Le point Vétérinaire n° 344 du 01/04/2014
 

NÉONATALOGIE

Dossier

Vincent Charvet*, Françoise Lemoine**


*Centre hospitalier vétérinaire Atlantia
22, rue René-Viviani
44200 Nantes
**Centre hospitalier vétérinaire Atlantia
22, rue René-Viviani
44200 Nantes

Toute anomalie ou tout symptôme apparaissant chez le chiot lors de la période néonatale (15 premiers jours de vie) doit faire l’objet d’une consultation en urgence.

Résumé

→ La démarche diagnostique lors de dépérissement du chiot nouveau-né doit être d’autant plus rigoureuse qu’il existe des différences aussi bien biochimiques que physiologiques avec le chien plus âgé. Il convient ainsi que la consultation soit adaptée et ces dissemblances connues. Le praticien doit se concentrer sur la règle des 3 H (hypothermie, hypoglycémie et déshydratation), qui définit le syndrome du dépérissement. Des signes comme une perte de poids ou une détresse respiratoire sont également à rechercher. Des examens complémentaires sont requis. Dans les cas plus graves, une autopsie peut être envisagée afin de préserver le reste de la portée.

Summary

Diagnostic approach to the newborn wasting puppy

→ The diagnostic approach to the newborn wasting puppy syndrome should be as rigorous as the differences, both biochemical and physiological, that exist in older dogs. The consultation should be adapted and the dissimilarities known. The practitioner should focus on the 3H rule (hypothermia, hypoglycaemia and dehydration), which defines wasting syndrome. Signs such as weight loss or respiratory distress should also be monitored. Additional tests are required. In more severe cases, an autopsy may be considered as a preventive measure for the rest of the litter.

Key words

Dog, reproductive pathology, newborn, wasting syndrome

Les 15 premiers jours de la vie du chiot, ou période néonatale, correspondent à une phase sensible. La mortalité peut atteindre 5 à 26 % [2, 5]. Cela s’explique par une immaturité “physiologique” en raison d’une incapacité de régulation thermique, d’une immaturité rénale et digestive, d’un potentiel enzymatique inexistant ou peu développé, ou encore d’une insuffisance immunitaire.

Le syndrome de dépérissement regroupe un ensemble de symptômes (hypothermie, hypoglycémie, détresse respiratoire, etc.) à l’origine de la mort prématurée du chiot dès ses premiers jours de vie. Les causes de ce syndrome peuvent être aussi bien environnementales, génétiques qu’infectieuses (tableau 1).

1 Déroulement de la consultation

Anamnèse et commémoratifs

La consultation débute toujours par le recueil des commémoratifs et de l’anamnèse, notamment sur :

– les conditions d’élevage (température, ventilation, hygrométrie, expérience de l’éleveur, etc.) ;

– la portée (alimentation de la mère et du chiot, traitements de la mère, nombre de chiots dans la portée, état de la caisse de mise bas et de la pièce, comportement de la mère avec ses chiots, passé reproducteur de celle-ci, nombre de petits atteints, etc.) ;

– le déroulement de la mise bas (les dystocies sont les principales causes de mortalité néonatale), avant de se focaliser sur le chiot (âge, race, sexe, suivi de poids, traitements administrés, prise colostrale, etc.).

La prise colostrale est primordiale dans les premières heures de vie (la perméabilité intestinale des immunoglobulines commence à diminuer dès 8 heures après la naissance) [4]. En cas de doute, il convient de doser les phosphatases alcalines (PAL) et les γ-glutamyltransférases (γGT) qui se maintiennent à des concentrations élevées pendant 2 semaines dans le sérum des nouveau-nés lors d’une prise colostrale effective [4]. En effet, le colostrum étant riche en PAL, ce dosage est un bon indicateur de la prise colostrale [1].

Examen clinique

Les conditions environnementales doivent être optimales afin de faciliter l’examen clinique. Le chiot est alors placé sur une alèse ou une couverture propre, et, si possible, en présence de sa mère. Les autres petits de la portée doivent également être présents afin de pouvoir comparer les chiots entre eux (photo 1).

L’examen clinique se déroule en deux temps :

– un examen à distance. Il permet d’observer le comportement du chiot par rapport à la fratrie ou à sa mère, ainsi que son tonus, voire de quantifier ses pleurs ;

– un examen rapproché où la pesée et la prise de température sont des éléments clés. Il convient de vérifier le réflexe de succion, les muqueuses et la zone ano-génitale pour exclure des malformations congénitales. L’examen des voies respiratoires doit être attentif, avec une évaluation des mouvements et l’auscultation des champs pulmonaires.

L’examen neurologique se limite aux postures et à la recherche d’une flaccidité corporelle. Trois tests peuvent être réalisés :

– le test de succion. L’insertion d’un doigt propre et chaud dans la bouche du chiot doit déclencher un réflexe de téter ;

– le test de repositionnement (righting reflex). Le chiot est placé sur le dos et doit être capable de se retourner rapidement ;

– la capacité du chiot à se diriger vers une source de chaleur (rooting reflex). Un cercle est créé entre le pouce et l’index du clinicien. Le nez du chiot est positionné dans ce cercle. L’animal doit effectuer un mouvement de pousser sur ce cercle [4].

Les 4 à 5 premiers jours de vie, le chiot se tient fléchi, puis les muscles extenseurs deviennent dominants. À cet âge, les yeux et les oreilles sont encore fermés. Ils s’ouvrent entre 5 et 14 jours.

Si la mère est présente, il convient de l’examiner également. Une métrite, une mammite ou des infections diverses doivent être diagnostiquées au plus tôt afin de prévenir toute complication. En cas de baisse de forme de la mère, les examens nécessaires sont pratiqués afin d’assurer une production de lait stable pour les chiots et d’éviter toute contamination.

2 Diagnostic du syndrome du dépérissement

Principaux signes cliniques

Les signes cliniques du syndrome de dépérissement s’organisent autour de ce qui pourrait être appelé la “règle des 3 H” ou la “triade du fadding puppy syndrome” que sont l’hypothermie, l’hypoglycémie et la déshydratation, auxquelles s’ajoutent une perte de poids et une détresse respiratoire, avec une bradycardie et une hypotension.

HYPOTHERMIE

L’hypothermie est fréquente chez les chiots. La première semaine de vie, la principale source de chaleur est constituée par la graisse et les chiots sont dits “poïkilothermes” (incapables de réguler leur température corporelle). Cependant, les chiots possèdent très peu de graisse hypodermique, qui ne suffit pas comme seule source de chaleur. De plus, la grande surface corporelle par rapport à la faible masse du corps, la capacité réduite des chiots à réaliser une vasoconstriction périphérique et à frissonner lors d’une diminution de température, et la composition élevée en eau de leur organisme expliquent leur forte sensibilité aux fluctuations de température [4]. La mère constitue alors la principale source de chaleur, à laquelle s’ajoutent des sources externes telles que des lampes, des bouillotes, etc.

La température du nid la première semaine doit être comprise entre 30 et 32,2 °C, et les 2 semaines suivantes entre 26,7 et 29,49 °C [4].

La gestion de l’hygrométrie joue aussi un rôle important dans la thermorégulation. Elle doit être comprise entre 55 et 60 % [4].

À partir du sixième jour, les frissons assurent un début de thermorégulation chez le nouveau-né [7].

La température rectale la première semaine de vie du chiot avoisine les 35 à 36,7 °C et atteint 36,1 à 37,8 °C les 2 semaines suivantes (tableau 2) [6].

La température du chiot doit donc être suivie régulièrement. Une température inférieure ou égale à 34,5 à 35 °C entraîne des troubles, comme des difficultés à la tétée ou un iléus, dont les conséquences sont parfois dramatiques [2]. L’hypothermie provoque aussi une diminution de la fréquence cardiaque, avec une baisse de la perfusion. Des troubles respiratoires peuvent également apparaître [7].

Tout environnement inadéquat ou toute atteinte de l’état général est susceptible d’entraîner une hypothermie chez le chiot (l’hypothermie est aussi bien une cause qu’une conséquence du syndrome de dépérissement).

DÉSHYDRATATION

La déshydratation est fréquente chez le chiot. Cependant, elle s’objective plus difficilement que chez l’adulte [8]. Le pli de peau est non significatif. Une diminution de la turgescence de celle-ci, un épiderme plus ridé, une coloration rouge des muqueuses et du ventre, voire une sécheresse oculaire ou des muqueuses (repérée en introduisant un doigt dans la gueule du chiot) ou une coloration plus marquée des urines ou une augmentation de leur densité orientent vers une déshydratation. Les urines sont normalement diluées chez le chiot, et leur densité entre la naissance et 8 semaines est comprise entre 1,006 et 1,017 [4, 9]. Toute élévation est révélatrice d’une déshydratation. Le besoin journalier en eau des chiots est de 200 ml/kg [2].

HYPOGLYCÉMIE

L’hypoglycémie du chiot s’explique par la faible quantité de glycogène stocké, une glycogenèse limitée, un haut métabolisme et, parfois, la difficulté à maintenir des repas fréquents [7]. Vingt-trois heures de jeûne suffisent à rendre hypoglycémique un chiot en bonne santé [10].

L’hypoglycémie peut être primaire (défaut d’alimentation) ou consécutive à une autre atteinte (prématurité, affection respiratoire ou bactériémie).

PERTE DE POIDS

Le chiot doit être pesé à la naissance. Un faible poids à la naissance est corrélé avec un plus fort risque de mortalité (tableau 3) [2].

Le poids est suivi de façon journalière (photo 2). Les chiots doivent gagner quotidiennement 2 à 4 g par kg du poids estimé à l’âge adulte (prise de 5 à 10 % par jour) et doubler leur poids de naissance entre 7 à 10 jours d’âge [2].

Toutefois, le poids à l’âge adulte n’est pas toujours aisé à estimer.

L’arrêt de la prise de poids peut être le premier signe d’une atteinte de l’état général, de même qu’une variation du poids et de la prise pondérale entre les différents chiots de la portée.

DÉTRESSE RESPIRATOIRE

La croissance importante du chiot dans les premières semaines de vie implique une balance délicate entre la consommation et l’apport en oxygène. Les échanges gazeux peuvent alors être insuffisants. Le plus difficile est de reconnaître une détresse respiratoire. Il convient d’analyser les mouvements de la respiration (profondeur, halètement, dyspnée inspiratoire ou expiratoire, etc.), d’observer la couleur des muqueuses et de contrôler la fréquence respiratoire (tableau 4). Cette détresse peut être liée au part (anesthésie de la césarienne, réanimation des chiots) ou non (fausses déglutitions, trauma, infection, etc.).

Des clichés radiographiques (il convient de diviser les kilovoltages par deux par rapport à un adulte) et des analyses bactériologiques ou une PCR (polymerase chain reaction) après un lavage broncho-alvéolaire peuvent être réalisés (photo 3)(1).

Examens complémentaires

Pour étayer le diagnostic, des examens complémentaires peuvent être pratiqués. Ils ne sont pas des plus évidents chez le chiot (difficulté pratique de la prise de sang, par exemple) et les valeurs usuelles diffèrent de celles de chez l’adulte (tableaux 5 et 6). Les examens les plus utiles doivent être privilégiés (glycémie, hématocrite, numération et formule sanguines). Le sang est prélevé à la veine jugulaire externe. La prise de sang peut être réalisée en décubitus ventral sur la table de consultation, avec les membres en avant, et la tête et le cou maintenus en extension, ou bien en décubitus dorsal avec les membres antérieurs plaqués sur le thorax et la tête et le cou toujours en extension (photos 4a et 4b). Il convient de prélever la plus petite quantité de sang nécessaire pour les analyses à effectuer [4].

L’analyse des urines est le meilleur témoin de l’hydratation car le pli de peau n’est pas significatif chez le nouveau-né. Une densité supérieure à 1,015 à 1,020 indique une déshydratation. Le recueil se réalise par massage à l’aide d’un coton humidifié d’eau tiède de la zone périnéale chez la femelle et du pénis chez le mâle. Une glucosurie et une protéinurie sont normales chez le chiot [8]. Si le chiot ne survit pas, il est intéressant de pratiquer une autopsie, qui reste le meilleur examen complémentaire, afin de préserver le reste de la portée.

Conclusion

Le diagnostic lors d’un fadding puppy syndrome peut se révéler délicat à établir et représenter un vrai challenge. Une démarche rigoureuse permet dans la plupart des cas de sauver une partie de la portée ou de mettre en place un plan de prévention pour les portées futures.

Références

  • 1. Casseuleux G. Détermination des valeurs usuelles biochimiques et hématologiques du chiot âgé de zero à huit semaines. Thèse de doctorat vétérinaire, ENV d’Alfort. 2007;28:119-120.
  • 2. Davidson AP. Approaches to reducing neonatal mortality in dogs. Recent advances in small animal reproduction, international veterinary information service. In Recent advances in small animal reproduction. Concannon PW, England G, Verstegen J et coll. (eds.). Publisher: International Veterinary Information Service (www.ivis.org), Ithaca, New York, USA. 2003.
  • 3. Earl FL, Melvegar BE, Wilson RL. The hemogram and bonemarrow profile of normal and weaning Beagle dogs. Lab. Anim. Sci. 1973;23 (5):690-695.
  • 4. Fitzgerald K, Newquist K. Small animal pediatrics: The first 12 months. Ed. Elsevier Saunders, St. Louis, Missouri. 2011:46.
  • 5. Freschman Joni L. Causes of fading puppy and kitten syndrome. Vet. Med. 2005;100 (11):781-789.
  • 6. Gamet AL. Gestion de la période critique chez le chiot : comment assurer un développement comportemental optimal et prévenir l’apparition de maladies infectieuses ? Thèse de doctorat vétérinaire, ENV de Lyon. 2006;70:128p.
  • 7. Lamm CG, Njaa BL. Clinical approach to abortion, stillbirth, and neonatal death in Dogs and Cats. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2012;42(3):501-513.
  • 8. Lawler DF. Neonatal puppies and kittens. Vet. Tech. 1993;14:337-343.
  • 9. Lopate C. Management of pregnant and neonatal Dogs, Cats, and Exotic Pets. Ed. Blackwell Pub. 2012:95.
  • 10. Moon FP, Massat BJ, Pascoe PJ. Neonatal critical care. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2001;31(2):343-367.
  • 11. Root Kustritz MV. Common disorders of the small animal neonate. Lecture Notes; University of Minnesota College of Veterinary Medicine. St. Paul MN 55108. octobre 2006.
  • (1) Voir l’article “L’autopsie chez le chiot nouveau-né” des mêmes auteurs, dans ce numéro.

Conflit d’intérêts

Aucun.

1. Chienne et sa portée. Si possible, le chiot malade est examiné en présence de la mère et en le comparant avec le reste de la portée.

2. Suivi du poids chez un chiot yorkshire âgé de 10 jours.

3. Cliché radiographique de profil d’un chiot lhassa apso âgé de 20 jours présentant un pectus excavatum (enfoncement du sternum).

4a et 4b. Technique de prise de sang à la veine jugulaire externe chez le chiot. 4a. en décubitus ventral ; 4b. en décubitus dorsal.

4a et 4b. Technique de prise de sang à la veine jugulaire externe chez le chiot. 4a. en décubitus ventral ; 4b. en décubitus dorsal.

TABLEAU 1
Causes du syndrome de dépérissement du chiot

TABLEAU 2
Température du chiot

TABLEAU 3
Poids estimé à la naissance des chiots en fonction de la race

TABLEAU 4
Fréquence respiratoire moyenne selon l’âge du chiot

TABLEAU 5
Valeurs usuelles de paramètres biochimiques chez le chiot

TABLEAU 6
Hémogramme du chiot de race beagle

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