Le point Vétérinaire n° 308 du 01/09/2010
 

SÉDATIF ANALGÉSIQUE

Thérapeutique

Éric Vandaële

Le Fougerais
44850 Saint-Mars-du Désert

Le gel sublingual Domosedan® élargit les indications de la sédation-analgésie chez les chevaux par ses caractéristiques pharmacocinétiques et pharmacodynamiques, et sa facilité d’administration.

Après avoir récupéré l’exploitation de la gamme princeps des α2-agonistes et antagoniste développés par le laboratoire finlandais Orion (Domitor® et Antisedan® chez les chiens et les chats, Domosedan® chez les chevaux), Janssen complète en débutant la commercialisation de Domosedan® Gel pour chevaux.

Quelles sont les caractéristiques essentielles du gel de détomidine ?

Domosedan® Gel est un gel buccal pour les chevaux destiné à la voie sublinguale. Il est dosé à 7,6 mg/ml de chlorhydrate de détomidine (ou 6,4 mg/ml de détomidine) dans un excipient aqueux coloré en bleu. Il est présenté dans une petite seringue fine translucide de 3 ml, permettant la sédation d’un cheval de 600 kg, à la dose validée par les autorités d’enregistrement : 40 µg/kg. La seringue est graduée par cran de 0,25 ml, soit 50 kg à cette dose.

La seringue de 3 ml est commercialisée par Janssen dans des boîtes unitaires au prix HT en centrale d’environ 14 € (soit un coût proche de la solution injectable employée à la dose de 20 µg/kg). Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de ce gel mentionne que la seringue est à utiliser une seule fois et que les reliquats sont donc à jeter. En pratique, même en l’absence de conservateur dans la formulation, les vétérinaires peuvent les réutiliser rapidement pour un autre cheval.

De plus, l’Agence nationale du médicament vétérinaire a souhaité en interdire la délivrance au public et indiquer dans l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de ce gel : « Ne pas délivrer au public, réserver l’administration de ce gel aux seuls vétérinaires » (encadré).

Quelles sont les différences entre le gel et la solution injectable ?

Les effets pharmacologiques de la détomidine ne sont pas différents entre les deux formes galéniques. Toutefois, les profils cinétiques n’étant pas identiques, des variations sont notées car l’activité des α2-agonistes est dose-dépendante, donc assez bien corrélée avec les concentrations plasmatiques. Par voie sublinguale, la biodisponibilité est de 22 %. Par voie intraveineuse, elle est de 100 % (par définition) et, par voie intramusculaire, de 66 à 85 %. En ce qui concerne la biodisponibilité, la dose recommandée de 0,40 µg/kg correspond donc à environ 0,10 µg/kg par voie intraveineuse. Toutefois, en raison des profils cinétiques différents selon les voies d’administration, la dose sublinguale de 0,40 µg/kg semble plutôt correspondre à 0,20 µg/kg par voie intraveineuse ou intramusculaire (figure 1).

Le délai d’action est d’environ 30 minutes pour une administration sublinguale, alors que l’effet est quasi immédiat par voie intraveineuse. La durée d’action est longue : au moins 2 heures. La sédation et la myorelaxation obtenues sont évaluées par la baisse de la tête (figure 2). Par la voie sublinguale, les effets sédatifs semblent un peu plus précoces que la myorelaxation, à l’inverse de ce qui est observé lors d’injection intraveineuse, où le cheval qui baisse rapidement la tête n’est pas toujours suffisamment “sédaté”.

De plus, l’ataxie semble moins marquée que lors d’injection intraveineuse. Le cheval est immobile, mais sans être chancelant. Certaines interventions en sont ainsi facilitées, ainsi que l’embarquement et le transport dans un van.

Les effets cardiovasculaires des α2-agonistes sont toujours présents (bradycardie) avec le gel, mais également moins marqués, probablement en raison de l’absence de pic élevé des concentrations plasmatiques. Les arythmies sont rares alors qu’elles sont fréquentes par voie intraveineuse (tableau complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

L’administration est-elle facile, sûre et fiable ?

L’administration sublinguale est facile, davantage même que celle d’un vermifuge oral qui doit être avalé. Car le gel n’est pas destiné à être avalé. « Si le produit est avalé, la biodisponibilité est réduite de façon significative », prévient le RCP. Le cheval ne doit donc pas avoir accès à de la nourriture (y compris du foin ou de la paille) ni à de l’eau, pour éviter que le gel ne soit avalé.

Même si le passage transcutané est beaucoup plus faible que le passage transmuqueux, le port de gants est conseillé. À défaut, il convient de bien se laver les mains après administration.

Les indications du gel sont-elles différentes de celles de la solution injectable ?

Selon le RCP, le gel est indiqué comme « sédatif afin de faciliter la contention pour des examens non invasifs (passage d’une sonde nasogastrique, radiographie, soins dentaires) et des soins d’entretien (tonte, ferrure) ». Ces indications validées par les autorités d’enregistrement sont assez similaires de celles de la solution injectable. Toutefois, la détomidine a aussi des propriétés analgésiques qui peuvent justifier son emploi comme sédatif-analgésique lors de coliques, par exemple, en vue du transport du cheval vers une clinique. La forme sublinguale peut sans doute être aussi prescrite en prémédication. De plus, les doses sont adaptables à la situation (transport, soins dentaires, prémédication, etc.). En pratique, cette forme galénique ne révolutionne donc pas l’arsenal thérapeutique équin des α2-agonistes disponibles. En raison de la restriction d’emploi aux seuls vétérinaires, le marché français de ce gel est plus limité que celui des autres pays d’Europe où il est également administré par les détenteurs d’équidés et les professionnels non vétérinaires.

En France, ce produit est néanmoins utile dans deux types de situations :

– l’injection intraveineuse est parfois délicate, voire impossible à réaliser chez certains équidés : les poneys, les ânes, les chevaux dont la contention est difficile. Le gel sublingual est alors plus facile à administrer, même si le délai d’action (30 minutes) est allongé ;

– le rapport bénéfice/risque du gel est suffisamment différent de celui de la solution injectable, pour que, dans certains cas, il soit préférable d’utiliser le gel, par exemple pour bénéficier d’une durée d’action plus longue, d’une immobilité plus grande sans ataxie, des effets cardiovasculaires moins marqués (bradycardie et arythmie), etc., pour un coût finalement similaire à celui d’une injection.

Pourquoi ce gel ne peut-il pas être délivré au public ?

→ Le risque pour l’utilisateur et la crainte des effets cardiovasculaires, en cas d’injection accidentelle, motivent la restriction d’emploi en France aux seuls vétérinaires. Cette limitation est progressivement apparue pour la plupart des spécialités à base d’α2-agonistes.

→ Selon l’autorisation de mise sur le marché (AMM) française adressée au seul laboratoire qui en est titulaire, ce gel ne peut donc être ni délivré directement aux propriétaires, ni administré par leurs soins, ni délivrés aux professionnels équins non vétérinaires pour faciliter la tonte, la ferrure, une contention, etc. Alors que dans tous les autres États européens, à l’exception de l’Irlande, l’emploi et la délivrance aux professionnels et aux détenteurs d’équidés sont officiellement permis. Les vétérinaires hexagonaux doivent donc s’abriter derrière la spécificité de l’AMM et de l’étiquetage français de cet α2-agoniste pour refuser de délivrer ce gel.

→ Toutefois, la notion de « médicament vétérinaire à administration vétérinaire exclusive » n’est pas prévue explicitement par le Code de la santé publique, a fortiori, son emploi abusif n’est pas pénalement sanctionné. L’article L. 5141-5 indique toutefois que « l’AMM peut être assortie de conditions appropriées ». Implicitement, cela permet à l’Agence nationale du médicament vétérinaire de fixer des conditions particulières de prescription et de délivrance, indépendamment des critères de prescription déjà prévus par le Code de la santé publique, comme l’inscription aux listes I et II des substances vénéneuses. Curieusement, aucun α2-agoniste, malgré les risques et les usages de ces médicaments, n’a été inscrit comme substance vénéneuse. Sans la restriction d’emploi figurant dans l’AMM de la plupart d’entre eux, il serait donc permis de les vendre… sans ordonnance !

→ Néanmoins, un praticien qui s’aventurerait à délivrer, même sur ordonnance, des α2-agonistes faciliterait ainsi l’exercice illégal de la chirurgie vétérinaire. Il s’expose donc à des poursuites pour complicité d’exercice illégal et à une sanction pénale (jusqu’à 9 000 € d’amende et 3 mois de prison), ainsi qu’à un risque de sanction disciplinaire (par exemple, une suspension temporaire d’exercice). En effet, la sédation et l’anesthésie sont couramment considérées comme des actes vétérinaires. Et des confrères ayant délivré sur ordonnance ce type de médicaments à des éleveurs (de bovins) ont déjà été condamnés à de telles sanctions pénales ou disciplinaires.

En savoir plus

– Agence nationale du médicament vétérinaire. RCP Domosedan® Gel et Domosedan®.

– FDA. Freedom of information Domosedan Gel (NADA 141-306). 22 mars 2010.

– Kaukinen H et coll. Sedative effects of detomidine after intramusculaire injection and subblingual administration or oralmucosal gel to horses. Proceedings Association Veterinary Anaesthetists, Helsinki, 2009.

FIGURE 1
Profils cinétiques de la détomidine à 40 µg/kg par différentes voies

Par voie sublinguale, les concentrations plasmatiques s’élèvent au delà de 1 ng/ml à partir de 30 minutes après l’administration, ce qui correspond à l’apparition des effets sédatifs. La concentration maximale est de 4,3 ng/ml à environ 2 heures (entre 1 et 3 heures selon les individus).

FIGURE 2
Effets sédatifs de la détomidine à 40 µg/kg par différentes voies

Le délai d’action du gel sublingual est de 30 minutes, et moins intense que par la voieintraveineuse à la même dose de 40 µg/kg.

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