Le point Vétérinaire n° 305 du 01/05/2010
 

GESTION DE LA QUALITÉ EN ÉLEVAGE

Infos

FOCUS

Jos Noordhuizen*, Joao Cannas da Silva**


*VACQA-International, France-Portugal jos.noordhuizen@orange.fr
**VACQA-International, France-Portugal jos.noordhuizen@orange.fr
***Faculté de médecine vétérinaire, Université de Lusofona, Lisbonne, Portugal joao.cannas@mail.telepac.pt

En élevage bovin laitier, les vétérinaires doivent développer des programmes qui font partie des coûts fixes de l’élevage pour ne pas devenir de simples prestataires de services.

Les éleveurs considèrent les frais vétérinaires, qui représentent pourtant moins de 5 % des coûts totaux, comme des pertes, lesquelles font partie des coûts variables de production.

Ils pensent souvent que traiter une vache ou un veau, ou pratiquer une intervention chirurgicale revient trop cher. En effet, le secteur bovin (laitier et allaitant) subit une pression sévère depuis des années. Les revenus baissent tandis que les coûts de production augmentent.

En 2009, les revenus sont passés en dessous du seuil des coûts. Une des conséquences est que les éleveurs essayent de réduire leurs frais, par exemple en appelant moins leur vétérinaire pour des cas estimés sans espoir ou en diminuant leurs dépenses en médicaments. Les cabinets ruraux bovins ont vu leurs revenus, en moyenne, baisser également, en faisant abstraction des interventions sanitaires d’état.

L’objectif : ne pas subir la conjoncture

Comment réagir, dans les cabinets ruraux (bovins laitiers), pour sauvegarder les perspectives pour l’avenir professionnel et quelles sont les contraintes à dépasser ? Classiquement, les cabinets vétérinaires ruraux font des visites de nature curative : diagnostic clinique, traitement et vaccination des bovins, parage de vaches boiteuses, prélèvements pour des examens au laboratoire, chirurgie, obstétrique, etc. Ces activités s’accompagnent de la vente de médicaments et d’autres produits vétérinaires, et sont très dépendantes de la situation socio-économique et financière d’une région ou d’un pays.

Un changement de stratégie, le plus tôt possible, permet au vétérinaire de contribuer à une réduction justifiée des coûts de production dans les élevages, et, ainsi, de participer à une hausse des revenus. Pour cela, plutôt que de traiter les bovins à titre individuel et de vendre des médicaments, il convient de détecter précocement les troubles du troupeau et de conseiller l’éleveur pour leur prévention. C’est avec les vaches saines que ce dernier obtient ses revenus. La prévention coûtant moins cher qu’un traitement, les pertes économiques liées aux maladies et aux baisses de productivité peuvent ainsi être réduites et maîtrisées [7].

Il nous paraît nécessaire d’explorer et d’entreprendre des activités professionnelles moins dépendantes de la conjoncture : celles qui font partie des coûts fixes de l’élevage, comme les différentes visites d’élevage(1). Il s’agit de la mise en place de programmes intégrés de suivi. Ils font partie des investissements qui se répètent chaque mois de façon négociée et plus ou moins fixe, donc des coûts associés au troupeau ou à l’élevage plutôt qu’à des animaux en particulier.

Ces programmes sont fondés sur des visites régulières qui ont lieu une ou deux fois par mois selon la taille du troupeau, toujours le même jour de la semaine et à heure fixe (tableau 1) [1, 2]. Ils ont pour objectif de réduire la prévalence et l’incidence des affections et des troubles de productivité, donc de limiter les coûts de production.

Être une valeur ajoutée

Ces programmes sont des produits de services et de conseil bien décrits, qui n’ont pas de secret pour l’éleveur. Ce dernier sait d’avance ce que le vétérinaire vient faire et pourquoi, et quels bénéfices il peut attendre de sa visite. Ceux-ci sont techniques (vétérinaires, zootechniques), mais aussi économiques : pour chaque euro investi dans un programme de suivi intégral, l’éleveur gagne 2 à 3 €. C’est actuellement la meilleure façon d’améliorer la situation économique de l’élevage.

Afin de pouvoir exécuter de tels programmes, le vétérinaire doit améliorer ses connaissances et savoir-faire en acquérant une expertise dans des domaines comme l’économie de la santé animale, la nutrition, la communication professionnelle, la gestion du comportement, la zootechnie (logement, ambiance), la gestion des risques de qualité (produits), le marketing, la gestion en agronomie, l’analyse de risques, les concepts d’assurance de qualité [8]. Cela permet au praticien-consultant d’apporter une valeur ajoutée à l’éleveur.

Un rôle de conseiller recherché

Certains vétérinaires croient que la “bataille de la ferme” est déjà perdue contre d’autres intervenants comme les nutritionnistes ou les ingénieurs [9]. Pourtant, cette perception n’est pas celle des éleveurs qui, souvent, préfèrent leur praticien comme conseiller pour leur troupeau ou élevage. Apparemment, la communication professionnelle des praticiens est en défaut. Ils connaissent trop peu leurs clients, leurs besoins ou leurs désirs, et ils ne savent pas “vendre” leur savoir et leur savoir-faire en consultation. Il suffirait d’effectuer une petite enquête d’une page (marketing) pour connaître les troubles principaux dans les troupeaux bovins laitiers en général, et dans celui d’un éleveur en particulier, et d’entamer une discussion avec ce dernier sur la possibilité d’appliquer l’un des programmes de suivi représentant un coût fixe (tableau 2 complémentaire sur www.WK-Vet.fr).

Les élevages évolueront encore. À côté des troupeaux familiaux, d’autres de plus grande taille vont se développer (jusqu’à 250 ou 500 bovins laitiers, par exemple). Et une autre approche va se faire jour : celle des éleveurs-entrepreneurs. Leurs demandes seront encore plus pointues que celles des élevages “classiques” [11]. Les éleveurs qui resteront seront ceux qui veulent et peuvent survivre. Ils auront d’autres caractéristiques, plus exigeantes [4].

Notre profession va en être changée de façon radicale, mais c’est la seule route à suivre, si nous ne voulons pas devenir de simples prestataires de certains travaux techniques, comme les plombiers ou les menuisiers (encadré) [10].

  • (1) Voir l’article “Le suivi intégral d’élevage : futur du vétérinaire rural ?” du même auteur, dans ce numéro.

Références

  • 1 – Alves de Oliveira L, Arcangioli MA, Mounier L et coll. Apporter de la valeur ajoutée au suivi de reproduction. Point Vét. 2008; 289: 47-52.
  • 2 – Arcangioli MA, Mounier L, Alves de Oliveira L et coll. Approche méthodologique de la visite d’élevage. Point Vét. 2009; 40 (n° spéc.): 9-14.
  • 3 – BAMN. Bovine Alliance on Management and Nutrition. An introduction to infectious disease control & biosecurity. AFIA publication, AFIA, Arlington VI, USA. 2000.
  • 4 – Bergevoet RHM. Entrepreneurship of Dutch dairy farmers. PhD thesis at Wageningen University, Department of Farm Management, Pays-Bas. 2005.
  • 5 – Boersema JSC, Noordhuizen JPTM. Dessiner et appliquer de plans de biosécurité aux élevages de bovins laitiers. Bull. GTV. 2010 (en procédure).
  • 6 – Brand A, Noordhuizen JPTM, Schukken YH. Herd health and production management in dairy practice. Wageningen Academic Publishers, Wageningen, Pays-Bas. 1996: 345p.
  • 7 – Cannas da Silva J, Noordhuizen JPTM. Veterinary dairy herd health management : constraints and perspectives. Key-note lecture at the European Buiatrics Forum, Marseille. 1-3 December 2009.
  • 8 – Cannas da Silva J, Noordhuizen JPTM, Vagneur M et coll. The future of veterinarians in bovine health management. Vet. Q. 2006; 28(1): 28-33.
  • 9 – Heuwieser W, Mansfeld R et coll. Betreuung von Milchzeugerbetrieben, Teil 3 : Umfrageergebnisse und kritische Gedanken. Prakt. Tierarzt. 1993; 74: 220-224.
  • 10 – Noordhuizen JPTM. Dairy herd health and production management practice in Europe : state of the art. Proceedings of the 23rd World Buiatrics Congress, Quebec, Canada. July 11-16, 2004.
  • 11 – Noordhuizen JPTM, Cannas da Silva J, Boersema JSC et coll. Applying HACCP-based quality risk management on dairy farms. Wageningen Academic Publishers, Wageningen, Pays-Bas. 2008; 311p.

Encadré : Perspectives d’avenir pour les vétérinaires ruraux

• Les cabinets vétérinaires de l’avenir seront sans doute de grande taille. Plusieurs praticiens spécialisés en médecine de population bovine y travaillent, chacun avec son propre profil ou son label professionnel, en reproduction, en santé de la mamelle ou en gestion de qualité, par exemple. Ils réalisent des programmes de suivi d’élevage, les activités curatives étant devenues relativement peu courantes.

• Leurs programmes de consultation sont réalisés selon une organisation précise, en suivant des protocoles de travail pendant leurs visites d’élevage, faisant appel à des analyses de points forts et de points faibles précises, et si nécessaire formalisées.

• Sans doute ces cabinets ont-ils leur propre laboratoire et sont-ils certifiés ISO-9000. Il pourrait arriver que, vers 2015, certains élevages soient certifiés selon les principes HACCP (hazard analysis and critical control points, analyse des dangers et maîtrise des points critiques de l’élevage). C’est pourquoi il est primordial que le praticien-consultant devienne un conseiller d’élevage [11]. Cette façon de travailler des vétérinaires a déjà été mise en place dans de tels élevages aux Pays-Bas et au Portugal [5].

Tableau 1 : Exemples de programmes de consultation vétérinaire représentant un coût fixe pour l’élevage

D’après [1, 3, 6, 11].

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