Le point Vétérinaire n° 324 du 01/04/2012
 

RADIOLOGIE

Quel est votre diagnostic ?

Caroline Fina*, Fouzia Stambouli**


*CHUVA, Pôle d’imagerie médicale
ENV d’Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94700 Maisons-Alfort
**CHUVA, Pôle d’imagerie médicale
ENV d’Alfort
7, avenue du Général-de-Gaulle
94700 Maisons-Alfort

Présentation clinique

Une chatte européenne âgée de 15 ans est présentée en consultation pour une dyspnée majeure, une polypnée et une respiration gueule ouverte d’apparition brutale le jour même. Les propriétaires rapportent également un abattement et une dysorexie depuis la veille. Aucun antécédent n’est signalé. Des examens radiographiques de profil (droit) et de face (ventro-dorsale) du thorax sont réalisés (photos 1 et 2).

Qualité de l’image

La densité, le contraste, la netteté et la finesse des détails sont satisfaisants.

L’incidence de face présente une rotation minime et acceptable. Les deux clichés ont été réalisés en inspiration.

Description de l’image radiographique

→ L’examen des structures extra-thoraciques révèle une masse sous-cutanée ronde, située en regard de T8-T9, à droite, sur la vue de face. Elle est superposée caudalement à la carène sur la vue de profil. Plusieurs signes d’hyperinsufflation sont détectés sur la vue latérale : champ pulmonaire étendu jusqu’en L1-L2, diaphragme aplati et espace augmenté entre la silhouette cardiaque et le diaphragme. La largeur cardiaque est correcte, mais les rapports cardiothoraciques sont modérément augmentés sur les deux incidences (0,7), faisant suspecter une cardiomégalie modérée.

→ Sur l’incidence de face, l’artère pulmonaire caudale droite est de taille augmentée et plus ou moins tortueuse avec un aspect tronqué en regard de T12. Une radiotransparence pulmonaire focale marquée est notée en aval.

→ Plusieurs masses pulmonaires (au moins trois) sont visibles dans le lobe caudal droit dont certaines ont un bord net et d’autres un contour plus ou, masquant partiellement la veine cave caudale sur la vue de profil.

Interprétation

Image caractéristique d’une thrombo-embolie pulmonaire associée à des masses multiples dont l’origine est probablement néoplasique. Les signes d’hyperinsufflation pulmonaire, en l’absence de contexte de toux chronique, peuvent éventuellement être expliqués par une profonde inspiration au cours de la prise des clichés.

DISCUSSION

Les masses pulmonaires seules ne peuvent expliquer la détresse respiratoire de l’animal. Face à un tableau clinique de dyspnée majeure en désaccord avec les signes radiographiques, il est important de considérer l’hypothèse de thrombo-embolie pulmonaire (TEP) [1, 2]. Une TEP désigne l’obstruction d’une artère pulmonaire par un thrombus, le plus souvent un caillot ou un embole tumoral [2, 3]. La TEP est, dans la quasi-totalité des cas, secondaire à une cause sous-jacente, entraînant un état d’hypercoagulabilité, une stase vasculaire ou une lésion endothéliale vasculaire (encadré complémentaire sur www.WK-Vet.fr) [2]. Les animaux présentent typiquement une dyspnée majeure ne répondant pas à l’oxygénothérapie.

Dans la majorité des cas, la TEP ne s’accompagne d’aucune anomalie radiographique [1, 2]. Une opacité alvéolaire focale ou multifocale périphérique est parfois détectée. Elle correspond à des zones d’œdème, d’atélectasie, d’hémorragie pulmonaire ou encore à des infarctus [2-4]. L’opacité est le plus souvent triangulaire, périphérique et dorsale, en particulier dans le lobe caudal droit [1].

Plus rarement, il est possible d’observer, comme dans le cas présent, la dilatation d’une artère pulmonaire avec un arrêt ou une diminution soudaine et abrupte de son diamètre, et une hyperclarté de la portion de lobe hypoperfusé en aval (signe de Westermark). Ce signe est mis en évidence plus fréquemment chez les chiens atteints de dirofilariose. Les autres signes possibles sont des veines pulmonaires de petit diamètre traduisant une diminution du retour veineux, un épanchement pleural discret et une cardiomégalie droite [2, 4, 5].

Dans ce cas, un examen échocardiographique a permis d’exclure une origine cardiaque pour la TEP et révélé une hypertension artérielle pulmonaire. L’origine tumorale, bien que probable, n’a pu être confirmée.

Références

  • 1. Dennis R. Lower respiratory tract. In: Handbook of small animal radiology and ultrasound. Chapter 6. 2nd ed. 2010;145-173.
  • 2. Goggs et coll. Pulmonary thromboembolism. J. Vet. Emerg. Crit. Care. 2009;19(1):30-52.
  • 3. Johnson V et coll. The heart and major vessels. In: BSAVA Manual of canine and feline thoracic imaging. Chapter 7. Wiley. 2008;86-176.
  • 4. Norris et coll. Pulmonary thromboembolism in cats: 29 cases. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1999;215(11):1650-1654.
  • 5. Schermerhorn et coll. Pulmonary thromboembolism in cats. J. Vet. Intern. Med. 2004;18:533-535.

Radiographie de profil du thorax 1 : Masse sous-cutanée superposée aux structures intrathoraciques. 2 : Masses pulmonaires. 3 : Signes d’hyperinsufflation.

Radiographie de face du thorax 1 : Masse sous-cutanée. 2 : Masses pulmonaires. 3 : Dilatation puis arrêt abrupt de l’artère pulmonaire caudale droite et radiotransparence pulmonaire focale en aval.

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