Le point Vétérinaire n° 324 du 01/04/2012
 

ORTHOPÉDIE CANINE

Dossier

Julien Carabalona*, Thierry Dembour**, Jean-Luc Chancrin***


*Service de chirurgie, VetAgro Sup,
Campus vétérinaire de Lyon
1, avenue Bourgelat 69280 Marcy-L’Étoile,
juliencarabalona@hotmail.com
**Clinique vétérinaire Olliolis, Centre de cas référés
en chirurgie, imagerie, médecine et dentisterie,
414a, chemin des Canniers,
Quartier Lagoubran, 83190 Ollioules.
***Clinique vétérinaire Olliolis, Centre de cas référés
en chirurgie, imagerie, médecine et dentisterie,
414a, chemin des Canniers,
Quartier Lagoubran, 83190 Ollioules.

Des méthodes faciles à appliquer et peu onéreuses sont disponibles pour diagnostiquer une rupture de ligament croisé cranial. Il est indispensable de les maîtriser avec précision.

La rupture du ligament croisé cranial (RLCC) est la principale cause de boiterie du membre postérieur chez le chien [1]. Dans notre activité référée en chirurgie, elle représente 12,5 % des consultations pour boiterie. Le plus souvent d’origine dégénérative, elle peut aussi être d’origine traumatique [2]. L’étiopathologie exacte de cette dégénérescence n’est pas définie et reste encore controversée [1]. Différents facteurs de risque ont été identifiés dont essentiellement l’âge, le poids, la race, la conformation anatomique (pente tibiale) et des facteurs génétiques [1]. La RLCC peut être totale ou partielle. Elle provoque une instabilité articulaire qui est à l’origine du développement d’arthrose et de lésions méniscales. En cas de rupture partielle, le diagnostic est plus délicat à établir et conduit le plus souvent à une suspicion plutôt qu’une certitude.

La RLCC est généralement douloureuse et engendre alors une boiterie (soulagement du membre atteint ou du membre le plus douloureux lors de rupture bilatérale). Dans les mêmes conditions, le chien debout présente un défaut d’appui. Assis, il limite la flexion du grasset et se positionne plutôt de côté. La palpation révèle un grasset augmenté de volume que la rupture soit récente (synovite) ou ancienne (épicondylite médiale et épaississement de la capsule articulaire), ainsi qu’une certaine amyotrophie.

Un diagnostic de certitude est apporté par la mise en évidence du signe du tiroir antérieur, pathognomonique d’une RLCC (physiologiquement, le chien adulte ne présente pas de signe du tiroir antérieur. Certains chiots de grande race présentent un tiroir “juvénile” modéré, provoqué par une laxité articulaire physiologique et disparaissant entre l’âge de 10 et 12 mois) [3]. Cette manipulation peut s’effectuer en douceur sur un animal vigile s’il est coopératif, mais il est préférable de le réaliser sous anesthésie générale pour limiter la douleur et les réactions de défense susceptibles de masquer l’instabilité articulaire.

Lorsque l’examen clinique ne conduit pas à un diagnostic de certitude, la radiographie peut confirmer la suspicion. Elle permet aussi d’évaluer l’importance de la dégénérescence articulaire.

Lors de suspicion de RLCC sans instabilité, le recours à l’arthroscopie (le seul moyen de visualiser directement la rupture, hormis l’arthrotomie) et à l’échographie est intéressant. L’imagerie par résonance magnétique est une technique très fiable pour un diagnostic de certitude, mais elle est moins disponible.

Références

  • 1. Comerford EJ, Smith K, Hayashi K. Update on the aetiopathogenesis of canine cranial cruciate ligament disease. Vet. Comp. Orthop. Traumatol. 2011;2:91-96.
  • 2. Duval JM, Budsberg SC, Flo GL et coll. Breed, sex, and body weight as risk factors for rupture of the cranial cruciate ligament in young dogs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1999;215:811-814.
  • 3. Piermattei DL, Flo GL, DeCamp CE. Examen orthopédique et examens complémentaires. Dans: Brinker, Piermattei et Flo – Manuel d’orthopédie et traitement des fractures des animaux de compagnie. 4e éd., Paris, Med’com Ed. 2009;10-13:582-616.

1 et 2. Signe du tiroir direct Une main saisit le fémur en positionnant le pouce sur l’os sésamoïde latéral du grasset et l’index sur la partie proximale de la rotule. L’autre main prend le tibia en plaçant le pouce sur la tête de la fibula et l’index sur la crête tibiale. En maintenant fermement les os et sans crispation, un mouvement de translation antéro-postérieure est imposé au tibia en douceur et sans fléchir les poignets (flèches jaunes : mouvement imposé au tibia). Ce geste peut être répété plusieurs fois, surtout lors d’un faible déplacement lié à une rupture incomplète ou à une ankylose articulaire importante causée par une rupture ancienne. Le ligament croisé cranial étant constitué de deux faisceaux de fibres (cranio-médial et caudo-latéral), il est impératif de tester l’articulation en extension et en flexion à 90 degrés. Cette dernière est plus sensible pour la détection des ruptures partielles. Le déplacement observé est de l’ordre de quelques millimètres (de 1 mm à 10 mm) [3]. Le repère rouge (tangente au ligament tibio-rotulien) permet d’apprécier le déplacement. Cette manipulation nécessite d’être standardisée pour éviter les erreurs d’interprétation (encadré complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

1 et 2. Signe du tiroir direct Une main saisit le fémur en positionnant le pouce sur l’os sésamoïde latéral du grasset et l’index sur la partie proximale de la rotule. L’autre main prend le tibia en plaçant le pouce sur la tête de la fibula et l’index sur la crête tibiale. En maintenant fermement les os et sans crispation, un mouvement de translation antéro-postérieure est imposé au tibia en douceur et sans fléchir les poignets (flèches jaunes : mouvement imposé au tibia). Ce geste peut être répété plusieurs fois, surtout lors d’un faible déplacement lié à une rupture incomplète ou à une ankylose articulaire importante causée par une rupture ancienne. Le ligament croisé cranial étant constitué de deux faisceaux de fibres (cranio-médial et caudo-latéral), il est impératif de tester l’articulation en extension et en flexion à 90 degrés. Cette dernière est plus sensible pour la détection des ruptures partielles. Le déplacement observé est de l’ordre de quelques millimètres (de 1 mm à 10 mm) [3]. Le repère rouge (tangente au ligament tibio-rotulien) permet d’apprécier le déplacement. Cette manipulation nécessite d’être standardisée pour éviter les erreurs d’interprétation (encadré complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

3 et 4. Signe du tiroir indirect ou test de compression tibiale, ou test de Henderson Une main saisit le fémur en positionnant l’index le long de la rotule, du ligament rotulien et de la crête tibiale. Le genou est légèrement fléchi et l’autre main, placée sur le jarret, impose des mouvements de flexion forcée (flèches vertes). Pour apprécier un mouvement de tiroir, l’angle articulaire du grasset doit rester constant. Seul le jarret est mis en mouvement. L’index, placé sur la tubérosité tibiale exerce une pression cranio-caudale (flèche jaune). La manipulation peut être répétée plusieurs fois rapidement, toujours en douceur. La ligne rouge (tangente au ligament tibio-rotulien) permet d’apprécier le déplacement.

3 et 4. Signe du tiroir indirect ou test de compression tibiale, ou test de Henderson Une main saisit le fémur en positionnant l’index le long de la rotule, du ligament rotulien et de la crête tibiale. Le genou est légèrement fléchi et l’autre main, placée sur le jarret, impose des mouvements de flexion forcée (flèches vertes). Pour apprécier un mouvement de tiroir, l’angle articulaire du grasset doit rester constant. Seul le jarret est mis en mouvement. L’index, placé sur la tubérosité tibiale exerce une pression cranio-caudale (flèche jaune). La manipulation peut être répétée plusieurs fois rapidement, toujours en douceur. La ligne rouge (tangente au ligament tibio-rotulien) permet d’apprécier le déplacement.

5. Examen radiographique Lors d’une instabilité évidente, la radiographie a peu d’intérêt compte tenu du caractère pathognomonique du signe du tiroir. Elle est intéressante chez les animaux qui présentent un faible déplacement, voire un déplacement imperceptible (cas chroniques avec fibrose péri-articulaire ou rupture partielle), mais son interprétation reste difficile. Les observations portent sur la présence d’arthrose, l’augmentation de densité intra-articulaire (signe d’une synovite), le déplacement cranial du coussinet adipeux infrapatellaire, l’augmentation du volume articulaire (épanchement de synovie), le signe du tiroir et les avulsions potentielles des insertions du ligament croisé cranial (rares, plus fréquentes chez le jeune) [3]. La radiographie, centrée sur le grasset, est réalisée sous une incidence médio-latérale (profil). Le fémur et le tibia sont positionnés en angle droit et le tibia est mis en compression au moment de la prise du cliché (jarret fléchi autant que possible). Lorsque l’interprétation des clichés radiographiques reste douteuse, il convient de réaliser des radiographies du membre opposé et de comparer ainsi les deux articulations ou d’avoir recours à d’autres examens complémentaires.

6a à 6d. Interprétation des clichés radiographiques 6a et 6b. Membre sain. Ligne rouge horizontale : axe du fémur ; ligne rouge verticale : tangente aux condyles fémoraux et perpendiculaire à l’axe du fémur ; flèche jaune : os sésamoïde du muscle poplité ; flèche bleue : épine intercondylienne. Le diagnostic radiographique requiert une articulation fémoro-tibiale parfaitement de profil, garantie par une totale superposition des condyles fémoraux. Lorsque aucun mouvement forcé n’est imposé, le tiroir radiographique n’est pas forcément mis en évidence (photos 6a et 6c). La mise en compression déplace le plateau tibial cranialement par rapport aux condyles fémoraux et crée un tiroir radiographique bien visible (photo 6d). L’épine intercondylienne ne se trouve plus à l’apex des condyles fémoraux (flèches bleues, photos 6a et 6d). Un déplacement distal de l’os sésamoïde du muscle poplité est également noté (flèches jaunes, photos 6c et 6d). Une ligne droite, perpendiculaire à l’axe fémoral et tangente à la partie postérieure des condyles fémoraux, permet de mieux visualiser le déplacement. Sur le membre sain, cette droite est au contact de la partie postérieure du plateau tibial (photo 6b). Lors de RLCC, le plateau tibial avance par rapport à cette droite (photo 6d). En cas de rupture partielle, le déplacement est de faible amplitude.

6a à 6d. Interprétation des clichés radiographiques 6a et 6b. Membre sain. Ligne rouge horizontale : axe du fémur ; ligne rouge verticale : tangente aux condyles fémoraux et perpendiculaire à l’axe du fémur ; flèche jaune : os sésamoïde du muscle poplité ; flèche bleue : épine intercondylienne. Le diagnostic radiographique requiert une articulation fémoro-tibiale parfaitement de profil, garantie par une totale superposition des condyles fémoraux. Lorsque aucun mouvement forcé n’est imposé, le tiroir radiographique n’est pas forcément mis en évidence (photos 6a et 6c). La mise en compression déplace le plateau tibial cranialement par rapport aux condyles fémoraux et crée un tiroir radiographique bien visible (photo 6d). L’épine intercondylienne ne se trouve plus à l’apex des condyles fémoraux (flèches bleues, photos 6a et 6d). Un déplacement distal de l’os sésamoïde du muscle poplité est également noté (flèches jaunes, photos 6c et 6d). Une ligne droite, perpendiculaire à l’axe fémoral et tangente à la partie postérieure des condyles fémoraux, permet de mieux visualiser le déplacement. Sur le membre sain, cette droite est au contact de la partie postérieure du plateau tibial (photo 6b). Lors de RLCC, le plateau tibial avance par rapport à cette droite (photo 6d). En cas de rupture partielle, le déplacement est de faible amplitude.

6a à 6d. Interprétation des clichés radiographiques 6c et 6d. Membre atteint. Ligne rouge horizontale : axe du fémur ; ligne rouge verticale : tangente aux condyles fémoraux et perpendiculaire à l’axe du fémur ; flèche jaune : os sésamoïde du muscle poplité ; flèche bleue : épine intercondylienne. Le diagnostic radiographique requiert une articulation fémoro-tibiale parfaitement de profil, garantie par une totale superposition des condyles fémoraux. Lorsque aucun mouvement forcé n’est imposé, le tiroir radiographique n’est pas forcément mis en évidence (photos 6a et 6c). La mise en compression déplace le plateau tibial cranialement par rapport aux condyles fémoraux et crée un tiroir radiographique bien visible (photo 6d). L’épine intercondylienne ne se trouve plus à l’apex des condyles fémoraux (flèches bleues, photos 6a et 6d). Un déplacement distal de l’os sésamoïde du muscle poplité est également noté (flèches jaunes, photos 6c et 6d). Une ligne droite, perpendiculaire à l’axe fémoral et tangente à la partie postérieure des condyles fémoraux, permet de mieux visualiser le déplacement. Sur le membre sain, cette droite est au contact de la partie postérieure du plateau tibial (photo 6b). Lors de RLCC, le plateau tibial avance par rapport à cette droite (photo 6d). En cas de rupture partielle, le déplacement est de faible amplitude.

6a à 6d. Interprétation des clichés radiographiques 6c et 6d. Membre atteint. Ligne rouge horizontale : axe du fémur ; ligne rouge verticale : tangente aux condyles fémoraux et perpendiculaire à l’axe du fémur ; flèche jaune : os sésamoïde du muscle poplité ; flèche bleue : épine intercondylienne. Le diagnostic radiographique requiert une articulation fémoro-tibiale parfaitement de profil, garantie par une totale superposition des condyles fémoraux. Lorsque aucun mouvement forcé n’est imposé, le tiroir radiographique n’est pas forcément mis en évidence (photos 6a et 6c). La mise en compression déplace le plateau tibial cranialement par rapport aux condyles fémoraux et crée un tiroir radiographique bien visible (photo 6d). L’épine intercondylienne ne se trouve plus à l’apex des condyles fémoraux (flèches bleues, photos 6a et 6d). Un déplacement distal de l’os sésamoïde du muscle poplité est également noté (flèches jaunes, photos 6c et 6d). Une ligne droite, perpendiculaire à l’axe fémoral et tangente à la partie postérieure des condyles fémoraux, permet de mieux visualiser le déplacement. Sur le membre sain, cette droite est au contact de la partie postérieure du plateau tibial (photo 6b). Lors de RLCC, le plateau tibial avance par rapport à cette droite (photo 6d). En cas de rupture partielle, le déplacement est de faible amplitude.

Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité