Le point Vétérinaire n° 310 du 01/11/2010
 

En 10 Étapes

Aurélie Laborde*, Marion Fusellier**


*Service d’imagerie médicale,
CHUV Oniris,
Atlanpôle La Chantrerie,
BP 40706, 44307 Nantes
**Service d’imagerie médicale,
CHUV Oniris,
Atlanpôle La Chantrerie,
BP 40706, 44307 Nantes

L’examen radiographique du cœur est un outil précieux. Il convient de bien connaître les repères et de standardiser les incidences utilisées.

La radiographie revêt plusieurs intérêts dans l’exploration des affections cardiaques. Indispensable dans la détection des signes d’insuffisance cardiaque congestive, elle est aussi utile pour établir le diagnostic d’anomalies morphologiques du cœur, en donnant une orientation sur la nature de l’affection.

RAPPELS DE RADIO-ANATOMIE

1. Aspects techniques

L’aspect radiographique de la silhouette cardiaque est modifié par la position de l’animal. Il est donc essentiel de standardiser les incidences. Deux incidences sont nécessaires : une radiographie thoracique de profil (les différences ne sont pas significatives pour l’insuffisance cardiaque entre le profil gauche ou droit. En revanche, l’aorte et la veine cave caudale sont plus visibles en décubitus gauche) et une radiographie de face, l’incidence dorso-ventrale étant préférée à l’incidence ventro-dorsale en raison de la position plus anatomique et plus constante du cœur [3, 5].

Les clichés sont réalisés en pleine inspiration, les membres thoraciques étendus cranialement.

2. Rappels anatomiques

Le cœur est situé entre la 3e et la 8e vertèbre thoracique. Les différentes portions du cœur faisant saillie sont repérables radiographiquement et le cœur peut être assimilé à un cadran d’horloge (photos 1 et 2). Sur une vue de face, la colonne vertébrale, située cranialement au cœur, représente “midi”, alors que, sur la vue de profil, l’axe midi-6 heures correspond au grand axe du cœur.

3. Aspect radiographique normal du cœur

Le diamètre cranio-caudal du cœur normal du chien est compris entre 2,5 et 3,5 espaces intercostaux sur un profil et le rapport cardio-thoracique doit être inférieur à 2/3 sur la vue de face (diamètre latéro-latéral du cœur/diamètre du thorax à la même hauteur). En cas de doute sur une cardiomégalie, des indices sont utilisables, comme l’indice de Buchanan (photo 3) [1]. La mesure du cœur doit ainsi être de 9,7 +/– 0,5 corps vertébraux. En fonction des races, cet intervalle varie de 8,5 à 11. La taille du cœur est également estimée selon la position des organes adjacents, notamment la trachée et la bifurcation trachéo-bronchique qui sont déplacées dorsalement lors de cardiomégalie.

Certaines variations physiologiques doivent aussi être prises en compte.

Il existe ainsi des variations :

– selon le cycle cardiaque. Le cœur en systole est plus petit qu’en diastole, mais cela est difficile à évaluer en pratique, car il est impossible de réaliser un cliché qui corresponde à une phase précise du cycle cardiaque ;

– selon le type racial. Chez les chiens longilignes, à thorax profond, (par exemple, les setters ou les lévriers), le cœur apparaît effilé, avec une position verticale, et la trachée forme un angle marqué avec le rachis sur une vue de profil. Sur une vue de face, le cœur est plus petit et plus arrondi. Chez les individus brévilignes (par exemple, les bouledogues), le cœur apparaît plus globuleux et plus large sur les deux incidences. De profil, le contact cœur-sternum est augmenté et la trachée apparaît plus parallèle au rachis. De face, le cœur est de forme ovoïde et allongée. Enfin, chez les chiens médiolignes, la silhouette cardiaque est intermédiaire entre les descriptions précédentes. Il existe également des particularités raciales spécifiques : le yorkshire, l’épagneul breton et le schnauzer possèdent physiologiquement un cœur plus arrondi et plus volumineux, à l’image des individus brévilignes ;

– selon l’embonpoint : chez un animal obèse, l’accumulation de graisse péricardique peut augmenter les dimensions du cœur sur une radiographie et diminuer la netteté des contours de l’organe.

MODIFICATIONS DE LA TAILLE OU DE LA FORME DU CœUR

Les modifications de la taille ou de la forme du cœur sont les altérations les plus fréquentes (tableau).

→ Une microcardie, rencontrée lors de choc, de déshydratation ou d’hypocorticisme, se traduit radiographiquement par une diminution de la taille du cœur, associée à une hypovascularisation pulmonaire.

→ Une cardiomégalie globale se manifeste, sur un profil, par une augmentation de toutes les dimensions cardiaques, avec un bord caudal rectiligne, un déplacement dorsal de la trachée et un contact sternal augmenté. Sur une incidence dorso-ventrale, le rapport cardio-thoracique est supérieur à 2/3 et l’apex, arrondi. Une cardiomégalie est notamment retrouvée lors d’épanchement péricardique, de cardiomyopathie dilatée sévère ou de cardiopathie droite et/ou gauche de stade terminal (mimant une cardiomégalie globale) (photo 4).

→ Une cardiomégalie gauche se traduit par une ectasie (ou procidence) de l’atrium et/ou du ventricule gauches. Elle peut être rencontrée lors de cardiopathies acquises : maladie valvulaire dégénérative mitrale (le plus souvent) ou cardiomyopathie dilatée, ou de cardiopathies congénitales : dysplasie mitrale, persistance du canal artériel, sténose sous-aortique.

→ Lors d’ectasie de l’atrium gauche, un déplacement dorsal ou une compression de la bronche souche gauche, associé à un bord caudo-dorsal du cœur plus rectiligne ou bombé entre 2 et 3 heures, s’observe sur un cliché de profil (photo 5). De face, une divergence des bronches souches gauche et droite et une opacification de la région basale sont notées. En cas d’ectasie du ventricule gauche (par dilatation cavitaire ou hypertrophie pariétale), le diamètre apico-basilaire est augmenté sur une vue de profil, avec un déplacement dorsal de la trachée et une verticalisation du bord caudal du cœur (possible contact avec le diaphragme). Sur une vue de face, la convexité du cœur est augmentée entre 3 et 6 heures, l’apex est arrondi et déplacé vers la gauche.

→ Une cardiomégalie droite se manifeste par une ectasie de l’atrium et/ou du ventricule droits et est observée lors de certaines cardiopathies congénitales : dysplasie tricuspidienne et surtout sténose pulmonaire, et lors de cardiopathies acquises : hypertension pulmonaire (dont la dirofilariose) et insuffisance triscupidienne. Une ectasie de l’atrium droit se traduit par un bombement du contour cranial (entre 9 et 11 heures sur la vue de face), parfois associé à un déplacement dorsal de la trachée cranialement à la bifurcation trachéo-bronchique (photo 6). Lors d’ectasie du ventricule droit, une radiographie de profil montre un arrondissement du bord cranio-ventral du cœur et une augmentation du contact sternal, avec parfois une élévation de l’apex. Sur une vue de face, le cœur apparaît en “D inversé”, avec un déplacement de l’apex vers la gauche.

→ Une ectasie de l’aorte (lors de sténose sous-aortique ou aortique) apparaît comme un bombement entre 11 et 1 heures sur la vue de face avec un élargissement de la partie caudale du médiastin cranial.

→ Une ectasie du tronc pulmonaire, rencontrée lors de sténose pulmonaire, d’hypertension pulmonaire ou de persistance du canal artériel, se manifeste par un bombement entre 1 et 2 heures sur une incidence dorso-ventrale.

MODIFICATIONS DE L’OPACITÉ DU CœUR

L’opacité cardiaque, normalement liquidienne et homogène, peut être modifiée lors de passage d’organes intestinaux dans le sac péricardique, en cas de hernie phréno-péricardique (ou péritonéo-péricardique). Des anses digestives avec une opacité aérique peuvent ainsi être visualisées en regard de la silhouette cardiaque (photo 7).

Des minéralisations des parois des vaisseaux sont aussi parfois visibles sous la forme d’opacifications minérales, linéaires [2].

Conclusion

La réalisation de clichés radiographiques du cœur permet donc d’évaluer ce dernier et d’obtenir, dans la plupart des cas, une orientation sur la nature de l’affection cardiaque. De plus, la radiographie offre aussi la possibilité d’évaluer les éventuelles conséquences pulmonaires, notamment lors d’insuffisance cardiaque congestive (opacification pulmonaire, augmentation de la taille des vaisseaux). Elle représente donc un examen indispensable d’un bilan cardiaque complet, en complément de l’échocardiographie.

Références

  • 1. Buchanan JW, Bucheler J. Vertebral Scale System to Measure Canine Heart Sizes in Radiographs. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1995; 206(2): 194-199.
  • 2. Maï W. Guide pratique de radiographie canine et féline. Ed. Med’com, 2003.
  • 3. Rault D. Le cœur et les gros vaisseaux. Dans: La cardiologie en questions, Congrès de Belle-Île, 2006.
  • 4. Thrall DE. Textbook of Veterinary Diagnostic Radiology. 4th ed. Saunders Elsevier, St Louis MO. 2002: 758p.
  • 5. Tilley La, Tilley LP, Goodwin JK. Manual of Canine and Feline Cardiology. 4th ed. Saunders Elsevier, St Louis MO. 2008: 564p.

Points forts

→ L’index de Buchanan permet d’objectiver une cardiomégalie.

→ Le cycle cardiaque, la race et l’embonpoint du chien peuvent modifier la silhouette cardiaque.

→ L’opacité cardiaque peut être modifiée par la présence d’organes digestifs dans le thorax ou par des minéralisations.

→ L’examen radiographique permet d’évaluer les éventuelles conséquences pulmonaires des affections cardiaques.

1. Projections des différentes portions cardiaques sur un cœur normal, vue de face. AO : aorte ; TP : tronc pulmonaire ; AuG : auricule gauche ; VG : ventricule gauche ; VD : ventricule droit ; AD : atrium droit ; d.v : incidence dorso-ventrale.

2. Projections des différentes portions cardiaques sur un cœur normal, vue de profil. AO : aorte ; AG : atrium gauche ; VG : ventricule gauche ; VD : ventricule droit ; AD : atrium droit ; TP : tronc pulmonaire. D’après [3, 4].

3. Indice de Buchanan. Mesurer a : hauteur du cœur, du hile (H) à l’apex. Mesurer b : largeur du cœur, du bord cranial au bord caudal, au niveau du bord ventral de la veine cave caudale (VCC), perpendiculaire à a. Les deux mesures sont reportées sur le rachis, à partir de T4, estimées en nombre de vertèbres et additionnées.

4. Épanchement péricardique. Noter la cardiomégalie globale, indiquée par les flèches jaunes et la forme globuleuse du cœur. Le contact cœur-sternum et cœur-diaphragme est nettement augmenté. Un déplacement dorsal de la trachée est aussi noté.

5. Cardiomégalie gauche. Les flèches jaunes indiquent l’ectasie de l’atrium gauche. Un déplacement dorsal de la trachée, un pincement de la bronche souche gauche et une opacification alvéolaire pulmonaire dans les lobes caudo-dorsaux, traduisant un œdème pulmonaire, sont également observés. Noter l’inflexion entre le ventricule gauche et l’atrium gauche. C’est un signe distinctif entre un épanchement péricardique et une vraie cardiomégalie

6. Dilatation atriale droite. Les flèches jaunes indiquent l’ectasie de l’atrium droit (incidence dorso-ventrale).

7. Hernie phréno-péricardique. Noter la cardiomégalie globale très importante, avec des modifications de l’opacité cardiaque : présence de structures aériques tubulaires (les anses digestives, indiquées par les flèches jaunes), et une perte du contour ventral du diaphragme. En région abdominale, un déplacement cranial de certaines anses digestives est visible.

TABLEAU
Modifications radiographiques de la silhouette cardiaque en fonction des principales affections

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