Le point Vétérinaire n° 328 du 01/09/2012
 

MÉDECINE INTERNE FÉLINE

Pas à pas

Clémence Monton*, Maud Debreuque**, Brice Reynolds***


*UP Médecine
ENV de Toulouse
23, chemin des Capelles
BP 87614
31076 Toulouse Cedex 3
**UP Médecine
ENV de Toulouse
23, chemin des Capelles
BP 87614
31076 Toulouse Cedex 3
***UP Médecine
ENV de Toulouse
23, chemin des Capelles
BP 87614
31076 Toulouse Cedex 3

Le lavage broncho-alvéolaire dit “en aveugle” est un examen complémentaire faiblement invasif, demandant peu de technicité et de matériel. Sa réalisation est donc accessible en pratique courante.

Le lavage broncho-alvéolaire (LBA) est indiqué dans l’exploration des affections des voies respiratoires profondes (bronches, bronchioles) et des alvéoles pulmonaires [1, 3]. Il est à envisager en priorité pour des atteintes broncho-pulmonaires diffuses (broncho-pneumopathies [BP] infectieuses [bactériennes, virales, fongiques] ou parasitaires et non infectieuses), notamment celles qui sont objectivées par l’examen radiographique. Chez le chat, il présente un intérêt majeur dans la prise en charge diagnostique et thérapeutique des bronchites chroniques idiopathiques ou allergiques, particulièrement fréquentes dans cette espèce. Il est considéré comme peu utile dans l’exploration des affections purement interstitielles (le diagnostic des pneumopathies interstitielles reste actuellement quasi exclusivement histologique) [6]. De plus, cette technique “en aveugle”, réalisée sans contrôle endoscopique, ne permet pas la visualisation directe des voies respiratoires (trachée et bronches principales) et présente moins d’intérêt dans l’exploration des BP focales. La contre-indication principale de cet examen est l’identification d’un risque anesthésique important (dyspnée majeure, insuffisance organique sévère, etc.) [1].

Comme pour toute anesthésie générale, l’animal doit être à jeun. Une voie veineuse est requise et l’accessibilité à une source d’oxygène est recommandée. En effet, cette procédure peut entraîner une hypoxie transitoire et un bronchospasme généralisé [1]. Ainsi, une oxygénation de 5 à 20 minutes est conseillée après la procédure [1]. L’intérêt d’une préoxygénation n’a pas été spécifiquement documenté. En cas de bronchoconstriction, un bronchodilatateur à action rapide (terbutaline, Bricanyl(r)(1), solution injectable à 0,5 mg/ml) doit être administré (0,05 mg in toto, par voie intraveineuse), ainsi qu’un corticoïde d’action immédiate (dexaméthasone sodique, Dexadreson(r), 0,25 à 0,5 mg/kg, par voie intraveineuse) [5].

L’administration prophylactique de bronchodilatateurs est préconisée par certains auteurs pour les lavages broncho-alvéolaires effectués sous contrôle endoscopique (terbutaline, 0,01 mg/kg/8 à 12 h, par voie sous-cutanée, ou 0,625 mg/8 h per os, 12 à 24 heures avant) [4]. Après une prémédication (acépromazine, Calmivet(r), à 0,02 mg/kg, et butorphanol, Butador(r), Dolorex(r), à 0,3 mg/kg par exemple, glycopyrrolate, Robinul-V(r),0,01 mg/kg, par voie intraveineuse, permettant de réduire les sécrétions trachéo-bronchiques et salivaires), l’induction peut être effectuée par voie intraveineuse avec un anesthésique d’action courte et le moins dépresseur respiratoire possible (alfaxalone, Alfaxan(r), 5 mg/kg, ou propofol, Propovet(r), 5 à 8 mg/kg, ou association à parties égales de kétamine, Clorkétam(r), Imalgene(r), Ketamine Virbac(r), 100 mg/ml, et diazépam, Valium(r)(1), 10 mg/2 ml, 1 ml pour 10 à 20 kg).

  • (1) Médicament humain.

Références

  • 1. Andreasen CB. Bronchoalveolar lavage. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2003;33(1):69-88.
  • 2. Creevy KE. Airway evaluation and flexible endoscopic procedures in dogs and cats : laryngoscopy, transtracheal wash, tracheobronchoscopy, and bronchoalveolar lavage. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2009;39(5):869-880.
  • 3. Hawkins EC. Bronchoalveolar lavage. In : King LG. Textbook of respiratory disease in dogs and cats. WB Saunders, St Louis, Missouri. 2004:118-128.
  • 4. Johnson LR, Drazenovich TL. Flexible bronchoscopy and bronchoalveolar lavage in 68 cats (2001-2006). J. Vet. Intern. Med. 2007;21(2):219-225.
  • 5. Mandell D. Respiratory Distress in Cats. In : King LG. Textbook of respiratory disease in dogs and cats. WB Saunders, St Louis, Missouri. 2004:12-16.
  • 6. Norris CR, Griffey SM, Walsh P. Use of keyhole lung biopsy for diagnostic of interstitial lung diseases in dogs and cats : 13 cases (1998-2001). J. Am. Vet. Med. Assoc. 2002;221:1453-1458

1. Matériel nécessaire Le matériel est constitué d’une paire de gants stériles, d’ampoules de chlorure de sodium (NaCl) 0,9 % stérile tiédies, de seringues de 10 ml et d’aiguilles, de tubes EDTA (acide éthylène diamine tétracétique) et secs stériles, d’une sonde souple stérile de 8 à 10 Fr, d’une lame de bistouri stérile, d’une source de lumière focale (ici, un laryngoscope), d’un pas-d’âne, d’un abaisse-langue et d’une sonde endotrachéale au cas où une intubation serait nécessaire.

2a et 2b. Préparation de la sonde avant l’examen Le recours à une sonde souple est préféré. L’utilisation d’une sonde urinaire plus rigide, donc plus vulnérante, est à éviter. Ici, une sonde naso-œsophagienne stérile (8 FR, 40 cm) en PVC, à extrémité borgne et avec deux orifices latéraux est employée. Elle doit être sectionnée stérilement en avant de l’orifice proximal à l’aide de la lame de bistouri pour créer une extrémité ouverte. L’assistant prépare deux seringues de 5 ml de NaCl 0,9 % tiédi. L’opérateur enfile des gants stériles.

2a et 2b. Préparation de la sonde avant l’examen Le recours à une sonde souple est préféré. L’utilisation d’une sonde urinaire plus rigide, donc plus vulnérante, est à éviter. Ici, une sonde naso-œsophagienne stérile (8 FR, 40 cm) en PVC, à extrémité borgne et avec deux orifices latéraux est employée. Elle doit être sectionnée stérilement en avant de l’orifice proximal à l’aide de la lame de bistouri pour créer une extrémité ouverte. L’assistant prépare deux seringues de 5 ml de NaCl 0,9 % tiédi. L’opérateur enfile des gants stériles.

3. Visualisation du larynx Après induction, l’assistant place l’animal en décubitus sternal et se positionne à sa droite. Il met en place le pas-d’âne et, de sa main gauche, maintient la tête de l’animal en extension, dans l’axe de l’encolure. Sa main droite tire délicatement la langue vers l’avant pour que l’opérateur visualise bien le larynx à l’aide de la source de lumière (tenue de la main gauche par l’opérateur).

4. Cathétérisme laryngo-trachéal (cas d’un opérateur droitier) L’opérateur se place face à l’animal. Il procède au cathétérisme laryngo-trachéal en tenant la sonde entre le pouce et l’index de sa main droite, placés à proximité de son extrémité. Le franchissement de l’orifice glottique peut être laborieux et plusieurs tentatives sont parfois requises, en particulier lorsque le larynx est spastique. Une pulvérisation d’agent anesthésique topique (lidocaïne, Xylocaïne(r)(1)) est préconisée par certains auteurs pour limiter le laryngospasme [2].

5. Positionnement de l’animal en décubitus latéral et progression de la sonde Lorsque l’opérateur juge que l’extrémité de la sonde est dans la trachée proximale, l’assistant place l’animal en décubitus latéral, afin de latéraliser la sonde dans un hémi-poumon dans la mesure du possible, en veillant à maintenir la tête dans l’axe de l’encolure. L’opérateur fait alors progresser la sonde dans l’arbre trachéo-bronchique autant qu’il le peut.

6. Lavage broncho-alvéolaire L’opérateur injecte 5 ml de NaCl 0,9 % dans la sonde et les réaspire immédiatement. Au besoin, l’air est éliminé au fur et à mesure de la seringue pour permettre la répétition des aspirations jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de liquide à recueillir. Malgré l’absence de consensus sur la quantité de liquide à injecter, la plupart des études recommandent d’instiller des bolus de 5 à 20 ml par chat, à hauteur de deux ou trois bolus. Le rendement attendu est de 50 à 70 %, soit 2,5 à 3,5 ml de NaCl réaspirés pour 5 ml injectés [4].

7. Évaluation de la qualité du prélèvement et lavage controlatéral Le liquide recueilli doit être légèrement spumeux et contenir du mucus. Au besoin, il est préférable de répéter l’opération précédente afin d’obtenir un prélèvement adéquat, même si le risque de contamination oropharyngée est possiblement plus important lorsque plusieurs tentatives ont été requises. L’opérateur retire ensuite la sonde jusqu’à ce qu’il estime que son extrémité se trouve en amont de la bifurcation trachéo-bronchique. Si nécessaire, un repère peut avoir été pris au préalable sur la sonde en regard des arcades incisives lorsque l’extrémité de la sonde est placée au niveau du cinquième espace intercostal. L’assistant change le côté du décubitus et les étapes précédentes sont réitérées.

8. Répartition du liquide recueilli dans les différents tubes d’analyse Le liquide est rapidement réparti dans les tubes secs et EDTA par l’assistant. Le mélange des liquides de différents lavages obtenus chez un animal dans un même tube ne change pas la représentativité globale [1].

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