Le point Vétérinaire n° 337 du 01/07/2013
 

CHIRURGIE DU CHIEN ET DU CHAT

Dossier

Guillaume Ragetly*, Chantal Ragetly**


*CHV Frégis
43, av. Aristide-Briand
94110 Arcueil
**Clinique vétérinaire Évolia
43, av. du Chemin-Vert
95290 L’Isle-Adam

La physiothérapie est à commencer dès la phase postopératoire immédiate à la clinique. Elle est ensuite associée à des exercices à domicile et à une administration d’analgésiques.

Résumé

→ La restriction d’activité, longtemps préconisée en période postopératoire, est un concept qui évolue. Bien que l’exercice d’un animal en phase postopératoire d’une chirurgie neurologique ou orthopédique doive être limité, il convient de maintenir une certaine activité neuromusculaire afin d’optimiser la récupération fonctionnelle. Ces mouvements sont à associer à une analgésie adaptée et être réalisés dans le cadre d’un plan de physiothérapie.

Summary

Orthopaedic and neurological postoperative physiotherapy in dogs and cats

→ Activity restriction, long advocated postoperatively, is an evolving concept. Although exercise of the animal in the postoperative period following neurological or orthopaedic surgery should be limited, a certain amount of neuromuscular activity should be maintained to optimise functional recovery. Adequate analgesia must be provided and the exercises must be part of a physiotherapy plan.

Key words

Dog, cat, postoperative pain, physiotherapy, rehabilitation

Traditionnellement, les soins postopératoires après une intervention chirurgicale orthopédique ou neurologique impliquent une restriction d’activité. De récentes études ont montré qu’il convient d’encourager l’animal à utiliser activement, mais de manière contrôlée, le ou les membres atteints, pour prévenir des modifications musculo-squelettiques postopératoires délétères à un retour à la fonction normale, et stimuler les voies nerveuses [3, 6].

La physiothérapie, ou rééducation fonctionnelle, améliore la récupération fonctionnelle des animaux qui présentent une atteinte musculo-squelettique ou nerveuse. Elle utilise une grande variété de modalités, dont beaucoup sont disponibles en médecine vétérinaire. La physiothérapie permet de stimuler les systèmes nerveux et squelettique afin d’accélérer la guérison tissulaire et d’optimiser la récupération en développant la masse musculaire, la sensibilité et la proprioception, ainsi que l’amplitude de mouvement.

1 Douleur postopératoire

Le concept reposant sur une réponse à la douleur pour prévenir une surexploitation du membre lésé est dépassé depuis longtemps. Une analgésie inadéquate est non seulement néfaste pour l’animal, mais a également des conséquences majeures sur la récupération et la guérison tissulaires, qui vont être plus longues.

La douleur aiguë secondaire à une intervention chirurgicale orthopédique ou neurologique provoque des modifications des voies périphériques et centrales de la souffrance entraînant une sensibilisation (diminution du seuil d’excitabilité des nocicepteurs) et une amplification des réponses aux stimuli ultérieurs (encadré 1).

De plus, d’autres changements neuronaux locaux se produisent en raison de l’inflammation, du gonflement des tissus mous et de l’épanchement articulaire. Typiquement, l’animal maintient le membre atteint en flexion (photo). Ce phénomène, appelé réflexe d’inhibition, retarde la récupération de la fonction normale (encadré 2) [4]. Un traitement chirurgical adéquat, ainsi qu’une analgésie adaptée permettent une stabilisation suffisante pour une utilisation rapide du membre. De même, après une intervention chirurgicale neurologique, une mobilisation précoce est requise pour stimuler le système nerveux, mais aussi pour limiter toute atrophie musculaire qui retarderait la récupération future. L’absence de mobilisation entraîne également d’autres modifications tissulaires.

La douleur doit donc être traitée de manière adéquate. Le plus souvent, une association de molécules (analgésie multimodale) est employée et l’analgésie est progressivement diminuée au cours des 2 premières semaines postopératoires. Durant les 24 à 48 premières heures, des opioïdes sont indispensables, et doivent être injectés avant l’induction anesthésique. Des α2-agonistes peuvent également être administrés durant l’anesthésie. Dès le réveil chirurgical, un traitement à base d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) est commencé et continué plusieurs jours. Le relais analgésique peut être amélioré lors du retour à domicile avec de la gabapentine (Neurontin®(1), 3 à 20 mg/kg chez le chien et le chat, 2 ou 3 fois par jour) et/ou du tramadol (Tramadol®(1) ou Topalgic®(1), 3 à 5 mg/kg chez le chien et le chat, 2 ou 3 fois par jour), selon les besoins de l’animal.

2 Rééducation fonctionnelle

Les exercices de physiothérapie présentent de nombreux avantages lorsqu’ils sont effectués régulièrement (encadré 3). La rééducation postopératoire permet d’optimiser la récupération physique de l’animal. Par exemple, la récupération fonctionnelle du membre opéré d’une rupture du ligament croisé cranial est meilleure chez les chiens qui ont suivi un programme de physiothérapie, par rapport à ceux qui sont soumis à une restriction d’activité seule après un traitement par suture extracapsulaire [3]. De plus, une physiothérapie intensive précoce après une tibial plateau leveling osteotomy (TPLO, ou ostéotomie de nivellement du plateau tibial) donne de meilleurs résultats (récupération du volume musculaire et amplitude de mouvement du grasset augmentées) qu’un programme de rééducation comportant uniquement des exercices faits à domicile [5]. Le type d’activité, son intensité, sa durée et sa fréquence sont à adapter selon :

– l’affection traitée. Une résection de la tête et du col fémoraux nécessite davantage de rééducation immédiate qu’une fracture afin de prévenir une réduction d’amplitude angulaire trop importante. De plus, toute perte de masse musculaire est plus difficile à corriger ultérieurement ;

– la tolérance de l’animal. Un chien ou un chat calme supporte beaucoup plus d’exercices de rééducation qu’un individu peu habitué à être manipulé ;

– l’âge de l’animal. La physiothérapie est d’autant plus essentielle chez les jeunes individus, qui sont prédisposés à des contractures musculaires parfois débilitantes (contracture du quadriceps, par exemple). Elle l’est aussi chez ceux âgés car leurs capacités d’adaptation sont réduites, avec parfois un bilan lésionnel plus étendu.

Conclusion

La mise en place d’un programme de physiothérapie après une intervention chirurgicale est un élément important à prendre en compte dans la gestion postopératoire. Il convient que la douleur soit bien gérée pour permettre une mobilisation active et précoce du membre opéré, et pour lutter contre les modifications délétères secondaires à son absence d’utilisation.

  • (1) Médicament humain.

Références

  • 1. Doyle ND. Rehabilitation of fractures in small animals: Maximize outcomes, minimize complications. Clin. Tech. Small Anim. Pract. 2004;19(3):180-191.
  • 2. Haapala J, Arokoski JP, Hyttinen MM et coll. Remobilization does not fully restore immobilization induced articular cartilage atrophy. Clin. Orthop. Relat. Res. 1999;362:218-229.
  • 3. Marsolais GS, Dvorak G, Conzemius MG. Effects of postoperative rehabilitation on limb function after cranial cruciate ligament repair in dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2002;220(9):1325-1330.
  • 4. Millis DL, Levine D, Taylor RA. Canine rehabilitation and physical therapy. Ed. Saunders, St Louis. 2004;544p.
  • 5. Monk ML, Preston CA, McGowan CM. Effects of early intensive postoperative physiotherapy on limb function after tibial plateau leveling osteotomy in dogs with deficiency of the cranial cruciate ligament. Am. J. Vet. Res. 2006;67(3):529-536.
  • 6. Ragetly GR, Barthélemy N, Griffon DG. Résultats cliniques à court et long termes après traitement chirurgical de la fragmentation du processus coronoïde médial chez des chiens jeunes de grande race. Congrès Afvac, Paris. 2012.
  • 7. Tranquilli WJ, Thurmon JC, Grimm KA. Lumb & Jones’ Veterinary Anesthesia and Analgesia. Ed. Wiley-Blackwell, Ames. 2007:1096p.

Conflit d’intérêts

Aucun.

ENCADRÉ 1
Phénomènes de sensibilisation douloureuse

→ Phénomènes périphériques

Les cellules endommagées sécrètent des médiateurs de l’inflammation (prostaglandines, histamines, substance P, notamment) qui entraînent une activation et une sensibilisation périphériques.

→ Phénomènes centraux

Lorsqu’un nocicepteur périphérique est stimulé de manière répétée, une activation centrale a lieu (aussi appelée wind-up). Ces mécanismes sont activés et prolongés par plusieurs neurotransmetteurs, dont le glutamate qui agit sur le récepteur NMDA, mais aussi les prostaglandines.

D’après [7].

ENCADRÉ 2
Modifications tissulaires liées à l’immobilisation

→ La douleur, le gonflement des tissus mous et l’épanchement articulaire aboutissent à une diminution de l’utilisation du membre, ce qui entraîne une atrophie musculaire dès 72 heures d’immobilisation. De plus, une baisse de l’amplitude de mouvement, une atrophie du cartilage, une fragilisation des tendons et des ligaments, une ostéoporose et une dégradation de la condition cardiovasculaire sont observées dès 2 semaines d’immobilisation. Des contractures se développent en raison d’adhérences péri-articulaires.

→ La restauration de la masse et de la force musculaires requiert deux à quatre fois plus de temps que la durée de l’immobilisation [1].

→ Dans le cas où celle-ci est prolongée, les dommages sont parfois irréversibles. Ainsi, la diminution de la concentration en glycosaminoglycanes du cartilage articulaire après 11 semaines d’immobilisation n’est pas restaurée après 50 semaines de rééducation [2]. Après 12 semaines d’immobilisation, une perte irréversible de la masse osseuse peut survenir.

ENCADRÉ 3
Avantages de la physiothérapie postopératoire

→ Restauration d’une meilleure amplitude articulaire.

→ Diminution de la douleur et accélération de la guérison des tissus nerveux et musculo-squelettiques traumatisés et enflammés.

→ Prévention de l’atrophie musculaire et amélioration de la fonction des membres atteints.

→ Prévention des contractures et de la fibrose.

→ Résultats encourageants pour l’animal et son propriétaire.

D’après [4].

Formations e-Learning

Nouveau : Découvrez le premier module
e-Learning du PointVétérinaire.fr sur le thème « L’Épanchement thoracique dans tous ses états »

En savoir plus
Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Agenda des formations

Retrouvez les différentes formations, évènements, congrès qui seront organisés dans les mois à venir. Vous pouvez cibler votre recherche par date, domaine d'activité, ou situation géographique.

Calendrier des formations pour les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires

En savoir plus

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité