Le point Vétérinaire n° 311 du 01/12/2010
 

OPHTALMOLOGIE ET CHIRURGIE

Pas à pas

Anthony Bartolo

Clinique vétérinaire
28, avenue de Royan
17130 Montendre

La luxation de la glande lacrymale de la membrane nictitante, ou glande accessoire, est fréquente en clientèle. De nombreuses races de chiens comme les brachycéphales (bouledogues anglais ou français, boxer, shih-tzu, pékinois), l’épagneul breton, le beagle, le mastiff, le cocker, le dogue allemand, etc., sont prédisposées à l’affection. La luxation est rare chez le chat, parfois décrite chez le burmese et le persan. Les animaux sont, dans la grande majorité des cas, présentés jeunes, de quelques mois à 1 an, et l’affection est généralement unilatérale, mais la luxation d’une glande puis de l’autre est fréquente, donnant un aspect bilatéral. Le diagnostic est clinique : l’observation d’une masse ronde et rosée proéminente au canthus interne de l’œil, d’apparition brutale, est caractéristique. Une hyperhémie et un œdème de la glande peuvent survenir, ainsi qu’une baisse de sécrétion de la partie aqueuse du film lacrymal (la glande accessoire contribue à 30 % de sa synthèse) au bout de plusieurs jours. L’épiphora séreux classiquement observé peut alors devenir muqueux à mucopurulent par concentration des larmes et infection secondaire. La luxation fait suite à une laxité des attaches fibreuses de la glande au fascia orbitaire. L’inflammation concomitante est en général secondaire à la luxation et non à son origine.

La luxation est parfois intermittente et la réduction manuelle est possible, mais la récidive s’avère quasi systématique. Le traitement est essentiellement chirurgical. Il vise à réintroduire la glande luxée à sa place. Plusieurs techniques existent. Une des plus rapides et des plus fiables consiste à enfouir la glande dans une poche sous-conjonctivale. Les résultats sont très bons et, bien que la récidive soit possible, son taux reste faible. L’exérèse de la glande, encore pratiquée, doit être proscrite étant donné la forte incidence de kérato-conjonctivite sèche qui s’ensuit, surtout chez des animaux déjà prédisposés à cette affection.

1. Préparation de l’animal L’intervention s’effectue sous anesthésie générale. L’animal est placé en décubitus latéral et la tête est stabilisée (un coussin à dépression est utile). La désinfection du globe et des conjonctives s’effectue à l’aide d’une solution de bétadine à 1 %, en irriguant abondamment l’œil. Les paupières sont écartées par un blépharostat ou des fils de traction. La procédure ne nécessite pas d’aide opératoire et dure généralement 15 à 20 minutes.

2a. Positionnement des fils de traction Des fils de traction sont placés aux extrémités de la membrane nictitante et maintenus en tension avec des clamps. Ils permettent la manipulation aisée de la membrane. Un troisième fil peut être positionné au niveau de la glande luxée, ce qui facilite sa préhension.

2b. Positionnement des fils de traction Des fils de traction sont placés aux extrémités de la membrane nictitante et maintenus en tension avec des clamps. Ils permettent la manipulation aisée de la membrane. Un troisième fil peut être positionné au niveau de la glande luxée, ce qui facilite sa préhension.

3. Première incision Une première incision elliptique est effectuée à l’aide d’une lame de bistouri droite, en face interne de la membrane nictitante, à la base de la glande luxée après réclinaison de celle-ci. L’incision est de même longueur que la glande et intéresse la conjonctive de la membrane nictitante.

4. Deuxième incision Une autre incision est effectuée, selon le même principe que précédemment, de l’autre côté de la glande luxée et à sa base. Les saignements sont épongés au cours de la manipulation. Les deux incisions peuvent se rejoindre aux extrémités ou ne concerner que la longueur de la glande, sans atteindre les portions latérales.

5. Dissection de la poche Une dissection mousse de la conjonctive aux ciseaux fins est effectuée à partir de l’incision la plus proche du globe oculaire, de manière à créer une poche dans laquelle est intégrée la glande lacrymale.

6. Pose du premier point Les deux incisions préalables sont rapprochées par un surjet simple. Le premier point simple du surjet est placé dans l’épaisseur de la face externe de la membrane nictitante, de manière à ne pas frotter sur le globe oculaire. Le fil de suture utilisé est idéalement un monofilament résorbable de décimale 5 ou 6-0.

7a. Surjet et enfouissement de la glande L’aiguille est passée au travers de la membrane nictitante et le surjet simple débute, rapprochant les bords des deux incisions. La glande luxée est ainsi progressivement introduite dans la poche et le fil de traction peut être retiré une fois l’enfouissement effectué.

7b. Surjet et enfouissement de la glande L’aiguille est passée au travers de la membrane nictitante et le surjet simple débute, rapprochant les bords des deux incisions. La glande luxée est ainsi progressivement introduite dans la poche et le fil de traction peut être retiré une fois l’enfouissement effectué.

8. Pose du second point Une fois les berges de la plaie réunies et la glande enfouie, l’aiguille repasse à travers la ¬membrane ¬nictitante et le surjet peut être terminé par un point simple situé sur sa face externe, comme le premier point.

9. Fin de l’intervention Les chefs sont coupés court pour limiter les frottements avec les conjonctives. Les fils de traction sont retirés. La membrane nictitante reprend sa place normale et la glande lacrymale n’est plus visible. Une hyperhémie et un œdème persistent plusieurs jours après l’opération et s’estompent progressivement. Un topique antibiotique et anti-inflammatoire (AINS) est instillé durant quelques jours. Le fil peut être retiré sous anesthésie locale au bout de 3 à 4 semaines.

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