Le point Vétérinaire n° 326 du 01/06/2012
 

ÉTAPE 7

L’échographie en 10 étapes

Hélène Kolb*, Isabelle Testault**


*Centre hospitalier vétérinaire Atlantia
22, rue René-Viviani
44200 Nantes
helenekolb@yahoo.fr
**Centre hospitalier vétérinaire Atlantia
22, rue René-Viviani
44200 Nantes
helenekolb@yahoo.fr

La répartition des différents segments intestinaux dans l’abdomen et leur aspect normal doivent être connus pour appréhender les modifications échographiques de ces organes.

Avant de débuter l’examen échographique de l’intestin, le manipulateur doit connaître parfaitement la répartition des différents segments intestinaux dans l’abdomen. Il explore ensuite la paroi, le contenu et le péristaltisme intestinaux. Cet article détaille ainsi les outils échographiques indispensables pour apprécier l’intestin normal chez le chien et le chat.

RAPPELS ANATOMIQUES DE L’INTESTIN

1. L’intestin grêle

Le duodénum

Le duodénum est la première partie de l’intestin grêle, juste après l’estomac puis le pylore (figure). La jonction pyloro-duodénale se situe cranialement à droite de l’abdomen chez le chien et dans le plan médian chez le chat, caudalement au hile hépatique [6]. Le duodénum, descendant à son départ, forme un “coude” (appelé courbure craniale duodénale) avant de longer la paroi abdominale latérale droite, ventralement au rein droit (photo 1). La papille duodénale se trouve dans la partie proximale du duodénum descendant et correspond à l’abouchement des conduits cholédoques et pancréatiques dans l’intestin grêle (photo 2). Le duodénum forme un « U » dont la portion horizontale correspond au duodénum transverse situé dans l’abdomen caudal.

Le jéjunum et l’iléon

Le jéjunum prend naissance dans le duodénum ascendant, cranialement à gauche de l’abdomen. Il est en continuité avec l’iléon qui est un segment plus court. Il correspond à la portion terminale de l’intestin grêle se jetant dans le côlon. Ces deux segments ont une position variable dans l’abdomen. De manière générale, le jéjunum se situe en régions abdominales moyenne et caudale et l’iléon médialement au duodénum descendant à droite de l’abdomen. La jonction iléo-cæcocolique et le cæcum sont ainsi localisés dans le quadrant cranial droit, médio-ventralement au rein droit [7].

Le gros intestin

Le côlon, comme le duodénum, se divise en trois segments : ascendant, transverse et descendant. Le côlon ascendant prend naissance au cæcum et court médialement au duodénum descendant à droite de l’abdomen. Le côlon transverse parcourt l’abdomen latéro-latéralement, caudalement à la grande courbure de l’estomac et au lobe gauche du pancréas. Le côlon descendant est facile à identifier par sa position latérale gauche et dorsale à la vessie.

2. Le drainage lymphatique de l’intestin

Le drainage lymphatique du duodénum est assuré par les nœuds lymphatiques gastriques (près du pylore), pancréatico-duodénaux (près de la courbure duodénale) et hépatiques (de chaque côté de la veine porte).

Le drainage lymphatique du jéjunum est assuré par les nœuds lymphatiques jéjunaux. Ils apparaissent le long du tronc mésentérique (artère et veine mésentériques craniales).

Le drainage lymphatique de l’iléon est assuré par les nœuds lymphatiques jéjunaux et coliques (situés près de la jonction iléo-colique) [1].

TECHNIQUE D’EXPLORATION ÉCHOGRAPHIQUE DE L’INTESTIN

1. Préparation de l’animal

La tonte de l’animal concerne l’ensemble de l’abdomen ventral. Elle doit se prolonger assez largement sur les côtés de l’animal et peut s’étendre jusqu’aux derniers espaces intercostaux à droite chez les chiens de grand format pour faciliter l’examen de la courbure craniale duodénale. Un jeûne de 12 heures est recommandé, mais il ne garantit pas l’absence de gaz digestifs, qui occasionnent souvent des artefacts gênants.

L’animal est en général placé en décubitus dorsal et maintenu par un coussin en mousse.

2. Le choix des sondes

Des sondes électroniques micro-convexes de fréquence ultrasonore de 7,5 à 10 MHz sont couramment utilisées. L’utilisation de sondes linéaires de plus haute fréquence (supérieure à 15 MHz) montre des avantages certains, mais aussi quelques inconvénients. Elles permettent un examen beaucoup plus précis de la paroi intestinale, surtout chez les animaux de petit ou moyen format. Le manipulateur visualise plus facilement certains détails de la paroi intestinale, en l’occurrence les plaques de Peyer, la papille duodénale sur le duodénum et l’échogénicité de la muqueuse (photo 3). La taille de la sonde linéaire peut cependant être un obstacle (excès d’encombrement) pour accéder, par exemple, à la courbure craniale duodénale souvent contenue sous l’arc costal. De plus, sa haute fréquence, donc sa profondeur d’exploration faible, rend l’examen de l’ensemble des anses intestinales des chiens de grand format difficile.

3. L’examen échographique

Le manipulateur positionne tout d’abord la sonde ultrasonore à droite du plan médian, juste en arrière de la dernière côte, puis l’oriente cranialement pour explorer la courbure duodénale. Cette dernière est souvent plus facilement accessible chez les chiens à thorax profond en empruntant un abord intercostal droit [3]. Il glisse ensuite la sonde cranio-caudalement le long de la paroi abdominale à droite afin de suivre le duodénum descendant (photo 4). Puis la sonde est déplacée latéralement vers le plan médian et/ou à gauche, et d’avant en arrière, afin de parcourir l’ensemble de l’intestin jusqu’au côlon descendant. L’opérateur réalise des plans de coupe sagittale et transversale de l’intestin (grêle et côlon) afin de le détailler dans les deux dimensions.

IMAGES ÉCHOGRAPHIQUES DE L’INTESTIN NORMAL

L’échographie, examen dynamique, étudie la paroi (structure, épaisseur), le contenu et le péristaltisme intestinaux.

1. La paroi normale de l’intestin

Les couches échographiques

La paroi intestinale est composée de cinq couches échographiques (photo 5). De la lumière vers l’extérieur, le manipulateur distingue :

– une interface muqueuse/lumière hyperéchogène ;

– une muqueuse hypoéchogène ;

– une sous-muqueuse hyperéchogène ;

– une musculeuse hypoéchogène ;

– une séreuse hyperéchogène.

L’épaisseur de la paroi intestinale

De manière générale, chez le chien comme chez le chat, le duodénum est le segment intestinal le plus épais et le côlon le plus fin (mais aussi le plus dilaté). Les parois de l’intestin grêle et du côlon ont tendance à être plus fines chez le chat que chez le chien [6,8]. La muqueuse est la couche la plus épaisse.

Le manipulateur apprécie l’épaisseur de la paroi intestinale en la mesurant à partir de l’interface lumière/muqueuse jusqu’à la séreuse (tableau 1).

Le péristaltisme intestinal

Le péristaltisme normal de l’intestin grêle est en moyenne de trois à cinq contractions par minute [9].

2. Le contenu normal de l’intestin

Le contenu normal de l’intestin peut être muqueux, gazeux ou liquidien [8].

Les gaz se matérialisent par des surfaces réfléchissantes hyperéchogènes intraluminales associées à des ombres acoustiques. Elles sont dites “sales” pour les gaz et “propres” pour des selles bien constituées dans le côlon. Dans ce dernier cas, les ombres acoustiques apparaissent plus nettes, mieux définies et ne doivent pas être confondues avec les cônes d’ombre associés aux corps étrangers intestinaux.

Le contenu muqueux apparaît sous la forme d’éléments liquidiens plus ou moins échogènes mobiles au gré du péristaltisme. Ils ne s’accompagnent pas d’ombres acoustiques et ne gênent donc pas la visualisation de la paroi intestinale distale.

Le contenu liquidien est anéchogène et facilite la visualisation de la paroi intestinale sous-jacente.

3. Les spécificités d’espèce

Chez le chat

Le duodénum peut apparaître segmenté, en “collier de perles” [5].

La portion terminale de l’iléon présente un aspect propre au chat. Juste avant la jonction iléo-cæcocolique, la sous-muqueuse et la musculeuse sont plus épaisses et la sous-muqueuse particulièrement échogène. En coupe transversale, cette partie de l’intestin apparaît en forme de “roue de chariot” (photo 6) [4, 5].

Même si le cæcum est plus petit que chez le chien, il renferme aussi moins de gaz. Pour cette raison, la jonction iléo-cæcocolique et le cæcum sont plus facilement visibles dans cette espèce (photo 7).

Chez le chien

Les parois duodénale et jéjunale s’épaississent proportionnellement au poids du chien. Plus l’animal est lourd, plus leur paroi est épaisse (tableau 2) [2].

Contrairement au chat, le cæcum est difficilement visible en raison des nombreux gaz qu’il renferme.

Conclusion

Cet article détaille l’anatomie et l’aspect échographique normal de l’intestin (grêle et du côlon). Il s’agit de prérequis que le manipulateur doit maîtriser afin de pouvoir interpréter les images pathologiques.

Références

  • 1. D’Anjou M-A. Abdominal cavity, lymph nodes, and great vessels. In : Penninck DG, d’Anjou M. Atlas of small animal ultrasonography. Blackwell Publishing, Ames, Iowa. 2008;445-463.
  • 2. Delaney F, O’brien RT, Waller K. Ultrasound evaluation of small bowell thickness compared to weight in normal dogs. Vet. Radiol. Ultrasound. 2003;44(5):577-580.
  • 3. Gaschen L. Ultrasonography of small intestinal inflammatory and neoplastic diseases in dogs and cats. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2011;41(2):329-344.
  • 4. Goggin JM, Biller DS, Debey BM et coll. Ultrasonographic measurement of gastrointestinal wall thickness and the ultrasonographic appearance of the ileocolic region in healthy cats. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 2000;36:224-228.
  • 5. Larson MM, Biller DS. Ultrasound of the gastrointestinal tract. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2009;39(4):747-759.
  • 6. Newell SM, Graham JP, Rober GD et coll. Sonography of the normal feline gastrointestinal tract. Vet. Radiol. Ultrasound. 1999;40(1):40-43.
  • 7. Penninck DG. Gastrointestinal tract. In: Nyland TG, Mattoon JS. Small animal diagnostic ultrasound, 2nd ed. WB Saunders, Philadelphia. 2002;207-230.
  • 8. Penninck DG. Gastrointestinal tract. In: Penninck DG, d’Anjou M. Atlas of small animal ultrasonography. Blackwell Publishing, Ames, Iowa. 2008;281-318.
  • 9. Penninck DG, Nyland TG, Fisher PE et coll. Ultrasonography of the normal canine gastrointestinal tract. Vet. Radiol. Ultrasound. 1989;30:272-276.

Points forts

→ Le duodénum forme un coude à son départ. Il s’agit de la courbure craniale duodénale.

→ Les cinq couches échographiques de l’intestin sont une interface muqueuse/lumière hyperéchogène, une muqueuse hypoéchogène, une sous-muqueuse hyperéchogène, une musculeuse hypoéchogène et une séreuse hyperéchogène.

→ Le duodénum est le segment intestinal le plus épais. Son épaisseur peut atteindre 6 mm chez le chien.

→ Chez le chat, l’iléon est en forme de « roue de chariot » en coupe transversale.

→ Les parois duodénale et jéjunale s’épaississent proportionnellement au poids du chien.

1. À son départ, le duodénum descendant forme un coude appelé “courbure craniale duodénale” (Duod : duodénum, P : pancréas).

FIGURE
Anatomie de l’intestin

2. Chez le chien, la papille duodénale majeure correspond à l’abouchement des conduits cholédoque et pancréatique dans le duodénum.

3. Les plaques de Peyer (flèches) correspondent à des petites indentations au sein de la paroi intestinale grêle.

4. Chez le chien, le duodénum descendant chemine ventralement et latéralement au rein droit.

5. Ces cinq couches échographiques constituent la paroi de l’intestin grêle.

6. La portion terminale de l’iléon est en forme de “roue de chariot” en coupe transversale.

7. Le caæcum est plus souvent observé chez le chat.

TABLEAU 1
Épaisseur moyenne des différents segments intestinaux chez le chien et chat

D’après [2,8].

TABLEAU 2
Relation entre l’épaisseur de la paroi duodénale et jéjunale et le poids du chien

D’après [2].

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