est la présence d’ivermectine dans l’association qui, à ce jour, contre-indique son usage moins de 2 mois avant le tarissement.

Pour les autres douvicides, le « délai minimal de sûreté » estimé par l’Agence européenne du médicament varie entre 70 jours (pour le nitroxinil injectable) à 299 jours (pour le closantel chez les ovins) (tableau). Ce délai est parfois impossible à déterminer, soit par manque de données, soit parce que le risque est jugé trop élevé à tout âge, comme pour le pour on bovins de la moxidectine et du triclabendazole. Dans ce dernier cas, c’est le comportement de léchage qui est pointé du doigt pour être potentiellement à l’origine de résidus dans le lait. Car l’Agence ne juge pas possible d’élever des bovins dans des cases isolées pour prévenir tout léchage entre congénères, dans un élevage laitier.

Un délai de 3 mois à 1 an avant la mise bas

Ces extrapolations conduisent à exclure toute utilisation des trois douvicides pendant le tarissement et, au mieux, à les restreindre aux seuls jeunes animaux qui ne sont pas encore en lactation. En l’absence de date précise de mise bas, les RCP sont intentionnellement vagues en contre-indiquant cet usage dans le dernier trimestre ou semestre de gestation des génisses, voire un an avant la mise bas des agnelles.

ENCADRÉ
L’oxyclazanide au-dessus de la limite maximale de résidus jusqu’à la huitième traite

→ L’oxyclozanide était la seule molécule douvicide à bénéficier, de longue date, d’un temps d’attente lait nul pour le princeps Zanil® (MSD) ou son générique Douvistome® (Ceva). Cela était sans doute justifié par la très faible élimination de la molécule dans le lait (0,07 % selon le rapport d’évaluation des limites maximales de résidus [LMR] de l’oxyclozanide).

→ L’oxyclozanide ne faisait donc pas partie des molécules douvicides sans LMR lait et retrouvées en quantités décelables dans 1 à 4 % des laits prélevés dans les plans de surveillance des résidus. Son cas n’a donc pas été examiné par l’Agence européenne du médicament, mais par l’Agence française du médicament vétérinaire (Anses-ANMV).

→ Une nouvelle étude de résidus dans le lait a été réalisée par MSD avec Zanil®chez 25 vaches en lactation, dont 9 faibles productrices, 8 moyennes productrices et 8 hautes productrices. Ces animaux sont traités à la dose maximale (stop dose) de 105 ml par animal, soit 3,5 g d’oxyclozanide par vache (environ 6 mg/kg pour un bovin aux alentours de 600 kg). Jusqu’à la huitième traite, une ou plusieurs vaches présentent des résidus en quantités supérieures à la LMR à 10 mg/kg dans le lait. Ce n’est qu’à partir de la neuvième traite que le lait individuel de chacune des 25 vaches est en dessous de cette LMR.

→ Ces résultats ont conduit à fixer à 4,5 jours le temps d’attente lait chez les vaches.

→ Aucune étude de résidus dans le lait n’a été réalisée chez les brebis. Par extrapolation, le temps d’attente lait pour cette espèce a été fixé à 1,5 fois le délai d’attente des vaches, soit 7 jours (4,5 × 1,5 = 6,75). La posologie chez les ovins (15 mg/kg) est 1,5 fois plus élevée que chez les bovins (10 mg/kg), hors stop dose. Chez les ovins, la stop dose est de 20 ml chez les ovins, soit 0,68 g par brebis (aux alentours de 10 mg/kg pour des brebis de 60 à 80 kg).

→ Enfin, l’Agence a extrapolé les résultats obtenus pour Zanil® et Douvistome® en l’absence de données actualisées pour ce dernier.

→ Les temps d’attente de Douvistome® sont ainsi alignés sur ceux de Zanil®.

→ « Ces nouveaux délais d’attente sont d’application immédiate », même si les lots encore en stock sont étiquetés avec des délais lait nuls.

En savoir plus

– Agence européenne du médicament.

Comité des médicaments à usage vétérinaire (CVMP). Rapport d’arbitrage européen sur les douvicides. Avis à la suite de la saisine formée sur le fondement de l’article 35 pour tous les médicaments vétérinaires qui contiennent des principes actifs appartenant à la classe des douvicides pour lesquels aucune limite maximale de résidus n’a été établie dans le lait et qui sont destinés à une utilisation chez les ruminants producteurs de lait pour la consommation humaine. Dénominations communes internationales (DCI) : clorsulon, closantel, nitroxinil, rafoxanide et triclabendazole.

Document du 12 novembre 2012.

Réf. EMA/759491/2012.

– Anses-ANMV. Nouvelles conditions d’utilisation chez les femelles laitières pour les médicaments vétérinaires qui contiennent des principes actifs appartenant à la classe des douvicides pour lesquels un temps d’attente n’a pas été établi dans le lait (lors de leur usage durant la période de non-lactation). Mise à jour du 25 octobre 2013.

– Anses-ANMV. Temps d’attente lait pour les médicaments Zanil® et Douvistome® à base d’oxyclozanide. Mise à jour du 25 octobre 2013.

TABLEAU
Nouvelles restrictions applicables aux douvicides pour la filière laitière

(1) Médicaments déjà contre-indiqués en lactation, au tarissement et 2 mois avant le premier vêlage. LMR : limite maximale de résidus ; SC : voie sous-cutanée.

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