Le point Vétérinaire n° 301 du 01/12/2009
 

Gingivo-stomatite chronique féline

Pratique

SUR ORDONNANCE

Florian Boutoille*, Philippe Hennet**, Hervé Pouliquen***


*Clinique vétérinaire, 5 rue Dubrunfaut, 75012 Paris
**Clinique vétérinaire, 5 rue Dubrunfaut, 75012 Paris

Les lésions de gingivo-stomatite chronique féline peuvent persister malgré les traitements dentaires. Un traitement à base d’interféron ω félin est alors envisageable.

Un chat mâle castré de 6 ans est présenté en consultation pour des lésions inflammatoires, ulcéreuses et parfois prolifératives des muqueuses orales, en particulier de la muqueuse alvéolaire en regard des dents jugales (buccostomatite) et de la partie caudale de la cavité buccale en arrière des arcades dentaires (stomatite caudale). Le vétérinaire diagnostique une gingivo-stomatite chronique féline (GSCF) après détection du calicivirus par polymerase chain reaction (PCR) sur des cellules de la muqueuse oropharyngée. Après des soins dentaires, le vétérinaire décide de prescrire Virbagen Omega 10 MU®.

Virbagen Omega 10 MU®

Prescription hors AMM sous conditions

Les chats atteints de GSCF présentent un système immunitaire local qui ne répond pas de manière adéquate aux stimulations anti-géniques orales chroniques que constituent les infections dentaires. Les soins dentaires sont un préalable incontournable à tout traitement médical. Ils consistent à extraire les dents dans la zone de bucco-stomatite, celles atteintes de parodontite et/ou de lésions de résorption et à réaliser un détartrage/polissage des dents dont le parodonte est sain.

Chez les chats porteurs de calicivirus (détecté par PCR sur des cellules de la muqueuse oropharyngée prélevées avec une cytobrosse) et chez lesquels les soins dentaires ont été correctement réalisés, un traitement à base d’interféron peut être envisagé lors de persistance de la stomatite. En effet, bien qu’une relation de cause à effet ne puisse pas être spécifiquement démontrée, une association statistiquement significative a été montrée entre les lésions de stomatite caudale et le portage chronique de calicivirus chez le chat [1].

L’interféron ω possède une action antivirale directe sur les cellules infectées, mais a surtout pour objectif de stimuler certaines cellules immunitaires (les cellules NK) à l’origine d’une cascade de réactions conduisant à un « état antiviral » au sein du système immunitaire. L’utilisation de l’interféron ω félin dans le cadre de cette maladie s’effectue hors autorisation de mise sur le marché. Le fabricant recommande différents protocoles, et quelques publications sur des cas cliniques décrivent de nettes améliorations et des guérisons cliniques [2, 3]. Ces protocoles consistent en des injections sous-cutanées de 1 à 2 MU/kg tous les 2 jours, 5 fois de suite, comme il a été précisé sur cette ordonnance, ou en des injections intralésionnelles de 1 à 2 MU toutes les 2 semaines associées ou non aux injections sous-cutanées. De plus, une administration buccale quotidienne de 0,1 MU dilué dans du sérum physiologique est possible afin d’obtenir une action locale après absorption transmuqueuse. Une étude menée sur 21 chats présentant une stomatite persistante après les extractions dentaires montre que l’interféron oméga félin est au moins aussi efficace qu’une corticothérapie pour maintenir la bouche du chat dans un état « acceptable » [4]. Cependant, à ce jour, aucune publication scientifique ne fournit de résultats chiffrés sur l’efficacité de ce produit.

Antirobe®

Une seule administration par jour

Un traitement antibiotique de 15 jours est prescrit pendant la phase de cicatrisation à la suite d’extractions dentaires, et lorsque des signes de surinfection de la cavité buccale le justifient (halitose, salive épaisse, collante et jaunâtre). La clindamycine est une lincosamide active contre de nombreux cocci Gram+, dont certains staphylocoques pénicilline-résistants, et contre des bactéries anaérobies telles que les Bacteroides [5]. De nombreux autres antibiotiques peuvent être utilisés lors d’infection buccale. L’intérêt de la clindamycine, outre son spectre d’action, réside dans le fait qu’elle ne nécessite qu’une seule administration par jour à la dose de 6 à 11 mg/kg. La présentation sous forme de gélule (Antirobe®, 25 ou 75 mg suivant le poids du chat) permet de mélanger le contenu d’une gélule à la nourriture, la prise par l’animal étant ainsi facilitée surtout pour un individu présentant des douleurs buccales. Il existe également une présentation buvable (Antirobe® gouttes), mais son excipient ayant une base alcoolique, son contact avec des lésions ulcéreuses peut être désagréable pour le chat.

En cas de douleurs manifestes et de difficultés importantes pour s’alimenter, la prescription d’un anti-inflammatoire non stéroïdien améliore parfois le confort de l’animal. Le traitement est administré pendant quelques jours après les extractions dentaires et peut être repris par cure d’une à deux semaines par la suite si l’état de l’animal le nécessite.

Les fiches DMV des médicaments vétérinaires : Antirobe®, Virbagen Omega 10 MU®, sont consultables sur le site www.WK-Vet.fr, rubrique DMV/Roy.

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