Le point Vétérinaire n° 342 du 01/01/2014
 

GESTION DES PLAIES

Thérapeutique

Martine Kammerer*, Yassine Mallem**


*Unité de Pharmacologie et Toxicologie
Oniris, École nationale vétérinaire
agroalimentaire et de l’alimentation,
Nantes Atlantique, La Chantrerie, BP 40706,
44307 Nantes Cedex 3
**Auteur-coordinateur

L’application de miel pour guérir les lésions cutanées est une pratique connue depuis longtemps, mais tombée en désuétude avec l’apparition des antiseptiques. Son usage revient à l’ordre du jour.

Les nombreux essais in vitro et les observations cliniques publiés depuis une dizaine d’années montrent que le miel possède bel et bien une activité antibactérienne et cicatrisante qui justifie son emploi sur les plaies, les brûlures et autres altérations cutanées.

Une action antibactérienne et cicatrisante complexe

L’action antibactérienne du miel repose sur un mécanisme pluriel, physique et chimique [2]. En raison de sa haute teneur en sucre (plus de 85 %), le miel a un effet hygroscopique qui provoque la déshydratation des bactéries (c’est pourquoi l’application de sucre en poudre peut également montrer de bons résultats). Son pH est très acide, défavorable à la plupart des espèces bactériennes. De plus, la glucose oxydase, sécrétée par les glandes hypopharyngées de l’abeille, conduit à la dégradation du glucose en acide gluconique et en peroxyde d’hydrogène (H2O2), dont l’effet bactéricide est bien connu sous la forme d’eau oxygénée. Cependant, d’autres substances antiseptiques sont susceptibles d’intervenir, en particulier les défensines qui sont de petits peptides antimicrobiens sécrétés par l’homme et les animaux, et retrouvés dans le miel. Des acides aromatiques, des polyphénols ou encore du méthylglyoxal, présent dans le miel de Manuka, sont également évoqués. C’est pourquoi l’activité anti-infectieuse des miels est variable, dans un rapport qui pourrait aller de 1 à 100 selon leurs origines botanique et géographique, et même selon la saison. De nombreux tests in vitro révèlent une réelle inhibition de la croissance de diverses espèces pathogènes responsables de la surinfection des plaies, parmi lesquelles des champignons (Candida albicans) et des bactéries résistantes aux antibiotiques, en particulier des staphylocoques [9].

L’action cicatrisante du miel est moins bien élucidée. Il diminue l’œdème, absorbe les sérosités et, par sa viscosité, forme une barrière physique qui prévient la colonisation bactérienne. Il apporte de l’énergie aux cellules et renferme des antioxydants qui neutralisent les radicaux libres. Il semblerait également qu’il stimule la production de TNF-α (tumor necrosis factor, facteur de nécrose tumorale) par les monocytes et favorise ainsi la formation des tissus de granulation et épithélial [8].

Les données cliniques sont nombreuses en médecine humaine [4]. L’application de miel est préconisée sur les plaies chirurgicales comme sur celles qui sont souillées et infectées, ainsi que sur les escarres, les brûlures et les crevasses ou les gerçures. En médecine vétérinaire, des observations sont rapportées pour la plupart des espèces, surtout chez le cheval, le chien et le chat, mais aussi chez les bovins, le singe et même les reptiles, avec toujours une excellente tolérance (aucun risque en cas de diabète) [1, 3, 5, 6, 10].

Des modalités d’utilisation très simples

Bien que certains attribuent une supériorité au miel de Manuka, originaire de Nouvelle-Zélande, a priori, tout type de miel peut être utilisé, en choisissant un produit non pasteurisé et non chauffé. La plaie doit être soigneusement nettoyée et les parties nécrosées sont éliminées, puis le miel est appliqué et recouvert de compresses. Le pansement est renouvelé, selon les cas, quotidiennement ou tous les 2 ou 3 jours jusqu’à la guérison.

Des préparations prêtes à l’emploi peuvent également être utilisées, sous la forme de gaze imprégnée ou de gel. Elles sont plus pratiques et plus fiables car leur activité antibactérienne est standardisée, mais nettement plus coûteuses. Parmi ces spécialités figurent les pansements Revamil et Activon (Dechra), ou encore les produits vétérinaires Kruuse.

Conclusion

Les résultats obtenus in vitro et les observations cliniques, chez les animaux comme chez l’homme, permettent aujourd’hui de confirmer l’intérêt des pansements au miel en médecine vétérinaire. Son action antibactérienne pourrait même se révéler intéressante dans d’autres affections, telles que les ulcères gastriques ou les entérites infectieuses. De nouvelles pistes pour limiter le recours aux antibiotiques ?

Conflit d’intérêts

Aucun.

Antibiogramme permettant de tester la sensibilité des bactéries vis-à-vis de différents miels.

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