Le point Vétérinaire n° 321 du 01/12/2011
 

ENTÉRITES BOVINES

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Béatrice Bouquet

Cabinet vétérinaire
8, rue des Déportés
80220 Gamaches

Une enquête cas-témoin en France suggère l’implication de la toxine α dans des cas de diarrhée entre 2 et 10 jours d’âge, avec reproduction expérimentale.

En Europe, Clostridium perfringens et ses toxines sont davantage connues pour des formes fulgurantes d’entérotoxémie (mort subite) que comme agents à inclure dans le diagnostic différentiel des diarrhées, au même titre que les rotaviroses, coronaviroses ou autres colibacilloses (photo, tableau). En créant les sous-catégories entérotoxinogènes, entérohémorragiques (ETEC, EHEC), une grande diversité pathogène a été accordée aux colibacilles. De même, les formes “atténuées” d’entérotoxémie sont à considérer. Ce sujet d’étude est difficile car la bactérie est délicate à cultiver, contrairement aux colibacilles, et le caractère multifactoriel des entérotoxémies est reconnu. Christophe Manteca effectue des recherches constantes en productions animales sur les clostridies, au sein de la firme Ceva.

Une étude à deux volets, modeste mais solide tout en restant préliminaire, semble-t-il, a été présentée “discrètement” en atelier “vaches allaitantes” aux dernières Journées nationales des groupements techniques vétérinaires par Laurent Mascaron (Ceva).

En Limousin, sept prélèvements sur 71 issus de veaux morts de diarrhée entre 3 et 10 jours d’âge contenaient la toxine de C. perfringens type A à des titres suffisamment élevés pour positiver le test Elisa Bio X (analyses au LVD Limoges, Haute-Vienne). Dans le lot témoin de veaux sains, seuls deux prélèvements sur 249 étaient positifs.

La toxine de C. perfringensest rarement le seul agent pathogène (deux cas). Parmi les “cofacteurs” infectieux, les colibacilles arrivent en tête (51 %), devant les crypto-sporidies (32 %), les rotavirus (27 %), les coronavirus (15 %) et le virus BVD (maladie des muqueuses) (3 %).

Les clostridies sont connues pour proliférer et fabriquer des toxines dans le tube digestif lors de transitions alimentaires inadaptées, d’appétit irrégulier (veau qui se gave après une période d’anorexie) ou d’antibiothérapie mal conduite. Ces contextes sont fréquents lors de diarrhée (liée à d’autres causes, dont l’origine infectieuse recherchée dans l’étude). Les deux cas sans autre agent pathogène peuvent être dus à un faux négatif pour les agents de la liste recherchés ou bien à un agent non recherché (autre virus ?).

Dans ces deux cas pour lesquels a été isolée seule la toxine α de C. perfringens type A, les lésions histologiques mises en évidence dans l’intestin sont proches de celles observées lors d’entérotoxémie, ce qui augmente encore la suspicion d’un lien entre C. perfringens, les lésions et la manifestation clinique de diarrhée. Les résultats de l’enquête cas-témoin de -Manteca seraient à relativiser s’il n’existait un autre volet à cette étude : une diarrhée catarrhale a été reproduite expérimentalement après challenge d’inoculation orale avec une souche toxinogène de C. perfringens type A en milieu liquide. Le même bouillon mais avec placebo a été inoculé au témoin : aucune diarrhée n’a été observée.

De plus, la toxine est difficile à mettre en évidence sur le terrain. La toxine de C. perfringens est très labile et disparaît rapidement. La recherche de la toxine par Elisa doit être réalisée rapidement après le prélèvement au risque de résultats faussement négatifs. Le test utilisé est positif aux titres seuils élevés choisis pour l’entérotoxémie. Conséquence, la sensibilité est peut-être trop “drastiquement mise à l’épreuve” avec ces seuils.

En définitive, l’étude cosignée Ceva-bioX-LVD Limoges peut être considérée comme un rappel : les C. perfringens sont définitivement à inclure dans la liste des agents infectieux impliqués lors de diarrhée néonatale. En pratique porcine, cela est plus volontiers reconnu.

Quant à l’intérêt d’une vaccination des mères dans cette indication, en utilisant un vaccin à forte présence d’anatoxine α (type A), il doit faire l’objet d’« études complémentaires », expliquent nos confrères de Ceva, même si des essais de terrain préliminaires dans cette indication semblent encourageants.

Les difficultés en médecine humaine avec le Clostridium difficile (et sa cytotoxine nosocomiale postantibiothérapie) encourageront-elles davantage de recherches sur les clostridies classiquement pathogènes en pratique bovine ?

Les observations sur les toxines de clostridies lors de diarrhée ne peuvent que nous convaincre encore davantage du caractère multifactoriel des diarrhées néonatales. Qu’elles soient marqueurs ou véritables agents pathogènes, leur présence caractérise les épisodes où le tube digestif des veaux d’élevage est soumis à rude épreuve. Il convient alors de rechercher méthodiquement les conditions d’élevage favorables à la prolifération et la toxinogenèse pour cette bactérie (encadré).

ENCADRÉ
Facteurs favorisants de la prolifération de Clostridium perfringens

La prolifération de C. perfringens dans l’intestin est favorisée par l’une ou l’autre des pratiques suivantes :

– un lactoremplaceur mal préparé (trop ou pas assez d’eau) ;

– un lactoremplaceur pas assez mélangé (grumeaux) ;

– des additifs au lactoremplaceur de type électrolytes, qui augmentent l’osmolarité ou la concentration en sel du mélange ;

– une température trop haute ou trop basse (elle doit être proche de celle du corps du veau : aux alentours de 38,3 °C ) ;

– des horaires et une méthode (seau/bouteille) de nourrissage variables (une régularité est nécessaire) ;

– une buvée trop rapide (diamètre des tétines) ;

– un équipement contaminé par manque d’hygiène (seaux/bouteilles/tétines, etc.).

Clostridium perfringens type A est régulièrement cité parmi les agents bactériens susceptibles d’engendrer des diarrhées néonatales. Il convient de déterminer en quoi cela correspond à une réalité de terrain dans le contexte européen.

TABLEAU
Clostridium perfringens et ses toxinotypes

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