Le point Vétérinaire n° 323 du 01/03/2012
 

DERMATITE ATOPIQUE FÉLINE

Thérapeutique

Éric Vandaële

Le Fougerais
44850 Saint-Mars-du-Désert

Présentée en solution orale, la ciclosporine s’administre “à vie” chez les chats atteints de dermatite atopique chronique.

Depuis le début de mois de février 2012, une solution buvable à 100 mg/ml de ciclosporine spécifiquement adaptée aux chats, Atopica® chat, est commercialisée par Novartis. Cette présentation en solution buvable complète la gamme Atopica® destinée aux chiens atopiques sous forme de capsules orales dosées à 10, 25, 50 et 100 mg de ciclosporine.

La solution buvable est indiquée dans le traitement de la dermatite atopique féline chronique, en particulier les dermatites miliaires, les plaques éosinophiliques, certains cas de prurit récidivant cervico-facial, etc. (encadré). Jusqu’à présent, les vétérinaires dermatologues avaient recours aux présentations destinées aux chiens pour traiter les chats.

Éliminer les autres causes de dermatite

Le diagnostic de dermatite atopique féline n’est pas facile à établir avant d’instaurer un traitement à base de ciclosporine. Aucun test de diagnostic n’existe pour confirmer la maladie. Les signes cliniques sont une inflammation cutanée et un prurit, le plus souvent au niveau de la tête et du cou.

Il s’agit donc surtout d’établir un diagnostic d’exclusion. Toutes les causes de dermatite doivent être éliminées, qu’elles soient parasitaires (puces, etc.), fongiques ou alimentaires. Au préalable, il convient de traiter contre les puces ou d’instaurer un régime d’éviction alimentaire, et de rechercher et de prendre en charge les éventuelles infections.

Les corticoïdes en traitement de la crise aiguë

Ce diagnostic d’exclusion est nécessaire avant de conclure à une dermatite atopique nécessitant un traitement à vie ou au long cours, avec un médicament comme la ciclosporine.

Les corticoïdes locaux et systémiques restent, avec les antihistaminiques (chlorphénamine), les traitements symptomatiques de la crise de dermatite atopique aiguë. Ils sont efficaces pour lutter rapidement contre les crises, mais ne peuvent être administrés sur le long terme.

La ciclosporine s’administre avec ou sans le repas

Sur le long terme, si les crises aiguës deviennent fréquentes, la ciclosporine devient justifiée. Son efficacité n’est pas immédiate. La phase d’attaque, pour juger de la régression des signes cliniques, dure 1 à 2 mois. Pendant cette phase, la ciclosporine s’administre tous les jours à la dose de 7 mg/kg (0,07 ml/kg) avec ou sans la nourriture. Une pipette graduée facilite l’observance et le dosage précis. La biodisponibilité et le profil cinétique varient selon que la ciclosporine est administrée chez des animaux à jeun ou avec les repas. La biodisponibilité est légèrement inférieure avec les repas qu’à jeun (23 % versus 29 %). La résorption est aussi un peu plus lente. Mais « il a été prouvé que la réponse clinique reste la même », indique le résumé officiel des caractéristiques du produit (RCP). D’ailleurs, « les concentrations plasmatiques ne permettent pas de prédire la réponse clinique ». Dans les essais cliniques, la solution buvable a été administrée mélangée à de la nourriture dans un tiers des cas ou directement dans la gueule dans les autres cas. Chez le chien, il est recommandé de l’administrer plutôt hors des repas, car la biodisponibilité est plus élevée à ce moment-là (35 % au lieu de 30 %) et surtout beaucoup moins variable d’un individu à l’autre.

Une phase d’attaque de 1 ou 2 mois…

La solution buvable est présentée dans des petits flacons de 5 ml permettant de traiter un chat pendant 2 à 3 semaines durant la phase d’attaque. Cette durée est toutefois insuffisante pour apprécier une régression des signes cliniques qui intervient après 1 à 2 mois de traitement. Il convient donc de poursuivre l’administration au-delà du premier flacon même en l’absence d’amélioration pendant les 2 à 3 premières semaines.

Un jour sur deux, puis deux fois par semaine en entretien

En cas de régression des signes cliniques, les doses peuvent être espacées à 1 jour sur 2 pendant environ 1 mois, jusqu’à la stabilisation des signes cliniques. Enfin, la phase d’entretien permet de traiter les chats tous les 3 ou 4 jours. Ce rythme de deux administrations par semaine est atteint après 3 mois de traitement chez plus de la moitié des chats atopiques. Ce traitement est prévu “à vie”, même si parfois le propriétaire se lasse de traiter un chat apparemment “guéri”, alors qu’il ne s’agit que d’un traitement symptomatique. En cas d’arrêt des administrations, la rechute n’est pas immédiate, mais elle est probable à moyen ou long terme. Dans ce cas, il convient de reprendre le traitement à dose d’attaque journalière avant d’espacer progressivement les administrations selon la régression des signes cliniques.

Des effets indésirables très fréquents, mais peu graves

Les effets indésirables de la ciclosporine sont fréquents, voire très fréquents pour les troubles digestifs avec des diarrhées ou des vomissements. « Généralement ces effets sont légers et ne nécessitent pas l’arrêt du traitement », indique le RCP.

Au rang des effets fréquents, le RCP mentionne l’anorexie, la perte de poids, une léthargie et une lymphopénie. « Ces effets disparaissent spontanément à l’arrêt du traitement ou dès que la fréquence d’administration est réduite », ajoute le RCP.

En raison de son effet immunomodulateur, le RCP mentionne de nombreuses mises en garde pour les chats FeLV/FIV positifs, des interactions éventuelles avec la vaccination, etc. En outre, il est déconseillé de traiter les chats diabétiques en raison de l’effet hyperglycémiant de la ciclosporine.

Le flacon de 5 ml revient à 20 € (prix HT en centrale) et permet de traiter un chat de 4 à 5 kg pendant 2 semaines à dose quotidienne durant la phase d’attaque ou jusqu’à 2 mois pendant la phase d’entretien.

ENCADRÉ
Mode d’action de la ciclosporine

→ Comme les antibiotiques, la ciclosporine est synthétisée par des champignons (figure). Ses propriétés immunosuppressives ou immunomodulatrices ont d’ailleurs été découvertes par hasard en 1972 par le laboratoire Sandoz dont la recherche était orientée vers les anti-infectieux. Chez l’homme, elle est autorisée depuis 1983, d’abord en prévention du rejet d’allogreffes, puis dans différentes maladies à composante immunitaire dont la dermatite atopique et de nombreuses affections auto-immunes.

Cette molécule est très lipophile, ce qui influe sur sa galénique. Chez le chat, la solution buvable est huileuse et ne se dissout pas dans l’eau de boisson, mais elle peut être mélangée à la nourriture. Elle se conserve entre 20 et 30 °C. En dessous de 20 °C, des composants lipidiques peuvent se solidifier, formant une gelée. Il est possible de la tiédir à 30 °C pour obtenir une forme liquide avec parfois la persistance de petits flocons ou d’un sédiment, sans incidence sur la dose, l’efficacité et la sécurité d’emploi.

→ Son caractère lipophile lui confère une distribution tissulaire élevée (Vd de 3,3 l/kg), notamment dans la peau (avec des taux quatre fois plus élevés que dans le sang chez le chien). La ciclosporine ne s’accumule pas chez le chien et peu chez le chat. L’état d’équilibre est atteint en 5 jours en moyenne. Elle est fortement métabolisée en composés inactifs dans le foie par le cytochrome P450. Ce métabolisme hépatique est susceptible d’être à l’origine d’interactions médicamenteuses, notamment chez le chien avec le kétoconazole, d’où la nécessité de diminuer les doses.

→ La ciclosporine est présentée comme un “immunomodulateur spécifique” et non comme un immunosuppresseur. Elle agit de manière réversible sur les lymphocytes T et l’immunité à médiation cellulaire. Elle n’agit pas ou peu sur les macrophages et les lymphocytes B (immunité humorale). L’activation des lymphocytes T, par le contact avec les allergènes, joue un rôle essentiel dans la dermatite atopique. Ils sont responsables de la libération des médiateurs de l’inflammation (histamine, leucotriènes entre autres) et de la réaction allergique immédiate, puis chronique. La ciclosporine inhibe aussi la libération d’autres médiateurs de l’inflammation (cytokines, interleukines). « La ciclosporine inhibe la présentation des allergènes au niveau du système immunitaire cutané. Elle bloque le recrutement et l’activation des éosinophiles, la production de cytokines par les kératinocytes, les fonctions des cellules de Langerhans, la dégranulation des mastocytes et, par conséquent, la libération d’histamine et de cytokines proinflammatoires », détaille le RCP.

FIGURE
Structure chimique de la ciclosporine

La ciclosporine (appelée aussi cyclosporine, ciclosporine A ou CsA) est un polypeptide cyclique de 11 acides aminés.

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