Le point Vétérinaire n° 330 du 01/11/2012
 

OPHTALMOLOGIE CANINE

Pas à pas

Anthony Bartolo

35, rue des Greffières
17140 Lagord

Le traitement de l’éversion du cartilage de la membrane nictitante est chirurgical. L’opération est de courte durée et comporte peu de complications.

Les affections de la membrane nictitante sont nombreuses chez les carnivores domestiques. Parmi elles, les atteintes de la partie cartilagineuse sont souvent observées chez le chien et, beaucoup plus rarement, chez le chat. La luxation de la glande lacrymale de la membrane nictitante est comparativement plus fréquente. Deux types d’atteinte cartilagineuse sont distingués. Les éversions de la branche montante du cartilage en “T” se caractérisent par une proéminence de ce dernier et par une saillie vers l’extérieur de la membrane nictitante. Cette branche montante se plie vers l’extérieur, à mi-hauteur environ. Les inversions du cartilage sont comparables à un entropion de la membrane, avec l’enroulement de cette dernière vers l’intérieur. Elles sont beaucoup plus rares que les éversions.

Le mécanisme retenu pour expliquer l’éversion du cartilage est une vitesse de croissance différente entre les portions antérieures et postérieures du cartilage et les tissus conjonctivaux environnants. Il existe une nette prédisposition pour les chiens de grande taille et de taille géante, sans prédisposition sexuelle. Chez ces chiens, la disproportion entre la taille de la membrane nictitante et celle du globe oculaire (qui confère sa position à la membrane nictitante) participe aussi à l’éversion du cartilage. Un déterminisme autosomal récessif est suspecté chez le pointer, le braque allemand et le berger allemand. L’affection est acquise et les animaux sont en général présentés en consultation entre l’âge de 2 et 6 mois.

Cette affection est souvent unilatérale mais les deux yeux peuvent être atteints, de manière simultanée ou différée de plusieurs semaines, et avec un degré de déformation variable.

Le diagnostic différentiel doit être établi avec la luxation de la glande lacrymale accessoire, qui se manifeste par une masse rosée, le plus souvent dépressible, dans le canthus interne. Les deux maladies peuvent coexister chez un même individu, chez le dogue allemand notamment. Leur distinction peut s’effectuer aisément après l’éversion de la membrane nictitante et la préhension de son bord libre sous anesthésie locale.

Un certain nombre de races prédisposées à l’éversion le sont également à la luxation de la glande. Elle peut rendre la correction chirurgicale plus complexe.

Le traitement de l’éversion du cartilage de la membrane nictitante est exclusivement chirurgical. En effet, un traitement anti-inflammatoire local permet seulement de contrôler la conjonctivite secondaire, mais ne prévient pas des récidives systématiques. Les complications opératoires sont rares. Une luxation de la glande lacrymale accessoire est parfois décrite à la suite de cette intervention. Un antibiotique et un anti-inflammatoire (stéroïdien ou non) en topique sont prescrits pendant plusieurs jours.

EN SAVOIR PLUS

– Brooks DE. Canine conjunctiva and nictitating membrane. In : Vet. Ophtalmol. 2nd ed. Gelatt KN ed., Philadelphia. 1991:290-306.

– Jongh O. Pathologie de la conjonctive et de la membrane nictitante dans ophtalmologie du chien. Éd. Prat. Med. Chir. Anim. Comp., Paris. 2007:53-60.

1. Éversion du cartilage de la membrane nictitante chez un chiot anglo-français femelle âgé de 3 mois. La pliure du pied du cartilage de la branche montante du cartilage en “T” est importante et entraîne la conjonctivite secondaire modérée qui a motivé la consultation.

2. Préparation chirurgicale L’intervention se déroule sous anesthésie générale. L’animal est positionné en décubitus latéral, la tête est idéalement placée sur un coussin à dépression pour une meilleure stabilité. Le globe oculaire est désinfecté à l’aide de polyvidone iodée diluée à 1 %. La procédure ne nécessite pas d’aide opératoire et dure en général de 10 à 15 minutes.

3. Positionnement de la membrane nictitante Les paupières sont écartées à l’aide d’un blépharostat ou de fils de traction. La membrane nictitante est éversée et sa face interne est exposée au chirurgien. Des fils de traction sont placés aux extrémités de la membrane et sont maintenus en tension par des clamps afin de la maintenir en position éversée durant l’acte. La zone pliée du cartilage est bien apparente (flèches).

4. Incision conjonctivale L’incision de la conjonctive est perpendiculaire au bord libre de la membrane nictitante et parallèle à la branche montante du cartilage plié, sur une longueur de 5 à 10 mm, sur la face interne de la membrane nictitante.

5a et 5b. Dissection du cartilage La dissection mousse de la conjonctive de la membrane nictitante s’effectue à partir de l’incision réalisée “en 4”, à l’aide de ciseaux de Severin-Stevens ou de ciseaux fins à conjonctive (5a). Elle est réalisée en dessous et au-dessus de la zone pliée de la branche montante du cartilage en “T”. La portion pliée du cartilage en “T” est alors isolée totalement (5b). Il convient de disséquer très délicatement afin de ne perforer ni la face conjonctivale interne ni la face conjonctivale externe de la membrane nictitante.

5a et 5b. Dissection du cartilage La dissection mousse de la conjonctive de la membrane nictitante s’effectue à partir de l’incision réalisée “en 4”, à l’aide de ciseaux de Severin-Stevens ou de ciseaux fins à conjonctive (5a). Elle est réalisée en dessous et au-dessus de la zone pliée de la branche montante du cartilage en “T”. La portion pliée du cartilage en “T” est alors isolée totalement (5b). Il convient de disséquer très délicatement afin de ne perforer ni la face conjonctivale interne ni la face conjonctivale externe de la membrane nictitante.

6a et 6b. Excision de la portion incurvée Une fois isolée et extériorisée, la zone pliée du cartilage est excisée sur 5 à 7 mm de long à l’aide de ciseaux fins, puis est éliminée.

6a et 6b. Excision de la portion incurvée Une fois isolée et extériorisée, la zone pliée du cartilage est excisée sur 5 à 7 mm de long à l’aide de ciseaux fins, puis est éliminée.

7. Aspect postopératoire immédiat de la face interne L’hémostase est réalisée en tamponnant la zone avec des compresses sèches. La cicatrisation s’effectue par seconde intention. L’usage d’un fil de suture n’est pas indiqué.

8. Aspect postopératoire immédiat de la face externe Les fils de traction sont retirés, la membrane est retournée et remise en position physiologique. Une hyperhémie et un œdème conjonctival persistent durant plusieurs jours.

9. Fixation temporaire Afin d’éviter une éversion marginale du bord libre, une fixation à la paupière supérieure ou à la conjonctive bulbaire est parfois nécessaire. Elle est laissée en place 10 à 15 jours.

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