Le point Vétérinaire n° 314 du 01/04/2011
 

MÉDECINE PRÉVENTIVE DES NAC

Dossier

Émilie Tessier

Clinique vétérinaire du Caducée
57, rue Salvador-Allende
Parc Eurasanté-Epi de Soil
59120 Loos-lez-Lille

La consultation vaccinale est le moment idéal pour faire le point sur la médecine préventive et les conditions de maintenance de l’animal, notamment lors de la première visite.

Le lapin de compagnie est un animal unique parmi ceux que rencontre le vétérinaire. Ses particularités anatomophysiologiques doivent amener le praticien à adapter sa consultation vaccinale.

1 Avant la consultation

Il est important de préciser au propriétaire lors de la prise de rendez-vous, d’autant plus s’il s’agit de la première visite, d’apporter :

– le carnet de santé et autres notes de suivi ;

– un échantillon de selles prélevées sur les dernières 48 heures ;

– les paquets d’alimentation, de foin et de friandises.

Tout lapin nouvellement acquis doit respecter une période de quarantaine, surtout en présence d’autres congénères à la maison. C’est durant cette période que doit se pratiquer la première visite.

Le transport du lapin se réalise classiquement dans une boîte à chat avec un journal au fond. Les petites boîtes pour nouveaux animaux de compagnie (NAC) se révèlent rapidement trop petites, même pour les lapins nains.

Lors de la première visite, un questionnaire est laissé à disposition du propriétaire lors de l’attente, afin de préciser notamment la date et le lieu d’acquisition (éleveur, animalerie ou particulier), les traitements et les vaccins antérieurs éventuels, ainsi que les conditions de maintenance et d’alimentation(1).

2 Pendant la consultation

La cage de transport peut être posée au sol, porte ouverte, afin de laisser le lapin libre de visiter la salle de consultation. Les jeunes lapereaux nouvellement acquis sont plutôt laissés dans leur boîte car la panique les prend aisément.

Tout en examinant l’animal à distance, un point est fait avec le questionnaire, notamment sur l’alimentation et en s’aidant des produits apportés par le propriétaire. Chaque composition doit être analysée afin de s’assurer de sa bonne adéquation aux besoins nutritionnels du lapin (encadré 1). De façon innée, un jeune lapin dispose de très bonnes habitudes alimentaires. Il est attiré par le foin et en consomme énormément. Cependant, la majorité des lapins de compagnie ont à disposition une alimentation trop riche (granulés ou pire : mélange de graines à volonté), et développent un goût prononcé pour le sucre et le gras qu’ils n’ont pas naturellement. Il est alors plus difficile de changer leur régime par la suite [3].

Avant la vaccination, il convient de vérifier si des traitements antiparasitaires ont déjà été administrés et de compléter le protocole en se fondant sur les résultats de l’analyse des selles(2) (réalisable sur place et à peu de frais) (tableau 1, encadré 2).

La contention est parfois risquée pour l’animal, qui peut en se débattant se fracturer la colonne vertébrale ou les pattes. Les lapereaux non encore habitués à la manipulation sont les plus exposés. Une serviette éponge mise sur la table empêche le lapin de glisser et rend le contact avec la table d’examen plus agréable. Elle peut servir à cacher la tête, ce qui rassure et immobilise le lapin, ou à enrouler le corps entier lors de l’examen du dessous des pattes, de l’arrière-train, et de la prise de température (photos 1 et 2).

S’il s’agit d’une visite d’acquisition, il convient de rechercher des dermatoses parasitaires et des maladies respiratoires, fréquentes chez les jeunes lapins (photo 3) [5].

L’examen clinique reste classique, avec une attention toute particulière pour :

– la palpation abdominale, qui doit être souple, non aérique et non liquidienne ;

– l’auscultation pulmonaire ; l’auscultation cardiaque est plus difficile en raison de la fréquence élevée des battements ;

– l’examen de la cavité buccale, réalisé à l’aide de matériel dentaire adapté (écarte-incisives et écarte-joues spécial rongeurs, à éviter d’utiliser à l’état vigile chez les lapins stressés ; un (vidéo-)otoscope est alors à préférer, lequel est aussi très utile pour l’examen du conduit auditif chez le lapin bélier, particulièrement sensible aux otites) ;

– l’examen de l’arrière-train, qui doit être propre et sec. En profiter pour examiner le dessous des pattes arrière, à la recherche d’une pododermatite, et, éventuellement, couper les griffes et apprendre le geste au propriétaire (tableau 2, photo 4) [2].

Si l’examen clinique ne présente aucune anomalie, l’injection vaccinale est réalisée.

3 Après la consultation

Lors de la première visite, d’autres conseils peuvent être donnés, concernant :

– la stérilisation. Pour les mâles, la castration est souvent demandée afin de supprimer le comportement de marquage urinaire ou éviter la reproduction. Pour les femelles, les mêmes indications existent, mais la principale motivation d’une ovario-hystérectomie précoce est la prévention des affections utérines (les cancers utérins sont notamment très fréquents après l’âge de 4 ans) ;

– les signes qui nécessitent une consultation en urgence, comme toute altération du transit digestif, une diminution de la prise alimentaire ou une anorexie, des selles moins fréquentes, de plus petite taille ou absentes, une diarrhée, etc. En effet, une prise en charge rapide améliore le pronostic. Les troubles digestifs forment un cercle vicieux qui s’aggrave très vite ;

– les soins d’entretien réguliers, à réaliser lors d’une inspection mensuelle, voire hebdomadaire effectuée par le propriétaire. Une pesée précise est réalisée et toute baisse de poids significative doit motiver une consultation. Le lapin est à habituer le plus tôt possible au brossage car ses mues sont impressionnantes. Le propriétaire doit le brosser plusieurs fois par jour afin d’éviter la formation de trichobézoards, notamment à l’aide de peignes spéciaux, qui retirent le sous-poil de manière très efficace (Furminator®, Peel Poil®, etc.) (tableau 3, photo 5) [6].

Passé l’âge de 4 ans, la fréquence des bilans de santé est augmentée afin de contrôler les dents de manière plus rapprochée, au minimum tous les 6 mois. Un dépistage de l’insuffisance rénale chronique peut aussi être proposé.

Il est également important de prévoir le prochain rendez-vous : rappel vaccinal, examen coprologique de contrôle, stérilisation, bilan de santé, etc.

Conclusion

La consultation vaccinale est un réel bilan de santé, essentiel chez cet animal fragile pour lequel l’expression « Mieux vaut prévenir que guérir » prend souvent tout son sens. Le propriétaire devient alors un acteur important qui s’implique avec beaucoup de sérieux dans cette démarche proactive et préventive.

(1) Voir l’article “Déroulement d’une consultation vaccinale chez le furet” du même auteur, dans ce numéro.

(2) Voir le dossier “Traitements antiparasitaires chez les petits mammifères de compagnie” d’Adeline Linsart. Point Vét. 2010;311(41):23-40.

Références

  • 1. Boucher S. Alimentation et prévention chez les herbivores. Congrès du GENAC, Les Épesses. 2010;179-185.
  • 2. Harcourt-Brown F. Textbook of rabbit medicine. Ed. Elsevier, Philadelphia. 2004;377-382.
  • 3. Kupersmith D. A practical overview of small mammal nutrition. In : Seminars in avian and exotic medicine. 1998;3(7):141-147.
  • 4. Moraillon R and coll. Dictionnaire pratique de thérapeutique chien, chat et NAC. 6e éd. Éd. Masson, Issy-les-Moulineaux. 2007;720-726.
  • 5. Quesenberry KE, Carpenter JW. Ferrets. Rabbits and rodents clinical medicine and surgery. Éd. Elsevier, Saint Louis. 2004;461p.
  • 6. Quinton JF. Atlas des nouveaux animaux de compagnie. 2nd éd. Éd. Elsevier, Masson, Issy-les-Moulineaux. 2009;416p.

ENCADRÉ 1
Régime alimentaire du lapin

→ Base : foin de bonne qualité à volonté, bien vert, non tassé et non poussiéreux,

→ + un repas ou deux par jour de végétaux variés : verts principalement et au moins trois différents à chaque fois, en quantité suffisante pour que le lapin consomme la majorité du repas sans trop en gâcher,

→ +/– extrudés ou granulés : non obligatoires et à limiter à une cuillère à soupe par kilo matin et soir. Ils doivent contenir au moins 18 à 20 % de fibres et moins de 12 à 14 % de protéines.

D’après [1-3, 5]

ENCADRÉ 2
Exemple de procédure de réalisation d’un examen coproscopique par flottation

→ Matériel à rassembler

– 3 tubes à essai propres et secs ;

– 2 verres à pied propres et secs ;

– 1 flacon doseur ;

– 1 passoire à thé ;

– 1 cuillère à soupe et 2 cuillères en plastique ;

– des gants en latex ;

– des lunettes de protection ;

– 1 masque ;

– du sulfate de zinc ;

– 2 lames et 3 lamelles ;

– 1 microscope ;

– 1 pipette Pasteur ;

– 1 balance de précision.

→ Étapes

– placer 15 g de sulfate de zinc dans un verre à pied avec la cuillère à soupe ;

– ajouter 45 ml d’eau du robinet mesurés à l’aide du flacon doseur ;

– homogénéiser le tout à l’aide d’une cuillère en plastique ;

– ajouter 3 g de matières fécales dans la solution de flottation ;

– homogénéiser le tout à l’aide d’une autre cuillère en plastique ;

– récupérer la solution dans le second verre à pied après filtration sur la passoire à thé ;

– placer les tubes à essai sur le portoir ;

– remplir chaque tube à essai jusqu’à former un ménisque convexe ;

– poser une lamelle sur chaque tube ;

– laisser reposer 10 minutes ;

– lecture et interprétation.

1. Auscultation cardiaque chez le lapin. La tête est cachée sous une serviette éponge afin de rassurer l’animal.

2. Prise de température chez le lapin. Le corps est enroulé dans une serviette éponge et l’animal est mis sur le dos afin de l’immobiliser sans risque qu’il ne se débatte.

3. Croûtes en feuillets caractéristiques de la gale des oreilles chez le lapin.

4. Examen dentaire chez un lapin vigile, rendu possible grâce à l’utilisation d’un pas-d’âne et d’un écarte-joues.

5. Brossage d’un lapin en mue.

TABLEAU 1
Principales parasitoses internes et externes du lapin

TABLEAU 2
Principales données physiologiques du lapin

TABLEAU 3
Entretien régulier à apporter au lapin : exemple de fiche à fournir au propriétaire

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