Le point Vétérinaire n° 330 du 01/11/2012
 

ANTIBIORÉSISTANCE

Thérapeutique

Éric Vandaële

Le Fougerais
44850 Saint-Mars-du-Désert

De grandes différences de consommations d’antibiotiques sont notées entre les pays, selon le type d’élevage et, sans doute, les habitudes.

L’Agence européenne du médicament (EMA) vient de publier le second rapport du European surveillance of veterinary antimicrobial consumption (ESVAC) concernant le suivi des ventes d’antibiotiques vétérinaires dans 20 pays européens pour l’année 2010 (Suisse incluse) [1]. L’absence de trois poids lourds européens, l’Allemagne, la Pologne et l’Italie, limite encore la portée paneuropéenne de ce rapport (encadré complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

L’Espagne, leader devant la France en tonnages

En tonnages, le podium des pays les plus fortement consommateurs d’antibiotiques correspond logiquement à celui des pays les plus fortement impliqués dans les productions animales, avec l’Espagne médaillée d’or (1 748 tonnes d’antibiotiques), la France médaille d’argent (1 011 tonnes) puis le Royaume-Uni et les Pays-Bas qui se disputent le bronze à près de 470 tonnes.

Une moyenne à 131 mg/kg d’antibiotiques

→ Plus intéressant, ramené à la biomasse de chacun des pays (le poids vif des animaux de production et des chevaux présents), la France, à 132 mg/kg, descend de la deuxième place à la sixième, juste au-dessus de la moyenne européenne de 131 mg/kg (figure 1). Elle est le dernier pays du peloton de tête au-dessus de 100 mg/kg. La première place est curieusement occupée par un petit pays d’Europe centrale, la Hongrie (268 mg/kg), dont les animaux consommeraient deux fois plus d’antibiotiques qu’en France ou que dans le reste de l’Europe. La dernière place est occupée par l’Islande (8 mg/kg) dont l’élevage extensif de chevaux islandais et de petits ruminants n’est pas vraiment représentatif de la situation européenne.

Derrière la Hongrie, viennent les pays d’élevages de l’Europe occidentale : l’Espagne au niveau élevé de 241 mg/kg, puis la Belgique (180 mg/kg), le Portugal (166 mg/kg) et les Pays-Bas (146 mg/kg) qui devancent de peu la France.

→ Les 14 autres pays sont tous en dessous de 100 mg/kg, pour la plupart entre 40 et 90 mg/kg. Les pays scandinaves restent les plus faibles consommateurs d’antibiotiques : entre 10 et 30 mg/kg à l’exception du Danemark qui, à 47 mg/kg, semble pénalisé par sa filière porcine qui pèse pour les trois quarts de sa biomasse.

Manque d’analyse par espèce animale

En effet, même si cela n’est pas analysé dans ce rapport, les porcs consomment davantage d’antibiotiques que les herbivores, les veaux que les bovins adultes, etc. Le classement européen est donc en partie corrélé au poids relatif des filières hors sol (porcine, surtout) par rapport aux ruminants et aux systèmes d’élevages extensifs faiblement consommateurs d’antibiotiques.

Prépondérance des traitements collectifs oraux

→ Les formes orales d’administration collective (prémélanges, poudres ou solutions orales) représentent en moyenne 90 % des consommations antibiotiques en Europe. Sans surprise, ces formes sont prédominantes dans les pays d’élevages fortement consommateurs. À l’inverse, la part relative des traitements individuels (injection, pâte orale, bolus, spécialités intramammaires) est majoritaire dans les pays en dessous de 50 mg/kg.

→ Parmi les formes orales, les pays ont souvent une préférence soit pour les prémélanges médicamenteux (entre 0 et 75 %), soit pour les poudres orales solubles ou in-feed (entre 5 et 80 % dans la proportion inverse à la part occupée par les prémélanges), mais sans que l’une ou l’autre forme ne semble davantage associée aux pays les plus fortement consommateurs (figure 2).

Antibiotiques critiques

→ Ce rapport place les macrolides parmi les antibiotiques critiques et les analyse avec les fluoroquinolones et les céphalosporines de troisième et quatrième générations (C3G/C4G).

Il souligne que leurs poids relatifs sont faibles (en mg/kg), avec toutefois des écarts importants selon les pays (figure 3) :

– C3G/C4G, 0,2 % de la consommation (entre 0,02 et 0,54 %) ;

– fluoroquinolones, 2,2 % en moyenne (entre 0,01 % et 10,3 %) ;

– macrolides, 5,7 % (entre 0 et 11,7 %, aussi selon l’importance de l’usage par voie orale et en prémélange des macrolides).

→ À l’inverse, trois classes (les tétracyclines, les pénicillines et les sulfamides) pèsent lourd : pour 60 à 90 % des consommations d’antibiotiques selon les pays, 63 % en moyenne, 39 % pour les tétracyclines, 23 % pour les pénicillines et 11 % pour les sulfamides. Toutes les autres classes ne représentent que moins de 5 % chacune.

RÉFÉRENCE

EMA. Sales of veterinary antimicrobial agents in 19 European union/European economic area countries in 2010 – Second european surveillance of veterinary antimicrobial consumption report. Téléchargeable sur www.WK-Vet.fr

FIGURE 1
Suivi des consommations d’antibiotiques en Europe en 2010

En mg/kg de biomasse, la France pointe à la sixième place dans la moyenne européenne.

FIGURE 2
Part relative des formes orales pour traitements collectifs

Les ventes d’antibiotiques vétérinaires pour les poissons d’élevages ne figurent pas dans les données de ventes ; les poissons ne sont pas inclus en PCU (population correction unit). Selon les pays, ce sont les poudres orales ou les prémélanges qui sont préférés.

FIGURE 3
Distribution géographique des ventes d’antibiotiques critiques

3G : troisième génération. 4G : quatrième génération. PCU : population correction unit. D’après [1].

Formations e-Learning

Nouveau : Découvrez le premier module
e-Learning du PointVétérinaire.fr sur le thème « L’Épanchement thoracique dans tous ses états »

En savoir plus
Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité