Le point Vétérinaire n° 324 du 01/04/2012
 

REPRODUCTION CANINE

Recherche

Valérie
Colombani

D’après la présentation
réalisée par
Ph. Mimouni,
A. Fontbonne et
X. Lévy le 8 mars 2012
à Paris avec le soutien
logistique de Virbac.

Neuf experts vétérinaires en reproduction, uro-néphrologie et imagerie ont mis en commun leur expérience, leurs connaissances et leurs travaux afin d’apporter un consensus à destination du praticien.

Le conseil scientifique du Groupe d’étude en reproduction, élevage et sélection des carnivores domestiques (Geres) de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (Afvac) s’est tenu les 14 et 15 septembre 2011 à Carros (Alpes-Maritimes). Neuf experts (Giovanna Bassu, Samuel Buff, Franck Durieux, Alain Fontbonne, Françoise Lemoine, Martine Lennoz, Xavier Lévy, Philippe Mimouni, Jean-Pierre Pagès) ont constitué un groupe de réflexion sur la prise en charge de l’hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) afin d’apporter un consensus et d’en dégager de bonnes pratiques pour le diagnostic et le traitement de cette affection (encadrés 1 et 2).

Étiopathogénie et épidémiologie

→ L’hyperplasie bénigne de la prostate est l’affection prostatique la plus fréquente : elle touche 80 % des chiens de plus de 6 ans et 95 % de ceux de plus de 9 ans.

→ Le rôle des androgènes dans la pathogénie de cette maladie est clairement identifié, mais aucune différence significative n’a été observée dans les taux plasmatiques des chiens sains ou atteints d’HBP. Les androgènes agiraient sur la différenciation des cellules épithéliales et la prolifération du tissu prostatique fibromusculaire. Néanmoins, les animaux traités expérimentalement par des androgènes ne présentent qu’une HBP modérée.

→ Les œstrogènes semblent également avoir un rôle dans la pathogénie de cette affection. Chez les chiens atteints d’HBP, une augmentation du ratio œstrogènes/androgènes intraprostatiques a été mise en évidence. La hausse du taux plasmatique des œstrogènes reste controversée. Un traitement expérimental à l’aide d’antiœstrogènes réduit le volume de la prostate.

→ Un rôle combiné des androgènes et des œstrogènes est suspecté. Les androgènes provoqueraient une hyperplasie épithéliale et les œstrogènes, une métaplasie cellulaire.

→ Une étude rétrospective a été réalisée à l’ENV d’Alfort sur la période allant de décembre 2002 à septembre 2009. 72 300 consultations ont été analysées. 481 chiens présentaient une affection prostatique et un diagnostic de certitude a été établi pour quelque 200 cas. L’âge moyen des individus atteints est de 8,6 (écart type : +/– 3,2 ans). 56 % d’entre eux pèsent plus de 20 kg.

Une HBP seule a été diagnostiquée pour 50 % des chiens environ. Cet essai n’a pas permis de dégager d’éléments cliniques discriminants pour l’HBP.

Signes cliniques et diagnostic

→ Les symptômes qui peuvent être observés lors d’HBP sont les suivants :

– signes génitaux : sang dans la troisième fraction de l’éjaculat (précoce), baisse de la qualité de la semence (mobilité, flagelles, etc.), perte de sang entre les mictions (fréquent) ;

– signes digestifs : constipation, selles aplaties, ténesme, hernie périnéale ;

– signes locomoteurs : boiterie/raideur des postérieurs, parésie, œdème (rarissime) ;

– signes urinaires rares : hématurie de fin de miction, dysurie, pyélonéphrite et insuffisance rénale aiguë.

L’hématospermie et une infertilité liée à des modifications du spermogramme sont parfois les seules anomalies décrites lors d’HBP. Elles peuvent survenir à un stade précoce, mais uniquement chez les animaux reproducteurs.

Les symptômes locomoteurs apparaissent à des stades très avancés.

→ De nombreux examens, plus ou moins invasifs et coûteux, permettent d’établir le diagnostic. Le toucher rectal, facile à réaliser et non onéreux, possède de faibles spécificité et sensibilité, et est souvent mal perçu par le propriétaire de l’animal.

La radiographie n’est pas un examen de choix car la prostate est difficile à isoler et sa taille est surestimée.

L’échographie abdominale est l’examen de choix. Elle permet une évaluation du parenchyme (microkystes disséminés, hypoéchogénicité du tissu graisseux périphérique, etc.) et la réalisation de mesures.

Néanmoins, ces dernières restent peu fiables et aucune norme en fonction de la race n’existe. De plus, elles sont parfois difficiles à effectuer car la prostate peut occuper tout l’écran. Pendant longtemps, seul le critère d’augmentation de taille était retenu pour le diagnostic échographique de l’HBP. En réalité, il convient dans un premier temps de s’intéresser à l’échostructure du parenchyme (présence de microkystes < 3 mm diffus dans le parenchyme). L’échographie est très utile pour exclure les autres affections prostatiques.

Le diagnostic échographique n’étant pas toujours aisé, la réalisation d’un test sanguin de dépistage en première intention prend tout son intérêt. Le diagnostic biologique est possible, par le dosage sanguin de la CPSE (canine prostatic specific esterase). Cette enzyme est sécrétée par les cellules épithéliales prostatiques sous le contrôle des androgènes. Le test Odelis CPSE→  permet de diagnostiquer ou d’exclure une HBP chez le chien, quel que soit son âge. Facile à réaliser et fiable en première intention, il pourrait être inclus en routine pour le dépistage des chiens de plus de 6 ans (5 ans pour les reproducteurs). Cet examen est très utile lorsque l’hypertrophie n’est pas détectée et pour convaincre le propriétaire de mettre en place le traitement. Ce diagnostic biologique est à utiliser en parallèle des autres examens (figure).

La biopsie reste le “gold standard”. Néanmoins, c’est un examen invasif, technique et coûteux. La sensibilité de la ponction est de 64 %.

En médecine générale, le diagnostic s’effectue généralement chez des chiens âgés de 7 à 8 ans. En consultation spécialisée de reproduction, il est conseillé de réaliser un dépistage dès l’âge de 3 à 4 ans. En effet, l’HBP est une cause importante d’infertilité chez le chien et il convient d’y penser en premier chez un chien reproducteur présenté en consultation pour deux ou trois saillies infructueuses.

Traitement

→ Le traitement est instauré uniquement lors de manifestations cliniques :

– chez un non-reproducteur, en cas de symptômes urinaires, digestifs et locomoteurs ;

– chez un reproducteur, en cas d’hématospermie, d’asthénozoospermie, de tératozoospermie ou d’infertilité.

→ En première intention, le traitement conseillé est médical, à l’aide d’un antiandrogène, l’acétate d’osatérone (Ypozane(r)). Chez les non-reproducteurs uniquement, l’antiandrogène est utilisé en première intention, puis un relais par les agonistes de la GnRH (Suprélorin(r)) ou un traitement chirurgical (castration) est possible. Les médicaments visent à obtenir une diminution de la taille de la prostate. Cela engendre une baisse du volume de l’éjaculat, mais celui-ci correspond alors essentiellement à la fraction spermatique. Lors de traitement médical précoce, un retour à la normale de la qualité de la semence survient en quelques mois. Si la prise en charge est plus tardive, il n’est pas toujours observé.

→ En ce qui concerne le suivi thérapeutique, en l’absence de réapparition précoce des symptômes, il est préconisé de revoir l’animal tous les 4 mois pour les reproducteurs et tous les 6 mois pour les autres. Si les symptômes réapparaissent en 2 mois, il convient de réévaluer le chien car il s’agit peut-être d’une autre affection.

Chez les chiens reproducteurs, une fois le traitement instauré et un retour à la normale observé, il est conseillé de récolter et de congeler le sperme, et de réfléchir ensuite à la solution alternative thérapeutique.

Conclusion

Des controverses subsistent sur la pathogénie de l’HBP. Cependant, les différentes expérimentations et publications montrent que cette affection est toujours hormono-dépendante. En ce qui concerne son diagnostic et son traitement, il existe désormais un consensus. La démarche clinique est différente selon qu’il s’agit d’un animal reproducteur ou non, mais elle repose sur des principes communs.

ENCADRÉ 1
Rappels et définitions

Rappels anatomiques et physiologiques

→ La prostate est la seule glande sexuelle accessoire chez le chien. Sa position varie en fonction de l’âge de l’animal, de l’état de distension de sa vessie et de son statut physiologique.

→ La prostate sécrète la majeure partie de l’éjaculat. Le liquide spermatique permet le transport et la conservation des spermatozoïdes, et possède une activité antibactérienne (Gram-). La prostate a également un rôle mécanique (reflux prostatique en dehors de la miction et urinaire intraprostatique lors de la miction).

Définitions

→ Deux formes d’hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) existent : un type glandulaire diffus et un type complexe.

→ L’HBP provoque un développement excessif du tissu glandulaire (par hyperplasie ou hypertrophie), une augmentation du volume prostatique (non systématique en début d’affection) et une modification de la texture de la prostate qui engendre un dysfonctionnement. Cette maladie est androgéno-dépendante.

→ L’HBP clinique correspond à une altération de la qualité de la semence. Les symptômes généraux apparaissent plusieurs mois après le début de l’affection.

ENCADRÉ 2
Principaux points du consensus

→ L’hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) est androgéno-dépendante.

→ Il existe deux types d’HBP.

→ L’altération de la semence est très précoce. La réalisation d’un examen échographique standard est essentielle.

→ Le test sanguin est très utile.

→ La prise en charge médicale est le traitement de choix en première intention car elle est aussi efficace que la chirurgie.

→ Le rythme de traitement doit être plus soutenu chez le chien reproducteur.

FIGURE
Démarche diagnostique face à une suspicion d’hyperplasie bénigne de la prostate

CPSE : canine prostatic specific esterase ; HBP : hyperplasie bénigne de la prostate.(1) L’âge est à apprécier en fonction de la taille et de la race du chien.

Formations e-Learning

Nouveau : Découvrez le premier module
e-Learning du PointVétérinaire.fr sur le thème « L’Épanchement thoracique dans tous ses états »

En savoir plus
Publicité

L'infographie du mois

Boutique

Aussi bien destiné au vétérinaire, qu’à l’étudiant ou au personnel soignant, cet ouvrage vous apportera toutes les bases nécessaires à la consultation des NAC. Richement illustré de plus de 350 photos, doté de compléments internet vous permettant de télécharger des fiches d’examen et des fiches synthétiques par espèces, ce livre est indispensable pour débuter et progresser en médecine et chirurgie des NAC.
Découvrir la boutique du Point Vétérinaire

Newsletters


Ne manquez rien de l'actualité et de la formation vétérinaires.

S’inscrire aux Lettres vétérinaires
S’inscrire à La Lettre de l'ASV

Publicité